Quel est notre degré de civilisation ?

A la suite du suicide d’un adolescent de 16 ans à la maison d’arrêt de Metz-Queuleu, en Moselle, de nombreux articles sont parus sur les suicides en prison, de nombreuses déclarations ont été publiées, dont celle de Rachida Dati qui s’est engagée à "prendre une série de mesures sur la prévention des suicides de mineurs en prison".
Depuis la liste des suicides en prison ne cesse de s’allonger, le suicide d’un détenu le 24 octobre à Bapaume dans le Pas-de-Calais constitue le 93ème suicide depuis le début de l’année, et le Parisien indique le nombre de suicides dans les prisons françaises, 125 en 1999, 120 en 2000, 104 en 2001, 122 en 2002, 115 en 2004, 122 en 2005, 94 en 2006 et 96 et 2007.
Ouest France vient de publier le 25 octobre une interview du contrôleur général des prisons, Jean-Marie Delarue qui déclare notamment "le surpeuplement des maisons d’arrêt rend très difficile le travail du personnel pénitentiaire et, évidemment, les conditions de vie des détenus… Quand il y a 100 à 200 détenus de plus à surveiller, les rondes de nuit pour empêcher les suicides sont moins efficaces… les personnes qui souffrent de névroses, voire de psychoses, ont des réactions imprévisibles. Quant aux structures de soins, rattachées aux hôpitaux, le principe en est bon, mais il y a trop de lacunes. J’ai mis en garde les pouvoirs publics : dans certains établissements les soins sont donnés trop tard".

Lorsque Véronique Vasseur avait publié en 2000 " Médecin-chef à la prison de la santé" le phénomène médiatique avait été le même, puis le silence était retombé sur le monde carcéral, malgré la création d’enquêtes.

Les informations sur les suicides en prison étaient disponibles et pouvaient être connues de tous avant le suicide de cet adolescent. L’association Ban public fait un travail remarquable sur les problématiques de l’incarcération et de la détention. Mais encore faut-il vouloir être informé !

Selon le Nouvel Observateur
"L’Administration pénitentiaire (AP) a publié, vendredi 24 octobre, un communiqué d’un de ses "experts", le professeur de psychiatrie Jean-Louis Terra, qui met en cause le rôle des médias dans l’augmentation des suicides en prison, en soulignant "les risques de médiatisation du suicide".

Le professeur Jean-Louis Terra a peut-être raison sur le plan psychiatrique, et je ne prétends pas avoir les compétences pour en discuter. Mais l’on ne peut dissocier l’aspect psychiatrique de la question des conditions et des raisons de la détention. Et sur ce point là il est urgent qu’il y ait un vrai débat public pour informer sur la réalité de la condition carcérale et s’interroger sur les raisons et les objectifs de l’enfermement, et sur les mesures alternative à l’enfermement, l’enferment à domicile avec port de bracelet électronique n’étant pas une mesure alternative.

Selon Fédor Dostoïevski, le degré de civilisation d’une société pourrait se juger à l’état de ses prisons. Interrogeons nous d’urgence sur le degré de civilisation que nous prétendons avoir !

Le 26 octobre 2008

Jean-Michel Arberet
Conseiller municipal d’Arcueil, partenaire du groupe communiste

http://jm-arberet.over-blog.com/

COMMENTAIRES  

27/10/2008 16:56 par sylvie

Le principal problème de la France en matière de droits de l’homme est la situation des prisons. Alors qu’elle devrait se conformer aux exigences européennes, les effets de la surpopulation s’apparentent selon le Comité européen de prévention de la torture à un traitement inhumain et dégradant. Avis partagé par Amnesty International, la Cour Européenne des droits de l’homme, l’Observatoire international des prisons...Même la justice française le reconnait en ayant récemment condamné l’Etat à verser 3000 euros à un ancien détenu de Rouen pour l’avoir contraint à vivre dans des conditions dégradantes. A savoir partager 9 m2 avec 2 autres personnes. Les experts médicaux présents au procès ont déclaré que cela revenait à demander à quelqu’un de vivre dans des toilettes.

Dans ces conditions, vécues par la majorité des prisonniers, comment ne pas engendrer de la violence envers soi-même ou envers les autres ?

Un détenu reste toujours un être humain, qui a droit au respect. On s’élève par l’exemple. Cette situation ne rend service à personne : ni au détenus, humiliés, ni aux surveillants qui subissent au quotidien l’agressivité ambiante, ni à la société qui récupère des individus brisés ou endurcis.

Parfois, on se demande si les murs des prisons n’ont pas été érigés plus pour nous empêcher de voir ce qui si passe, que pour nous protéger véritablement...

Il faut continuer à en parler, ce n’est plus admissible dans le pays des droits de l’homme.

Lien vers un article de Ouest France du 23 octobre 2008 : « Tant de choses poussent le détenu au suicide » Parole de psychiatre de maison d’arrêt. Anne Henry, psychiatre, responsable du service médico-psychologique régional de la maison d’arrêt de Rennes. (http://www.ouest-france.fr/-Tant-de-choses-poussent-le-detenu-au-suicide-/re/actuDet/actu_3636-728175------_actu.html)

27/10/2008 17:19 par ciborg

c’est la civilisation de tous contre tous qui a pour base l’argent roi. Systeme de pouvoir criminel et injuste engendre une société criminogene. Et on peut conclure avec la definition
de Frederick Engels sur le degre de civilisation "" Les rapports bornés des hommes a l’égard de la nature determinent
des rapports bornés des hommes entres eux"". Nous en sommes là .

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