Cameroun : Résistances africaines contre le néocolonialisme français - entrevue avec Tene Sop, par H.B. Tcherno.








Alternative, lundi 2 avril 2007.


Ancien leader du mouvement estudiantin camerounais dans les années 1990, aujourd’hui, Secrétaire Général du Conseil National pour la Résistance/Mouvement Umnyobiste (CNR-MUN), Tene Sop Guillaume est un homme politique progressiste dont le parcours en dit long sur la force de ses convictions idéologiques.

Victime de persécutions dans son pays natal, il a connu la torture, la prison et l’exil. La route de l’exil l’a conduit dans de nombreuses capitales Ouest-africaines, dont Niamey (il y a séjourné de 1995 à 1997, ndlr), où il s’est tissé de solides relations dans les milieux politiques et associatifs. Actuellement chargé de recherche associé en Ecologie et Biodiversité à l’université de Hambourg (Allemagne), le militant altermondialiste qu’il est n’hésite jamais à s’engager dans les luttes sociales partout où cela est possible. En Février dernier, il a pris part au contre sommet France-Afrique tenu à Paris. Nous l’avons interviewé en tant que porte parole du Collectif des organisations Démocratiques et Patriotiques des Camerounais de la Diaspora (C.O.D.E).



Après 12 ans à l’Elysée, Jacques Chirac va bientôt rendre le tablier. Vu d’Afrique, quel bilan peut-on tirer de sa présidence ?

En tant que militant panafricaniste, je dirai que Chirac a entretenu et nourri ce que François Xavier Verschave a appelé la Françafrique en continuant le système de prédation, de pillage et d’asservissement du continent africain qui a existé depuis De Gaulle jusqu’à Mitterrand.

Il n’y avait de toutes les façons rien à attendre de Chirac qui vient, ne l’oublions pas, de l’école Gaulliste et de la droite la plus réactionnaire. Ce qui est déjà une feuille de route très claire.

Au plus fort des luttes des peuples africains pour la démocratie á la fin des années 80, c’était Chirac qui avait déclaré que « l’Afrique n’est pas mûre pour la démocratie ». C’est ce paradigme de départ qui a fondé toute la relation de Chirac à l’Afrique durant les 12 années de son mandat. Chirac n’a jamais été du coté des peuples africains en lutte pour la liberté et la démocratie, mais a toujours apporté un soutien politique, économique et militaire aux despotes sanguinaires et autres dictateurs illégitimes qui s’accrochent au pouvoir dans certains pays d’Afrique noire par la violence et par les élections truquées comme au Cameroun, au Gabon, au Tchad, au Congo et au Togo... Mais la plus grosse forfaiture de Chirac reste la Côte d’ivoire, où il a essayé de renverser militairement, sans succès, le président Laurent Gbagbo, arrivé au pouvoir par une révolution démocratique. C’est l’échec le plus cuisant de Chirac au plan africain et même international ! Ces dernières années, il a essayé de se poser en défenseur de l’Afrique sur la scène internationale, en plaidant notamment pour l’accroissement de l’aide, la suppression des subventions agricoles au coton, la création d’une organisation des Nations Unies pour l’Environnement, la solidarité envers le continent à travers des financements innovants...


Oui, il a fait plein de discours dans lesquels il a dit des choses en faveur du continent. Mais pour quels résultats ?

Chirac est très fort en phraséologie, mais les actes n’ont jamais suivi. Par Exemple, Chirac s’est auto félicité à Cannes, pour avoir « doublé l’APD au profit des pays africains dans les 4 dernières années ». Selon les ONG françaises qui travaillent sur les questions d’aide au développement, cela est totalement faux. Coordination-Sud, qui est une coalition d’ONG françaises, dénonce « un gonflement artificiel de l’APD par des artifices comptables »... On peut citer de nombreux exemples comme ceux-là .


Le départ de Chirac va-t-il changer quelque chose dans les relations entre la France et ses anciennes colonies d’Afrique ?

L’impérialisme français en Afrique est surtout systémique, structurel et structuré. Il y a des relations personnelles et claniques entre des hommes politiques français et des dictateurs et hommes politiques africains, qui ont rendu cet impérialisme encore plus pervers. Mais fondamentalement l’exploitation française dans ses ex colonies, se fait à travers des structures. C’est pourquoi elle a survécu à tous les gouvernements de gauche ou de droite qui se sont succédé au pouvoir en France depuis De Gaulle. Vous comprenez donc que la politique de la France en Afrique ne changera pas seulement avec un changement d’hommes et de femmes politiques au pouvoir en France. Ce sont les structures qui régissent cette politique d’asservissement qu’il faut d’abord changer. Ensuite, c’est à nous les Africains de créer un rapport de force qui contraignent la France à nous respecter et à nous considérer comme des partenaires et non comme ses valets.


Comment donc créer ce rapport de force, selon vous ?

Par des résistances et des luttes multiformes sur le terrain. On ne peut pas continuer à pleurnicher comme si les autres peuples du monde allaient faire le combat contre l’impérialisme français à notre place. Ces résistances doivent constituer une menace contre les intérêts de ceux s’opposent aux nôtres.


Dans son discours lors du dernier sommet Afrique-France, tenu à Cannes en Février dernier, le président français affirmait : « J’aime l’Afrique, ses territoires, ses peuples, ses cultures". Pour vous, ce n’est pas une preuve d’amour envers le continent ?

Chirac est sans doute, avec Sarkozy, le plus grand démagogue de la France contemporaine. Il fait des proclamations dont il n’est en rien convaincu. Si Chirac aimait l’Afrique, son gouvernement ne traiterait pas les Africains vivant en France avec autant de mépris et d’humiliation. C’est quand même sous son autorité que la loi sur le durcissement des conditions du regroupement familial en France a été adoptée, et dont les premières victimes sont les Africains. On ne peut donc pas prétendre aimer les cultures africaines, dans lesquelles la famille occupe une place centrale et, en même temps, empêcher les Africains vivant en France de regrouper leurs familles... Chirac fait des proclamations et son gouvernement pose des actes contraires. Je trouve que c’est un dangereux démagogue !


Des accords de défense lient la France à ses anciennes colonies. En Côte d’ivoire, les jeunes patriotes qui soutiennent Gbagbo ont demandé, à maintes reprises, le départ de la base française basée à Abidjan-Port Bouet. Pensez-vous que c’est un point de passage pour mettre un terme à la Francafrique ?

C’est la moindre des choses que puissent exiger les patriotes ivoiriens, eux qui ont été massacrés en Novembre 2004 par l’armée française, venue pour renverser le président Gbagbo et dont la résistance populaire rencontrée a lamentablement fait échouer le plan.. Pour être plus général et pour notre propre dignité, nous devons chasser toutes les armées étrangères du territoire africain. Aucune base militaire étrangère ne doit plus exister sur notre continent. La présence de bases militaires françaises en Afrique, réveille en nous, les blessures de notre histoire douloureuse et nous rappelle, à chaque instant, que nous avons été vaincus par l’histoire et même le présent. C’est ça la symbolique des bases militaires françaises chez nous. Nicolas Sarkozy, son probable remplaçant à l’Elysée, envisage d’ériger un ministère de « l’immigration et de l’identité nationale ».


Cette éventualité fait croire qu’une nouvelle époque va s’ouvrir, qui fera regretter Chirac, perçu par une partie de l’opinion publique africaine comme le dernier président français ayant des liens affectifs avec l’Afrique ? .

Chirac a des liens affectifs avec des dictateurs africains et pas avec l’Afrique. Et de toutes les façons, il n’y a pas de raison de regretter Chirac, puisqu’il n’a rien fait pour l’Afrique et pour les Africains du continent et ceux vivant en France. Quant à Sarkozy, c’est un dangereux populiste qui risque de conduire la France à la guerre civile... Mais les Français sont libres de voter pour qui ils veulent !


En tant qu’activiste politique et militant panafricaniste, que proposez-vous pour repenser la coopération entre l’Afrique et la France ?

Je suis entièrement solidaire à « l’Appel de la société civile africaine aux candidats à l’élection présidentielle en France », lancé à l’ouverture du contre sommet France - Afrique tenu du 11 au 13 février 2007 à Paris. Cet appel fait un certain nombre de recommandations à la classe politique française. Je pense que nous ne pouvons pas avoir une relation Afrique-France sereine si le très lourd contentieux historique qui nous oppose à l’Hexagone n’est pas vidé. Il faut donc que la France assume entièrement ses crimes coloniaux et néocoloniaux en Afrique. Moi, je viens du Cameroun, pays dans lequel la France et ses valets locaux ont assassiné tous les leaders indépendantistes (Um Nyobè, Moumié...) et qui a aidé Ahidjo à rester au pouvoir en commettant des tueries de masses dans l’ouest et le littoral du pays. Dans le cadre de Notre Mouvement, nous exigeons que les archives militaires et des services secrets français, sur cette période, soient ouvertes, afin que la vérité soit connue sur ce qui s’est réellement passé. La nouvelle relation Afrique-France ne se fera pas sur la base du déni de Mémoire aux victimes que nous sommes.

En dehors de cet aspect historique, il y a les accords de coopération et les accords de défense qu’il faut supprimer ; les bases militaires françaises en Afrique qu’il faut fermer. Comme je vous l’avais dit, l’impérialisme français est structurel et ce sont ces structures qu’il faut d’abord mettre à plat. Je n’ai pas encore entendu les candidats à l’élection présidentielle en France envisager la suppression des instruments et structures qui perpétuent l’aliénation et la domination de l’Afrique par la France. Exception faite des candidats communistes et Trotskistes, qui sont les soutiens traditionnels des peuples opprimés...

Pour terminer, je vais préciser qu’au-delà de tout ce qui précède, c’est nous les Africains qui devons développer des résistances coriaces sur le terrain pour contraindre la France à une nouvelle relation à l’Afrique, une nouvelle vision sur l’Afrique.

Interview online réalisée par H.B. Tcherno


- Source : Alternative Niger www.alternative.ne

- Vu ici : http://alternatives-international.net




Afrique - pillages, massacres et misère : Stop Françafrique.






COMMENTAIRES  

15/04/2007 16:31 par Anonyme

Dans le sens de cet article, pour des informations sur la politique africaine de la France, allez voir sur www.lindependant2007.blogspot.com
Vous y retrouverez d’ailleurs ce même dessin, qui je trouve parle de lui même, et reflète avec humour le dramatique des relations franco-africaines...
Sur ce blog vous trouverez d’autres articles dans la lignée de ce site, qui essaient d’apporter une information différentes de celle de la plupart des médias.

18/04/2007 21:04 par MARTIN KAMGA

j’ai bien lu votre interwiev.j’ai apprécier le caractère hautement patriotique de vos propos et j’ai admiré également tous le sens de votre engagement pour la libération totale de l’afrique, qui s’est d’ailleur forgé à l’époque ou nous étions tous étudiant à l’université de yaoundé dans les années 1990.
Mais ma préoccupation de tout temps a toujours été de s’accorder sur les méthodes de lutte.comment concilier les conditions misérable des peuples africains avec leurs soifs de s’afflanchir de la domination néo-coloniale ?.
Comment permettre un changement sans trop de casse qui éviterait à l’afrique de retomber dans une misère encore plus profonde ?.
Il me semble donc qu’il est urgent d’engager une réflection à l’échelon africain et meme mondiale afin de s’accorder sur la démarche idéal à suivre.
Voilà ma petite contribution qui veut s’éloigné des débats passionnés et idéologiques pour ouvrir le champs à la discussion libre et constructive.
meilleures salutations.
MARTIN KAMGA

22/06/2007 11:58 par THEOPHILE OBAKER

Très ému de retrouver un aîné dans les luttes d’affranchissement de l’etudiant africain du carcan géopolitique français issu des programmes d’asservissement mental dans lesquels le colonat à bien voulu imposer la posture de l’étudain africain.Pour ne parler que du Cameroun que reste t-il des évènements de Ydé 90,quelle struture fut-elle clandestine avez vous mise sur pied pour murir,peréniser et enfin transmettre à nous vos cadets pour la survie de l’idéal ?Quelle methodologie,stratégie etc...Comme vous le dites si bien la libération de notre continent ne depend pas des lamentations mais de l’action dans la regénération des élites ;et vous en êtes une de celles qui ont marquées nos consciences en tant qu’étudiant après vous mais surtout hante et habite nos rêves de liberté devenu adulte aujourd’hui.

06/08/2007 16:51 par Ulrich Landry .M.D

salut frere , jai lu vos article sur la lutte contre le neo, et jai ete impressione par votre determination pour le patriotisme en Afrique
moi je pense que la solution sera peut etre la creation des etats unis lafrque comme lont pense les premiers pan-africanistes sous la formule traditionnelle les etats unis l`amerique...
GOD BLESS AFRICA

16/05/2007 12:31 par Anonyme

Le changement structurel qui pourrait rendre lAfrique plus indépendante et qui pourrait mettre fin au colonialisme (traditionnel et néo) ne passent ils pas par des partenariats accrus avec les BRIC (bresil inde, russie chine) et par un rôle d’investissement à jouer par les fils d’immigrés africains d’Europe et d’ailleurs ???
Narvalax007

25/07/2007 15:25 par CODE

Les manifestants du CODE surprennent à Bruxelles le personnel de l’ambassade du Cameroun en train de se partager des sacs de riz

Vendredi dernier, les manifestants du CODE ont surpris quelques minutes avant le début des manifestations , le personnel de l’ambassade entrain de se partager des sacs de riz, de poisson pendant qu’à Londres les locaux abritant les services de l’ambassade du Cameroun étaient barricadés, donnant l’impression d’un local inoccupé.

La semaine écoulée aura été riche en manifestations contre le régime de Paul Biya au sein de la diaspora progressiste. A l’appel du CODE dans la continuité de ses actions relatives à la grande campagne pour le changement au Cameroun, et en réaction aux nombreuses irrégularités observées lors des opérations préélectorales liées au double scrutin du 22 juillet au Cameroun, le CODE a organisé à Bruxelles, Londres etc. une manifestation de protestation contre le pouvoir en place au Cameroun qui multiplie des subterfuges pour se maintenir au pouvoir.

Selon les organisateurs, cette action vise « la mobilisation des camerounais de l’extérieur et la Communauté internationale, autour des conditions d’élections transparentes et le changement politique au Cameroun ».

A Bruxelles, initialement prévue devant l’ambassade du Cameroun sis à l’Avenue Brugmann 321 à 16 heures, c’est plus précisément à 16h30 que les choses commencent sous le regard vigilant de la police locale et le regard hagard du personnel de l’ambassade qui, comme à l’accoutumée a fermé les locaux bloquant à l’extérieur quelques personnes venues chercher leur visa d’entrée au Cameroun .

Quelques minutes avant le début des cérémonies à la grande surprise des manifestants l’on pouvait voir à travers les vitres des fenêtres du local abritant les locaux de la dite ambassade le personnel réuni autour des sacs de riz et de poissons en train de se disputer.

Dès 16 heures 15 mn ce vendredi 20 juillet, les délégués des associations et organisations membres du CODE convergent par petits groupes vers l’ambassade du Cameroun où un dispositif dissuasif de policiers a déjà pris position. Ils sont épiés par ces derniers. La Météo n’est pas clémente car le thermomètre affiche 15° avec des averses orageuses. Un temps défavorable. Le site est bondé des tracts et calicots tous portant des messages hostiles au pouvoir en place au Cameroun. Sur un tract on peut lire « Partir comme Mobutu ou comme Diouf, Biya doit choisir ». « Nous disons non au hold up électoral » etc.

La manifestation proprement dite commence à 16h 30, lorsque les manifestants entonnent des chansons patriotiques le tout entrecoupé par une kyrielle de slogans.

L’un des organisateurs de la rencontre approché par un confrère de la presse locale, affirme à ce dernier que « la préfecture de police a refusé toute autorisation de manifestation sur l’ambassade du Cameroun à Paris"

A Londres, la manifestation a eu lieu en matinée. Les interventions des uns et des autres aussi bien à Bruxelles qu’à Londres ont tourné principalement autour de la confiscation du pouvoir par le régime de Monsieur Paul Biya, des fraudes électorales aux élections etc

Aussi bien à Londres qu’à Bruxelles, c’est sur une note l’hymne national que le meeting a pris fin, après la remise du mémorandum rédigé par le CODE aux autorités policières et diplomatiques concernés A l’heure où nous allions sous presse, le rapport de nos correspondants de Düsseldorf et de Washington étaient encore attendus.

Le moins que l’on puisse dire est qu’après les manifestations de Bruxelles, de Londres etc. la diaspora Camerounaise réunie au sein du CODE a pris a nouvel élan. A voir.

Le Code

11/06/2008 04:52 par Anonyme

Toujours les memes poncifs. A regarder derriere, on va dans le mur. L"Afrique grandira quand elle en aura fini avec son histoire et ne justifiera plus son présent par son passé.

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