Auteur Santiago ALBA RICO

Combien vaut une vie humaine ?

Santiago ALBA RICO
Combien vaut une vie humaine ? L’une des manières de la calculer est celle utilisée par les avocats de la multinationale Union Carbide afin de fixer le montant des indemnités aux victimes du désastre de Bhopal en 1984. Si le « revenu per capita » de l’Inde est (était à cette époque là) de 250 dollars tandis qu’aux Etats-Unis il est de 15.000 dollars, on peut alors conclure que la valeur moyenne d’une « vie indienne » est de 8.300 dollars tandis que celle d’une « vie étatsunienne » atteint (…)
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Syrie et Irak : deux anniversaires entrelacés

Santiago ALBA RICO
Cela fait deux ans en ce mois de mars qu’à débutée la révolution syrienne et il y a très peu de choses à fêter. La férocité criminelle du régime, qui combine dans la meilleure tradition impérialiste les bombardements aériens et les escadrons de la mort ; l’ignominieux soutien de la Russie et de l’Iran ; la moins ignominieuse stratégie de « régulation de la douleur » de la part des Etats-Unis et de l’UE en faveur d’Israël ; l’incapacité de l’opposition à représenter quelque chose de plus (…)

L’histoire exemplaire du cygne assassin. (Rebelion)

Santiago ALBA RICO
Parmi les dix premières causes de mortalité mondiale, on trouve, selon l’âge, le sexe ou le pays, les maladies cardio-vasculaires, les maladies infectieuses, le cancer, les accidents de la route, la violence, la guerre, le SIDA, la faim, l’accouchement, le suicide. Et les autres ? Les morts qui échappent aux statistiques contiennent en elles-mêmes une force déconcertante et héroïque et parfois l’allusion à d’autres mondes possibles que nous avons désormais dépassés ou qui ne sont pas encore (…)

Gaza : le moyen et le message

Santiago ALBA RICO
Gaza n’est ni un pays, ni la partie d’une nation, ni une bande de terre et encore moins un ensemble d’êtres humains : c’est un simple investissement. Israël - et je le dis sans la moindre pointe d’ironie - n’est pas en train d’appliquer une politique génocidaire en Palestine : elle veut tuer des enfants, mais pas tous les enfants ; elle veut détruire des écoles et des hôpitaux, mais non pas empêcher radicalement toute forme de survie ; elle veut affamer ses habitants, mais non pas les tuer (…)

La décision d’avoir une jambe (Rebelion)

Santiago ALBA RICO
Un enfant est victime d’un accident et il est amputé d’une jambe. A partir de cet instant il peut se produire une des deux choses suivantes : soit l’enfant bâtit son caractère autour de la jambe qui lui manque et donc à partir de tout ce que désormais il ne peut plus faire, soit, au contraire, il forge son caractère autour de la jambe qui lui reste et donc à partir de tout ce qu’il peut encore faire. Boiter est un défaut, certes, mais c’est aussi une façon de vivre ; c’est le procédé (…)

Défense du luxe (Rebelion)

Santiago ALBA RICO
Il a peu de temps, j’ai lu l’information suivante : dans un des palais de Ben Ali, le dictateur déchu, sa femme, Leila Trabelsi, gardait mille paires de chaussures des griffes les plus prestigieuses et les plus chères. Mille paires de chaussures ! Non, Madame Trabelsi n’est pas un monstre polypode obligé de marcher sur deux mille tentacules, comme pourrait peut-être l’imaginer un archéologue des temps futurs qui tomberait sur les vestiges matériels de son palais. Comme la plupart des (…)

Calcul de vies

Santiago ALBA RICO
Voici un modèle de bonne gestion des ressources. D’après un rapport du diplomate irlandais Roger Cassement, de 1899, le gouvernement colonial de sa majesté Léeopold II, roi de Belgique, remettait à chaque soldat présent au Congo un nombre déterminé de cartouches dont il devait justifier l’usage avec une stricte exactitude dans l’exercice de ses tâches au service des compagnies exploitantes du caoutchouc. Pour faite la preuve qu’il n’avait pas gaspillé une seule cartouche, à la fin de la (…)

Qu’il y ait des riches, n’est-ce pas un droit pour les pauvres ?

Santiago ALBA RICO
J’ai déjà écrit quelque part que dans notre monde il n’existe que trois sortes de biens : les biens universels, les biens généraux et les biens collectifs. Les biens universels sont ces biens pour lesquels il suffit qu’un exemplaire ou un modèle unique existe pour que nous nous sentions universellement rassurés. Ce sont ces choses qui sont là et qu’il n’est pas nécessaire de tenir entre nos mains ou de posséder individuellement : il y a le soleil il y a la lune, les étoiles, il y a la mer, (…)

Si tout le monde me voit, je ne laisse pas de traces

Santiago ALBA RICO
Dans un monde d’aveugles, nous passerions tout notre temps à nous tâter avec les mains dans le noir et à nous chercher les oreilles avec la bouche. Dans un monde totalement visuel, dans lequel les corps n’auraient que la forme, nous passerions nos journées à nous passer des images ou à les imposer ou à nous les voler les uns aux autres comme seule voie d’accès individuel à l’existence. Que signifie l’acte de regarder ? Quels effets cet acte introduit-il dans la matière ? Plutarque disait, à (…)

Plaisirs

Santiago ALBA RICO
Il y a des expériences tellement intenses qu’elles sont dépourvues d’étendue. Il y a des émotions tellement collées à notre poitrine qu’il est impossible de les situer ailleurs. On peut dire que c’est cela que tous nous appelons, en Australie, en Espagne, en Chine, « plaisir » et « douleur » ; c’est-à -dire le fait de n’être ni en Australie, ni en Espagne, ni en Chine lorsque nous frémissons. Mon crâne ne me fait pas mal quelque part dans le monde, mais dans mon propre crâne ; je ne ressens (…)

De quel droit survivons-nous aux morts ?

Santiago ALBA RICO
Vers dix heures du matin, le 19 janvier dernier, le LIBERTY OF THE SEAS, un des yachts les plus luxueux du monde, débarqua ses passagers dans le port idyllique de Labedee, un « paradis privé », propriété de l’entreprise étatsunienne Royal Caribbean. Accueillis au son d’une musique folklorique enchanteresse, avec des rafraichissements « labaduzees » " le cocktail exclusif de la résidence " les voyageurs tout émoustillés purent ensuite goûter les charmes des plages les plus (…)

Cuba, matière à réflexion (inSurGente)

Pascual SERRANO, Santiago ALBA RICO, Belen GOPEGUI, Carlos FERNANDEZ LIRIA
A partir d’une Histoire parfaitement semblable, à base de colonialisme et de sous-développement, le socialisme a fait infiniment plus pour Cuba que le capitalisme pour Haïti ou le Congo. Nous vivons un temps propice à la réflexion économique. Après quelques décennies de prédominance néolibérale sous le patronage de l’Ecole de Chicago, l’économie mondiale affronte une crise aux conséquence imprévisibles, certes, mais de toutes façons d’une gravité extrême. La moindre des choses que nous (…)