Les troupes des États-Unis ont-elles vraiment libéré Mauthausen ? (Insurgente)

Angeles MAESTRO

Alors qu'on va nous rebattre une fois de plus les oreilles avec la libération de l'Europe par l'ouest, il est bon de connaître une réalité historique bien différente à la version devenue officielle. Photos et article en espagnol.

Dans de nombreux pays européens, la victoire des troupes alliées sur l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale est célébrée, ce qui est particulièrement important lorsque l’on assiste à un renforcement général des organisations fascistes et que les grands mythes sont reproduits. Une fois de plus, on nous répétera que le débarquement des troupes alliées en Normandie fut l’événement transcendantal et que la libération de la majeure partie de l’Europe par l’URSS, qui en a payé le prix très élevé de vingt-sept millions de morts, sera minimisée. Personne ne dira comment les gouvernements alliés ont fait la sourde oreille aux demandes répétées de Moscou d’ouvrir un front à l’Ouest, qui n’a mené à l’opération "Overlord" qu’en juin 1944, avec juste assez de temps pour empêcher l’Armée rouge d’entrer à Berlin (1), ce qu’elle a fait tout de même.

L’objectif est de montrer que l’intervention étasunienne est décisive pour la victoire, clé pour imposer la reconstruction européenne sous son hégémonie, en particulier par l’intermédiaire de l’OTAN. Cela revêt pour nous une autre dimension particulière : celle de la supposée libération du camp de Mauthausen par les troupes des EU.

Le mythe se répète malgré l’existence d’un document graphique bien connu : la photo de l’arrivée des véhicules blindés étasuniens dans le camp où des centaines de prisonniers sont vus sous une énorme bannière qui surplombe la porte d’entrée du camp et qui dit "Les antifascistes espagnols saluent les forces libératrices". La question est évidente : qui donc avait libéré Mauthausen à l’arrivée des Étasuniens ?
L’histoire de l’organisation de la résistance à l’intérieur du camp menée par les communistes espagnols est documentée et a une immense valeur. A Mauthausen, contrairement à d’autres camps nazis où l’extermination s’est déroulée pratiquement sans opposition, une importante organisation internationale clandestine s’est forgée pendant quatre ans qui a sauvé des centaines de vies et libéré le camp avant l’arrivée des troupes alliées.

L’exploit, inconnu de la grande majorité et réalisé dans les conditions les plus dures imaginables, est plein de noms de famille espagnols.

Certains documents existent, mais c’est sans doute le communiste espagnol Mariano Constante (2) qui l’a raconté avec une telle rigueur historique qu’il est connu comme le "notaire de Mauthausen". Je me base ici sur ses écrits.

Début d’organisation

L’organisation a commencé à prendre forme le 22 juin 194. Les troupes nazies occupent un pays après l’autre, et lancent l’invasion de l’URSS. Tout semble fini. Cette nuit-là, la direction SS décida de désinfecter le camp et concentra tous les prisonniers, nus, sous un froid intense, dans les garages. Là, les membres du Parti communiste espagnol ont décidé de s’organiser, d’élire huit d’entre eux à la direction et d’essayer d’étendre l’organisation à d’autres compatriotes. Le noyau du Comité international de Mauthausen avait été formé. L’objectif principal était de maintenir le moral et les principes au milieu de la barbarie. Constant l’explique de cette façon : "Il s’agissait de faire comprendre à tous que, pour combattre à l’intérieur du camp, il fallait avoir une volonté inébranlable de combat et d’espoir, sans laquelle rien n’était possible ; avoir confiance dans la victoire finale ; lutter contre la dépravation et la corruption, éviter de jouer le jeu SS de nuire aux autres prisonniers politiques ; solidarité totale à tout moment et en toutes circonstances ; de tout mettre en œuvre pour empêcher que les "droit commun" ne volent notre rare nourriture ; d’essayer d’introduire des Espagnols dignes de confiance dans les lieux de travail où il existait des possibilités d’aider les autres et, dans la mesure du possible, également dans les baraques ; d’obtenir des informations et de surveiller la conduite des SS, afin de faire face et prévoir leurs réactions ; d’établir des contacts avec des déportés politiques d’autres nationalités ".

Les activités envisagées consistaient à fournir quelques grammes d’aliments supplémentaires aux plus faibles et à essayer de leur éviter les tâches les plus difficiles ; à obtenir des postes permettant la mobilité à l’intérieur du camp ; à cacher les malades pour qu’ils ne soient pas exterminés ou à réaliser des sabotages minimes comme la casse de quelque outil afin " de gêner la production, de détruire une partie – infime, il est vrai – du potentiel militaire du troisième Reich ".

Peu à peu l’organisation s’étend avec l’arrivée, dès le début de 1942, de prisonniers politiques de tous les pays européens, dont certains ex-combattants des Brigades internationales. L’organisation a réussi à introduire des camarades de confiance dans la cuisine, le ménage, l’infirmerie ou les bureaux de l’administration. La toile d’araignée était tissée peu à peu. Dans la seconde moitié de 1942, au milieu des massacres et des tortures, la nouvelle de la résistance soviétique puis de la défaite des nazis à Stalingrad, renforce la confiance dans la victoire pour ceux qui y avaient cru quand il n’y avait même pas une lueur d’espoir.

L’arrivée d’un important contingent de déportés français entre 1943 et 1944, communistes, socialistes, catholiques, et surtout de chefs militaires de la Résistance, a permis le renforcement du Comité international et, surtout, la constitution de l’Appareil militaire international (AMI). L’Aragonais Miguel Malle était le chef de l’état-major général (EM) de l’AMI, composé de quatre membres, dont le chef tchèque des Brigades internationales, Arthur London, et Mariano Constante. Le colonel soviétique Pirogoff a également rejoint cet appareil.

Le réseau est renforcé, malgré les pertes continuelles, et l’accès est obtenu à un poste de radio qui avait été caché par des membres des SS et qui leur permet d’obtenir des informations diffusées par Londres ou Moscou. Des mois plus tard, en plus du vol continu d’armes aux SS, l’organisation obtient une nouvelle ressource : son propre poste de radio qui est rentré dans le camp caché dans une poubelle.

En avril 1945, alors que les défaites allemandes se succèdent – les Étatsuniens bombardaient la ville voisine de Linz et les Soviétiques avaient occupé Vienne – on apprend que le commandant du camp, Ziereis, avait reçu d’ Himmler l’ordre d’exterminer tous les prisonniers. Il devait être exécuté en profitant d’une alarme antiaérienne, vraie ou fausse, et ils seraient éliminés au moyen d’une gigantesque explosion provoquée dans les entrepôts qui étaient déjà conditionnés par les prisonniers eux-mêmes, et qui devaient être auparavant gazés à l’intérieur.

L’organisation clandestine s’accélère, en intensifiant l’obtention d’informations au moyen de documents obtenus par ceux qui nettoyaient les bureaux, en faisant des gardes de nuit, en sortant du camp des documents et photographies obtenus clandestinement par le photographe Paco Boix, preuves dans la barbarie de la destruction et les visites des chefs Nazis, mais surtout en garantissant la coordination et la discipline nécessaire pour éviter les fausses nouvelles.

La libération

Fin avril, le commandant SS Ziereis donne l’ordre de mobiliser les Espagnols pour combattre les troupes soviétiques qui approchent de Mauthausen. Alignés devant les mitrailleuses pointant leurs rangs depuis les tourelles, personne ne bouge. "C’était un moment où tout pouvait arriver et, pleinement conscients de cela, nous étions prêts à tout risquer : les pistolets et les bouteilles de benzine étaient prêts. Voyant qu’il ne plierait pas notre attitude, Ziereis nous a ordonné de rompre les rangs. Je suis sûr qu’il a eu peur.

Quelques jours plus tard, la nuit, les gardes SS furent remplacés par les gardes urbains de Vienne. "Certains SS capturés après la libération nous ont confirmé que Ziereis craignait un soulèvement général et préférait se retirer dans le village de Mauthausen avec ses SS. Une délégation du Comité international a appelé la garde urbaine à rendre toutes ses armes.

Le 5 mai 1945, peu avant 14 heures, deux véhicules blindés et une jeep de l’armée américaine entrent dans le camp. Les gardes se sont enfuis, abandonnant toutes leurs armes.

La grande banderole préparée par les Républicains espagnols a été mise en place et la célèbre photo a été prise.

Lorsque le Comité international (CI) a approché les Étatsuniens pour connaître leurs intentions et leur expliquer la situation, le commandant a expliqué que c’était une patrouille d’explorateurs qui s’était égarée et qu’en fait, les troupes des EU étaient à 40 kilomètres de là. Lorsque le Comité International les a informés que les SS étaient proches, " les Américains sont partis sans pénétrer à l’intérieur du camp, nous promettant un retour rapide avec les moyens de nous défendre. Alors nous avons été laissés seuls pour faire face à tout ce qui pouvait advenir..."

"Sur le terrain, la confusion était totale. Certains prisonniers avaient pris d’assaut l’armurerie et d’autres volaient les entrepôts des SS où étaient stockées les quelques provisions restantes. Heureusement, nous avions une organisation efficace et un appareil militaire discipliné. Les membres de l’Appareil Militaire International étaient restés à leurs postes, attendant les ordres de notre Etat-major. Les chefs militaires ont été convoqués pour prendre leurs ordres et, en quelques minutes, toutes les dispositions nécessaires ont été prises et exécutées. L’ordre interne a été rétabli et là où se trouvaient les SS auparavant pour nous exterminer, se trouvait désormais l’Etat-major militaire international.

La lutte n’était pas terminée. Les combattants espagnols et soviétiques de Mauthausen ont affronté les SS repliés depuis la Tchécoslovaquie et les mis en déroute après de violents combats. Les troupes des chefs du camp, Ziereis et Bachmayer étaient de l’autre côté du Danube et se préparaient à nous attaquer. Pour éviter cela, il fallait prendre l’initiative et les empêcher de traverser le fleuve par le seul pont intact, le pont ferroviaire. Les combats menés par l’EM de Mauthausen, auxquels participèrent les Soviétiques, les Espagnols et les Tchèques, empêchèrent les premiers chars Tigres allemands de traverser le pont.

Le 6 mai, les SS ont tenté à plusieurs reprises de traverser le Danube sans y parvenir malgré leurs chars, leurs canons et leurs mitrailleuses. La résistance du camp n’avait que des mitrailleuses et des Panzerfaust (tubes antichars) volés à l’ennemi qu’ils utilisaient pour la première fois. La situation était critique et la résistance ne pouvait durer longtemps, alors on envisagea de faire sauter le pont ferroviaire avec les explosifs que les Nazis y avaient placés.

L’attaque des Soviétiques sur la plaine de l’Ens obligea les SS à y déplacer une partie de leurs troupes et la pression sur la résistance fut réduite, mais la lutte continua. "C’était une tour de Babel, où nous devions traduire tous les ordres donnés (...) Partout les ordres de reddition avaient été donnés aux troupes allemandes et Berlin était déjà tombé entre les mains de l’armée soviétique. Pourtant, pour nous, la lutte a continué... C’était notre destin. Nous avions été les premiers à combattre les hordes d’Hitler et il était écrit que nous serions les derniers à lâcher nos armes.

Finalement, une colonne de chars étasuniens est apparue et la bataille pris fin.

Un long périple attendait les Républicains espagnols jusqu’à ce qu’ils soient accueillis par la France, mais c’est une autre histoire.

Ce récit n’a rien à voir avec le récit officiel. Il s’agit cependant d’une épopée menée par les communistes espagnols, menée par ceux qui ont décidé de résister et de s’organiser contre le désespoir et la mort. C’est la confirmation historique de la continuité de la lutte entreprise dans la guerre d’Espagne et qui a duré sur le sol européen contre l’Allemagne nazie ; de l’utilisation de l’expérience organisationnelle et du combat internationaliste. La conviction que la défaite de l’ennemi le plus puissant est possible tant qu’il y a une volonté inébranlable – comme ils l’ont dit – de résister, et la capacité de l’organisation pour vaincre.

C’est probablement pour ça que l’histoire officielle est si intéressée à cacher des exploits comme celui-ci. Ils nous préfèrent vaincus, impuissants et ignorants. C’est à nous de rétablir le fil rouge de la continuité historique de la lutte, non seulement pour leur rendre un hommage mérité, mais aussi pour savoir d’où nous venons et qui nous sommes.

Note : J’ai obtenu une partie de ces informations à partir des témoignages de Tomás Martín, frère de ma mère et représentant du Parti Communiste d’Espagne au Comité International de Mauthausen. Mariano Constante et Miguel Malle, le considéraient comme leur frère.

J’ai écrit un récit biographique de la dimension politique de sa vie intitulé "La vos a ti débita" (3). C’est une histoire particulière, mais elle porte la même empreinte d’héroïsme, de douleur, de fermeté idéologique et de solidarité que des milliers de femmes et d’hommes de la meilleure génération de notre histoire nous ont léguée.


1] Pauwels, Jacques, R (2000) The Myth of Good War. Editorial Hiru
2] Constant, Mariano (1974). Les années rouges. Editorial Círculo de Lectores.
3] Maestro, Ángeles (2016) La voz a ti debida. https://redroja.net/index.php/noticias-red-roja/noticias-cercanas/4137-la-voz-a-ti-debida
traduit avec l’aide de deepL.com

 https://insurgente.org/de-verdad-las-tropas-norteamericanas-liberaron-mauthausen/

COMMENTAIRES  

10/05/2019 21:20 par L. A.

Après l’intertitre « Début d’organisation » il manque le dernier chiffre de la date à la fin de la première phrase : « L’organisation a commencé à prendre forme le 22 juin 194. » (« …1941. » dans le texte original en espagnol).

11/05/2019 07:33 par alain harrison

Rétablir la justice historique sans compromission reste à faire.

11/05/2019 16:19 par HUGO

Cet article d’Angeles Maestro est grandement contributif à la mémoire des meilleurs de nos glorieux ainés de toutes nationalités (les Républicains Espagnols étant les plus nombreux à Mauthausen) qui montrèrent que la résistance à l’intérieur des camps de concentration pouvait s’organiser, ce qui était bien plus difficile dans les camps d’extermination.
Alors que dans un enfer aussi gigantesque que Mauthausen où des hommes, des femmes et des enfants sont anéantis, comment concevoir que leurs espoirs, leurs rêves et leurs vies puissent aussi survivre et continuer ?
Comment imaginer que des hommes et des femmes jetés dans un endroit où la mort est familière, où la peur est ordinaire, où la faim et le froid sont quotidiens, trouvent encore en leur for intérieur les forces et le courage d’y croire, de se redresser pour continuer le combat ?
Résister dans les camps ne fut pas le cas pour tous les déportés. Cela reste le fait d’une minorité active qui, au gré des circonstances, a pu dépasser le stade du choc, de la prostration, de l’affaiblissement, de l’humiliation que connaissent l’ensemble des détenus.
Pour certains déportés, résister à Mauthausen est la poursuite de leur engagement contre le nazisme, le fascisme et le franquisme. Pour d’autres, cela relève de la découverte auprès des engagés civils ou militaires de la résistance et des officiers de l’Armée Rouge détenus dans ce camp.
Malgré les différences (criantes parfois) entre déportés, cette résistance est constamment une question de survie et de dignité. Actes de solidarité, soutien moral réciproque, créativité, actions organisées pour les besoins de chaque jour, évasions élaborées, recueil de preuves, sabotages à retardement, refus de travailler … Cela dit, après deux heures de recherches sur le net, je n’ai trouvé que les américains pour libérer le camp de Mauthausen !!!! ….. Mis à part le passage ci-dessous qui conforte assez bien l’article d’Angeles Maestro.

http://liberation-camps.memorialdelashoah.org/reperes/liberations/mauthausen.html

MAUTHAUSEN, LE DERNIER GRAND CAMP LIBERE

Créé en août 1938, le camp a renfermé plus de 230 000 personnes : hommes, femmes, enfants ; opposants, résistants et droits communs.
En fin de période, il reçoit aussi les Juifs évacués des camps polonais. Du camp principal dépendaient 43 Kommandos et 13 sous-Kommandos.

Une résistance se structure autour des républicains espagnols puis d’autres combattants de la guerre d’Espagne. Un Comité international, relayé par des comités nationaux, est formé en mars 1944. Une tentative d’évasion d’officiers soviétiques a été réprimée en février 1945.
Du 22 au 28 avril 1945, la Croix-Rouge suédoise a évacué des Français, Belges et Néerlandais.

La libération se déroule en plusieurs temps. Dans la nuit du 3 au 4 mai, les derniers SS abandonnent le camp et le commandement au capitaine Kern de la Schutzpolizei de Vienne. Le premier Kommando (Gunskirchen) est aussi libéré. Dans la nuit du 4 au 5 mai, il négocie avec les résistants du Comité international.
Le 5 mai, l’arrivée de troupes américaines permet le désarmement puis le départ des gardes autrichiens. Le lendemain, le camp passe sous le contrôle du Comité international. Grâce aux armes dérobées dans l’armurerie, les prisonniers pourchassent les SS et les kapos cachés dans la région. Le 6 mai voit le retour des Américains. Entretemps, les Espagnols avaient fabriqué une grande banderole leur souhaitant, en espagnol, la bienvenue.
Depuis les découvertes du mois d’avril, les troupes alliées pensaient, à tort, avoir touché le fond de l’horreur. En raison de la date tardive de libération, Mauthausen a accueilli les survivants des ultimes marches de la mort, donc beaucoup mourront avant l’arrivée des soldats.
Le camp sera mis en quarantaine par les autorités alliées et les déportés devront attendre pendant plusieurs semaines leur rapatriement, beaucoup continuant à mourir alors que le monde entier fêtait la fin de la guerre et la capitulation de l’Allemagne.

11/05/2019 22:27 par act

1] Pauwels, Jacques, R (2000) The Myth of Good War. Editorial Hiru

Un incontournable essentiel obligé...
http://www.aden.be/index.php?aden=le-mythe-de-la-bonne-guerre
Existe aussi en mode conférence :
https://www.dailymotion.com/video/x10hfx
J’ignore ce que vaut la conférence, le livre est excellent incontournable etc.

12/05/2019 16:21 par Francesc Pougault

un regard complèmentaire par un qui fut déporté à Mathausen

Joaquim Amat-Piniella. K. L. Reich. Club Editor. Barcelona, 2005. (ISBN : 978-84-7329-107-1)

12/05/2019 17:31 par Bassignot

Merci pour cet article qui m concerne tout particulièrement. En effet, j’ai eu un oncle qui était résistant et, après avoir été arrêté par les nazis, a été interné à Mauthausen en 1944. cet oncle est décédé quelques mois après sa libération de façon accidentelle. Il s’appelait Raymond Bassignot et comme il parlait couramment l’allemand, étant entré dans la résistance il a servit comme interprète et de boite aux lettres pour la résistance. Il a été arrêté à Paris vraisemblablement sur dénonciation (malheureusement il y eut aussi des traitres). Il a correspondu, très partiellement (compte-tenu des conditions) avec un ami alsacien. Ses notes nous sont parvenues bien des années après sa mort. Cet ami alsacien ignorant où habitait sa famille et ayant voulu donner à sa mère ce témoignage de son fils. Celle-ci (ma grand-mère) étant décédée entre temps, c’est son petit fils qui récupéra ce document. Il a pris le même prénom que son oncle car son père (le frère de Raymond) a voulu marquer la mémoire de son frère disparu. Cet autre Raymond, qui est mon cousin (mon père et le sien ainsi que le résistant étaient frères) est le maire du village de Raymond : Villers la Combe dans le département du Doubs (25).

Dans ce document, mon oncle relate la vie du camp qui était quelque chose de terrible. A titre indicatif, ils étaient nourris que d’une soupe avec des rutabagas par jour et un peu de suif (graisse de porc) une fois par semaine. Ils survivaient, raconte-t-il, que grâce aux colis de la croix-rouge envoyés par leurs familles. Ils devaient travailler sur des chantiers ,remuer le ciment à des températures très foires, très mal nourris et peu habillés avec des conditions hygiéniques épouvantables. La survie, pour les plus forts, était de 1 an à un an et demi. Ceux qui, le soir tombaient de fatigue, de maladie ou autres avaient que la nuit pour récupérer, si le lendemain ils n’étaient pas aptes à travailler ils étaient exécutés. Si ils étaient malades ils étaient soignés sommairement et devaient reprendre le travail sinon c’était la mort assurée (chambre à gaz généralement). On leur disait que leur camp n’était pas le plus dur...

Lors de la libération il était malade et il avait très peur d’être exécuté, surtout quand il a paris que les allemands avaient reçus l’ordre (comme vous le signalez justement) de tuer tous les prisonniers. Ordre qui n’a pas été exécuté, il en ignorait la raison. Votre article nous donne les explications manquantes, Merci. Mon oncle a été élevé à titre posthume au grade de lieutenant et décoré de la croix de guerre avec palmes et d’autres médailles que je n’ai pas en tête présentement. Si vous le souhaitez je peux vous faire parvenir le petit document qu’il a écrit (mon cousin l’ayant fait imprimer, je vais, d’ailleurs, lui transmettre l’article ainsi qu’ à d’autres membres de ma famille).

A l’heure où les fascismes se réveillent, montrer toutes les horreurs qu’ils ont suscités quand ils étaient au pourvoir et tout ce qu’ils sont susceptibles de faire s’ils y revenaient, un tel témoignage ferait, à mon sens, oeuvre utile ! Par ailleurs, il n’est pas inutile de rappeler tout ce que l’on doit à l’ancienne URSS dans la fin de cette guerre. Il faut aussi se rappeler que les Etats Unis (du moins certaines multinationales de ce pays) commerçaient activement avec les nazis jusqu’en 1944. Demandons-nous d’où l’Allemagne tirait son pétrole ? Que je sache ce n’était pas et ce n’est toujours pas un pays producteur de pétrole ! Sans parler d’autres choses...

G. Bassignot.

Pour me joindre envoyé-moi un mail. (Bien entendu l’envoi de ce document et totalement gratuit, nous n’en tirerions aucune rémunération, ce serait même indécent).

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