Phosphore sur Israel

Jean-Paul Roche


Madame la Rédactrice en chef

Je prends connaissance de votre dossier « avoir 20 ans à Jérusalem » paru dans le numéro du mois de novembre de « Phosphore ».

Sans doute part-il de l’idée de présenter de façon équilibrée les points de vue en présence. Du moins est-ce avec cet a priori que j’en ai abordé la lecture.

Il m’apparaît malheureusement après coup procéder d’une lecture biaisée de la réalité qui intériorise totalement un certain point de vue israélien.

Ainsi la légende de la carte présentée p. 34 nous indique les « territoires conquis en 1967 par Israël ». « Conquis » ? Que signifie ce terme alors que les résolutions de l’ONU (à commencer par la résolution 242) demandent l’évacuation des « territoires occupés » et que le Droit international ne saurait reconnaître de territoires acquis par la force. Quant aux colonies implantées en toute illégalité sur ces territoires, elles n’apparaissent pas ou sont devenues de simples « points de peuplement », au même titre que les autres zones de population !

Le texte de présentation du reportage nous apprend que la visite d’A. Sharon sur l’esplanade des mosquées « a précipité le déclenchement de l’Intifada préparée par les Palestiniens  ». Le rédacteur de l’article aurait-il eu un scoop sur cette « préparation », alors que tous les journalistes ont pu constater son caractère spontané ? Il n’est pas indifférent par ailleurs qu’il glisse sur sa répression brutale : au soir du 4ème jour 53 morts palestiniens et ...3 israéliens.

De même parler de «  l’impossible partage de Jérusalem  », c’est porter un jugement qui disqualifie (sans qu’il soit besoin d’argumenter) les revendications palestiniennes.

La carte qui présente le « Grand Jérusalem » nous montre en légers pointillés « l’ancienne frontière israélo-jordanienne » et qualifie en toute innocence de « limite municipale de Jérusalem réunifiée » (comme Berlin ?) ce qui est la zone annexée illégalement par Israël et que ne reconnaissent ni la France, ni aucun Etat européen, ni même me semble-t-il les Etats-Unis.

J’en viens à la présentation des « témoignages ».

Côté israélien, les jeunes ne cèdent pas à la peur. Ils veulent vivre tout simplement. Je note qu’il n’est pas fait allusion au mouvement de ceux qui refusent d’aller servir dans les territoires occupés. Ils sont certes minoritaires mais posent à la société des questions qu’elle ne peut désormais plus éluder.

Côté palestinien, «  la haine des Palestiniens est telle qu’ils adhèrent facilement à la propagande la plus extrême ». Ce type d’affirmation générale qui pourrait être contredite par la première interview venue m’apparaît extrêmement grave, d’autant qu’on s’adresse à des jeunes, et relève carrément du fantasme et de la désinformation. Les journalistes de terrain présents sur place pourraient en témoigner.

Quant aux « témoignages » eux-mêmes, j’en pointerai deux. Celui de Djihad à qui vous faites dire « Arafat ne vaut pas mieux que Sharon  ». Certes, nombreux sont les Palestiniens qui exprimeront leurs réserves, voire leur opposition à Yasser Arafat, mais en trouver un qui affirme qu’il ne vaut pas mieux que Sharon relève d’une sorte d’exploit journalistique qui laisse songeur.

Et celui de Myrna qui demande un Etat palestinien et dont on nous dit qu’elle est née à Jérusalem-Est, annexée en 67. Et que de ce fait elle possède la nationalité israélienne et le droit de vote. Si cela était exact, elle ferait partie de l’infime pourcentage de Palestiniens de Jérusalem qui se sont vu attribuer la nationalité israélienne. L’immense majorité d’entre eux dispose d’un laisser-passer qui ne porte aucune mention de nationalité : Israël a annexé la terre, pas les habitants (contrairement à ce qui avait eu lieu pour les Palestiniens restés sur leurs terres en 1948). Les Palestiniens de Jérusalem sont donc « de nationalité indéterminée  » ou possesseurs d’un passeport jordanien !

Sans doute n’est-il pas simple de présenter en quelques pages, pour des jeunes, un conflit comme celui-ci. Cela n’en impose que davantage de règles déontologiques qui, en l’occurrence ne semblent guère avoir été respectées.

Pourtant, nombreuses sont les associations qui oeuvrent sur le terrain au service des populations et pour tenter de construire un avenir de paix avec des partenaires israéliens et palestiniens. Je songe au CCFD, à Caritas, à Pax Christi, à Enfants réfugiés du monde, Enfants du monde droits de l’homme... et bien d’autres qui auraient pu donner à votre équipe un éclairage d’expérience et de vérité.

Avec l’espoir que vous reprendrez ce nécessaire travail d’enquête pour rendre compte de la réalité et la donner à voir sans faux-semblants à vos lecteurs, je vous adresse mes salutations attentives et vigilant .

Jean-Paul Roche, Angers

Courrier postal envoyé le 22 novembre 2002 à Mme Béatrice Toulon, Rédactrice en chef de Phosphore (Jean-Paul Roche, Angers)
Placé sur le site web le 22 Nov 2002 @ 22:30

COMMENTAIRES  

13/12/2002 08:56 par negache

les palestiniens vivent pire que des chien en israel et palestine et chaque année s’est de pire en pire.
lorsque l’on voit que des jeunes n’ésitent pas à se charger de dinamites
et de se faire sauter et tuer d’autres
je n’ai vue qu’une seule guerre où les hommes réagiser ainsi celle du viétname

18/04/2005 17:41 par Alexandre

1) Israël est une démocratie où la liberté de culte s’exerce sans contrainte. Ainsi, les Arabes peuvent pratiquer leur religion où, quand et comme bon leur semble. Ils ont le droit de vote et ont même fait élir un député arabe à la knesset ! On est loin de la vie "de chien" dont tu parles. De plus, 1 tiers de la population israëlienne vit sous le seuil de pauvreté et subit du même fait que les palestiniens les ravages du conflit.

2) Le terrorisme, par nature, est acte gratuit qui n’a pour but que de détruire des vies humaines dans des conditions abjectes. Toutes les revendications qu’on lui attribue (religieuse, politiques, etc...) ne sont que des revendications de façade. Le terroriste qui va se faire exploser dans un bus et emporter avec lui hommes, femmes, enfants, veillards, n’est rien d’autre qu’une bête sauvage qui souhaite simplement "tuer du juif".

Le désespoir n’a rien à voir avec tout cela. D’autres palestiniens "despérés" souhaitent que cela change et ne se font pas tous sauter pour autant.

Le terrorisme est un acte de guerre, un acte de barbarie qui n’est la réponse à rien si ce n’est à la folie furieuse qui s’est emparée de son auteur.

12/02/2006 22:49 par Anonyme

attentats kamikazes " actes gratuits " ?
cette acte a un prix : la vie de l’auteur !
mais bien sure pour certains , la vie d’un palestinien ne vaut pas grand chose !

" la folie comme seule raison ? "
ouaih !
les Palestiniens sont des malades , alors !?
dites moi ? quelle genre de maladie ?
génétique ?
proverbe juif :
quand on veu tuer son chien on dit qu’il a la rage !

04/03/2006 20:38 par Kermit

1. Il me semble que le juifs qui vivaient en Palestine avant la création d’Israël pouvaient aussi vivre leur religion sans restriction aucune. Je ne vois pas pas en quoi israël ferait preuve particulière de démocratie en permettant aux musulmans de pratiquer leur religion ... Par contre 1 député arabe à la knesset pour une population arabe représentant 20% de la population totale en israël .... hum y a comme un problème non ?

2.Et quoi du terrorisme d’état ? Le terroriste qui emporte avec lui vieillards et enfants ... et en face un milicien robocop ou dans un blindé qui tire sur les enfants (sans les accompagner dans la mort !) c’est moral ?
Et quand il tire ce milicien israëlien, c’est par désespoir ?

(Commentaires désactivés)