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Le système de reproduction des inégalités sociales

Comment la distribution des handicaps sociaux et culturels dans la société de classes discrédite le mythe néolibéral de la méritocratie.

Le Système des inégalités,
d’Alain Bihr et Roland Pfefferkorn

Éditions La Découverte, 2008, 180 pages, 8,50 euros.

Cet ouvrage atteste du renouveau des études sur les classes sociales aprèsla longue éclipse des années 1980 et 1990. Les auteurs n’en sont pas à leur coup d’essai, synthétisant les conclusions de leur opus précédant Déchiffrer les inégalités (Éd. Syros-La Découverte, 1999). Déjà nous avertissaient-ils d’une recrudescence des inégalités objectives de revenus, de patrimoine ou de pratiques culturelles entres groupes sociaux dans la société française, montrant ainsi que les classes sociales npas disparu.

Aujourd’hui comme hier, les auteurs démontrent avec perspicacité combien la thèse de la «  moyennisation » de la société française, qui verrait une dissolution des différences de classes, a largement perdu de sa pertinence. Mais là n’est pas le propos essentiel de l’ouvrage.

En s’appuyant sur une sériede travaux sur les inégalités, institutionnels ou académiques (dont la recension est fort utile au lecteur), essentiellement statistiques mais aussi ethnographiques, les auteurs proposent de corriger l’effetde découpage de la réalite en tranches indépendantes. L’analyse systémique vise à insister sur les corrélations et codéterminations réciproques qui contribuent à engendrer ou à aggraver certains phénomènes sociaux. On comprendra aisément qu’une position subordonnée dans l’emploi, précarisée dans le travail, ne favorise pas l’accès à un logement digne, qui, selon sa localisation géographique, peut s’avérer à son tour un facteur d’aggravation des inégalités d’accès aux soins ou à la culture. Ainsi, les inégalités sociales interagissent entre elles, se cumulent et, fin du fin,se reproduisent. Le mythe d’une société méritocratique, tant prôné par les idéologues du néolibéralisme, est ici vigoureusement battu en brèche. Segmentée, hiérarchisée et conflictuelle, la société dans laquelle nous vivons est une société de classes. Non seulement les auteurs le démontrent mais ils explorent aussi les pistes d’une appréhension systématisée des inégalités sociales.

Tanguy Samzun, docteur en sociologie, L’Humanité, 28 mai 2008.


Le système des inégalités dans la société française
Très pédagogique, l’ouvrage de Roland Pfefferkorn s’inscrit dans le renouveau d’intérêt des travaux sociologiques pour l’analyse des classes.

Inégalités et rapports sociaux. Rapports de classes, rapports de sexes,
par Roland Pfefferkorn.

éditions La Dispute, 2007, 412 pages, 25 euros.

Un livre «  incontournable ». Non seulement pour des intellectuels ou chercheurs, qui apprécieront une ample synthèse à forte valeur ajoutée personnelle, bourrée de références bibliographiques, sur certains des plus importants débats des sciences sociales, au coeur de grands enjeux politiques. Mais aussi pour des citoyens ou des militants, qui se posent inévitablement des questions telles que :- Assiste-t-on à une disparition ou dissolution des classes sociales ? L’auteur argumente fort bien la thèse inverse, sans cacher les difficultés.

On pourrait même parler d’un «  retour des classes » en sociologie. Mais, alors, quelles sont aujourd’hui les frontières de classe de la société française ? Quelles sont les grandes tendances d’évolution des inégalités et du système qu’elles forment, et quel rapport y a-t-il entre inégalités sociales et classes sociales ? Comment les sciences sociales abordent-elles la question des rapports et des inégalités de sexe ? On trouve sur ce thème un exposé très complet des courants en présence. Peut-on articuler, et comment, les rapports de classe et les rapports de sexe ? Réponse : oui, c’est indispensable, aussi bien pour penser la dynamique des classes que l’oppression spécifique des femmes. Que penser des approches en termes d’exclusion, de lien social, de rapports sociaux, cette dernière étant privilégiée par l’auteur ?

Tous ces débats, et bien d’autres, sont situés dans une perspective historique, ce qui n’est pas le moins captivant dans ce livre. L’écriture, très accessible, est une contribution à la réduction des écarts entre les écrits de recherche et le lectorat «  profane ». On retrouve ici une qualité déjà présente dans le livre que Roland Pfefferkorn avait publié avec Alain Bihr en 1999 à La Découverte, Déchiffrer les inégalités. Un livre dont on souhaiterait l’actualisation, même si des éléments en ce sens figurent dans le présent ouvrage.

La passion de l’égalité transparaît souvent. Roland Pfefferkorn, comme les autres chercheurs en sciences sociales, ne peut prétendre à une illusoire neutralité, ce dont il s’explique fort bien. Mais pour autant il ne tombe jamais dans le dogmatisme : il ouvre le débat et il affirme ses options en les soumettant elles aussi à un examen critique. On aurait juste aimé qu’il aille un peu plus loin sur la question controversée de la «  montée de l’individualisme » (qui peut prendre plusieurs formes) comme facteur d’effritement des positions et de la conscience de classe, de recomposition du contenu des rapports sociaux, de mutation des formes du militantisme et de l’engagement collectif, syndical, associatif, etc.

Si, parce que vous n’êtes pas un chercheur professionnel, vous ne lisez qu’un ou deux gros livres de sciences sociales par an, vous pouvez retenir en 2007 celui de Roland Pfefferkorn.

Jean Gadrey, économiste, L’Humanité, 10 juillet 2007.

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Eric Hazan. Changement de propriétaire. La guerre civile continue. Le Seuil, 2007
Bernard GENSANE
Très incisif et très complet livre du directeur des éditions La Fabrique (qui publie Rancière, Depardon, Benjamin etc.), ce texte n’est pas près de perdre de son actualité. Tout y est sur les conséquences extrêmement néfastes de l’élection de Sarkozy. Je me contenterai d’en citer le sombrement lucide incipit, et l’excipit qui force l’espoir. « Dimanche 6 mai 2007. Au bureau de vote, la cabine dont on tire les rideaux derrière soi pour mettre son bulletin dans l’enveloppe s’appelle un (…)
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Le système bancaire moderne fabrique de l’argent à partir de rien. Ce processus est peut-être le tour de dextérité le plus étonnant qui fut jamais inventé. La banque fut conçue dans l’iniquité et est née dans le pêché. Les banquiers possèdent la Terre. Prenez la leur, mais laissez-leur le pouvoir de créer l’argent et, en un tour de mains, ils créeront assez d’argent pour la racheter. ôtez-leur ce pouvoir, et toutes les grandes fortunes comme la mienne disparaîtront et ce serait bénéfique car nous aurions alors un monde meilleur et plus heureux. Mais, si vous voulez continuer à être les esclaves des banques et à payer le prix de votre propre esclavage laissez donc les banquiers continuer à créer l’argent et à contrôler les crédits.

Sir Josiah Stamp,
Directeur de la Banque d’Angleterre 1928-1941,
2ème fortune d’Angleterre.

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