10 

Pourquoi Washington prend-il le risque d’une guerre avec la Russie ? (The Nation)

Poignée de mains entre le Secrétaire d’Etat John Kerry et le ministre des affaires étrangères ukrainien, Pavlo Klimkin, au Département d’Etat US, le 29 juillet 2014 (AP Photo/Cliff Owen).
Katrina vanden Heuvel et Stephen F. Cohen

Le siège du Donbass par Kiev soutenu par l'administration Obama est en train de se transformer en une dangereuse crise.

Comme The Nation n’a cessé de le répéter l’impensable pourrait se produire très vite en Ukraine : pas seulement la guerre froide dont on parle mais une vraie guerre entre l’OTAN, sous commandement étasunien, et la Russie. L’épicentre en serait le territoire d’Ukraine de l’Est qui porte le nom de Donbass, une grande région industrielle fortement peuplée d’Ukrainiens russophones et étroitement liée à son voisin géant par des dizaines d’années de relations économiques, politiques et culturelles.

Le crash de l’avion de ligne malaisien MH17, abattu le 17 juillet aurait dû conduire le gouvernement de Kiev soutenu par les Etats-Unis à déclarer une trêve durable et à cesser ses attaques aériennes et terrestres contre les villes voisines par respect pour les 298 victimes, pour permettre aux enquêteurs internationaux d’accéder au site et pour entamer des pourparlers de paix. Au lieu de cela, Kiev, avec le soutien de Washington, a immédiatement intensifié ses attaques sur les endroits résidentiels, pour soi-disant les "libérer" des "terroristes" pro-russes, comme il appelle les résistants d’Ukraine de l’Est, tuant encore davantage d’innocents. En réponse, il semble que Moscou se prépare à envoyer des armes lourdes aux forces d’"auto-défense" du Donbass.

Or, selon un article du New York Times du 27 juillet, la Maison Blanche pourrait donner à Kiev des renseignements lui permettant de repérer et détruire ce matériel russe avec le risque de provoquer, comme le Times le laisse aussi entendre, "une escalade avec la Russie". Pour justifier cette escalade, l’administration Obama prétend, sans la moindre preuve, que la Russie se livre déjà à "des tirs d’artillerie sur l’Ukraine depuis son territoire." Ce qui est sûr et qu’on omet de nous dire c’est que l’Ukraine a bombardé à plusieurs reprises le territoire de la Russie, tuant même une personne le 13 juillet.

En fait, depuis des mois, Kiev est l’homme de paille militaire de Washington contre les Russes et leurs "compatriotes" de l’Est de l’Ukraine. Depuis le début de la crise politique, le secrétaire d’Etat, John Kerry, le directeur de la CIA John Brennan et le Vice Président Joseph Biden (deux fois) se sont rendus à Kiev avec, dans leur sillage, des "officiels étasuniens haut gradés de la Défense", du matériel militaire et des aides financières. De plus un officiel de haut rang du Département de la Défense étasunienne a informé un comité du Sénat que des "conseillers" du Département étaient désormais "intégrés*" au ministère de la Défense ukrainienne.

Il est clair que Kiev ne peut pas mener cette guerre contre ses propres citoyens — selon un porte-parole de l’ONU près de 5 000 civils ont été tués ou blessés, ce qui pourrait constituer des crimes de guerre — sans l’aide économique, politique et militaire de l’administration Obama. En plus d’avoir provoqué la fuite de centaines de milliers de réfugiés, l’Ukraine est en faillite, ses infrastructures industrielles sont endommagées et sa situation politique est très confuse, le gouvernement employant des milices ultranationalistes et enrôlant des conscrits jusqu’à 60 ans d’âge.

Tout ceci se déroule sur fond de déclarations mensongères de Washington amplifiées par les médias dominants selon lesquelles la crise ukrainienne est le résultat de l’"agression" du président russe, Vladimir Poutine. En réalité, pour l’essentiel, il n’a fait que réagir :

En novembre 2013, l’Union Européenne avec le soutien de la Maison Blanche a provoqué la crise en rejetant l’offre de Poutine d’un accord financier UE-Moscou-USA et en obligeant inutilement le président ukrainien Viktor Ianoukovytch à choisir entre un "partenariat" avec l’Europe ou avec la Russie. La proposition était assortie de rudes exigences financières ainsi que d’obligations "militaires et sécuritaires". Sans surprise, Ianoukovytch a opté pour la proposition financière beaucoup plus favorable de Poutine. Imposer un tel choix au président d’un pays déjà profondément divisé était une provocation inutile.

Dès février, les manifestations contre la décision de Ianoukovytch ont pris une tournure si violente que les ministres des affaires étrangères européens ont négocié un accord de compromis tacitement soutenu par Poutine. Ianoukovytch devait former un gouvernement de coalition ; les milices de Kiev devaient déposer les armes ; l’élection présidentielle devait être avancée à décembre ; et l’Europe, Washington et Moscou devaient coopérer pour sauver l’Ukraine de la faillite. L’accord fut rejeté par des émeutes ultranationalistes dans les heures qui suivirent. La Maison Blanche a rapidement apporté son aval au coup d’état.

S’il y avait à Washington de vrais professionnels du "renseignement", il leur aurait été facile de prévoir la réaction de Poutine. Des décennies d’expansion de l’OTAN en direction des frontières russes et une tentative avortée des Etats-Unis en 2008 "d’accélérer l’intégration" de l’Ukraine à l’OTAN n’ont laissé aucun doute à ce dernier que le nouveau gouvernement de Kiev adossé aux Etats-Unis avait l’intention de se saisir de toute l’Ukraine, y compris la province de Crimée, historiquement russe, où se trouve sa plus importante base navale. En mars, Poutine a annexé la crimée.

De manière tout aussi prévisible, la réaction du Kremlin à l’évolution de la situation à Kiev a donné un coup de fouet à la rébellion qui avait suivi le coup d’état de février, au sud et à l’est de l’Ukraine. En l’espace de quelques semaines, l’Ukraine était déchirée par une guerre civile qui menaçait de devenir mondiale.

Depuis avril, Poutine et son ministre des affaires étrangères, Sergei Lavrov, n’ont cessé de réclamer un cessez-le-feu et des négociations entre Kiev et les rebelles. Kiev, soutenu par l’administration Obama, a refusé de mettre en place un cessez-le-feu assez long pour permettre aux négociations d’aboutir et a, au contraire, intensifié sa guerre contre ses concitoyens qualifiés de "terroristes." La Maison Blanche selon l’article du Times songe à une nouvelle escalade qui aura sans doute des conséquences plus graves.

Ceci aussi les "renseignements" devraient le savoir si tant est qu’on tienne encore compte d’eux à Washington : pour des raisons historiques, intérieures et géopolitiques, ni Poutine ni aucun autre leader russe ne laissera jamais le Donbass à Kiev, ce qui reviendrait à le laisser, comme on le croit fermement à Moscou, à Washington et à l’OTAN. Si Poutine donne de l’armement lourd aux résistants du Donbass, c’est peut-être parce que c’est la dernière possibilité qui lui reste en dehors d’une intervention militaire directe, du fait que toutes ses ouvertures diplomatiques ont été rejetées. Il se limitera peut-être à déployer l’aviation russe pour protéger l’Est de l’Ukraine mais peut-être pas. Les faucons du Kremlin, qui n’ont rien à envier à leurs homologues de Washington, pressent Poutine d’intervenir dans le Donbass aujourd’hui et en Crimée demain. Ou comme le responsable du centre Carnegie de Moscou résume leur position, "Ce n’est plus seulement une bataille pour l’Ukraine mais une bataille pour la Russie".

Si les faucons des deux camps l’emportent, nous aurons très certainement une véritable guerre. Y a-t-il eu une autre situation dans l’histoire moderne de la démocratie étasunienne où une telle menace se soit précisée sans la moindre protestation publique des élites et sans le moindre débat dans les médias dominants ? Et pourtant toute personne un peu informée sait ce qu’il faudrait faire pour régler la situation : un cessez-le-feu immédiat, qui doit commencer à Kiev, pour mener à bien des négociations sur le futur de l’Ukraine dont les contours généraux sont parfaitement connus des tous les participants à cette crise dramatique.

Katrina vanden Heuvel and Stephen F. Cohen

Note :
* "embedded" dans le texte.

Pour compléter cette lecture, on lira avec profit l’analyse que fait de cet article Philippe Grasset sur son site Dedefensa : http://www.dedefensa.org/article-stephen_f_cohen_et_l_impensable_la_guerre_avec_la_russie_01_08_2014.html

Traduction : Dominique Muselet

 http://www.thenation.com/article/180825/why-washington-risking-war-russia

COMMENTAIRES  

05/08/2014 20:24 par rémi

LA PLOUTOCRATIE OCCIDENTALE S’EN VA EN GUERRE… À L’OURS
Pépé Escobar

Le statu quo de l’après-guerre froide en Europe de l’Est, sans parler de l’Europe de l’Ouest, est maintenant mort et enterré.

Pour la ploutocratie occidentale, le 0,00001 % au sommet de la pyramide, les véritables Maîtres de l’Univers, la Russie est la récompense ultime : un immense trésor regorgeant de ressources naturelles, de forêts, d’eau limpide, de minéraux, de pétrole et de gaz naturel. De quoi procurer à tout amateur du jeu de guerre orwellien-panoptique au sein de la NSA et de la CIA des moments de pure extase. Mais comment va-t-on s’y prendre pour bondir sur la proie et tirer profit d’un butin aussi impressionnant ?

pour lire la suite : http://www.vineyardsaker.fr/2014/08/05/loeil-itinerant-la-ploutocratie-occidentale-sen-va-en-guerre-a-lours/

06/08/2014 10:25 par sido

Le 17 juillet 2014, Evgeny Fedorov, député au parlement russe (la Douma) expliquait dans un interview à la chaîne de télévision poznavatelnoe.tv pourquoi et comment Saint-Pétersbourg est la cible d’une prochaine intervention américaine, sous forme de révolution orange, qui pourrait se concrétiser lors des élections de septembre 2014.

http://www.vineyardsaker.fr/2014/08/04/video-il-va-y-avoir-un-maidan-a-saint-petersbourg-interview-devgeny-fedorov-animateur-du-mouvement-rossiya-directeur-du-programme-de-liberation-nationale-russe/

06/08/2014 10:26 par desobeissant

L’hypothese d’une course de vitesse autour de l’energie (gaz et petrole ukrainien puis russe) pour sauver le systéme ?

18 juillet 2011, par Matthieu Auzanneau

Climat : 80 % des réserves de pétrole, de gaz et de charbon n’auraient pas la moindre valeur !

Si l’humanité réussissait (sait-on jamais ?) à réduire suffisamment ses émissions de gaz à effet de serre pour limiter à +2°C le réchauffement du climat d’ici à 2050, alors une gigantesque bulle de carbone éclaterait.

Une bulle financière, s’entend, qui mettrait à genoux toutes les plus grandes firmes mondiales du pétrole, du charbon et du gaz naturel...

http://petrole.blog.lemonde.fr/2011/07/18/climat-80-des-reserves-de-petrole-de-gaz-et-de-charbon-nauraient-pas-la-moindre-valeur-2/

La précipitation de l’Otan est liée au gaz, et à la bulle du gaz de schiste, pas rentable.

Va popper aux US (gros dommages financiers) en 2017.

Pologne : plein de puits (coûts ?), output : 0

Gros article du Telegraph hier : “The Dotcom bubble of our time”

http://www.les-crises.fr/la-precipitation-inconsideree-de-loccident-vers-le-declenchement-dune-guerre-contre-la-russie/

06/08/2014 11:26 par Filo...

@aux auteurs

Désolé mais après avoir lu et relu votre article je n’ai pas trouvé la réponse au question que vous posez dans le titre de votre article ?
Pourriez vous me l’expliquer s’il vous plait ?

06/08/2014 14:37 par Dominique

Je ne suis pas l’auteur de l’article, mais mon interprétation de la situation est que deux faits têtus d’aujourd’hui sont presque systématiquement ignorés par les brillants analystes que l’on rencontre partout : 1) notre mode de vie est en train d’épuiser rapidement l’ensemble des ressources naturelles non renouvelables, et 2) notre mode de vie est en train de condamner les conditions nécessaire à la vie de haut niveau sur cette planète, laquelle est notre seule source de vie.

2) est sans importante pour les élites de la "communauté internationale" car elles sont persuadées que la science est à leurs pieds (ce sont eux qui la financent) et les sauvera pour l’éternité (ils nagent en plein scientisme).

1) est le contexte de ce qui se passe en Syrie. Ce pays a d’importantes réserves de gaz. Les matières premières sont toutes en voie d’épuisement, et la crise de 2008 n’est que la sonnette d’alarme annonciatrice d’autres crises du même genre. Les élites le savent bien, et elles savent bien que la décroissance est de ce fait inévitable. Mais elles ne peuvent pas se résoudre à renoncer à leur mode de vie, ce qui implique que leur plan est non pas de rationner les ressources restantes entre tous les pays pour que tout le monde puisse préparer l’après-capitalisme, mais de réduire la pression sur les ressources restantes par une réduction drastique de la population mondiale.

Dans ce plan, elles sont aidées par des abrutis racistes comme Bogdan Boutkevitch, un journaliste vedette ukrainien : http://youtube.com/watch?v=fGCNKNFy5Do
On retrouve le même schéma suprématiste en Israel quand des élus israéliens appellent à tuer les mères palestiniennes et leurs enfants, programme mis en oeuvre avec diligence par Tsahal.

La crise de 2008 démontre aussi que nos élites, dont une des premières obsessions est de tout vouloir contrôler, ne contrôlent en fait plus rien car avec cette crise de l’épuisement des ressources, la machine économique est en train d’échapper totalement à leur contrôle. D’où entre autre le renforcement de mesures comme l’espionnage systématique des citoyens, et ceci pas qu’aux USA.

Comme le capitalisme est à l’origine de cet épuisement des ressources, il n’y a aucune solution à attendre de lui. Pour preuve, les nouvelles technologies ne font qu’ajouter de nouvelles sources d’épuisement des ressources aux anciennes, sans compter de nouvelles sources de pollution, le deuxième problème majeur de notre société, problème qui lui aussi dépasse largement le cadre de l’économie pour nous renvoyer au fondamental de toute société, son rapport avec la nature. Ce qui permet à son tour de placer le capitalisme dans son vrai contexte : celui de la dernière version du logiciel d’exploitation universelle qui nous pourri la vie depuis l’apparition des peuples de guerriers lors de l’antiquité. C’est à ce moment de l’histoire humaine que les plus vils d’entre nous ont pris le pouvoir et il s’agit aujourd’hui de le leur reprendre.

06/08/2014 16:54 par desobeissant

La folle course de vitesse et les milliers de morts de l’armée de la junte :

La 72ème Brigade

6 août 2014 The French Saker Laisser un commentaire

Original : Journal en direct d’El Murid

Traduit du russe à l’anglais par Gleb Bazov

Des négociations en vue de la reddition d’un autre groupe des forces punitives sont en cours. L’identité de l’unité spécifique impliquée n’a pas été mentionnée.

Selon toutes probabilités, les « sonderkommando » [NdT : commandos spéciaux] Azov et Shakhter ne se rendront pas. Mis à part cela, quelques unités éparses du 3ème Régiment de Spetsnaz continuent également à se maintenir près d’Izvarino. Il est donc prématuré de parler de la liquidation du Chaudron Sud. Selon toutes les indications, il va probablement se réduire en taille, et la Milice continuera son blocus. En principe, tel quel, ce groupement se tient tranquille, tirant occasionnellement seulement. En nous rendant de Krasnodon à Sverdlovsk, nous avons traversé un territoire formellement contrôlé par le groupement, sans rencontrer aucun problème.

Il apparaît que le seul bénéfice pouvant être tiré de la reddition des forces punitives est la réduction des lignes de front et la réaffectation d’une part relativement faible des forces de la Milice. Il semble que cette réserve (si jamais elle est créée) sera redéployée à Snezhnoye et à Shakhtersk pour renforcer les positions là-bas.

Maintenant, je sais que Berezin fait froncer beaucoup de sourcils, et les déclarations qui suivent vont y contribuer. Je laisse à chacun le choix de se déterminer, et je les publie malgré tout. GB.

[Note du Saker : Je suis d’accord avec Gleb, les Ukies ont déjà décrété TROIS mobilisations partielles ; où vont donc tous ces gars ? Les vrais chiffres des pertes côté ukrainien doivent être stupéfiants et absolument affreux.] 

Trois Déclarations de Fyodor Berezin (adjoint de Strelkov)......

http://www.vineyardsaker.fr/2014/08/06/la-72eme-brigade/

06/08/2014 19:44 par domi

@Filo
Bien vu ! C’est exactement ce que dit Philippe Grasset dans son commentaire dont le lien est sous l’article...

07/08/2014 02:24 par Filo...

@domi
J ne trouve pas ce commentaire dont vous parlez ?

07/08/2014 08:35 par Beyer Michel

@Filo....en fin d’article le site de "defensa.org"

08/08/2014 19:58 par JOHN

D’accord avec dominique. Le problème, c’est que ceux qui décident au niveau politique ne laisseront pas la place à autre chose que leur intérêt personnel et de caste via le libéralisme ou tout autre forme de système a leur avantage. Quitte à tout détruire, ce qui se passe déjà. Le travail à faire face à toutes les formes de dictatures est colossal et paraît un combat perdu d’avance. Maintenant, celui qui veut œuvrer pour ce qui est juste et bien, répondre au niveau de sa responsabilité propre en tant que citoyen passager de cette terre si malmenée par la cupidité humaine, peut chercher et trouver. Le reste...Qui vivra verra.
/http://jcjeveritas.canalblog.com/

(Commentaires désactivés)