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Auteur : Yann FIEVET

Inhumanité douce

Yann FIEVET
La gangrène que représentent l'hégémonie de la doxa managériale et ses effets dévastateurs sur les corps et les esprits des hommes et femmes au travail est désormais patente. Elle reste cependant encore insuffisamment dénoncée. La puissance publique, essentiellement incarnée par l'État central et ses échelons déconcentrés, est ici gravement en cause puisqu'il instaure chaque jour davantage dans l'Administration du bien commun les méthodes de la gestion des firmes privées industrielles et commerciales. L'exemple du désastreux traitement réservé au sein de l'Éducation Nationale aux assistants de professeurs et élèves handicapés - et par conséquent aux légitimes bénéficiaires de cette assistance - est éminemment symptomatique à cet égard. Le mépris particulier pour la question du handicap aide à comprendre l'inhumanité douce qui règne aujourd'hui dans la plupart des organes de la société où travaillent des individus. Parler d'assistants de professeurs et d'élèves handicapés est déjà (…) Lire la suite »

Mortel travail

Yann FIEVET
L'un des signes majeurs de la décrépitude du politique entamée voilà trois bonnes décennies est la grande capacité des élites gouvernantes et intellectuelles à prendre le citoyen pour un crétin. L'exemple du travail et de ses avatars morbides actuels va nous offrir l'occasion de dépeindre une réalité peu flatteuse pour la « clique néolibérale » si prompte à culpabiliser les gens de peu et les cadres rétifs, tous accusés de faire prendre du retard à « l'entreprise France ». Les « suicidés du travail » n'ont pourtant rien pour nous étonner. La croissance très sensible de leur nombre encore moins. Avoir le culot monstrueux de parler à cet égard d'une mode comme l'a fait M. Lombard, patron impitoyable de France Télécom, révèle de façon magistrale une époque déboussolée et une économie criminogène construite patiemment depuis la fin des années 1970. La fausse naïveté n'est donc pas de mise en la dramatique circonstance ; elle est une insulte à la mémoire des victimes du travail, à la (…) Lire la suite »

Le travail sous la toise de la crise du capitalisme

Yann FIEVET

La crise du capitalisme - dont l’origine est bien antérieure à l’effondrement récent de la finance internationale - devrait être le prétexte de remises en cause tant théoriques que pratiques afin de commencer à construire une société plus juste et plus écologique. En ces temps de basses eaux du mouvement social c’est au contraire l’exacerbation des causes du « malheur » capitaliste qui l’emportent. La question du travail est à cet égard l’un des exemples les plus significatifs de la soumission des individus à des impératifs qui leur échappent.

Nous refusons d'accepter l'idée que le capitalisme n'a pas d'avenir durable autre que dans l'entretien coupable d'une minorité nantie au détriment de multitudes paupérisées. Ce que nous nommons la crise pour nous persuader du caractère passager de ses manifestations les plus profondes ne sera pas l'occasion d'une réflexion - et d'un début de traduction dans le vécu des individus - pour bâtir des sociétés enfin capables de faire vivre dignement la majorité des hommes et de préserver les écosystèmes. Rien n'étant fondamentalement remis en cause dans l'ordre économique dominant les tendances lourdes des trente dernières années vont poursuivre leurs funeste entreprise de délitement du tissu social. C'est dans ce contexte que les métamorphoses du travail doivent être appréhendées. Le prétexte de la crise est commodément utilisé à la fois pour intensifier les transformations déjà à l'oeuvre et pour inventer les « innovations » destinées à tirer plus de parti encore du travail en tant que (…) Lire la suite »

État grippal

Yann FIEVET
C'est décidément plus fort que nous : il nous est difficile de rester sereins face à la prometteuse pandémie de ce début de vingt-et-unième siècle. Non que nous soyons vraiment inquiétés par la gravité annoncée de la maladie. Non que sa menace nous détourne le moins du monde de nos occupations ni même de nos préoccupations habituelles ou impromptues. C'est le doute qui petit à petit envahit notre esprit. Et s'il ne s'agissait là que d'une terrifiante intoxication planétaire orchestrée par la classe techno-scientiste, mosaïque puissante faite des ténors de la médecine officielle, des responsables de la « santé publique », de patrons avisés de laboratoires pharmaceutiques et de dirigeants politiques sous influence ou calculateurs ? Paranoïa ? Jugeons-en ! Le 7 juillet s'est tenue à l'OMS la réunion d'un groupe consultatif bondé de dirigeants de Baxter, Novartis et Sanofi, trois des principaux acteurs de « big pharma ». Ce groupe, probablement plus que simplement consultatif, a (…) Lire la suite »

La transition autoritaire

Yann FIEVET

Après une décennie de développement exacerbé du discours sécuritaire, nourri en France par des gouvernements de colorations différentes, le moment est venu de passer à l’étape suivante, celle du recueil des fruits généreux du nouveau gouvernement des citoyens par l’instrumentation de la peur savamment instillée aux tréfonds des esprits les moins critiques. Après les semailles sécuritaires voici enfin, pour la Droite débarrassée de tout état d’âme, le temps de la moisson autoritaire.

Le sentiment d'insécurité est aujourd'hui le point central du débat politique. Là se situe l'origine d'une dérive qui pourrait s'avérer fatale. Ce processus repose entièrement sur la confusion abondamment entretenue et instrumentalisée entre insécurité, phénomène relativement objectif car observable, et sentiment d'insécurité, phénomène essentiellement subjectif. Les hommes politiques, en particulier les élus locaux, n'ont que peu de prise sur l'insécurité qui très souvent se caractérise par de simples incivilités mais ils peuvent agir en revanche avec profit électoral sur le sentiment d'insécurité en suscitant de multiples peurs. Ils ne s'en sont pas privés, à gauche comme à droite. Le lien entre incivilités et sentiment d'insécurité s'est finalement imposé dans tout débat politique ou médiatique. Dans ce contexte dramatiquement irresponsable, la classe politique a poussé sur le devant de la scène une cohorte disparate d'ennemis de l'intérieur désignés à « l'opinion » comme les (…) Lire la suite »

L’Europe comme si de rien n’était

Yann FIEVET
Nous vivons un moment de l'Histoire des plus cocasses. Nous votons la semaine prochaine pour élire un nouveau Parlement européen et nous y sommes restés superbement indifférents. La campagne en vue de ce scrutin s'est réduite à une peau de chagrin. Elle fut l'occasion de parler le moins possible de l'Europe. Ce calme plat politique devrait surprendre quand de multiples crises obscurcissent notre horizon. Il s'explique simplement et tristement : politiquement, l'Europe ça n'existe pas ! Pour affronter des périls vastes et nombreux il faut une volonté politique , un élan unanime des peuples - par l'entremise de leurs représentants - constituant leur entité commune d'appartenance. La volonté politique indéniable à l'origine de l'Europe communautaire a trop vite cédé le pas aux intérêts économiques immédiats ou triviaux. Imaginons, à partir d'un exemple, ce que pourrait faire une Europe capable d'allier ses forces économiques régulées et une volonté politique enfin advenue. La crise (…) Lire la suite »

Le Titanic de l’économie carbonique

Yann FIEVET
L'Histoire retiendra dans son oeuvre d'établissement des faits aux conséquences gravissimes que le récent sommet du G20 est l'une des preuves les plus flagrantes de l'incurie actuelle des Maîtres du Monde. L'économie mondialisée est un navire démesuré aux multiples voies d'eau dont on a décidé de maintenir la route incertaine afin de sauver le plus longtemps possible les intérêts des occupants de la Première Classe. Le discours tenu aux passagers des classes subalternes n'affiche évidemment pas ce but cardinal ; on leur assure au contraire que pour sauver tout le monde il n'est qu'un seul cap à suivre. Mais, peu importent les paroles du Commandement : son attitude obstinée révèle une coupable sous-estimation du danger qui menace de dislocation le Titanic planétaire. Ce Titanic-là est un trop vieux rafiot pour pouvoir tenir la mer démontée qui l'assaille de toute part. Il est d'un autre temps, celui où la prospérité économique provenait de l'abondance des sources d'énergie (…) Lire la suite »

Révolution paysanne !

Yann FIEVET
Le moment est enfin venu de prendre acte d'un fait majeur traversant tout à la fois - certes sous des formes différentes - les pays du Nord et les pays du Sud : la faillite générale des stratégies agricoles mises en oeuvre à partir des années 1960. On redécouvre partout le rôle primordial des paysans dans l'évolution équilibrée des sociétés humaines et la préservation des écosystèmes qui les portent. Pour l'heure les « fondamentalistes » des modèles agro-technocratiques parviennent encore à dissimuler au plus grand nombre l'ampleur démentielle du désastre qu'ils ont préparé et apparaissent toujours comme « progressistes » aux yeux des croyants du salut de l'humanité par la transformation des sols en paillasse de laboratoire. Mais, une autre histoire est déjà en marche, à distance du système agro-industriel dominant maintenu artificiellement en vie grâce aux perfusions financières, chimiques ou scientistes. Et s'il s'agissait d'une révolution, réellement verte cette fois ? Toute (…) Lire la suite »

Béatitude mortifère.

Yann FIEVET
L'Histoire saura un jour rendre un hommage mérité aux hommes de bonne volonté de notre époque indécise. On citera alors pêle-mêle MM. Jean-Marie Colombani, Alain Minc, Eric Le Boucher ou Elie Cohen. Le point commun de ces personnages dont la dimension grandissime n'est pas encore pleinement reconnue ? Ils sont tous des bienheureux ! Bienheureux de découvrir chaque jour qui nous est donné - et de bien vouloir nous en persuader - à quel point notre avenir sera radieux. Une petite chose tout de même ternit leur unanime béatitude : ils ne comprennent pas que nous ne baignions pas tous dans la salutaire euphorie qui emplit leur vie ardente d'analystes autorisés. Ils invitent tous la France, cette société jadis brillante mais aujourd'hui archaïque, à se mettre en accord avec son temps. Pour eux, la marche vers "la mondialisation heureuse" suppose l'acceptation de la flexibilité érigée au rang de vertu cardinale. Que flexibilité rime si souvent avec précarité n'incommode en rien ces (…) Lire la suite »