"Commune", nouveau documentaire sur la révolution bolivarienne

Sans doute y a-t-il un grain de folie à vouloir encore montrer au monde ce qui se passe au Venezuela hors du champ médiatique, à l’heure où le gouvernement mondial s’exerce par les médias, et où s’est creusé un abîme insondable entre la réalité d’un pays et son image à l’extérieur. ¨Commune¨ nous fait entrer au coeur des contradictions qui font avancer une démocratie participative, celle que les médias ont occultée depuis vingt ans pour mieux la transformer en dictature-de-Maduro.

Teaser de “Commune”. Production : TERRA TV et et par l’Ecole Populaire et Latinoaméricaine de Cinéma, Télévision et Théâtre (EPLACITE). Sortie : janvier 2019.

Ce film est parti d’une idée de Terra TV : comprendre le lien entre luttes paysannes et agriculture urbaine comme base des Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAPs) qui résistent aux pénuries provoquées par la guerre économique. La relation nouée avec les habitant(e)s de la Commune Altos de Lidice, née au sein des quartiers populaires de l’Ouest de Caracas, a ouvert la boîte de Pandore. De réunion en réunion, le tournage s’est fait tourbillon quotidien : santé, approvisionnement, eau, électricité, transport… doutes, conflits, flottements, absences, chutes, rechutes, humour et nouveaux départs…. élections, reélections de conseils communaux, fêtes de quartier, “arepazos” pour nourrir et ausculter les enfants, cerfs-volants flottant sur les hautes terres froides qu’on s’est promis de semer pour soutenir les CLAPs, avec toujours, partout, les femmes en première ligne…

De l’assemblée de quartier… à une maquette de la commune. Jesus Reyes à la caméra et Victor Hugo Rivera à la prise de son

Cette chronique d’une organisation populaire depuis sa naissance repose sur les épaules de Jesús Reyes, de Victor Hugo Rivera, issus de l’École Populaire et Latino-américaine de Cinéma et de Télévision.

Jesus Reyes explique : « Les images parlent d’elles-mêmes, il y a de l’affection dans leur conception, elles cherchent à être vues et tentent de faire comprendre un futur pas si lointain. La poésie ne se détermine pas, elle naît de ce que nous observons jour après jour, à l’aube, l’après-midi, le soir. On n’a pas peur de montrer la vie, quand on connaît la mort de près, on montre les blessures. Nous travaillons tous les jours. »

Victor Hugo Rivera se dit ¨fatigué de voir comment notre époque a rétréci l’oeil documentaire, de voir le latino-américain rester une victime individualisée, vidée de son Histoire, objet humanitaire monnayable dans les télévisions et les festivals. L’art du réalisateur, de l’équipe qui réalise, ce n’est pas de chercher un thème mais de laisser le thème le trouver, non pas de choisir les gens mais de les laisser vous choisir. La forme de l’image naît de ce moment d’égalité, d’amour, de respect, de compréhension, de construction

Et de citer Julio García Espinoza : ¨Un cinéma au service de la révolution exige, surtout, de montrer le processus des problèmes. C’est-à-dire le contraire d’un cinéma qui se consacre fondamentalement à célébrer les résultats. Le contraire d’un cinéma autosuffisant et contemplatif. Le contraire d’un cinéma qui ¨illustre et embellit¨ les idées ou concepts que nous possédons déjà. Analyser un problème, montrer le processus d’un problème, c’est le soumettre au jugement sans rendre le verdict. Il y a un type de journalisme qui consiste à donner le commentaire plus que l’information. Il y a un autre type de journalisme qui consiste à donner les nouvelles mais en les mettant en valeur par le montage. Montrer le processus d’un problème, c’est comme montrer le développement lui-même de la nouvelle, montrer le développement pluraliste de l’information

Thierry Deronne, Caracas, 25 novembre 2018

« Commune » de Jesus Reyes et Victor Hugo Rivera, production Terra TV, sortie le 20 janvier 2019. Pour acquérir le DVD en sous-titres français, on peut écrire à partir de cette date à Gloria Verges, gloriaverges@free.fr

 https://wp.me/p2ahp2-4ok

COMMENTAIRES  

27/11/2018 10:58 par Assimbonanga

Super, les photos du blog de Thierry Deronne ! Merci de les avoir redimentionnées et transférées. En regardant la vidéo de ces gens qui discutent dans la rue, c’est là que j’ai été heurtée de plein fouet par l’évidence : on comprend pourquoi nos gouvernements européens n’admettent que la version fournie par les opposants à Maduro. La commune ? Mais c’est les gilets jaunes ! Des gens qui prennent en charge l’organisation du quartier. Des gens non diplômés, non formatés. Quel risque ! Que le pouvoir échappe à ceux qui l’ont monopolisé !

Par qui le label de dictateur est-il décerné ? Quelle charte a défini les critères d’attribution du mot dictateur ? C’est homologué par l’ONU ? En fait, le soi-disant dictateur dans le cas du Venezuela, c’est celui qui gène les oppresseurs et ralentit leur prospérité.

La France a été kidnappée par un petit prodige et ses 350 députés uniformes. Plus de participation possible, pas de proportionnalité. C’est là que commence la dictature. Le scandale de Bure en est un symptôme. Et les gilets jaunes font leur expérience de cet état de faits... Que les consciences s’ouvrent !

27/11/2018 11:10 par Claude

Se sont-ils inspiré de Jupiter ? le dénonciateur des dictatures bolivariennes.
Je souhaite que les gilets jaune et les avatars avenirs nous permettrons de le voir partir a ce pauv. C.. imbu de sa personne.

29/11/2018 07:32 par Danael

¨Un cinéma au service de la révolution exige, surtout, de montrer le processus des problèmes. C’est-à-dire le contraire d’un cinéma qui se consacre fondamentalement à célébrer les résultats. Le contraire d’un cinéma autosuffisant et contemplatif. Le contraire d’un cinéma qui ¨illustre et embellit¨ les idées ou concepts que nous possédons déjà...
C’est ce qu’on appelle être en phase avec la construction d’un processus révolutionnaire. Bravo ! Ah ! si nous pouvions être aussi riches philosophiquement et politiquement que le peuple vénézuélien... Ce qui est sûr c’est qu’il n’y aura pas non plus de sortie de crise chez nous sans une forte solidarité et une exigence collective de vivre autrement, nous incluant tous, le peuple d’en bas.

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