Pourquoi je continuerai à me battre pour Cuba.





[Je fais partie de ces athées qui ont néanmoins une conscience cosmique qui s’apparente de fort près à la religiosité. En est absent toute hypothèse d’un dieu qui vous récompenserait pour vos actions, à tel point que si l’on réussissait à me convaincre de l’idée d’un tel dieu, de l’absurdité d’une telle existence, cela ne changerait aucun de mes comportements. ]


6 octobre 2006



1. Cuba dénonce les dépenses astronomiques d’armement dans le monde.

Granma, La Havane, 5 octobre 2003.

NATIONS UNIES, le 4 octobre. - Cuba a déclaré aujourd’hui ici qu’à peine 10% des dépenses militaires actuelles dans le monde suffiraient pour atteindre les Objectifs de développement du Millénaire (ODM), décidés lors du Sommet 2000 de l’ONU.

Rodriguo Malmierca, ambassadeur de Cuba aux Nations unies, a réaffirmé devant la Commission de désarmement de l’Assemblée générale la proposition de son pays de destiner, au moins, la moitié de ces dépenses aux besoins du développement économique et social, rapporte PL.

Avec les ressources qui aujourd’hui sont consacrées aux armements il serait possible d’alimenter durant un an 853 millions de personnes qui souffrent de la faim dans le monde ou de fournir des médicaments durant 40 ans aux 38 millions de personnes qui sont atteintes du virus du sida, a-t-il ajouté.

Le diplomate a indiqué que durant le récent XIVe Sommet du Mouvement des pays non-alignés à La Havane, les leaders des 118 pays membres se sont mis d’accord pour promouvoir des positions de principes et des priorités en matière de désarmement et de sécurité.

Cuba va travailler activement dans la première Commission (de désarmement) avec les autres pays du Mouvement pour respecter ces engagements, a affirmé l’ambassadeur. Dans son intervention, Malmierca a souligné qu’un seul pays, les Etats-Unis, dépense en armes autant que le reste du monde, et que les compagnies nord-américaines fabriquent 60% des armements qui se vendent sur la planète.

Quant aux armements nucléaires, le diplomate cubain a indiqué que, malgré la fin proclamée de la guerre froide, il existe actuellement près de 33 000 armes nucléaires dans le monde, dont 13 000 sont déjà prêtes à être utilisées.

- Source : Granma www.granma.cu



2. Méditation sur le sens d’un combat :

Voilà pourquoi je continuerai à combattre pour Cuba : parce que dans ce monde désespérant, Cuba continue à poser les questions qui m’importent, parce que Cuba continue à porter la fragile espérance d’une société juste.

Il n’existe pas aujourd’hui un combat qui ne vous confronte à votre propre solitude, non seulement parce que l’adversaire est puissant, mais parce que le camp qui est le votre, la gauche française, les communistes en particulier sont désespérants. Dans une telle situation de confusion idéologique, la médiocrité, les ragots, la cruauté et l’hypocrisie deviennent envahissants et le désir de démission vous envahit. Comment à la veille de cette élection présidentielle sans issue, où les ambitions personnelles, les apparences, la démagogie ont envahi tous les camps sans exception, ne pas se laisser aller au désespoir ?

Je n’ai eu dans toute ma vie qu’un seul intérêt : explorer le chemin par lequel les hommes pourraient construire une société juste. Est-ce que la chaîne de la vie peut aboutir à autre chose qu’à une lutte de prédateurs ? Est-ce qu’il sera possible un jour d’imaginer un monde humain débarrassé de l’hypocrisie et de la cruauté si ordinaire et donc de l’horreur de la guerre.

Je me souviens avoir été frappée par l’échange de correspondance entre Freud et Einstein. « Existe-t-il un moyen de diriger le développement psychique de l’homme de manière à le rendre plus résistant aux psychoses de haine et de destruction ? » demandait Einstein.

Freud lui fit une étrange réponse qui me marqua profondément, il décrivit la « normalité » de la guerre, de la pulsion de mort et s’interrogea sur cette mutation génétique, en fait il s’agissait de « culture », mais celle-ci avait abouti chez certains être humains à l’impossibilité de tolérer les horreurs de la guerre. "je voudrais cependant traiter encore un problème que vous ne soulevez pas dans votre lettre et qui m’intéresse spécialement. Pourquoi nous élevons-nous avec tant de force contre la guerre vous et moi et tant d’autres avec nous, pourquoi n’en prenons-nous pas notre parti comme l’une des innombrables vicissitudes de la vie ? (...) Je crois que le motif essentiel pour quoi nous devons nous élever contre la guerre, c’est que nous ne pouvons faire autrement. Nous sommes pacifistes, parce que nous devons l’être en vertu de mobiles organiques. Voilà qui ne va pas sans explication Et voici ce que j’ajoute : depuis des temps immémoriaux, l’humanité subit le phénomène du développement de la culture (d’aucun préfèrent je le sais utiliser ici le terme de civilisation). C’est à ce phénomène que nous devons le meilleur de ce dont nous sommes faits et une bonne part de ce dont nous souffrons. Ses causes et ses origines sont obscures, son aboutissement est incertain. peut-être conduit-il à l’extinction du genre humain, car il nuit par plus d’un côté à la fonction sexuelle(...) Les transformations psychiques qui accompagnent le phénomène de la culture sont évidentes et indubitables. Elles consistent en une éviction progressive des fins instinctives, jointes à une limitation des réactions impulsives. Des sensations qui pour nos ancêtres étaient chargées de plaisir nous sont devenues indifférentes et même intolérables : il y a des raisons organiques à la transformation qu’ont subies nos aspirations éthiques et esthétiques. (...) Or les conceptions psychiques vers lesquelles l’évolution de la culture nous entraîne se trouvent heurtées de la manière la plus vive par la guerre, et c’est pour cela que nous devons nous insurger contre elle : nous ne pouvons tout simplement plus la supporter ; ce n’est pas seulement une répugnance intellectuelle, mais bien chez nous une intolérance constitutionnelle et affective, une idiosyncrasie en quelque sorte grossie à l’extrême (...) Et maintenant combien de temps nous faudra-t-il encore pour que les autres deviennent pacifistes à leur tour ? On ne saurait le dire. Par quels chemins, par quels détours ? Nous ne pouvons le deviner. En attendant, nous pouvons nous dire : tout ce qui travaille au développement de la culture travaille aussi contre la guerre".

Freud était au-delà de la morale, il n’était même pas sûr que cette évolution soit bonne pour l’espèce, mais il décrivait une situation, celle de certains êtres, des mutants qui en étaient arrivé à ce point d’intolérance presque « esthétique » de la guerre. Je découvris à cette occasion que ce que je croyais être une espèce de tare personnelle, la violence que m’infligeait l’idée même de guerre et surtout celle de bombardement sur les populations civiles était partagée par d’autres.


Il y avait d’autres individus que moi capables quand la guerre menaçait quelque part d’avoir si mal qu’ils criaient qu’ils étaient prêts à mourir pour que cela n’ait pas lieu ou que cela s’arrête... Je me souviens de cette nuit où je fus réveillée par la télé qui était restée allumée, Bagdad était la proie d’une attaque aérienne, il était trois heures du matin, à six heures je marchais dans les rues de Marseille vers le consulat des Etats-Unis, à sept heures nous étions deux à tourner hagards, un homme qui tenait une pancarte contre la guerre et moi...

Nous ne nous sommes même pas parlé, ni même regardé, nous avions honte je crois de ce monstrueux échec, de notre impuissance, de l’obscénité de notre espèce humaine. Voilà le mot qui convient pour dire de quelle manière tout à coup le mystère de la vie, l’évolution de celle-ci jusqu’aux balbutiements de la conscience, ce qui m’a toujours passionné, devient tout à coup dans la guerre l’obscénité pas celle du sexe qui est la vie, non celle de la victoire de la mort. Je ne sais pas pourquoi cela est pour moi si insoutenable comme la perte totale du sens. Je sais ce dont je parle, j’ai été confrontée à des crises d’un schizophrène, j’ai eu peur de lui mais aussi de moi-même, de ce gouffre qui s’ouvrait au fond de moi, c’est de cela qu’il s’agit.

Cette expérience de la perte du sens, de l’obscénité de la victoire de la mort culmine dans la guerre, mais je la frôle souvent dans la rencontre avec mes contemporains et il en est du contact avec eux comme de ce bruit de la craie sur le tableau noir : il suffit parfois d’un fait, d’un regard, d’un mot pour que se déchire la cohérence rassurante et que je vois surgir la monstruosité, la cruauté, l’hypocrisie. La guerre mais aussi le racisme, le massacre ordinaire des êtres humains jetés au rebut.

Rien ne me désespère plus que de découvrir de telles abominations au coeur de mes combats pour mon utopie d’une société juste et dieu sait si ces dernières années m’ont confrontée à de tels dévoiements, à des lâchetés, des intérêts personnels. Au point que j’étais face à ceux qui conservaient le même idéal que moi comme avec cet homme qui à l’aube se promenait dans les rues de Marseille avec sa pancarte, nous n’osions plus nous regarder, nous avions honte, honte de ce gouffre que la folie de la guerre avait ouvert au fond de nous.

Je fais partie de ces athées qui ont néanmoins une conscience cosmique qui s’apparente de fort près à la religiosité. En est absent toute hypothèse d’un dieu qui vous récompenserait pour vos actions, à tel point que si l’on réussissait à me convaincre de l’idée d’un tel dieu, de l’absurdité d’une telle existence, cela ne changerait aucun de mes comportements.

En revanche je cherche l’harmonie, la loi et je perçois très bien ce que dit Kant sur la correspondance entre la nuit étoilée et dans le coeur la loi morale. Il n’y a jamais eu rien d’autre qui m’intéresse que cette vision à l’infini dans l’espace et dans le temps, et cette interrogation : est-ce qu’il y aura un jour une société juste et harmonieuse ? Sans cette question vivre perd son sens ...

Sur ce plan là , il y a en France aujourd’hui beaucoup de raisons de désespérer, l’absence d’issue, la haine que l’on développe entre les peuples, le choc des civilisations interne autant qu’externe. J’ai décidé puisque je ne pouvais pas aider de ne pas accroître la confusion générale et je n’interviens plus sur le sujet, mais ce que je vois ce sont des gens de bonne volonté qui cherchent à trouver une issue et qu’on maintient dans la confusion, et où chacun se prononce en fonction de sa "foi du charbonnier" et pas des faits réels, de la contribution qu’il pourrait apporter... Tout le monde devient "supporteur" d’un match et pas acteur, celui capable de convaincre, d’entraîner l’adhésion d’abord de ses proches, de ses amis de travail, de ses voisins, comme cela s’est passé pour le Non à la constitution... Leur parler de quoi ? De quels enjeux ?
Puisque j’ai fait allusion à la "religiosité", ou encore au dogmatisme, nous sommes en plein là -dedans comme au plus beau temps du stalinisme, chacun exprime sa foi, mais le véritable "travail" politique n’existe pas...

Ce qui est frappant à Cuba, c’est le haut niveau politique de ce peuple, comme d’ailleurs son haut niveau de culture... Pour qui connaît ce pays, il ne peut manquer d’être frappé par le haut niveau culturel de ses habitants. C’est l’accès à l’éducation, à la créativité artistique, mais il y a plus c’est une manière d’être, un travail collectif. Chacun est frappé par "la gentillesse" de ses habitants, par le travail sur le vivre ensemble, cela participe de la "culture politique".

Je crois qu’il faut bien mesurer à quel point les valeurs de partage, de solidarité avec ceux qui souffrent sont fortes. Le pacifisme des Cubains dont témoigne la prise de position de son représentant à l’ONU me parait correspondre à ce que dit Freud et auquel personnellement j’aspire de toute "l’intolérance affective, constitutionnelle" que m’inspire la guerre.

Enfin , J’ajouterai que l’impérialisme, celui de Etats-Unis, mais aussi le notre à nous français dans une moindre mesure, est de plus en plus dépendant de la guerre, toutes les découvertes scientifiques et techniques, les investissements étatiques passent de plus en plus là -dedans. On peut se demander combien de temps sans la guerre tiendrait le capitalisme...

Donc il y a dans le pacifisme, le refus des dépenses d’armement, le moyen de dynamiter de l’intérieur toute la logique destructrice, obscène du capitalisme. En allant concrètement vers un épanouissement humain.

Voilà pourquoi j’espère en Cuba, parce que cette petite île assiégée est capable de porter mes interrogations et de réclamer un monde sans guerre, un principe espérance. Il faut que la question demeure alors même que s’accumulent les stocks d’armement, que partout paraît triompher la mort et Cuba est cette lueur fragile.

Danielle Bleitrach






- Photo : Manifestation contre le CPE

- Auteur : ???

COMMENTAIRES  

08/10/2006 22:07 par Anonyme

Bravo, Danielle...

C’est vrai que lorsque je lis un écrit tel que ce dernier je me retrouve un peu plus humain que lorsque la pensée de mon incapacité à faire cesser cette folie meurtrière m’atteint au plus profond de moi.

La pensée sur toutes ces bonnes volontés qui pourraient se réveiller et agir, ou au moins réfléchir, et qui se vautrent dans une léthargie protectrice qui me donne à penser qu’ils vivent ailleurs, sur une autre planète, ou qu’ils sont génétiquement différents des personnes telles que moi-même. Alors que le sort des Libanais, Kosovars, Palestiniens et autres peut leur tomber dessus en quelques jours ou quelques heures.

Pourtant que de bonnes volontés et de compétences perdues par manque d’espace et de perspectives politiques fédératrices dans l’action. Combien de temps tiendraient les forces fascistes sans l’aide passive de ses propres victimes, (Ou futures victimes) ?

L’expérience des combats passés prouve pourtant qu’on ne peut remporter de victoire et surtout la consolider si on se contente de se battre "contre" quelque chose.
La vraie victoire vient lorsqu’on a réussi à se battre POUR un ou plusieurs buts valorisants et qu’on en a atteint tout ou partie.

Vois-tu, lorsque je vois un Parti comme le PCF déclarer qu’il faut se battre contre la dénationalisation d’EDF, même s’il y arrivait, il ne pourrait conforter cette victoire. Pour gagner cette dernière c’est POUR la re-nationalisation de TOUS les services publics et leur vraie mise au service de tous les citoyens qu’il faut se battre, et gagner.
Et il faut le dire haut et fort, expliquer que les tenants du pouvoir actuels tenteront tout, y compris les pires provocations, la guerre, les assassinats, ou même les génocides pour que ça n’arrive pas et que le Peuple devra être la vraie partie prenante à tous les échelons du combat, dans la société civile, l"armée, la police et tous les organes de pouvoir. Et qu’on lui en donnera les moyens, économiques, politiques, militaires ou policiers si nécessaire en le rendant partenaire actif de tous ces éléments de la société.

Si les Cubains sont si réalistes politiquement c’est qu’il n’y a pas besoin que Fidel les force à comprendre ce qui leur arrivera si la "démocratie" bushiste prend possession de leur pays. Il leur suffit de regarder vers leurs autre compagnons d’Amérique Latine depuis 100 ans sous domination usaméricaine pour comprendre qu’à Cuba, malgré le blocus monstrueux des USA et consorts, on vit mieux qu’au Nicaragua, au Salvador ou au Mexique, pays "libres" à la sauce Yankee. On retrouve le même phénomène en émergeance au Vénézuéla.

La différence essentielle entre le Peuple cubain ou celui de la France par exemple, c’est que le premier est capable de comprendre politiquement qu’il vit mieux et plus en sécurité, (même si tout n’est pas parfait), que le Peuple colombien ou haïtien par exemple. Et qu’il sait instinctivement qu’il peut se retrouver à son niveau du jour au lendemain s’il ne s’implique pas dans la protection, la conservation et l’évolution de la Révolution.
Alors que le deuxième, alors qu’on assassinait en masse dans les Balkans ou au Liban, avec l’aide de notre armée ou avec l’approbation de l’Europe, croyait assister à un jeu vidéo se passant sur une autre planète. Sans comprendre que si demain le Peuple français tentait de changer ses options politiques à son avantage ça pouvait leur arriver à eux.

Et analyser ça PUBLIQUEMENT et sans relâche ça devrait être la tâche principale de tout vrai dirigeant politique VRAIMENT révolutionnaire comme préliminaire à toute intervention publique ou travail politique.

Au début ça en ferait rigoler quelques uns, mais c’est pas sûr qu’il rigoleraient longtemps.

Amicalement,

Gabriel.

09/10/2006 07:41 par lacalas

penser qu’en 2006 votre ideal politique est la dictature castriste souleve chez moi des questions ignorer les prisonniers politique la privation de liberte le flicage au quotidien effectue par les membres des cdr evidemment le blocus a considerablement affaiblie la vie de ces gens cependant les copains de castro n’en souffre pas du tout ils vivent tres bien dans les quartiers huppes de la havane si le paradis se trouve a cuba pourquoides millier de personnes ont elles quittees l’ile dans des embarquement de fortune au peril de leur vie ?

09/10/2006 10:18 par Anonyme

Je n’ai pas envie de répondre à vos éternelles stupidités, à votre propagande infâme, celle que déverse à plein tonneau toutes les émissions de télévision.

Cela ne m’intéresse même plus. Il y a des gens qui ont encore la force de répondre à vos inepties. Adressez-vous donc à eux, je pense en particulier au site CSP, à Viktor Dedaj, à Maxime Vivas, à d’autres, ils conservent de la pugnacité pour répéter inlassablement les mêmes choses, pour dire et redire ce qui est écrit dans nos livres comme "Cuba est une île", ou "les Etats-Unis de Mal Empire".

Moi cela ne m’intéresse même plus, j’ai envie de m’adresser à des gens qui sont comme moi à la recherche d’une issue.

Nous ne serons qu’un petit nombre mais comme le disait je crois Cespedes il suffit de douze êtres humains convaincus pour changer le monde.

Excusez-moi ayez l’obligeance d’interroger quelqu’un d’autre pour en rester aux mensonges télévisuels et aux ordures type Machover et autres propagandistes haineux.

Ils régnent déjà en maîtres dans les médias officiels, laissez-nous un petit espace de reflexion non pollué par pitié, allez jouer dans votre bac à sable habituel.


A LIRE : Les dernières mesures des USA contre Cuba, par Wayne S. Smith, ancien responsable de la section des intérêts US à la Havane.

Fidel Castro malade, Miss Monde acnéique, presse métastasée, par Maxime Vivas.

Cuba : Les Etats-Unis ont payé 10 journalistes pour faire des articles anticastristes, par Abby Goodnough - New York Times.

Danielle Bleitrach

09/10/2006 13:48 par V. Dedaj

Oui, Danielle, c’est lassant. Mais c’est ça l’éducation... Chaque année apporte son lot d’analphabètes politiques. Mais laissons la parole à l’ennemi :

"De toutes les ironies exprimées par la politique étrangère américaine, notre position vis-à -vis de Cuba est la plus paradoxale. Une forte dégradation de la situation économique a provoqué une poussée du nombre de Cubains entrant illégalement aux Etats-Unis. Nous faisons tout ce que nous pouvons pour détériorer la situation économique et ainsi accroître le flux. Nous encourageons également cet exode en accordant aux Cubains, qui arrivent illégalement ou qui s’approchent par voie de mer, un statut de résident et une assistance pour s’installer. Dans le même temps, nous n’avons pas respecté les quotas de visas pour les Cubains désireux d’immigrer aux Etats-Unis [...] quand Castro tente d’empêcher des cubains malheureux de quitter leur pays infortuné, nous l’accusons de violation des droits de l’homme. Mais quand il menace d’ouvrir grand les portes si nous continuons à accueillir sans limites des cubains sans visas - y compris ceux qui ont commis des actes de violence pour aboutir à leurs fins - nous brandissons des menaces imprécises mais aux conséquences terribles."

Jay Taylor, responsable de la section des intérêts américains à Cuba entre 1987 et 1990, in "Playing into Castro’s hands", the Guardian, Londres, 9 août 1994.

* * * *

(Mel Martinez) dit qu’il pense que de nombreux cubains qui fuient l’île ne sont pas des réfugiés politiques, et qu’ils ne risquent pas vraiment de repression à leur retour. Je sais que les interviews [des cubains repêchés en mer] révèlent souvent que ces gens ne sont pas qualifés pour le statut de réfugié politique (...) »

Mel Martinez
sénateur cubano-américain de Miami, anticastriste farouche... Lorsqu’on connait Mel Martinez, cet "aveu" - lâché du bout des lèvres parce qu’en contradiction totale avec sa politique - vaut tous les discours...

09/10/2006 08:31 par Anonyme

ce qui est posé par Cuba est aussi un problème philosophique sur lequel ont beaucoup réflechi non seulement Marx, mais Ernst Bloch,Lukacs, le che guevara, Fidel Castro, à savoir la charge utopique dans le communisme et sa différence fondamentale avec l’idéalisme philosophique et religieux.Faute d’avoir fait ce travail les communistes français non seulement ne sont pas sorti du stalinisme, mais combinent désormais celui-ci avec l’incapacité à penser une voie de transformation pour la France. Il n’y a pas eu critique communiste, révolutionnaire de l’expérience mais adoption du modèle des vainqueurs.

Car on peut dire que "le réalisme" de Staline est un dogmatisme qui en appelle justement à un idéalisme philosophique et religieux. C’est l’hypothèse de Lukacs entre autrs, Si tel est le cas, pour lutter contre cette déformation, il ne s’agit pas de renoncer à l’utopie et donc d’aller vers le conservatisme bourgeois, le nihilisme, mais de retrouver "la médiation concrète", celle sur laquelle intervient l’action transformatrice... Bref pour lutter contre "le stalinisme", il faut retrouver l’idée du Che à savoir que le premier devoir d’un révolutionnaire est de faire la Révolution, pas en imagination, à partir des tâches, des problèmes, des possibles qui sont là ...

Si Cuba représente non pas une société idéale, juste, parfaite, comme on l’enseignait aux communistes à propos du "modèle soviétique", mais une tension permanente vers cette société de justice et de paix, un combat, cela est donc "un principe espérance"(1), mais Cuba ne survivrait pas, sous la menace permanente de son puissant voisin, si elle était utopie religieuse, la moindre erreur peut lui être fatale, donc cette île, ses habitants dans une lutte permanente pour leur indépendance doivent tout porter sur "la médiation concrète", sur le peuple cubain lui-même, sur ses alliés... Créer une situation comparable à un sport de combat où partant de sa propre faiblesse, il doit utiliser la force de l’adversaire, la retourner contre lui pour empêcher l’échange militaire inégal et pourtant ne jamais céder un pouce de terrain sur l’essentiel de ses choix : l’indépendance nationale et ce qui revient au même le choix socialiste...

Donc nous ne sommes pas dans une vision idéaliste, exaltée, mais bien dans l’idée que l’intelligence humaine, la culture d’un peuple (culture au sens le plus large) peut vaincre la pulsion de mort, la haine, l’autodestruction d’une part de l’humanité. Ne croyez pas que la lutte pour faire connaître cette réalité cubaine soit un lit de roses, j’y ai rencontré les mêmes arrivismes, les mêmes médiocrités que partout ailleurs et c’est normal parce que la France est ce qu’elle est et que rien n’échappe à la confusion, mais quand on défend Cuba il reste l’objectif qui transcende cette situation de division, d’intérêt personnel, d’où à la fin mon constat "Voilà pourquoi je défendrai toujours Cuba !" Parce que quel que soit les difficultés, les désespoirs devant votre propre camp, Cuba vous donne l’occasion de vous retrouver vous même sur les valeurs fondamentales d’un engagement communiste et même humaniste.

Danielle Bleitrach

(1)Mon titre "principe espérance" est celui du grand philosophe marxiste allemand Ernst Bloch

09/10/2006 18:31 par bizz

Je m’excuse, si je répète, mais je n’ai pas tout lu sur Cuba

La position de nombreux exilés (qui ne sont pas tous des agents de la CIA, bien sûr, mais contrairement à ce qu’ils laissent entendre, n’ont pas non plus été dans des camps type Goulag ni torturés - ceux qui hurlent avec Bush contre Castro aurait tout intérêt à comparer la dictature chilienne ou argentine et la "dictature castriste") se résume ainsi : "Contre Castro : tout ! "Pour Castro : rien."

Ces déclarations publiques signifient tout simplement que, sans aucune honte ils sont prêts à utiliser n’importe quel moyen et à s’allier avc n’importe qui pour faire dégringoler, par un putsch monté de l’extérieur, leur gouvernement. Ils supposent, ces charmants dissidents, que parce qu’ils sont favorables à la fin du régime castriste, la majorité de la popuation cubaine est en faveur de cette méthode de changement de gouvernement.
Ces dissidents ont donc une conception toute aussi particulière que celle de Bush de la démocratie.

Cette propagande acharnée contre Cuba ne s’explique pas par son déficit démocratique, mais par le fait que Cuba fait partie des États qui ne plient pas devant les États-Unis. C’est la seule raison de l’intérêt obsessionnel des "démocrates" pour Cuba et O si authentique et spontané !

Des déficits démocratiques, il y en a à la pelle, mais les peuples qui le subissent intéressent nettement moins que les Cubains.

Le mouvement anticastriste se compose largement de maffieux et de pustchistes et de magouilleurs. Bref, pas de quoi mobiliser la sympathie.

10/10/2006 15:24 par Cyril H.

Bonjour Danielle

C’est la deuxième fois que je réagis à vos écrits qui reflètent votre très grande sensibilité. Le débat d’idées que vous instaurez est très intéressant même si quelques esprits altérés par l’endoctrinement systémique viennent immanquablement le perturber. Mais comme dirait Victor, il s’agit d’éducation...

Cependant je souhaitais faire quelques observations. Bien que je partage vos opinions sur Cuba, je tenais à ajouter ceci : dans votre texte, vous évoquez à raison l’impérialisme des Etats-Unis mais n’explicitez pas, même succinctement, la réalité de l’impérialisme français. Par suite, cette absence se répercute d’autant dans les commentaires de Gabrielle qui évoque les méfaits de notre armée dans les Balkans ou au Liban en ignorant (inconsciemment j’entends) ceux que l’on commet de façon continue dans notre précarré français, c’est-à -dire en Afrique francophone.

Hormis l’intérêt que je porte à l’Amérique latine, je suis avec attention depuis quelques années ce qui se passe en Afrique, et plus particulièrement en Afrique francophone. Maintenant je me sens vraiment informé et ne peux que constater la puissance de la désinformation médiatique ET scolaire. Je fais partie de l’association Survie qui vise notamment à assainir et réformer la politique africaine de la France. C’est un fait, les indépendances proclamées au début des années 60 sont des indépendances en trompe l’oeil puisque NOUS avons muselé tous les démocrates en herbe (souvent en les assassinant) et installé des roitelets qui agissent tels des chiens de garde pour préserver NOS intérêts en échange de diverses prébendes. Les exemples d’agissements criminels commis en notre nom sont indénombrables : répression au Cameroun dans les années 60 et 70 dans le plus grand silence du Monde, actions criminelles des réseaux foccart dans la sécession biafraise, installation des dictateurs Eyadéma, Bongo, Houphouet, Habré, Bokassa, etc.,(dont certains sont restés 30 à 40 ans au pouvoir), la complicité active dans le génocide des Tutsi au Rwanda, le trucage des élections dans ces pays grâce aux spécialistes français (la dernière en date étant celle du Togo que la France a été seule dans l’UE à avaliser), les monstruosités commises durant la guerre d’Algérie, etc.

Alors même si l’impérialisme français n’a pas les mêmes moyens que l’impérialisme états-uniens, il n’en pas moins condamanable et il est de notre devoir, à nous Français, de le dénoncer haut et fort, car ce qui est fait l’est en notre nom.

Alors je suis bien conscient que là n’est pas le propos de vos échanges, mais quelques allusions percutantes pourraient tout de même s’y référer puisque la lutte contre l’impérialisme est le sujet. Et là je pointe plus globalement le déficit d’information dans ce domaine sur le site du Grand Soir qui me semble faire malheureusement écho à celui, patent, que j’observe dans Le Monde Diplomatique qui m’apparaît de plus en plus comme ayant vocation à alimenter la bonne conscience des bobos français. L’information sur la Françafrique y est soit inexistante soit "mal" orientée. Je pense que celà n’est pas fortuit et que ce n’est pas forcément la faute des journalistes qui dirige la rédaction mais plutôt celle de la main mise du Monde qui possède 51 % du capital.

Bref, je me suis un peu écarté, mais voilà je tenais à souligner cette absence, selon moi anormale, lorsqu’on évoque les impérialismes contemporains.
Ceci dit, il est vrai que les exemples à suivre sont plutôt de l’autre côté de l’Atlantique : Cuba me paraît en effet être un modèle intéressant à suivre et à soutenir, la voie du Vénézuela peut apparaître prometteuse.

Mais la construction d’une nouvelle voie suppose l’éducation, l’information, et donc inévitablement la dénonciation. Donc balayons aussi devant notre porte.

11/10/2006 05:23 par Anonyme

je suis tout à fait d’accord avec vous sur le rôle de l’impérialisme français, en particulier en Afrique. J’ai travaillé en tant que sociologue en Afrique, en particulier au Sénégal et au Benin, les Français ignorent tout de ce qui a été commis et continue à être commis en leur nom, comment recemment un gouvernement a été imposé au Togo. Malheureusement on ne peut intervenir sur tout, pourtant je suis bien consciente qu’il faut d’abord balayer devant sa porte.
Plus généralement je me souviens être intervenue ici même pour dénoncer le discours de brest de Jacques Chirac sur le nucléaire, le passage du defensif à l’offensif, le coût de cette politique impérialiste... Il n’y a pas eu la moindre réaction des partis de gauche, si ce n’est l’approbation de Fabius, j’ai même eu un intervenant qui a déclaré péremptoire "Chirac est gâteux", alors qu’il s’agissait de faits d’un coût énorme comme l’équipement de têtes nucléaires sur les avions rafales... Non pas des projets mais des réalisations... Les quatre sous marins nucléaires en situation de viser n’importe quelle capitale du monde, dont un tournait toujours... Nos porte avion, un instrument impérialiste par excellence et pendant ce temps là il n’y a pas d’argent pour les retraites, pour les hopitaux, pour l’école... J’ai écrit je ne sais combien de textes là -dessus en vain tout le monde s’excitait je crois sur les caricatures de Mahomet... Nous nous étions rationnels, nous nous contentions de faire passer notre argent en missiles nucléaires, à imposer à des peuples notre protection, notre racket...
Danielle Bleitrach

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