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Le socialisme chinois et le mythe de la fin de l’Histoire

En 1992, un politologue américain, Francis Fukuyama, osait annoncer la « fin de l’Histoire ». Avec l’effondrement de l’URSS, disait-il, l’humanité entrait dans une ère nouvelle. Elle allait connaître une prospérité sans précédent. Auréolée de sa victoire sur l’empire du mal, la démocratie libérale projetait sa lumière salvatrice sur la planète ébahie. Débarrassée du communisme, l’économie de marché devait répandre ses bienfaits aux quatre coins du globe, réalisant l’unification du monde sous les auspices du modèle américain.[1] La débandade soviétique semblait valider la thèse libérale selon laquelle le capitalisme - et non son contraire, le socialisme - se conformait au sens de l’histoire. Aujourd’hui encore, l’idéologie dominante martèle cette idée simple : si l’économie planifiée des régimes socialistes a rendu l’âme, c’est qu’elle n’était pas viable. Le capitalisme, lui, ne s’est jamais aussi bien porté, et il a fait la conquête du monde.

Les tenants de cette thèse en sont d’autant plus convaincus que la disparition du système soviétique n’est pas le seul argument qui semble plaider en leur faveur. Les réformes économiques engagées en Chine populaire à partir de 1979, à leurs yeux, confirment également la supériorité du système capitaliste. Pour stimuler leur économie, les communistes chinois n’ont-ils pas fini par admettre les vertus de la libre entreprise et du profit, quitte à passer par-dessus bord l’héritage maoïste et son idéal égalitaire ? De même que la chute du système soviétique démontrait la supériorité du capitalisme libéral sur le socialisme dirigiste, la conversion chinoise aux recettes capitalistes semblait donner le coup de grâce à l’expérience « communiste ». Un double jugement de l’histoire, au fond, mettait un point final à une compétition entre les deux systèmes qui avait traversé le XXème siècle.

Le problème, c’est que cette narration est un conte de fées. On aime répéter en Occident que la Chine s’est développée en devenant « capitaliste ». Mais cette affirmation simpliste est démentie par les faits. Même la presse libérale occidentale a fini par admettre que la conversion chinoise au capitalisme est illusoire. Enfin, les Chinois eux-mêmes le disent, et ils ont de solides arguments. Comme point de départ de l’analyse, il faut partir de la définition courante du capitalisme : un système économique fondé sur la propriété privée des moyens de production et d’échange. Ce système a été progressivement éradiqué en Chine populaire au cours de la période maoïste (1950-1980), et il a effectivement été réintroduit dans le cadre des réformes économiques de Deng Xiaoping à partir de 1979. Une dose massive de capitalisme a ainsi été injectée dans l’économie, mais - la précision est d’importance - cette injection eut lieu sous l’impulsion de l’État. La libéralisation partielle de l’économie et l’ouverture au commerce international relevaient d’une décision politique délibérée.

Pour les dirigeants chinois, il s’agissait de lever des capitaux extérieurs afin de faire croître la production intérieure. Faire place à l’économie de marché était un moyen, et non une fin. En réalité, la signification des réformes se comprend surtout d’un point de vue politique. « La Chine est un Etat unitaire central dans la continuité de l’empire. Pour préserver son contrôle absolu sur le système politique, le parti doit aligner les intérêts des bureaucrates sur le bien politique commun, à savoir la stabilité, et fournir à la population un revenu réel croissant et de meilleures conditions de vie. L’autorité politique doit gérer l’économie de façon à produire plus de richesses plus efficacement. D’où deux conséquences : l’économie de marché est un instrument, pas une finalité ; l’ouverture est une condition d’efficacité et conduit à cette directive économique opérationnelle : rattraper et dépasser l’Occident ».[2]

C’est pourquoi l’ouverture de la Chine aux flux internationaux fut massive, mais rigoureusement contrôlée. Le meilleur exemple en est fourni par les zones d’exportation spéciales (ZES). Les réformateurs chinois voulaient que le commerce renforce la croissance de l’économie nationale, et non qu’il la détruise », notent Michel Aglietta et Guo Bai. Dans les ZES, un système contractuel lie les entreprises chinoises et les entreprises étrangères. La Chine y importe les ingrédients de la fabrication de biens de consommation industriels (électronique, textile, chimie). La main d’œuvre chinoise fait l’assemblage, puis les marchandises sont vendues sur les marchés occidentaux. C’est ce partage des tâches qui est à l’origine d’un double phénomène qui n’a cessé de s’accentuer depuis trente ans : la croissance économique de la Chine et la désindustrialisation de l’Occident. Un demi-siècle après les « guerres de l’opium » (1840-1860) qui virent les puissances occidentales dépecer la Chine, l’Empire du Milieu a pris sa revanche.

Car les Chinois ont tiré les leçons d’une histoire douloureuse. « Cette fois, la libéralisation du commerce et de l’investissement relevait de la souveraineté de la Chine et elle était contrôlée par l’État. Loin d’être des enclaves ne profitant qu’à une poignée de “compradors”, la nouvelle libéralisation du commerce fut un des principaux mécanismes qui ont permis de libérer l’énorme potentiel de la population ».[3] Une autre caractéristique de cette ouverture, souvent méconnue, est qu’elle bénéficia essentiellement à la diaspora chinoise. Entre 1985 et 2005, elle détient 60 % des investissements cumulés, contre 25 % pour les pays occidentaux et 15 % pour Singapour et la Corée du Sud. L’ouverture au capital « étranger » fut d’abord une affaire chinoise. Mobilisant les capitaux disponibles, l’ouverture économique a créé les conditions d’une intégration économique asiatique dont la Chine populaire est la locomotive industrielle.

Dire que la Chine est devenue « capitaliste » après avoir été « communiste » relève donc d’une vision naïve du processus historique. Qu’il y ait des capitalistes en Chine ne fait pas de ce pays un « pays capitaliste », si l’on entend par cette expression un pays où les détenteurs privés de capitaux contrôlent l’économie et la politique nationales. En Chine, c’est un parti communiste de 90 millions d’adhérents, irrigant l’ensemble de la société, qui détient le pouvoir politique. Faut-il parler de système mixte, de capitalisme d’Etat ? C’est davantage conforme à la réalité, mais encore insuffisant. Dès qu’il s’agit de qualifier le système chinois, l’embarras des observateurs occidentaux est patent. Les libéraux se répartissent entre deux catégories : ceux qui reprochent à la Chine d’être toujours communiste, et ceux qui se réjouissent qu’elle soit devenue capitaliste. Les uns n’y voient qu’un « régime communiste et léniniste » bon teint, même s’il a fait des concessions au capitalisme ambiant.[4] Pour les autres, la Chine est devenue « capitaliste » par la force des choses et cette transformation est irréversible.

Certains observateurs occidentaux, toutefois, essaient de saisir le réel avec davantage de subtilité. C’est ainsi que Jean-Louis Beffa, dans un mensuel économique libéral, affirme carrément que la Chine représente « la seule alternative crédible au capitalisme occidental ». « Après plus de trente ans d’un développement inédit, écrit-il, n’est-il pas temps de conclure que la Chine a trouvé la recette d’un contre-modèle efficace au capitalisme à l’occidentale ? Jusque-là, aucune solution de rechange n’était parvenue à s’imposer, et l’effondrement du système communiste autour de la Russie en 1989 avait consacré la réussite du modèle capitaliste. Or la Chine d’aujourd’hui n’y a pas souscrit. Son modèle économique, hybride, combine deux dimensions qui puisent à des sources opposées. La première emprunte au marxisme-léninisme ; elle est marquée par un puissant contrôle du parti et un système de planification vigoureusement appliqué. La seconde se réfère davantage aux pratiques occidentales, qui donnent la part belle à l’initiative individuelle et à l’esprit d’entreprendre. Cohabitent ainsi la mainmise du PCC sur les affaires et un secteur privé foisonnant ».[5]

Cette analyse est intéressante, mais elle renvoie dos-à-dos les deux dimensions - publique et privée - du régime chinois. Or c’est la sphère publique, manifestement, qui est aux commandes. Dirigé par un puissant parti communiste, l’État chinois est un Etat fort. Il maîtrise la monnaie nationale, quitte à la laisser filer pour stimuler les exportations, ce que Washington lui reproche de façon récurrente. Il contrôle la quasi-totalité du système bancaire. Surveillés de près par l’État, les marchés financiers ne jouent pas le rôle exorbitant qu’ils s’arrogent en Occident. Leur ouverture aux capitaux étrangers est d’ailleurs soumise à des conditions draconiennes fixées par le gouvernement. Bref, le pilotage de l’économie chinoise est confié à la main de fer d’un Etat souverain, et non à la « main invisible du marché » chère aux libéraux. Certains s’en affligent. Libéral bon teint, un banquier international qui enseigne à Paris I relève que « l’économie chinoise n’est ni une économie de marché, ni une économie capitaliste. Pas même un capitalisme d’État, car en Chine c’est le marché lui-même qui est contrôlé par l’Etat ».[6] Mais si le régime chinois n’est même pas un capitalisme d’État, est-ce à dire qu’il est « socialiste », c’est-à-dire que l’État y détient la propriété des moyens de production, ou y exerce du moins le contrôle de l’économie ? La réponse à cette question est clairement positive.

La difficulté de la pensée dominante à nommer le régime chinois, on l’a vu, vient d’une illusion longtemps entretenue : abandonnant le dogme communiste, la Chine serait enfin entrée dans le monde merveilleux du capital. On aimerait tant pouvoir dire que la Chine n’est plus communiste ! Convertie au libéralisme, cette nation réintégrerait le droit commun. Retour à l’ordre des choses, une telle capitulation validerait la téléologie de l’homo occidentalis. Mais on a sans doute mal interprété la célèbre formule du réformateur Deng Xiaoping : « peu importe que le chat soit blanc ou noir, pourvu qu’il attrape les souris ». Cela ne signifie pas que le capitalisme et le socialisme sont indifférents, mais que chacun sera jugé sur ses résultats. Une forte dose de capitalisme a été injectée dans l’économie chinoise, sous contrôle de l’État, parce qu’il fallait stimuler le développement des forces productives. Mais la Chine demeure un Etat fort qui dicte sa loi aux marchés financiers, et non l’inverse. Son élite dirigeante est patriote. Même si elle concède une partie du pouvoir économique aux capitalistes « nationaux », elle n’appartient pas à l’oligarchie financière mondialisée. Adepte du « socialisme à la chinoise », formée à l’éthique confucéenne, elle dirige un Etat qui n’est légitime que parce qu’il garantit le bien-être d’un milliard 400 millions de Chinois.

Il ne faut pas oublier, en outre, que l’orientation économique adoptée en 1979 a été rendue possible par les efforts réalisés au cours de la période antérieure. Contrairement aux Occidentaux, les communistes chinois soulignent la continuité - en dépit des changements intervenus - entre le maoïsme et le post-maoïsme. « Beaucoup ont eu à pâtir de l’exercice du pouvoir communiste. Mais ils adhèrent pour la plupart à l’appréciation émise par Deng Xiaoping, lequel avait quelque raison d’en vouloir à Mao Zedong : 70 % de positif, 30 % de négatif. Une phrase est aujourd’hui très répandue parmi les Chinois, révélatrice de leur jugement sur Mao Zedong : Mao nous a fait tenir debout, Deng nous a enrichis. Et ces Chinois estiment tout à fait normal que le portrait de Mao Zedong figure sur les billets de banque. Tout l’attachement que les Chinois affichent encore aujourd’hui pour Mao Zedong tient à ce qu’ils l’identifient à la dignité nationale retrouvée ».[7]

Il est vrai que le maoïsme a mis fin à cent cinquante ans de décadence, de chaos et de misère. La Chine était morcelée, dévastée par l’invasion japonaise et la guerre civile. Mao l’a unifiée. En 1949, elle est le pays le plus pauvre du monde. Son PIB par tête atteint la moitié environ de celui de l’Afrique et moins des trois quarts de celui de l’Inde. Mais de 1950 à 1980, durant la période maoïste, le PIB s’accroît de façon régulière (2,8 % par an en moyenne annuelle), le pays s’industrialise, et la population passe de 552 millions à 1 017 millions d’habitants. Les progrès en matière de santé sont spectaculaires, et les principales épidémies sont éradiquées. Indicateur qui résume tout, l’espérance de vie passe de 44 ans en 1950 à 68 ans en 1980. C’est un fait indéniable : malgré l’échec du « Grand Bond en avant », et malgré l’embargo occidental - ce qu’on oublie généralement de préciser - la population chinoise a gagné 24 ans d’espérance de vie sous Mao. Les progrès en matière d’éducation ont été massifs, notamment dans le primaire : la part de la population analphabète passe de 80 % en 1950 à 16 % en 1980. Enfin, la femme chinoise - qui « porte la moitié du ciel », disait Mao - a été éduquée et affranchie d’un patriarcat ancestral. En 1950, la Chine était en ruines. Trente ans plus tard, elle est encore un pays pauvre du point de vue du PIB par habitant. Mais c’est un Etat souverain, unifié, équipé, doté d’une industrie naissante. L’atmosphère est frugale, mais la population est nourrie, soignée et éduquée comme elle ne l’a jamais été au XXème siècle.

Cette réévaluation de la période maoïste est nécessaire pour comprendre la Chine actuelle. C’est entre 1950 et 1980 que le socialisme a jeté les bases du développement à venir. Dès les années 70, par exemple, la Chine perçoit le fruit de ses efforts en matière de développement agricole. Une silencieuse révolution verte a fait son chemin, bénéficiant des travaux d’une académie chinoise des sciences agricoles créée par le régime communiste. A partir de 1964, les scientifiques chinois obtiennent leurs premiers succès dans la reproduction de variétés de riz à haut rendement. La restauration progressive du système d’irrigation, les progrès réalisés dans la reproduction des semences et la production d’engrais azotés ont transformé l’agriculture. Comme les progrès sanitaires et éducatifs, ces avancées agricoles ont rendu possible les réformes de Deng, elles ont constitué le socle du développement ultérieur. Et cet effort de développement colossal n’a été possible que sous l’impulsion d’un Etat planificateur, la reproduction des semences, par exemple, nécessitant des investissements dans la recherche impossibles dans le cadre des exploitations individuelles.[8]

En réalité, la Chine actuelle est fille de Mao et de Deng, de l’économie dirigée qui l’a unifiée, et de l’économie mixte qui l’a enrichie. Mais le capitalisme libéral à l’occidentale, en Chine, est aux abonnés absents. Il arrive que la presse bourgeoise rende compte avec lucidité de cette indifférence des Chinois à nos propres lubies. On lit dans Les Echos, par exemple, que les Occidentaux ont « commis l’erreur d’avoir pu penser qu’en Chine, le capitalisme d’Etat pourrait céder le pas au capitalisme de marché ». Que reproche-t-on aux Chinois, en définitive ? La réponse ne manque pas de surprendre dans les colonnes d’un hebdomadaire libéral : « La Chine n’a pas la même notion du temps que les Européens et les Américains. Un exemple ? Jamais une entreprise occidentale ne financerait un projet qui ne serait pas rentable. Pas la Chine qui pense à très long terme. Avec sa puissance financière publique accumulée depuis des décennies, elle ne se préoccupe pas en priorité d’une rentabilité à court terme si ses intérêts stratégiques le lui commandent ». Puis l’analyste des Echos conclut : « Cela lui est d’autant plus facile que l’Etat garde la mainmise sur l’économie. Ce qui est impensable dans le système capitaliste tel que l’Occident le pratique, cela ne l’est pas en Chine ». On ne saurait mieux dire ! [9]

Evidemment, cet éclair de lucidité est inhabituel. Il change des litanies coutumières selon lesquelles la dictature communiste est abominable, Xi Jinping est déifié, la Chine croule sous la corruption, son économie est chancelante, son endettement abyssal et son taux de croissance en berne. Enfilade de lieux communs et fausses évidences à l’appui, la vision que donnent de la Chine les médias dominants brille le plus souvent par un simplisme narquois. On prétend comprendre la Chine en la soumettant au lit de Procuste des catégories préétablies chères au petit monde médiatique. Communiste, capitaliste, un peu des deux, ou autre chose encore ? Dans les sphères médiatiques, on y perd son chinois. Difficile d’admettre, sans doute, qu’un pays dirigé par un parti communiste a réussi en trente ans à multiplier par 17 son PIB par habitant. Aucun pays capitaliste ne l’a jamais fait.

Comme d’habitude, les faits sont têtus. Le parti communiste chinois n’a nullement renoncé à son rôle dirigeant dans la société, et il fournit son ossature à un Etat fort. Hérité du maoïsme, cet Etat conserve la maîtrise de la politique monétaire et contrôle le système bancaire. Restructuré dans les années 1990, le secteur public demeure la colonne vertébrale de l’économie chinoise : représentant 40% des actifs et 50% des profits générés par l’industrie, il prédomine à 80-90 % dans les secteurs stratégiques : la sidérurgie, le pétrole, le gaz, l’électricité, le nucléaire, les infrastructures, les transports, l’armement. En Chine, tout ce qui est important pour le développement du pays et pour son rayonnement international est étroitement contrôlé par un Etat souverain. Ce n’est pas en Chine qu’un président de la République braderait au capitalisme américain un joyau industriel comparable à Alstom, offert par Macron à General Electric dans un paquet-cadeau.

En lisant la résolution finale du dix-neuvième congrès du Parti communiste chinois (octobre 2017), on mesure l’ampleur des défis. Lorsque cette résolution affirme que “le Parti doit s’unir pour remporter la victoire décisive de l’édification intégrale de la société de moyenne aisance, faire triompher le socialisme à la chinoise de la nouvelle ère, et lutter sans relâche pour réaliser le rêve chinois du grand renouveau de la nation”, il faut peut-être prendre ces déclarations au sérieux. En Occident, la vision de la Chine est obscurcie par les idées reçues. On s’imagine que l’ouverture aux échanges internationaux et la privatisation de nombreuses entreprises ont sonné le glas du “socialisme à la chinoise”. Mais rien n’est plus faux. Pour les Chinois, cette ouverture est la condition du développement des forces productives, et non le prélude à un changement systémique. Les réformes économiques ont permis de sortir 700 millions de personnes de la pauvreté, soit 10% de la population mondiale. Mais elles s’inscrivent dans une planification à long terme dont l’Etat chinois conserve la maîtrise. Aujourd’hui, de nouveaux défis attendent le pays : la consolidation du marché intérieur, la réduction des inégalités, le développement des énergies vertes et la conquête des hautes technologies.

En devenant la première puissance économique de la planète, la Chine populaire sonne le glas de la prétendue « fin de l’Histoire ». Elle renvoie à la deuxième place une Amérique finissante, minée par la désindustrialisation, le surendettement, le délabrement social et le fiasco de ses aventures militaires. Contrairement aux USA, la Chine est un empire sans impérialisme. Placé au centre du monde, l’Empire du Milieu n’a pas besoin d’étendre ses frontières. Respectueuse du droit international, la Chine se contente de défendre sa sphère d’influence naturelle. Elle ne pratique pas le “regime change” à l’étranger. Vous n’avez pas envie de vivre comme les Chinois ? Aucune importance, ils n’ont pas l’intention de vous convertir. Auto-centrée, la Chine n’est ni conquérante ni prosélyte. Les Occidentaux font la guerre pour enrayer leur déclin, quand les Chinois font des affaires pour développer leur pays. Au cours des trente dernières années, la Chine n’a mené aucune guerre et a multiplié son PIB par 17. Dans la même période, les USA ont mené une dizaine de guerres et précipité leur décadence. Les Chinois ont éradiqué la pauvreté, quand les USA déstabilisaient l’économie mondiale en vivant à crédit. En Chine la misère recule, tandis qu’aux USA elle progresse. Que cela plaise ou non, le « socialisme à la chinoise » met une fessée au capitalisme à l’occidentale. Décidément, la « fin de l’Histoire » peut en cacher une autre.

Bruno GUIGUE

(La Pensée libre, août 2018)

[1] Francis Fukuyama, La fin de l’Histoire et le dernier homme, 1993, Flammarion.

[2] Michel Aglietta et Guo Bai, La Voie chinoise, capitalisme et empire, Odile Jacob, 2012, p.17.

[3) Ibidem, p. 186.

[4] Valérie Niquet, « La Chine reste un régime communiste et léniniste », France TV Info, 18 octobre 2017.

[5] Jean-Louis Beffa, « La Chine, première alternative crédible au capitalisme », Challenges, 23 juin 2018.

[6] Dominique de Rambures, La Chine, une transition à haut risque, Editions de l’Aube, 2016, p. 33.

[7] Philippe Barret, N’ayez pas peur de la Chine !, Robert Laffont, 2018, p. 230.

[8] Michel Aglietta et Guo Bai, op. cit., p.117.

[9] Richard Hiaut, « Comment la Chine a dupé Américains et Européens à l’OMC », Les Echos, 6 juillet 2018.

COMMENTAIRES  

20/08/2018 23:00 par Michel Maugis

Merci M. Guigue pour cet article qui résume excellement le développement de la Chine depuis la prise du pouvoir politique par le parti communiste chinois en 1949.
J’ai toujours défendu l’idée que la Chine n’ a cessé d`être communiste depuis cette date, puisqu’elle n’ a cessé d’être dirigée par le PCC. La classe dominante occidentale ne cesse de semer la confusion et tromper son monde avec ce mot "communisme", en assimilant le "combat du communisme" pour la construction du socialisme, comme étape intermédiaire, avec le communisme mode de production.
Pourtant un certain Karl a très bien défini le sens du communisme, et que le Grand Soir a souvent rappelé judicieusement :
« Pour nous, le communisme n’est pas un état de choses qu’il convient d’établir, un idéal auquel la réalité devra se conformer. Nous appelons communisme le mouvement réel qui abolit l’état actuel des choses. »
Encore bravo pour cet article ! j’ espère le voir sur Agoravox.

ps : pour moi, la Russie construit aussi son socialisme et est aussi communiste et marxiste

21/08/2018 05:17 par BEYER Michel

Merci pour cet article d’une très grande clarté.
J’en retire un maître mot : SOUVERAINETE......souveraineté de l’Etat et contrôle de l’Etat. La Chine n’a pas fait l’erreur de passer directement du capitalisme au socialisme.

21/08/2018 09:03 par ErJiEff

excellente synthèse, qui met (enfin !) en avant la nécessité incontournable d’un État fort.
Car seul un État peut se permettre d’investir à long terme, ce qui signifie que seul un État peut gérer les principales garantie d’un développement qualitatif d’une société.
Je les appelle les "7 piliers de l’État" :
l’instruction - la santé - la production et la distribution d’énergie - la sécurité intérieure - la sécurité extérieure - la justice - le désenclavement généralisé des citoyens.

Nous avons eu une première tentative dans cette direction, avec le CNR, mais le soft power américain a réussi à y mettre fin.
Sans doute aura-t-il fallu prendre la mesure du succès chinois pour nous remettre sur ces rails ?
N’est-il pas trop tard ? La capacité de destruction des élites européennes au pouvoir depuis bientot cinquante ans n’a pas de limites

21/08/2018 11:41 par CN46400

D’accord avec au moins 90% de cet article. Un manque cependant, la relation entre la NEP de Lénine, interrompue par Staline en 1927, et la politique de Deng Xiao Ping lancée après 1980. La formule de Deng sur la couleur des chats complète parfaitement celle de Lénine : "ils nous vendront la corde pour les pendre"
Lénine avait annoncé la NEP pour "plusieurs générations", Deng a annoncé la sienne pour "un demi-siècle", on arrive au bout (2030) et ça commence à s’agiter sérieux dans le camp du capital, comme si "la fin de l’histoire" n’était pas, exactement, celle qui était prévue... !

21/08/2018 13:08 par Philippe

Pardon de ne pas partager votre enthousiasme.

Sortir 700 millions de chinois sur plus d’1 milliard 400 millions (2% de la population), on ne peut pas vraiment appeler ça avoir éradiquer la pauvreté… En chine la misère recule dites-vous. Certes, mais c’est un phénomène qui s’est également produit dans des pays capitalistes [ex. 30 glorieuses]. Le propre du capitalisme est de creuser les inégalités, donc forcément, le niveau de vie de certain progresse au détriment des autres. Je ne vois rien de communiste là-dedans [1].

La Chine n’est pas un pays impérialiste ? Allez dire ça aux pays africains qui se retrouvent inondés de crédits chinois [2] une autre forme d’impérialisme.

Que pensez-vous de la restriction des libertés individuelles et du contrôle de la population [3] ?

Enfin, la Chine est et restera pour (trop) longtemps un pays productiviste, un peu tourné vers l’écologie, mais à quel prix et pour quelles raisons profondes si ce n’est maintenir ses avantages compétitifs ? [4] [5]
Je doute que ce soit pour le bien de la planète… qu’on produise un IPhone dans un pays communiste plutôt que capitaliste m’importe peu. Ce qui m’importe c’est que l’on produise des IPhones.

Je ne veux pas discuter si la Chine est un pays communiste ou non. Mais si c’est le cas, ce communisme-là vous pouvez le garder. Je préfère celui d’André Gorz !

[1] https://www.inegalites.fr/Les-inegalites-augmentent-en-Chine?id_theme=26
[2] http://www.cadtm.org/Comment-la-Chine-alimente-la-dette-africaine
[3] https://www.rtbf.be/info/monde/detail_la-chine-experimente-un-systeme-de-notation-de-sa-population?id=9910924
[4] https://www.monde-diplomatique.fr/2017/07/PITRON/57635
[5] https://www.monde-diplomatique.fr/2018/08/PITRON/58979

21/08/2018 13:46 par Danael

Excellente analyse de Bruno Guigue. Si en Chine, tout ce qui est important pour le développement du pays et pour son rayonnement international est étroitement contrôlé par un Etat souverain, cette souveraineté n’a jamais joué les règles du capitalisme pour se renforcer à savoir : sanctions, devoir de soumission pour les autres pays, ingérences de toutes sortes, etc. Elle nous montre aussi que le socialisme peut prendre différentes formes conformément aux réalités et problématiques de chaque pays. Plus qu’une théorie fixe, le socialisme c’est aussi un corps vivant.

21/08/2018 14:02 par Michel Maugis

@Philippe
« Sortir 700 millions de chinois sur plus d’1 milliard 400 million. 2% de la population »
Je vois que vous êtes très fort en math, ou alors vous vouliez dire 1/2 de la population ?

21/08/2018 15:42 par CN46400

@ Philippe
on ne peut pas vraiment appeler ça avoir éradiquer la pauvreté…
On ne va pas pinailler sur les chiffres, mais qui donc a fait mieux sur une échelle comparable, Inde ? Afrique ? Et puisque vous parlez des pays capitalistes occidentaux, vous aurait-il échappé que le capitalisme occidental a beaucoup exploité, pendant des siècles, le reste de la planète avec les calamités adjacentes, pillage, esclavage et génocide, notamment des indiens d’Amérique du Nord...
pays africains qui se retrouvent inondés de crédits chinois...
En Afrique, la Chine applique la même politique que celle qui prévaut entre elle et les capitalistes occidentaux qui travaillent en Chine. Les travailleurs sont payés avec la vente sur place, par les capitalistes, ou les états, locaux, d’une partie de la production et le capital (chinois dans le cas actuel de l’Afrique) se rémunère par l’exportation du reste de la production. Ca a marché en Chine et ça marche aussi en Ethiopie par exemple.
Pendant ce temps, Macron, et ses acolytes (Bolloré vous connaissez ?), pataugent dans les remugles de la "francafrique" en faisant dégueuler leur médias sur "l’impérialisme chinois". Quand à la démocratie "à la chinoise", en Afrique on n’a nulle part vu mieux, notamment dans les ex-colonies françaises, et en Chine d’ailleurs non plus. Chaque jour, le chinois de base voit son bol de riz gonfler par rapport à celui de la veille. Etes-vous sûr que la démocratie occidentale garantit, maintenant, une pareille évolution à tous les citoyens ?

21/08/2018 15:51 par Grand-mère Michelle

En effet, cet article confirme, avec des précisions chiffrées, l’impression que j’ai de la Chine, en tant que simple citoyenne qui, depuis 60 ans, tente d’évaluer l’état du monde en comparant les diverses informations disponibles. Je suis quand même étonnée de ne pas y trouver l’évocation des tentatives néo-colonialistes chinoises, notamment en Afrique.
Malheureusement, ce constat très réaliste et instructif révèle que la gouvernance chinoise n’échappe pas à la principale faille appréciative qui touche tous les États et qui déséquilibre profondément notre vivre-ensemble et notre environnement : le fait que les dirigeants qui veillent à l’amélioration des conditions de vie de "leur" peuple sont beaucoup trop chinois et pas assez humains ! Ils ne semblent pas avoir pris la mesure des dangers mortels qui guettent notre espèce, ainsi que toutes les autres, du fait de la sur-production, sur-consommation et gaspillage des milliards de trucs inutiles qui nous étouffent, nous empoisonnent et nous écrabouillent, sans oublier le gaspillage d’énergie représenté par la force de travail de tous les bras et les cerveaux chinois pour assurer la stabilité de cet État longtemps opprimé par des forces envahissantes en quête de conquêtes(alors que toute l’énergie laborieuse et l’ingéniosité humaine rassemblées pourraient nous sauver de l’anéantissement annoncé). Ils n’ont pas compris, malgré la sagesse ancestrale de leurs philosophies, que la compétition ne mène qu’à la destruction et que seule la coopération peut nous offrir une chance de réparer les énormes dégâts que nous avons causés à notre biotope par notre suffisance extrême, notre ego sur-dimensionné "d’espèce supérieure", qui nous a empêché-e-s de voir que tout le vivant est inter-dépendant. Donc, ils ont effectivement une vision à long terme concernant la Chine, mais pas concernant l’humanité ni le reste du Vivant.
La guerre commerciale, c’est aussi la guerre. Et, depuis que les Nations se sont unies pour convenir de lois(régulièrement bafouées) qui protègent les États d’ingérence et d’envahissement, les "guerres commerciales" n’ont cessé de nuire aux populations et leurs environnements, les territoires et leurs habitant-e-s étant devenus "des parts de marché", par et pour une marche forcée vers une technologisation néfaste qui fera de nous des robots sans plus la moindre capacité de discernement.
Alors oui, il serait bon de nous inspirer de certains aspects de la politique chinoise, de la planification à long terme, de l’investissement dans la recherche, de l’instruction du peuple, par exemple, mais nous devons le faire TOU-TE-S ENSEMBLE.
Et nous pourrions commencer en Europe, en organisant notre production et nos échanges en fonction de nos besoins et des impératifs environnementaux mondiaux, en veillant à assurer la santé physique et mentale des habitant-e-s, en les instruisant correctement des réalités et de leurs capacités et possibilités de coopération, en protégeant nos diversités culturelles et nos patrimoines matériels et immatériels(dont les langues, entre autres la française grâce à laquelle nous nous comprenons vous et moi), et en accueillant tout qui veut participer à cette œuvre salutaire...
Pour cela, nous devons construire une Union Européenne politique forte et fière, confiante, décidée, avec des institutions démocratiques qui encourageraient le débat public et ne permettraient plus la corruption et le clientélisme, avec de nouvelles lois et une justice accessible à tou-te-s(établissement d’une constitution, révision des institutions).
Avis et appel aux candidat-e-s qui souhaitent se présenter aux prochaines élections : le peuple prend conscience de sa citoyenneté, il veut des élu-e-s qui le représentent et écoutent, considèrent, respectent leurs aspirations à un bien-être individuel et généralisé des générations actuelles et futures. C’est pour cela que nous leur allouons des moyens de subsistance aussi substantiels, pas pour nous diriger vers un avenir mortifère !
Quant à "l’argent"... Nous savons tou-te-s que le système qui se base sur son accumulation est un serpent qui se mord la queue, qu’il est en train de s’effondrer, et qu’il ne tient plus que par la force des armes, de la désinformation, et de notre inertie. Nos vraies richesses sont l’eau, l’air, la terre, le soleil, ainsi que la force vitale qui nous anime. Fort heureusement, en Europe, nous n’en manquons pas ! Ce qui nous permettra toujours d’être solidaires avec d’autres peuples de régions moins favorisées.

21/08/2018 15:51 par Assimbonanga

Qu’elle soit capitaliste ou communiste, l’agriculture productiviste est responsable de nombreux crimes (contre l’humanité et aussi contre l’animalité !). Elle ne dépend pas pour son essor d’un régime politique particulier mais c’est une des impasses du genre humain qui a oublié au cours de son progrès technologique de prendre du recul sur les objectifs à atteindre. Russie, Europe, US, Chine, on observe le même gigantisme et le même culte du rendement.
Té, pour retrouver des choses encore à échelle humaine, voici le dernier article de Thierry Deronne : https://venezuelainfos.wordpress.com/2018/08/21/terra-tv-les-paysannes-du-venezuela-definissent-les-contenus-et-se-forment-pour-les-realiser/#jp-carousel-16488

21/08/2018 18:41 par Danael

Il faut un certain niveau de développement des forces productives pour organiser une politique écologique de manière efficace et pratique . Il faut aussi une planification étatique et des investissements massifs contrôlés par l’État. La Chine a maintenant tous ces atouts et a choisi le virage écologique comme prioritaire ces deux dernières années. Si sa conception est une des plus avancée sur le sujet, se pose cependant la problématique d’une croissance et d’une consommation soutenable et équitable.
http://french.china.org.cn/china/txt/2017-11/09/content_50056331.htm

22/08/2018 07:45 par rey

L’ article est convaincant. Tout ce que je me souviens d’ avoir lu de Bruno Guigue donne la même impression de solidité. Détail amusant : son sérieux semble avoir influé sur la qualité des commentaires ( à l’ exception d’ un certain Philippe qui devrait se faire offrir une machine à calculer). Soucieux d’ apprivoiser des modérateurs extraordinairement sympas et très rarement grognons, je me permets d’ ajouter : cela (ces commentaires, veux-je dire) nous change agréablement des âneries, ou du moins des grosses naïvetés qu’ avait encouragées la mélenchonophilie (modérée, certes) du GS, dans les mois ayant suivi l’ élection présidentielle.

22/08/2018 09:02 par Philippe

@Michel Maugis
Un peu des deux mon colonel. C’est vrai que je ne suis pas doué en math, mais pas à ce point-là :-)
Je voulais dire effectivement la moitié mais je me suis un peu égaré dans mes réflexions en cours de route. J’en profite pour préciser que je n’estime pas ce chiffre comme insignifiant. C’est juste que je mesurais le chemin qui restait à faire. Mais je salue le travail accompli, sous réserve d’inventaire. Vous savez bien ce que c’est avec les chiffres, on leur fait un peu dire ce qu’on veut…

@CN46400
Je vous rassure, je n’ai aucune sympathie pour le capitalisme, même à dose homéopathique. Me référant à André Gorz, mes adducteurs ne supporteraient pas pareil grand écart.
Ensuite, en tant que belge, je suis bien placé pour savoir de quoi nous, petits blancs arrogants, sommes responsables en Afrique et ce que nous lui devons. Je me permets juste de me méfier des bonnes intentions de la Chine à l’égard des peuples africains. Et lorsque vous écrivez : « la Chine applique la même politique que celle qui prévaut entre elle et les capitalistes occidentaux », ce n’est pas pour me rassurer.
Enfin, je ne me fais aucune illusion sur ce qui reste de nos libertés individuelles en Europe comme dans le reste du si bien nommé « monde libre ». Mais ce n’est pas parce que c’est la merde chez nous que c’est mieux chez eux. J’aurais même tendance à croire qu’ils ont une longueur d’avance en la matière. A mes yeux, le fait que leur bol de riz soit mieux rempli ne change rien à l’affaire. C’est un luxe que je peux me permettre avec mon gros ventre bien plein sur le dos de l’Afrique. Il n’y a pas de quoi me vanter…

22/08/2018 18:56 par bostephbesac

Et Philippe, 700 millions sur 1,4 milliards, à moins que je ne sache plus compter, c’ est 50% . Bien mieux que vos "2%" !

23/08/2018 06:38 par François de Marseille

@ Philippe :" voulais dire effectivement la moitié mais je me suis un peu égaré dans mes réflexions en cours de route. J’en profite pour préciser que je n’estime pas ce chiffre comme insignifiant"
C’est ce qu’on appelle ramer. Mais le chiffre réel est tellement énorme qu’il démoli toute votre argumentation. Sortir 700 millions de personne de la pauvreté c’est dans l’absolu probablement la plus grande avancée sociale de tout notre histoire.

23/08/2018 07:37 par Xiao Pignouf

@Rey

cela (ces commentaires, veux-je dire) nous change agréablement des âneries, ou du moins des grosses naïvetés qu’ avait encouragées la mélenchonophilie

Vous avez, vous, cela de commun avec ces charmants quadrupèdes que sont les ânes : votre entêtement. Je vous lis, et me dis « tiens, le revoilà, ça faisait des lustres, que va-t-il nous dire cette fois ? » Dans un article et des commentaires qui n’évoquent absolument pas ce sujet, il vous faut 5 lignes pour braire le nom de Mélenchon... 5 lignes... Connaissant votre monomanie, on se dit que ça fait beaucoup.

Hi han, mon vieux.

23/08/2018 08:34 par Xiao Pignouf

D’accord avec cet article, le contrôle étatique ferme en Chine fait son succès, alors que l’Europe, qui peut voir son avenir dans la destinée américaine, laisse au privé un contrôle qui a des conséquences révoltantes. A tel point que travail et chômdu sont devenus la carotte et le bâton pour nous faire filer droit.

Cependant, la politique n’est pas le seul argument du succès : une main d’oeuvre gigantesque, notamment ceux qu’on appelle les ouvriers migrants, autrement dit mingong (民工 littéralement paysan ouvrier) qui se déplacent en Chine, au gré des chantiers avec leur baluchon et leur famllle parfois. Pour beaucoup, la Chine leur doit son essor, malheureusement et bien qu’elles se soient améliorées leurs conditions d’existence restent difficiles. En outre, la classe moyenne à aisée chinoise ne se rend pas toujours compte de ce qu’elle doit à ces Chinois de l’ombre, qui aussi charmants soient-ils sont mal acceptés dans les villes où ils travaillent. On les traitent bien souvent comme des citoyens de seconde zone. Un peu à l’instar de ce qu’ont vécu les Maghrébins venus travailler en France, en moins pire cela dit.

On peut aussi évoquer les conditions de travail. D’aucuns verraient matière à critiquer. Pour ma part, je reste prudent car la perception du travail reste culturelle et la réussite sociale y étant subordonnée, le peuple chinois a toujours été un peuple laborieux.

Mais accepterions-nous de travailler jour et nuit, le week-end sans droit de grève ni syndicats ? Je ne crois pas. Ce que je crois, c’est que c’est aussi cette manière de penser/subir le travail qui fait que ce peuple, et particulièrement sa classe ouvrière et paysanne, malgré les pages sombres de son histoire, a toujours réussi à relever la tête.

Enfin, dire que la Chine a éradiqué la pauvreté me semble aller un peu vite en besogne.

23/08/2018 09:10 par chb

Mélenchon : une description du socialisme réel, chinois pour cet article, incite évidemment à en envisager la pertinence pour le monde, et en particulier pour la France. Qui d’autre incarne ici l’alternative de gauche, que l’on doit jauger avant de s’y jeter ?
Alors suite à des analyses solides comme celles de B. Guigue, je me demande braiment si JLM, avec ses discours sympa et parfois enthousiasmants mais très cadrés (!), peut concrétiser nos espoirs, ou s’il serait juste un autre thaumaturge ignoblement décevant à la Tsípras. Avoir vécu en 1983 et pendant quelques autres trahisons mène à admettre que le principe de réalité obère salement les aspirations populaires.
Accéder au pouvoir, y mener une politique de gauche ET rester en vie : comment JLM gère-t-il la perspective dans ce cadre sinon par quelque arrangement avec le capitalisme ? Jusqu’où, et au profit de qui, à la fin ? Sur quel cap tiendrait-il la barre dans la tempête inévitable ? Admirant ou critiquant LFI, c’est toujours utile d’interroger ses plans.

23/08/2018 09:55 par Michel Maugis

@Philippe

Je ne vois rien de communiste là-dedans [1]./quote>

Pourquoi devrait il y avoir une contradiction entre politique communiste et mode de production communiste ?

1) la Chile n’a jamais dit qu’elle était un pays à mode de production communiste. C’est la racaille capitaliste et les soi disant socialistes qui l ’affirment, pour semer la confusion entre mouvement politique que l’on appelle "communisme" et le communisme mode de production au même titre que esclavagisme, féodalisme, capitalisme et......socialisme.

2) La Chine est socialiste depuis la prise de pouvoir par les communistes

3) la Chine est dirigée par le PCC depuis 1949, elle est donc communiste de la même manière que a France était dirigé par des socialistes sous Hollande et Mitterrand et sous la IV... mais pas pour construire le socialiste pour continuer les affaires du Grand Capital
4) en un mot la Chine est marxiste
Et le marxisme enseigne que le socialisme ne peut se construire qu’après un capitalisme très développé, ce qui fait qu’une politique marxiste à volonté communiste ne contredit pas une orientation capitaliste d’une économie.
Ce qui me fait dire que la Russie est toujours marxiste, Et l’attitude de la réaction du FUKUS l’égard de la Russie le démontre superbement. ( Mais chut, faut pas le dire, quoique que l’Oligarchie le sait très bien aussi)
5) Cette confusion entre communisme, mouvement politique révolutionnaire, et communisme mode de production future scientifique et moderne de la société n’est réalisé nulle part jusqu’à ce jour. Mais elle a existé sous forme primitive il y a des dizaine de milliers d’années et existe encore dans quelques contrées en AL, Australie, Afrique et Asie.

Cete confusion entretenue est la plus grande victoire de l’idéologie bourgeoise.

23/08/2018 11:31 par CN46400

@ XiaoPignouf
Les "mingmong" ne sont à la Chine que les moyens et la conséquence de l’industrialisation, que les pays occidentaux ont connue au 19 et 20° siècles, c’est à dire exode rural progressif + urbanisation massive. La spécificité chinoise tient à la rapidité du phénomène (1/2 siècle), son étendue (800 millions d’individus) et son organisation rationalisée par un état omniprésent (d’abord la côte, puis pénétration progressive vers l’intérieur). On est en plein dans le "capitalisme d’état" décrit par Lénine à propos de la NEP, mais sans un "Staline" pour suivre la disparition de Deng....
@ chb
La politique du PCC est-elle transposable en Occident en général et en France en particulier, et avec Mélenchon comme timonier ? Vaste chantier pour entretenir des polémiques multiples et variées et sans doute stériles.....

23/08/2018 13:18 par François de Marseille

@ chb : " je me demande braiment si JLM, avec ses discours sympa et parfois enthousiasmants mais très cadrés (!), peut concrétiser nos espoirs, ou s’il serait juste un autre thaumaturge ignoblement décevant à la Tsípras."
On n’est sur de rien mais quelle autre alternative existe ?
Pour l’âne qui bRey, c’est sans espoir.
@ B. Guigue : Je me demande juste quelle a été la contribution du gouvernent de Chang Kai Check à cette evolution. La Chine est le seule pays (il me semble) ou le communisme a été un coup d’état dessituant un gouvernement démocratique selon les normes communément admises.
Pour avoir travaillé quelque temps à Taïwan (dans le domaine de la recherche à l’univ, je n’etait pas un expat cherchant un gros salaire) je me pose cette question.
Félicitation au passage pour vos article que j’apprécie beaucoup.

23/08/2018 19:09 par tchoo

La vision de l’état chinois qui dirige le marché me semble assez juste pour ramasser en quelques mots le régime politique de ce grand pays que l’on a pas fini de découvrir

23/08/2018 21:59 par Michel Maugis

La Chine est le seul pays (il me semble) ou le communisme a été un coup d’état destituant un gouvernement démocratique selon les normes communément admises.

Sauf qu’un gouvernement "démocratique bourgeois" selon les normes communément IMPOSÉES par cette même bourgeoisie ne peut être vraiment DÉMOcratique par définition même. C’est un oxymoron.

Seul un gouvernement du peuple (DEMO) est démocratique par définition. C’est un pléonasme
Il me semble que les bolchéviques ont bien fait un coup d´état révolutionnaire en 1917 contre un gouvernement "démocratique oxymorique" C’était une dictature bourgeoise (une minorité) renversée par un coup d’état pour instaurer une dictature du peuple (majoritaire).

Il me semble que toute tentative pour renverser démocratiquement une dictature bourgeoise se solde invariablement par un soulèvement fasciste de la droite aidée par les USA( Iran, Chili, Venezuela, Paraguay, Nicaragua, Grenade etc...) avec la complicité à peine feinte du Clergé et de la "sociale" "démocratie" internationale.. qui spécule sur ses mains qui veulent rester propres

23/08/2018 23:29 par François de Marseille

@ Michel Maugis : Ne jouez pas sur les morts. La révolution Russe à renversé une régime totalitaire.
Vos gémissement sur le gouvernement de CKS n’apporte rien au moulin, si vous avez des information sérieuse pour éclairer le débat, je suis preneur. Ceux qui ont vécu la révolution et sont ensuite parti à Taïwan n’ont pas la même vision simpliste que la vôtre. Et ce ne sont pas forcément des gros fascistes/bourgeois, le parti historique de CKS est favorable à un rapprochement avec la Chine continentale.
A simplifier à l’extrême on rentre dans la caricature.

24/08/2018 01:56 par Michel Maugis

@François de Marseille

Ne jouez pas sur les morts. La révolution Russe à renversé une régime totalitaire.

Oú est ce que j’ai joué sur les mots ? Vous dites la même chose, selon votre idéologie. Laquelle ?

Vos gémissement sur le gouvernement de CKS n’apporte rien au moulin, si vous avez des information sérieuse pour éclairer le débat,

Quel gémissements ? SVP apprenez à vous exprimer et non à donner votre opinion comme un vulgaire social démocrate aux mains qui veulent rester propres tout en voulant faire une révolution. Quelles informations non sérieuses ? J’en ai donnée aucune, sérieuse ou non, seulement des opinions argumentées qui ne vous plaisent pas.

Ceux qui ont vécu la révolution et sont ensuite parti à Taïwan n’ont pas la même vision simpliste que la vôtre.

Bah OUI ! ILS ONT LA LEUR, CE N’EST PAS LA MÊME. je préfère la mienne. Est ce mal ?
Vosu êtes donc du côté de ceux minoritaires qui simplifièrent selon vos opinions, et non de ceux qui SONT RESTÉS en Chine communiste. Qu’est ce que vous voulez prouver ? il manque votre raisonnement, votre conclusion ? dois je la deviner ?

Et ce ne sont pas forcément des gros fascistes/bourgeois, le parti historique de CKS est favorable à un rapprochement avec la Chine continentale.

Vous voulez dire avec la Chine Communiste ? Les USA sont ils d’accord ?

Ou ai je dis cela ??? . Vous inventez. En 1965, quand je militais pour François Mitterrand, certains de mes opposants parlaient déjà de fuir la France s’ill gagnait les élections. D’autres l’ont fuie après 1981.

Dans toute révolution, ceux qui sont contre par tromperie ou pour des bonnes raisons fuient, bien évidemment.
Vous avez redécouvert l’eau chaude avec vos sophismes. En 1789 aussi des gens fuyaient. Qu’est ce que vous voulez prouver ?

Que vous avez une recette pour changer la France sans que certaines personnes fuient ?

BRAVO !!!! Faites un Parti, ou expliquez la à ceux qui luttent depuis des lustres en soutenant l’URSS, la Chine, Cuba et bien d’autres pays en résistance.

A simplifier à l’extrême on rentre dans la caricature.

Laquelle ? Donner une vision cohérente c’est une caricature ?
Vous n’avez absolument rien dit de pertinent ou plutôt ce que n’importe quel adversaire de la Révolution russe ou autre dirait pour ne pas se salir les mains et par manque de courage surtout, C’est bien moins risqué votre position, elle est archi connue depuis la nuit des temps. ( sauf pour les "révolutions" printanières arabes, bien sûr ) Elles sont propres celles-la, et soutenues par les "démocraties" en plus
Juste pour vous aidez : Si vous souhaitez me contredire, voire me réfuter, sur une partie de mes lignes, SVP citez la et critiquez la sur ses mérites propres. C’est certainement possible, et c’est ce qui fait un débat.
Sinon, vous ne faites que dire votre opinion NON ARGUMENTÉE qui est celle rabâchée depuis toujours... par les sociaux démocrates installateurs de dictatures

24/08/2018 08:07 par CN46400

@ François de Marseille
" le communisme a été un coup d’état dessituant un gouvernement démocratique "
Réglez votre lorgnette, en 1949 il y a deux armées sur le terrain, alliées contre les japs, dont une est soutenue par les ricains et l’autre, celle de Mao, existe depuis près de 20 ans avec à son actif le contrôle effectif d’une bonne partie du pays. Quand le pb jap est réglè, il y en a une de trop, celle de Mao va gagner et celle de Tchang va se replier, avec l’aide des USA, sur l’île de Formose. La Chine "nationaliste" est née, fiction destinée à contrer pour, le compte des USA, la "Chine communiste" brrr...

24/08/2018 08:33 par babelouest

@ François et Michel
Si vous avez des informations politiques sur Taiwan, je suis preneur : les deux jeunes frères de mon gendre habitent maintenant Taiwan, l’un d’eux s’y est même déjà marié. J’espère que tout se passera bien pour eux.

24/08/2018 13:15 par François de Marseille

@ cn46400 : c’est vous qui devriez mettre à jour vos papyrus : (Wikipedia)
La république de Chine (1912-1949) est le régime, fondé par Sun Yat-sen, qui gouverna la Chine de la chute de la dynastie Qing en 1912 à la proclamation de la république populaire de Chine en 1949 ;

@ Michel Maugis : relisez vous, vous ne proclamez que des slogans. Et oui, le parti de CKS est pour un rapprochement avec le mainland et c’est le dernier soucis des usa.

24/08/2018 13:23 par François de Marseille

@ Babe ouest : ils ont de la chance, j’y suis allé cet été. Le contact humain est à des années lumière de l’arrogance française.
(aller, je me tait, j’ai le warning d’excès de blabla de LGS).

03/09/2018 15:51 par Luniterre

Dès le début des années 70 Nixon et Mao, avec l’entremise de Kissinger, ont relancé le capitalisme chinois comme nouveau satellite de l’impérialisme US, pour barrer la route à l’émergence des luttes de libération nationale encore soutenues par l’URSS.

Sans l’injection massive, dès cette époque, de capitaux US, pas de « développement » possible et depuis, toujours une aussi grande dépendance aux exportations et pas de réussite notable d’un réel développement endogène.

Et donc la « souveraineté nationale » de la Chine reste une illusion, pour l’essentiel, et ne commence qu’à peine à pouvoir se dessiner, et précisément dans le domaine du capital financier, effectivement habilement accumulé par la bourgeoisie bureaucratique « étatique » chinoise, et notamment celle qui contrôle le PCC.

Parler d’un « socialisme » qui se serait construit sur la base du capitalisme financier, c’est à la fois se payer de mots (...bien payés ???) et se foutre de la gueule du lecteur, même s’il y en a qui en redemandent, en mal de rêve politique, ce que l’on peut comprendre, vu l’état de la « gauche » française...

Le « développement » du nouveau capitalisme compador chinois, succédant à l’échec de la période « nationale »-maoïste (1949-1969), a effectivement permis l’essor d’une classe moyenne et d’une très relative « aristocratie ouvrière », phénomène assez comparable à ce qui s’est produit lors des « 30 glorieuses », mais reste donc en attente de réel développement endogène, introuvable, en réalité, dans le cadre de la mondialisation impérialiste, où la Chine est en train de s’intégrer en prenant sa part dans les flux de capitaux financiers, et donc sans la remettre réellement en cause.

Outre cette dépendance aux flux financiers, la « performance » économique chinoise n’a rien d’exceptionnel, comparée aux « 30 glorieuses », par exemple, et encore moins, comparée au développement réellement endogène, pour le coup, de l’URSS, entre la fin de la NEP, suite à son échec, au tournant des année 30, où elle se trouvait donc à nouveau ruinée, et le tournant des années 40, où elle arrête les armées nazies, en Décembre 1941, aux portes de Moscou, soit en une dizaine d’années, seulement !!!

C’est là qu’il y a une performance économique remarquable, carrément unique, sans équivalent depuis, et c’est celle du socialisme réel, et de lui seul !!!

Luniterre

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2015/09/01/de-la-structuration-maoiste-de-la-bulle-chinoise/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/07/30/de-la-guerre-commerciale-a-la-guerre-monetaire-lete-en-pente-douce-du-yuan-chinois/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/chine-capitalisme-ou-socialisme-aux-racines-du-maoisme/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2016/10/03/entree-historique-du-yuan-aux-dts-du-fmi-ou-le-bal-des-diables-boiteux/

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29/11/2018 17:47 par Jorge Alfonso

Tratar de calificar e encasillar el sistema de gobierno y político Chino desde visiones occidentales es el mismo error que cometieron los primeros occidentales que viajaron al Oriente, Japon y China, jamas entendieron para nada a los Chinos, eran y son un enigma, a causa de su idiosincrasia y su aislamiento, aveces mitad en serio mitad mitad de forma burlesca que son extraterrestres, incluso no les causa la impresión que los Chinos miden el tiempo de forma distintas a el resto de los humanos, nosotros nos aferramos y pensamos en años, ellos en Generaciones.
Bajo estas premisas mi opinión es que los chinos lo que han logrado es hacer coexistir un Gobierno y dos naciones en toda China, no solamente por la existencia de Hong kan, sino por las existencias de dos sistemas que conviven mezclados pero separados, hasta supongo que pueden existir en China hasta tres sistemas, Indudablemente una forma de capitalismo, aferrado a la acumulación de capital y al comercio o sociedad de consumo con aberrante explotación del hombre por el hombre, creo no hace falta mas para ser capitalista, pero simultáneamente el control del Estado sobre las principales Industrial y empresas mas importante para el desarrollo y crecimiento económico, y en los posible influir en la distribución de las riquezas, sin limitar en gran medida la creciente desigualdad para mantener la unidad nacional. China tomara una forma definida quizás en la década del 40 al 50 cuando sea la mayor potencia económica del mundo y tenga los medios militares para asegurar su independencia, entonces habrá eliminado toda forma de pobreza y halla alcanzando el nivel de vida mas alto de sociedad alguna en la tierra, y el mayor grado de felicidad en términos Chinos. Actualmente China es lo que necesita ser y Xi Jinping lo lograra con su espada cortando moscas y Tigres de la corrupción.

29/11/2018 18:56 par legrandsoir

comentario en espanol... Vale !

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