Le rétablissement du droit à la retraite à 60 ans est une question majeure pour la primaire comme pour la présidentielle 2012

Ce n’est pas un jeu de chat et de souris ni de petite phrase. C’est une question aigüe, sensible, décisive. C’est là -dessus depuis 2010 que Sarkozy a plongé dans les sondages, parce qu’il a voulu tuer la retraite à 60 ans.

8 millions de français ont manifesté au moins une fois en 2010 contre la sale loi Sarkozy-Woerth-Fillon de pillage de nos retraites. Il y a 75 % de l’opinion qui est profondément attaché au retour au droit à la retraite à 60 ans.

Un droit c’est un droit, ça ne se mégote pas. Les 35 h c’est les 35 h ça n’est pas à la carte. 48 h c’est 48 h, la durée maxima d’ordre public social. Le Smic est le même pour tout le monde, ça ne se mendie pas branche par branche. L’ordre public social ne se découpe pas en tranches. 60 ans c’est 60 ans, ce n’est pas une retraite à la carte. L’ordre public social dans ce pays, ça signifie encore quelque chose.

Le droit légal de prendre sa retraite à 60 ans, c’est un droit, pas une obligation : mais c’est un droit pour tous, pas découpé en rondelles.

Je n’arrive pas à comprendre la pression qui s’exerce sur la position de Martine Aubry quand celle-ci semble s’excuser à la télévision : « - Je ne suis pas une caricature, je ne défends pas la retraite à 60 ans pour tous ». Au contraire, il faut défendre vigoureusement UN DROIT OUVERT A TOUS contre les vraies caricatures de ceux qui fabulent sur une société avec des centenaires partout : ils n’ont jamais regardé de prés le corps des humains qui travaillent entre 55 et 65 ans, encore moins un homme devant son marteau-piqueur, (il y a 1,2 million d’ouvriers du bâtiment)… Et il faut arrêter, hélas, de parler de l’allongement de l’espérance de vie : il est lié à la retraite à 60 ans et aussi au maintien d’une politique de santé pour tous. Aux USA, cela fait de nombreuses années que l’espérance de vie recule. Et même si elle augmentait, quelle importance, si le travail, lui n’augmente pas réellement au-dessus de 55 ans.

Pas un syndicaliste de ce pays, pas un salarié qui ne regarde pas cette question de prés et qui ne soit pas troublé actuellement par ce que dit Martine Aubry.
Alors qu’on veut mobiliser pour la soutenir, c’est le principal point d’interrogation.

Il y va du sort de millions de salariés, de femmes surtout : retour vers une retraite misérable ou non ? Car ce dont il s’agit, c’est du niveau de la retraite perçue : y aura t il baisse massive du niveau de vie des retraités ou non ?
Dire qu’on redistribue les richesses et baisser drastiquement le niveau des retraites, c’est tromper.
Dire qu’on refuse l’austérité et la rigueur et l’imposer aux personnes âgées, c’est tromper.
Dire qu’on lutte contre le chômage des jeunes et vouloir maintenir les « seniors » au travail, c’est tromper.
Nous sommes en plein boom démographique depuis 11 ans. Il n’y aura pas de recul du chômage de masse, sans réduction du temps de travail sur la semaine, sur l’année, sur la vie.
A quoi ça sert de défendre les 35 h en allongeant (d’ailleurs en vain) la durée du travail sur la vie ?

Et attention, les salariés sont avisés, ils ont largement débattu en 2010 de la question des retraites, ils savent ! La question des retraites vaut des millions de voix.

Si on dit « le retour à l’âge légal de 60 ans, ce ne sera pas pour tout le monde », il y a des millions de salariés qui le perçoivent comme un très mauvais signal.
Qui est le « pas pour tout le monde » ? Les jeunes qui commencent à avoir un CDI en moyenne vers 29 ans ? Les « seniors » dont 1 sur 2 est au chômage à 55 ans (et cela s’est aggravé ces dernières années).

La vérité c’est que dans la vie réelle, les salariés cotisent 36 annuités.

On n’est pas dans le fantasme, là , mais dans la réalité. Depuis que la droite a imposé 40 puis 41,5 annuités, c’est allé à l’envers dans la vie réelle, les salariés ont été obligés de travailler moins, ils sont licenciés, chômeurs, inaptes, malades, écartés du travail à partir de 55 ans. Dans ces conditions, imposer 41, 5 annuités, c’est les faire sauter à la perche sans perche. Ils n’y arrivent pas. Cela se traduit par 5,5 années de décote donc une retraite infiniment plus basse avec laquelle il n’est pas possible de vivre décemment. C’est une mort sociale.

Et pourtant dans la lettre de Martine Aubry diffusée à un million d’exemplaires aux Français : « Je veux vous parler de la France », il est écrit (page 5) : « …le rétablissement du droit à prendre sa retraite à 60 ans, et à taux plein pour ceux qui ont commencé à travailler tôt ou exercé des emplois pénibles… ».

Il faut être clair : ceux qui sont fatigués, usés et qui ont commencé tôt doivent pouvoir partir AVANT 60 ans. Dés l’âge de 55 ans, 2 maladies sur 3 sont en effet liées au travail, la biologie du corps humain est inchangée et, dans le bâtiment ou dans les transports et d’autres métiers à forte pénibilité physique et mentale et horaires atypiques, c’est cela qui se discute ! Dix ans de travail de nuit c’est 15 ans de vie dépensée. Idem pour les 3X8, 4X8, etc.
Ce ne sont plus les coups de grisou qui tuent mais les accidents cardiaques et vasculaires, il y en 250 000 par an et entre 1/3 et 50 % sont liés au travail ! 100 000 hommes et 50 000 femmes meurent entre 60 et 62 ans, doivent-ils avoir cotisé toute leur vie sans bénéficier d’un seul jour de retraite ?

Entre 60 et 65 ans ce sont les plus belles années de la retraite, et entre 60 et 65 ans, ce sont les plus dures années au travail. Pour tout le monde.

Tous les salariés doivent avoir le droit de partir à 60 ans s’ils le souhaitent et de façon décente sans décote. Le nombre d’annuités nécessaires pour le taux plein peut être discuté, mais il ne peut être irréaliste. Si c’est 41,5 annuités, seul un petit nombre est en position de l’atteindre à 60 ans, voir à 62 ans dans l’état actuel du marché du travail.

L’honnêteté, c’est de partir du réel, de le reconnaître : si la moyenne de travail réelle des Français est de 36 annuités, c’est le chiffre qui doit être retenu comme référence. Si on réussit à faire reculer le chômage et que cela augmente dans la vie réelle et que cela monte à 37, puis 38, puis 39, puis 40, que le nombre d’annuités cotisées exigées suive ! Mais fixer un objectif inatteignable, c’est inacceptable, c’est une tromperie.

Pour le financement, il y a une variable que la droite s’est toujours refusée à faire jouer alors qu’elle les a sans cesse baissées : il faut faire varier les cotisations salariales en fonction des besoins du paiement des retraites.

Gérard Filoche

http://www.filoche.net/

COMMENTAIRES  

19/09/2011 19:07 par Paul Volfoni

Apparemment, seul le front de gauche propose une retraite descente à 60 ans.
Allez-vous Monsieur filoche rejoindre le front de gauche ou bien rester au PS ou on peut trouver tout et son contraire au sein de ce parti ?

Si vous êtes cohérent jusqu’au bout, rejoignez le front de gauche.

19/09/2011 21:14 par patrice bardet

j’ai toujours beaucoup de mal à comprendre Filoche, ce qu’il écrit me parle souvent, mais il y a un mais...

Je lui ai d’ailleurs dit à la fête de l’humanité

Il fait le grand écart en étant au PS, et il le sait très bien, ce n’est pas un naïf

Il soutient Aubry, et que soutient Aubry (c’est dans le programme du PS) à propos de la retraite à 60 ans ? le dynamitage des régimes de retraite, pour le remplacer par un système à la suédoise, un régime par points à comptes notionnels

Je laisserai Jean-Marie Toulisse ( ex n+2 de la CFDT, qui a négocié en 2003 avec Fillon, décrire ce qu’est cette catastrophe

http://questionsdegenerations.nordblogs.com/un-peu-de-bon-sens/

pour situer Toulisse et la CFDT, il faut lire le blog de François Fillon

http://www.blog-fillon.com/article-2711420.html

20/09/2011 08:20 par BOB

voici un PPS qui avait circulé a l’epoque de la mobilisation sur les retraites et qui explique trés bien le probleme :

http://2ccr.unblog.fr/2010/12/02/pps-retraites/

20/09/2011 22:13 par Robert Mascarell

Cher Gérard, je suis entièrement d’accord avec ton article. Il ne faut pas accepter la retraite plus tard au prétexte que la vie s’allonge.

Dans cet ordre d’idée, je me permets de t’envoyer un petit billet que j’ai commis le 18 octobre 2010 et qui d’ailleurs a été publié sur le site du Parti de Gauche Midi-Pyrénées, dont je suis membre :

RETRAITE : SARKOZY N’EN FAIT PAS ASSEZ

L’argument que Sarkozy et sa bande tiennent comme indiscutable, pour justifier leur réforme de la retraite, c’est que nous vivons plus longtemps, donc nous devons travailler plus longtemps.

Le sphinx du FMI, Dominique Strauss-Kahn, utilise le même argument. Ca fait peur.

A ce compte là , jamais l’abaissement de l’âge de la retraite, quel qu’il soit, n’a été justifié.

La durée de vie en France a, en effet, plus que triplé en deux siècles et demi, passant de 25 ans en 1740 à plus de 80 ans aujourd’hui, selon l’INED (Institut National d’Etudes Démographiques). La progression de la durée de vie moyenne n’a été interrompue que pendant quatre périodes, celles des guerres : guerres napoléoniennes, guerres de 1870, 1914-1918, 1940-1945.

Par transposition, Sarkozy et sa bande pourraient justifier le rétablissement du travail des enfants, puisque la mortalité infantile n’a cessé de diminuer. Au 18ème siècle, en France, toujours selon l’INED, un enfant sur trois n’atteignait pas son premier anniversaire. Vers 1850, la mort ne frappe plus qu’un nouveau-né sur six. En 2005, 3,6 nouveaux-nés sur mille sont décédés avant leur premier anniversaire.

Ce raisonnement pourrait valoir également pour la durée du travail. Elle est passée de 84 heures par semaine en 1848, à 70 heures en 1900, 60 heures en 1906, 48 heures en 1919, 40 heures en 1936, 39 heures en 1982, 35 heures en 2000.

Pourquoi travailler si peu puisque notre vie ne cesse de s’allonger ?

Allez, encore un effort Monsieur le président de la République.

Mais cessons-là avec les absurdités sarkozyennes et strauss-kahniennes, redevenons raisonnables.

Dans notre histoire, ce qui fait que les progrès sociaux n’ont jamais cessé, jusqu’à un passé récent, ce sont les luttes populaires, doublées d’une amélioration ininterrompue de la productivité du travail grâce à l’amélioration de la santé des travailleurs et à l’automatisation de leurs tâches.

Alors, pourquoi ne pas aborder, en 2010, le débat sur l’âge de la retraite, à partir de l’idée avancée, entre autres, par Jean-Luc Mélenchon, démontrant que deux salariés aujourd’hui produisent plus que quatre salariés il y a trente ans ? Sur une plus longue période, un(e) salarié(e) travaille deux fois moins aujourd’hui, mais produit seize fois plus que son homologue du début du 19ème siècle.

Robert Mascarell le 18 octobre 2010

21/09/2011 08:36 par victor

D’un côté Mr Filohe propose une retraite à 60 ans mais de l’autre, il est au parti socialiste. C’est-à -dire qu’il accepte
que notre NON au référendum sur le traité de Lisbonne ait été baffoué par le Congrès que Sarkozy a réuni pour nous
emputer de nos décisions. Très logique...n’est-ce pas...?
S’il était cohérent,Mr Filoche devrait être au "Front de gauche" et non au parti dit-socialiste...!

21/09/2011 18:32 par Fald

Les soi-disant réformes des retraites ont été faites par des gens étiquetés à droite, Balladur et Simone Veil, Fillon, Bertrand, Woerth, mais toutes selon un "rapport" commandé par Rocard quand il était premier ministre. Lui et Bérégovoy n’ont pas eu le temps de les mettre en oeuvre avant leur raclée électorale de 1993, mais ils n’en sont pas moins responsables.

Ces réformes reposent sur une opération ayant pour résultat que 7 serait supérieur à 12 : 10 salariés qui produisent 100 euros aujourd’hui doivent les partager entre environ 14 personnes (eux-mêmes et environ 4 "inactifs"), et 10 salariés dans 30 ans devront partager en environ 17, mais produiront 200 euros dans le temps où ils en produisent 100 aujourd’hui. Pour nos dirigeants de vraie droite et de fausse gauche, 100:14, c’est plus grand que 200:17, et donc, il faut réduire les parts, entre autres les retraites.

Evidemment, pour le faire croire à la masse, ils font croire qu’on divisera 100 par 17, et cachent que ce sera 200 ! (Mes chiffres sont approximatifs, pas le temps de les vérifier, mais ils sont comme la figure fausse sur laquelle le bon géomètre raisonne juste !)

C’est avec de tels arguments que les mitterrandiens et la droite ont fait passer la part du salariat de 65% du PIB à 55% en 30 ans. Et là aussi, ils causent comme si 55 était supérieur à 65 !

Les commentateurs précédents ont raison : il n’y a en effet rien à attendre d’un PS qui a sur ces questions exactement les mêmes idées que la droite, à savoir que le salariat a toujours trop.

Mais je comprends mal ceux qui se réfèrent au Front de Gauche : j’ai été frappé par une réaction violente de Mélenchon sur France-Inter vis à vis d’un auditeur qui critiquait le passé mitterrandien.

Un mec qui parle toujours de Mitterrand pour nous en dire du bien ne m’inspire aucune confiance. Jusqu’à présent, j’ai toujours voté PC au premier tour, même après l’avoir quitté, faute de mieux. Et je me suis beaucoup abstenu au second depuis 1984.

Mais cette fois, j’ai bien peur d’être obligé de voter PQ dès le premier tour !

23/09/2011 18:05 par oldfart

Moi je suis pour la retraite ’à 100 ans si ils veulent.....................
.............mais à condition de commencer à 70 ans hein ?!.......

24/09/2011 21:55 par polochon

La FRANCE est un pays très riche puisque le PIB par habitant est de 27 000 €. Il suffit donc de répartir les richesses. S’agissant des retraites, avec un tel chômage de masse, l’âge de départ à la retraite devrait baisser.

55 ans pour ceux qui exercent des métiers pénibles et 58 ans pour les autres professions.

Le PS a un double discours. Il parle de faire repasser l’âge de départ à la retraite à 60 ans tout en augmentant la durée de cotisation. Toujours se méfier de ces sociaux-traitres. la preuve sur ce lien.

Comment gérard Filoche peut-il rester avec ces gens là ?

http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/primaire-socialiste/20110824.OBS9085/jean-marie-le-guen-la-rigueur-selon-dsk.html

(Commentaires désactivés)