Sept mois de prison requis pour le maire d’un village andalou qui a vaincu le chômage, fléau de l’Espagne

Espagne : Le maire de Marinaleda sous les verrous ?

Carmela Negrete

Le 29 mai 2013 , LGS vous proposait de visionner une vidéo de 12 minutes (co-financée par Le Grand Soir) sur Marinaleda, l’extraordinaire petit village andalou où se précipitent, venus du monde entier, des curieux, des sociologues, des rêveurs, des assoiffés de solidarité, de justice, d’égalité et d’amour. ( http://www.youtube.com/watch?v=pId_Ciwuw3Y ).

Cette vidéo faisait suite à un article que nous avions publié ici le 7 mai.
Le maire de Marinaleda, Juan Manuel Sánchez Gordillo, vient d’être condamné à sept mois de prison.

Le 29 octobre 2013, LGS vous racontait comment a été arrêté un ami de Gordillo, Diego Canamero Valle, un syndicaliste par qui les paysans avaient des terres et les pauvres de la nourriture. Nous avons mis en ligne une vidéo ("Diego l’insoumis") produite par Jean Ortiz et Dominique Gautier avec le soutien d’Emmaüs-Pau et du Grand Soir.

Un élu, un syndicaliste qui exaltent la solidarité villageoise et ouvrière pour faire reculer la misère et l’égoïsme, voilà bien deux citoyens européens à mettre en prison, et vite. Jerôme Cahuzac et les démonteurs de portiques ne nous contrediront pas.

LGS.
Titre et introduction ci-dessous modifiés le 7 décembre 2013 (voir forum explicatif).

« Quatre dirigeants du syndicat des travailleurs andalous SAT ont été condamnés à sept mois de réclusion. Parmi eux, le charismatique maire de Marinaleda, Juan Manuel Sánchez Gordillo, qui est aussi élu au Parlement.

Le maire révolutionnaire de Marinaleda, connu chez nous suite à un reportage diffusé sur TerZake et une interview de L’Humanité publiée dans Solidaire est, pour reprendre les termes du quotidien britannique The Guardian, l’homme qui a transformé le petit village défavorisé de Marinaleda en « utopie communiste ». En 2012, le village connaissait un taux de chômage de 5 %, alors qu’à la même époque le reste de l’Espagne affichait un taux de 25 %» (Introduction du PTE http://www.ptb.be/nouvelles/article/espagne-le-maire-de-marinaleda-sous-les-verrous.html


Cárcel para sindicalistas y manifestantes », par Carmela Negrete.

La semaine dernière, la Cour suprême d’Andalousie a également condamné le secrétaire général du syndicat SAT, Diego Cañamero. Les deux hommes sont poursuivis pour avoir occupé le domaine Las Turquillas durant l’été 2012. Cette finca est une propriété publique, le ministère de la Défense n’utilise que 20 des 1 200 hectares de cette propriété pour un haras, le reste est laissé en friche. En 2010 déjà, même le parti de droite Partido Popular (PP) avait reproché que seules 25 personnes étaient employées sur cette propriété, alors qu’une gestion saine et efficace générerait au moins 800 emplois. L’Andalousie est l’une des régions les plus touchées par le chômage en Espagne, avec un taux de 35,9 % selon les derniers chiffres officiels.

« Nous avons un problème, et ce problème c’est le capitalisme », a déclaré le maire Sánchez Gordillo le 11 novembre dernier lors d’une assemblée à Grenade, à l’ouverture du procès. « Ce qu’il faut c’est une véritable lutte anticapitaliste, à la fois révolutionnaire et capable d’ébranler le système. » Sur les 54 membres du syndicat assignés à comparaître, quatre ont été condamnés à une peine, les cinquante autres ont été acquittés.

Le SAT est connu pour ses actions spectaculaires. L’an dernier, le syndicat a fait la Une des journaux espagnols pour avoir mené dans les supermarchés une action de confiscation symbolique et avoir redistribué les aliments aux familles démunies. A plusieurs reprises, le syndicat a occupé des terres agricoles à l’abandon pour réclamer leur redistribution aux paysans sans terre. Depuis mai 2012, le syndicat occupe le domaine Somontes à Cordoue et y a créé une coopérative qui cultive des fruits et des légumes revendus sur les marchés locaux des alentours.

Photographier des agents de police : interdit !

Le gouvernement espagnol et le parlement, dominé par une majorité absolue du Partido Popular (PP), ont décidé de durcir le Code pénal contre ce type d’actions en particulier, mais aussi contre les simples manifestations. Ils ont proposé l’insertion d’au moins 16 nouveaux délits dans le Code pénal pour réprimer la protestation sociale. Ainsi, photographier des agents de police lors d’une manifestation sera désormais passible d’une amende d’un demi-million d’euros. Participer à une manifestation non autorisée devant le Congrès ou tout autre bâtiment public sera puni d’une amende pouvant aller jusqu’à 600 000 euros, même si cette manifestation est pacifique.

Avec ces nouvelles mesures, le gouvernement espagnol espère empêcher que d’autres manifestations comme celle du 25 septembre 2012 puissent avoir lieu. Pour rappel, ce jour-là, des milliers de personnes ont participé à un blocage symbolique du Congrès et réclamé la démission du gouvernement. L’intervention brutale de la police a été filmée par de nombreuses caméras de télévision et téléphones portables. Des images choquantes montrent les forces de l’ordre poursuivant des manifestants dans la gare Atocha et tirant sur eux des balles en caoutchouc à l’intérieur du bâtiment. Plusieurs plaintes ont été déposées, mais, plutôt que d’enquêter, le ministre de l’Intérieur, Jorge Fernández Díaz, a invité un inspecteur des forces de l’ordre à se pencher sur un durcissement du droit pénal.

A l’avenir, ce ne sont plus les brutalités des agents qui seront punies, mais les journalistes et les manifestants qui les photographient.

A l’avenir, toute manifestation sur un monument ou un immeuble public sera interdite. Greenpeace, connue pour ce genre d’actions spectaculaires, a déjà réagi. La semaine dernière, les activistes de l’ONG ont déployé sur l’immeuble de l’entreprise pétrolière Shell à Madrid une banderole de 315 m2 pour protester contre « la limitation du droit de protester pacifiquement ».

Carmela Negrete
http://www.redglobe.org/europa/espana/6258-rajoy-apunta-contra-las-protestas-carcel-para-sindicalistas-y-manifestant

 http://www.ptb.be/nouvelles/article/espagne-le-maire-de-marinaleda-sous-les-verrous.html

COMMENTAIRES  

05/12/2013 11:03 par Abdelkader Dehbi

Si, à travers le monde entier, des hommes et des femmes courageux ne se lèvent pas – pendant qu’il en est encore temps – pour contester par tous les moyens légitimes, la plupart des gouvernements mercenaires, subrepticement mis en place, tout au long des trois dernières décennies, par "le directoire mondial de l’ombre", alors "Le meilleur des Mondes" et autres "1984" ne seront plus que d’aimables fictions, face à la terrible réalité de la nasse policière que sont en train de tisser tranquillement d’année en année, autour de ce qui nous reste de liberté, -voire de simple humanité – les criminels en col-blanc-queue-de-pie-chapeau-haut-de-forme-et-cigare qui se réunissent périodiquement sous Bilderberg-FMI-Fed-Wall-Street-City- pour faire le bilan de leurs sinistres et sataniques dessins.

05/12/2013 12:39 par Louis St O

Jean-Luc Mélenchon parle au sujet de la France et de l’Europe d’une " DictaMOLLE " Je crois qu’il est important de dire que la " DictaDURE " a commencé, on voit déjà dans certains pays, en Grèce et en Espagne entre autres, les prémices de la " dictature".

05/12/2013 20:33 par Safiya

Tant que Marinaleda, la Belle Rebelle, vivait "incognito", cela pouvait peut-être faire "exotique". Mais aujourd’hui, elle sort de sont "anonymat". Beaucoup en ont entendu parler et beaucoup en parlent...

"On" doit donc réagir et agir au plus vite avant que cela ne fasse des émules et que l’idylle n’enfante plein de beaux bébés partout car un tel lèse société de profits qui démontre, en sus, qu’il est possible de faire autrement va trop à l’encontre du "il n’y a pas d’autre alternative, on ne peut rien".

Ce formidable pied de nez au capitalisme régnant, véritable "fourmilière" en devenir, "on" ne peut le laisser être. Après avoir frappé la tête pour détruire le corps, cela ne m’étonnera pas outre mesure de lire, demain, qu’un fanatique kamikaze ou un colis ou véhicule piégé à sauté au nom de "Marinaleda doit vivre"...

06/12/2013 09:34 par Gardes

PUB pour un reportage radio (France inter, "Là Bas si j’y suis") sur Marinaleda, à écouter en ligne ou télécharger librement :
http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=2544&var_recherche=marinaleda

06/12/2013 11:59 par Léo Bysaeth

en l’absence d’adresse mail pour contacter l’auteur, je pose une question par le biais de ce forum.
D’après mes recherches, le maire Gordillo a bien été condamné, mais n’est pas encore "sous les verrous" comme le prétend le titre de l’article. Dans El Pais , on peut lire que le syndicat va interjeter recours auprès de la Cour suprême, ce qui risque de prendre pas mal de temps. d’ici là, selon moi, le maire est libre. mais peut-être mes informations ne sont-elles pas à jour ?
ps : je suis journaliste

07/12/2013 02:34 par patrice

@ Léo
Attention Léo, il y a des professions sur les sites d’infos alternatifs qui ne sont pas bonnes à afficher, en plus au Grand Soir ils ont un dénommé Théophraste qu’ils font trimer comme un blanc pour pas un kopek, ça voit rouge rapidement ces Olibrius vous savez et si je peux vous éviter une plumée au cirage eh bien je vous dis : à votre service !

07/12/2013 02:57 par patrice

On n’est pas sorti de l’auberge espagnole, ça panique sec la haut !
Il faudrait envoyer l’ article de l’expèrience autogestionnaire à tous les maires des petites communes pour leur déssiller les yeux et montrer qu’une alternative est possible !

07/12/2013 11:18 par legrandsoir

@ Léo Bysaeth

Vous avez raison.

Notre information (un article daté du 3 décembre, reçu du Parti du Travail Belge ainsi que nous l’avons indiqué dans le lien final (http://www.ptb.be/nouvelles/article/espagne-le-maire-de-marinaleda-sous-les-verrous.html) a été également diffusée par Corinne N. sur son blog de Médiapart. Son profil révèle qu’elle a signé 690 billets et 665 articles. De nombreux sites ont repris l’article avec la signature originale, celle de Carmela Negrete, journaliste espagnole diplômée et tout et tout. Elle vit et travaille en Allemagne et publie dans plusieurs organes de presse.

Tout ça paraissait sérieux. A la suite de votre remarque, nous avons effectué des recherches plus poussées. Nous avons retrouvé trace de l’article de Carmela Negrete en espagnol sur le site Red Globe http://www.redglobe.org/europa/espana/6258-rajoy-apunta-contra-las-protestas-carcel-para-sindicalistas-y-manifestantes. Daté du 24 novembre, il est intitulé : « Rajoy apunta contra las protestas : Cárcel para sindicalistas y manifestantes »

Le titre (assez ambigu) n’est donc pas celui lu sur le site de Médiapart et sur celui du PTE. Pis, si l’on lit l’article original en Espagnol, on remarque que les rédacteurs du PTE ont écrit une introduction qui n’est pas de Carmela Negrete : « Espagne : : Le maire de Marinaleda sous les verrous
Quatre dirigeants du syndicat des travailleurs andalous SAT ont été condamnés à sept mois de réclusion. Parmi eux, le charismatique maire de Marinaleda, Juan Manuel Sánchez Gordillo, qui est aussi élu au Parlement.
Carmela Negrete
Le maire révolutionnaire de Marinaleda, connu chez nous suite à un reportage diffusé sur TerZake et une interview de L’Humanité publiée dans Solidaire est, pour reprendre les termes du quotidien britannique The Guardian, l’homme qui a transformé le petit village défavorisé de Marinaleda en « utopie communiste ». En 2012, le village connaissait un taux de chômage de 5 %, alors qu’à la même époque le reste de l’Espagne affichait un taux de 25 % »

L’article de Carmela Negrete commence après.
Que faire ?
On pourrait parodier Libération convaincu d’avoir amputé une phrase de Chavez pour en faire un antisémite : « LGS n’a pas ajouté un seul mot à l’article reçu et Gordillo est bien condamné à une peine de prison ».
Mais le mieux est de corriger le surtitre, le titre, de le dire et de renvoyer à ce commentaire explicatif.
Espagne : « Sept mois de prison requis contre pour le maire d’un village andalou qui a vaincu le chômage, fléau de l’Espagne
Espagne : Le maire de Marinaleda sous les verrous ? »

Et de préciser où commence l’article de Carmela Negrete.

Merci de votre vigilance.

09/12/2013 17:31 par José Diaz

On oublie trop souvent (ou on ne répète pas assez) que l’Espagne du XXe siècle a été un laboratoire d’expériences sociales qui ne ressemblaient ni au capitalisme, ni au "communisme" façon URSS. C’est d’ailleurs pour ça que les participants (des collectivités d’Aragon par exemple) ont été écrasés entre fascistes et stals. Gordillo revendique cet héritage, qu’on pourrait enrichir au lieu de le laisser disparaître.

(Commentaires désactivés)