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Transhumanisme, malthusianisme et utilitarisme : comprendre les liens entre les idéologies dominantes chez les « élites »

Nous vous avions déjà parlé rôle du malthusianisme moderne dans l’argumentaire capitaliste mondialiste : cette idéologie, qui considère qu’il faut limiter la population mondiale par un contrôle strict des naissances, est très répandue chez les élites économiques et politiques mondiales.

Le transhumanisme est une autre idéologie très présente chez certaines élites, en particulier dans les secteurs technologique et scientifique. Ce mouvement intellectuel considère que l’humanité n’est qu’un stade de passage et une transition vers le post-humain, c’est-à-dire vers un état où les humains seraient dotés de capacités physiques et mentales améliorées grâce aux sciences et à la technique et pourraient même être virtuellement immortels.

Cette philosophie est notamment très répandue dans la Silicon Valley, et compte parmi ses défenseurs beaucoup des grands pontes des industries à la pointe de notre époque : l’informatique, la robotique, la génétique et les nanotechnologies. Larry Page, le fondateur de Google, entreprise tentaculaire qui possède des filiales dans tous ces domaines d’innovation, en est par exemple un représentant éminent et déclaré.

Le transhumanisme et le malthusianisme sont en réalité très liés l’un à l’autre car ils se basent tous les deux sur une approche utilitariste de la morale, en s’appuyant sur les mêmes fondements :

  • Primauté de la qualité de vie par rapport à la quantité d’êtres humains
  • Opposition au déontologisme et aux principes moraux

La philosophie qui transforme le monde n’est pas connue de tous

Pourquoi faut-il parler de ces doctrines philosophiques qui ne comptent finalement qu’un nombre extrêmement limité de représentants et d’adhérents ?

Tout simplement parce qu’il s’agit sans doute des doctrines les plus influentes, non pas dans l’opinion globale mais dans les secteurs clés de la recherche, de la politique mondiale et donc du « progrès ». Bien qu’elles soient largement inconnues du plus grand nombre, il s’agit des idées qui sont le plus susceptibles de transformer le monde aujourd’hui.

Il n’y a pas d’argent dans le platonicisme, l’humanisme, ou l’existentialisme qui sont donc autant de doctrines philosophiques « inoffensives ».

En revanche, des milliardaires transhumanistes comme les fondateurs de Google déversent bel et bien des millions de dollar dans des recherches dont le but est de modifier le génome humain et de le rendre potentiellement immortel.

Quant aux malthusianistes et néomalthusianistes de tous bords, de par leur influence considérable dans les grandes institutions de la gouvernance et de la finance mondiale, ils offrent des moyens et une audience considérables aux recherches -souvent orientées- sur le réchauffement climatique anthropique et aux autres thèses qui servent à corroborer, de manière sous-jacente, le myte de la surpopulation et la nécessité de réduire la population mondiale.

Un héritage commun : l’utilitarisme

Le transhumanisme comme le néomalthusianisme actuel se justifient tous deux par un mode de pensée hérité de l’utilitarisme, une doctrine morale qui puise elle-même sa source dans l’idéologie des Lumières du XVIIIème siècle et qui vise à « maximiser le bien-être collectif ».

L’utilitarisme s’oppose radicalement à l’humanisme puisqu’il n’est pas exclusif aux humains : son but est d’augmenter la somme de bien-être de l’ensemble des êtres sensibles, ce qui inclut les animaux, voir potentiellement l’ensemble du vivant.

Mais il s’agit surtout de la première doctrine de l’histoire de la philosophie à inverser le sens de la morale : selon les utilitaristes, le bien-fondé d’une action ou d’une politique ne dépend pas de sa conformité à un principe moral, mais de sa conséquence. Pour arriver à ce but de maximisation du bien-être de l’ensemble du vivant, tous les moyens sont bons et aucun principe moral a priori ne peut être reconnu, surtout s’il vient freiner un processus dont les conséquences attendues sont bonnes en elles-mêmes.

En cela, les utilitaristes s’opposent au déontologisme, qui préconise au contraire d’agir en vertu de son devoir et en conformité avec la morale.

Le transhumanisme et le malthusianisme correspondent chacun à deux conséquences de l’utilitarisme :

  • Aucun principe moral correspondant à une vision figée de l’homme ne doit freiner l’amélioration de l’homme par la technique, si cette amélioration est bonne et maximise son bien être —> transhumanisme
  • Le gaspillage de bien-être au-delà de ce que la terre peut supporter est une injustice pour les générations futures —> malthusianisme

La généalogie des idées transhumanistes et malthusianistes trouvent donc leur racine dans l’utilitarisme au sens où elles se justifient par des arguments conséquentialistes. Qu’il s’agisse de pérenniser la vie sur terre ou d’augmenter les capacités de l’homme, le but à atteindre l’emporte dans les deux cas sur tous les principes moraux qui défendent la limitation de la natalité ou la modification du génome humain.

Réduire la population pour augmenter l’homme ?

A première vue, transhumanisme et malthusianisme semblent être des idéologies radicalement opposées par les projets qu’elles véhiculent :

  • Le transhumanisme porte un projet de type augmentatif (augmenter l’homme)
  • Le malthusianisme porte un projet de type limitatif (limiter la population mondiale)

Pour autant, le transhumanisme implique de manière non dite un malthusianisme de fait puisqu’il oppose la qualité de l’humain à la quantité. En terme pratique, l’augmentation de la longévité de vie jusqu’à un stade jamais envisagé jusqu’alors ne peut être viable qu’au prix d’une réduction drastique de la population mondiale.

Pour le comprendre, il faut remonter aux toutes premières origines de ce courant de pensée : le terme « transhumanisme » a été inventé par Julian Huxley, le frère du célèbre Aldous Huxley. Biologiste connu pour ses positions favorables à l’eugénisme, cofondateur du WWF et de l’UNESCO, il est surtout à l’origine du « Manifeste des généticiens » qui défendait le projet de société dont son frère a tiré les conséquences dans Le meilleur des mondes.

Ce projet vise à améliorer les qualités des individus comme celles d’un produit, tout en limitant leur quantité afin de favoriser un monde meilleur, le célèbre « Brave New World » :

« La qualité des personnes, et non la seule quantité, est ce que nous devons viser : par conséquent, une politique concertée est nécessaire pour empêcher le flot croissant de la population de submerger tous nos espoirs d’un monde meilleur. »

Son frère Aldous Huxley a bien montré les risques d’un tel projet, qui pourrait résulter dans une société inhumaine et totalitaire. Le fait que le transhumanisme ne soit que très peu connu, débattu et contredit dans l’opinion doit nous amener à le vulgariser et le réfléchir.

Les progrès des nanotechnologies, de la robotique, de la génétique ou de l’intelligence artificielle ne sont pas bons ou mauvais en eux-même mais à travers les buts qu’ils servent.

S’il est souhaitable d’améliorer la condition humaine par la technique et la science, nous devons nous demander à quelles conditions. Sans aucun contrôle démocratique, ces « progrès » pourraient être réservés à une caste d’élus qui s’en serviront pour asseoir leurs projets de domination.

A nous de nous demander si de tels progrès techniques ne devraient pas au contraire nous conduire à exiger le progrès social qu’il rend possible pour tous.

Numa Dupont

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