Les enseignements d’une émission détestable.


[Mais avec la concentration de la presse, le
poids des grands annonceurs, le phénomène a pris une ampleur inouîe, celui
d’une propagande totalitaire. Et de surcroît, il est toujours intéressant
d’analyser comment et pourquoi une masse de gens est contrainte à soutenir
des intérêts qui ne sont pas les siens. Pour être clair, comment et
pourquoi la grande masse des journalistes, qui ne peut pas accéder à un
loyer de 2500 euros par mois, se met-elle à la remorque de réseaux
corrompus des directions de rédaction eux-mêmes complétement intégrés ?
Certes parce que comme les autres salariés l’emploi en dépend, mais
incontestablement la soumission idéologique, corporatiste, va bien
au-delà .]


Lundi 20 juin 2005


Partons du petit bout de la lorgnette : hier dimanche soir, l’émission "On
ne peut pas plaire à tout le monde"
a une fois de plus démontré jusqu’à 
quel degré d’arrogance et de sadisme pouvait aller la télévision.
D’arrogance dans la manière dont a été traité, mais aussi s’est laissé
traiter J.L.Melenchon. Il ne s’agissait pas de la personne, mais bien de
quelqu’un qui avait osé défendre le NON. C’était le degré à peine supérieur
dans la goujaterie, l’interdiction de parler, de ce qu’avait subi en cours
de campagne Emmanuelli par Christine Ockrent. Caricature, interdiction de
s’exprimer : "Répondez !" répétait sans arrêt l’animateur procureur.
Question : pourquoi des hommes et des femmes politiques acceptent-ils de se
rendre dans de telles émissions ?
De sadisme dans le traitement réservé à Doc gyneco. Je n’ai pas une
sympathie particulière pour le personnage, mais la manière dont cette tête
à claque de Fogiel voulait lui faire avouer qu’il était un has been, qu’il
avait grossi (signe suprême de la déchéance) était intolérable. Mais le
téléspectateur ne vient-il pas jouer les voyeurs de telles "mises à 
mort" ? Disqualification de celui qui ne se soumet pas à "la ligne
médiatique" et achévement en public des bêtes blessées en sont les deux
principes clés.

Il ne s’agit que de la pointe extrême d’un système médiatique qu’il faut
tenter de comprendre en profondeur si l’on veut avancer.


L’évolution sociologique :

L’émission de Fogiel présentait un autre intérêt que l’amer plaisir de
vitupérer l’époque, avec la venue de Jeanne Moreau sur le plateau pour
protester contre la vente à la découpe des appartements du centre de Paris
(comme d’ailleurs de Lyon et Marseille), nous étions confrontés à un fait
de société. Ce n’étaient plus seulement les pauvres, les chômeurs, les
basanés que l’on chassait du centre ville, mais les "bobos" imprévoyants,
ceux qui pouvaient encore payer plus de 2500 euros de loyer mais qui
n’avaient pas le capital pour acheter "au prix du marché", les "cigales" si
occupées à tenir leur rang qu’elles avaient vécu à crédit. Ceux qui
n’avaient pas l’héritage de parents bourgeois ayant épargné pour fournir à 
temps à leurs enfants la somme nécessaire pour devenir propriétaire.
Entendre les "bobos" à 2500 euros de loyer mensuel crier "à la déportation"
en banlieue est riche d’enseignement sur l’évolution de la société
française.

Il y a eu en gros trois étapes. la première correspond au niveau
international comme au niveau national à la période allant de la fin de la
deuxième guerre mondiale jusqu’au début des années 80. Il y a eu une sorte
de moyennisation de la société, on parlait même d’"embourgeoisement" de la
classe ouvrière, le rapport capital/ travail restait relativement stable
mais témoignait d’une évolution lente favorable au travail. On assisté
durant cette période à une mobilité ascendante des catégories sociales, les
enfants se retrouvant en général à un niveau supérieur de celui des
parents. Le système scolaire a été le grand vecteur de cette mobilité. Au
plan international, on a assisté à une évolution comparable et Emmanuel
Todd a très justement noté que cette période est celle de
l’alphabétisation, de "la transition démographique" dans de nombreux pays
du tiers-monde. Il a également noté ce qu’une telle évolution devait aux
pays socialistes et plus généralement à des choix nationaux de
développement.

Le début des années 80 coïncide avec une série d’événéments sur un fond
structurel de remontée du profit et de pression sur le travail. Nous
assistons à la contre-offensive du Capital sous sa forme néo-libérale,
c’est-à -dire le tout marché financiarisé des multi-nationales faisant
sauter tous les instruments de régulation. Il y a la chute de l’URSS et du
socialisme européen mais aussi une atonie générale des luttes
revendicatives. Le rapport capital/travail se renverse et le capital ne
cesse de faire pression sur le travail, emploi, salaires mais aussi
services publics. Dans un premier temps, le phénomène ne semble toucher que
les damnés de la terre. Dans les pays occidentaux on parle d’exclusion, et
une bonne part du tiers monde s’enfonce dans le sous développement. Mais on
reste dans l’idée dans les pays occidentaux de "la moyennisation" de la
société et sur le fait qu’une partie importante de la société des pays
occidentaux demeure protégée. Cependant la mobilité ascendante est freinée
et les inégalités se creusent.

Nous sommes entrés dans une troisième période où non seulement la situation
devient de plus en plus intolérable pour "les exclus", les "chômeurs", les
paysans du tiers monde, mais où les salariés sont attaqués sévérement.
D’abord les bas salaires, mais pas seulement. Si la possession du diplôme
demeure une garantie, celle-ci ne suffit plus et aujourd’hui en terme de
pression sur le pouvoir d’achat, sur le niveau de vie, des couches assurées
jusqu’ici d’une certaine stabilité entrent en crise et leurs enfants ne
sont plus assurés de poursuivre cette mobilité ascendante. On assiste à la
mise en concurrence mondialisée non seulement des forces de travail les
moins qualifiées mais des diplômés (c’est là le choc de la circulaire
Bolkenstein, les services sont atteints comme d’ailleurs il est question de
faire venir massivement les diplômés du tiers-monde). Cette nouvelle
pression non seulement accroit le sous-développement en privant les pays de
gens formés avec de grandes difficultés mais elle touche une grande partie
des diplômés (en particulier ceux du service public) des pays occidentaux.
Comme le prouvent les enquêtes sur le pouvoir d’achat, s’en sortent les
professions libérales et les commerçants alors que les autres s’enfoncent.
Paris intra-muros paraît épargné mais le reste du pays qui n’est pas rural
(les salariés doivent aller chercher de plus en plus loin leur logement)
est profondément atteint. Le Non à la Constitution néo-libérale reflète
cela.

Mais ce dont témoignait Jeanne Moreau est particulièrement intéressant. La
loi du marché est en train de s’attaquer aux bobos eux-mêmes, ceux qui
jusqu’ici avaient pu tenir un certain standing, avait tenu leur rang à 
crédit mais sans accumulation de capital. C’est le logement mais ce sont
les modes de vie de la couche non capitaliste mais jusqu’ici totalement
privilégiée qui est en question.Face à cette situation, le monde paillettes
et strass ne voit d’issue que dans le maintien de ses privilèges et donc
dans l’accentuation du mépris des pauvres, qu’il s’agisse de ceux des pays
occidentaux, que de ceux du Tiers-Monde. Ils vivent dans le danger
permanent des hordes barbares.


Tentative de compréhension du système :

Si l’on ne mesure pas cette évolution sociétale, on ne perçoit pas en quoi
ce personnel médiatique, ce petit monde de la presse est contraint à être
ce qu’il est. Au niveau le plus général, celui de la piétaille
journalistique, les conditions sont comparables à celles des salariés
diplômés et qualifiés avec l’extension du chômage et de la précarité. Mais
si l’on veut atteindre la direction du Système, participer aux allées du
pouvoir, il faut payer son écho de corruption. C’est un monde soumis à 
une terrible concurrence pour ne pas tomber de "la charrette".

La formation des journalistes mérite d’être étudiée, un récent article de
"manière de voir", consacré à la presse par le Monde Diplomatique, montrait
à quel point cette "formation" produisait une absence de curiosité
intellectuelle, un conformisme. Si à partir de cette formation, on resitue
la carrière du journaliste dans le contexte précédemment évoqué celui
d’"élites" profondément corrompues gouvernant les "contenu", on comprend
mieux le produit final et les "bides" auxquels ils aboutissent comme
récemment l’annonce de l’absentéisme électoral en Iran. Sans parler de la
pression médiatique en faveur du OUI, un fiasco intégral qui semble
pourtant ne pas avoir semé le moindre doute dans ce petit monde
auto-proclamé, auto-entretenu dans une rupture totale avec le reste de la
population.

Il s’agit non pas des journalistes mais de "leur production" puisque chacun
sait désormais que si 90% des produits médiatiques (émissions, articles)
prenaient partie pour le OUI, la situation était différente dans les salles
de rédaction. Il y a donc un système qui bien sûr revient à l’évidence déjà 
énoncée par Marx en son temps : dans une société les idées dominantes sont
celles de la classe dominante. Mais avec la concentration de la presse, le
poids des grands annonceurs, le phénomène a pris une ampleur inouîe, celui
d’une propagande totalitaire. Et de surcroît, il est toujours intéressant
d’analyser comment et pourquoi une masse de gens est contrainte à soutenir
des intérêts qui ne sont pas les siens. Pour être clair, comment et
pourquoi la grande masse des journalistes, qui ne peut pas accéder à un
loyer de 2500 euros par mois, se met-elle à la remorque de réseaux
corrompus des directions de rédaction eux-mêmes complétement intégrés ?
Certes parce que comme les autres salariés l’emploi en dépend, mais
incontestablement la soumission idéologique, corporatiste, va bien
au-delà ...

Elle passe ici, comme ailleurs, par la mise en coupe réglée des formes de
solidarité collectives.
Au syndicalisme professionnel qui devait affronter les patrons de presse
et les dirigeants de chaîne, tend à se substituer un "corporatisme"
idéologique soumis aux mêmes. Un personnage comme Robert Ménard est tout à 
fait illustratif de cette évolution. Il est systématiquement "du côté du
manche", largement financé par les annonceurs comme Publicis, mais aussi
les patrons de presse, qu’il ne remet jamais en cause, pas plus d’ailleurs
que les maîtres nord-américains avec qui ses liens sont manifestes. Cela
relève plus de la mafia que du syndicalisme... Comment un personnage aussi
totalement controversé que Robert Ménard peut-il être ainsi promu ? Si tous
sont complices de cette promotion, peu sont totalement dupes, à titre
d’anecdote quand il téléphone dans les journaux, tout le monde en riant dit
MCM, "merde c’est ménard"... Sa défense des "journalistes" relève du Show
Bizz et transforme tout en "sensationnel", tout en évacuant les questions
qui fâchent et qui relèvent de la mise en cause du capital. Il faut
également noter que ce type d’individu fonctionne dans des "réseaux", des
"personnalités" qui en général sont les mêmes que ceux qui ont droit au
pages de "libre-opinion" dans la presse nationale. Le cas type étant
Bernard Henry Levy, mais il y en d’autres. Il se constitue un conglomérat
de pseudo-experts, d’intellectuels dont on transforme les écrits en
best-sellers.

Appartenir à cette élite médiatique est la seule garantie non seulement de
jouir de publicité mais de bénéficier grâce à elle de tirages confortables
et de revenus. C’est la garantie que l’on peut se maintenir dans des modes
de vie de l’élite : appartements dans le centre de Paris, sorties
rétribuées par Publicis, voir des moeurs encore plus coûteuses comme
l’addiction à la cocaïne. C’est le dessus du panier et la grande masse des
journalistes vit une toute autre existence tout en partageant des
conditions de concurrence et de précarité qui les soumettent aux patrons de
presse mais aussi aux directions de rédaction qui participent de ce show
Bizz.

Car aux phénomènes précédemment évoqués, il faut ajouter les exigences de
rentabilité et les consignes d’éviter les sujets qui fâchent (par exemple
les annonceurs) qui sont l’aspect structurel du système. Les exigences de
rentabilité produisent non seulement le goût du sensationnel et les
attitudes type Fogiel, Ardisson et autres mais une véritable ignorance des
faits. Ainsi on ne peut qu’être effrayé par l’incompétence sur les sujets
internationaux, la décontextualisation systématique, les contre-vérité sur
les civilisations et les peuples et l’on se demande comment, même avec les
consignes politiques, on peut aboutir à un tel résultat de décervelage. Il
y a, on l’a vu, la formation à la superficialité, mais il y a aussi le fait
qu’avec les réductions de personnel, la suppression du dit personnel sur le
terrain, reporters ou agences, la plupart des informations émanent soit de
journaux étrangers que l’on recopie, soit de dépêches d’agence que l’on
reproduit sans savoir trés bien de quoi il est question.

Le tout donne une tonalité générale aux salles de rédaction faite de
cynisme et de mépris pour le lectorat ou pour l’auditeur. Dans ce système
précarisé et concurrentiel, on joue les pseudo-solidarités corporatistes,
non pour défendre réellement un collègue menacé, ou une information digne
de ce nom, mais "une profession" largement fantasmée.


Que faire ?

Nul ne peut se réjouir d’une telle situation. Il en est des journalistes
comme du monde politique qui est d’ailleurs largement soumis aux mêmes
errances, on peut les mépriser et ils font tout pour ça, mais ce n’est pas
la solution ni pour les uns, ni pour les autres. Car si l’on ne se donne
pas les moyens d’aider à l’apparition d’une autre presse comme d’un autre
personnel politique on aboutit au pire à une sorte de poujadisme
anti-élite, un mépris total des journalistes qui n’aide pas ceux qui ont
une autre conception du métier. Pire encore, l’audimat le prouve, on
entretient ce qu’il y a de pire dans le système, une véritable éducation à 
la vulgarité, au sensationnel et à l’absence de réflexion.

Il faut au contraire se donner les moyens d’une réflexion en profondeur sur
les moyens que nous avons encore à notre disposition de favoriser une autre
conception de l’information, d’une culture qui ne soit pas une "exception",
mais aboutisse à une démocratisation. Une telle réflexion est entamée en
divers lieu, mais il faudrait envisager des États-généraux du droit à 
l’information, avec une remontée des discussions et échange entre
journalistes et utilisateurs de la base au sommet. Il est temps de se
parler.

Danielle Bleitrach, sociologue.


- De Danielle Bleitrach :

Le NON n’ est pas un vote de gauche, c’ est un vote de classe ...

Référendum : Les leçons d’un srutin.

Negroponte : un des plus grand terroriste nommé à la lutte contre le terrorisme...

Censure et Empire, Dieudonné et l’usage de l’"antisémitisme", par Diana Johnstone et réponse de Danielle Bleitrach.



COMMENTAIRES  

21/06/2005 08:54 par Guy Decoupigny

Excellent article.
Nécessité s’ impose de lui donner une
large "publicité" . Aucune illusion,
la classe dominante le censurera.
Utilisons le réseau internet pour le
diffuser auprès de nos correspondants.
Ouvrons le débat.

21/06/2005 16:03 par Gérard Jugant

Cet article est une précieuse contribution à "Que faire ?". Il va au fond et propose une démarche partout où nous trouvons de l’espace. Plein de petits réseaux, s’ils se coordonnent, peuvent faire une grande force. D’une certaine façon, ne devons nous pas les laisser aboyer et suivre notre chemin, ce qui était à peu près la devise de Marx inspirée d’un vers de la "Divine Comédie ?

21/06/2005 22:58 par lingane

Je suis, comme souvent, parfaitement d’accord avec danielle bleitrach, mais une chose me gêne, et j’aimerais vraiment avoir son opinion là -dessus : de même que les bobos commencent à voter non le jour ou ils ne peuvent plus payer leur loyer, de même vous critiquez fogiel et autres lorsqu’ils traitent mal mélanchon. Mais vous n’avez rien dit lorsqu’ils agissaient -et agissent- pareillement avec Villiers ou Le Pen. Qu’en pensez-vous ?

(et non, j’ai jamais voté pour le breton, puisque c’est la répartie a laquelle j’aurais surement droit tot ou tard, et j’ajoute que ce n’est pas le sujet)
(par contre, j’ai voté Villiers, et je signale au passage aux tenants du "non de gauche" type buffet -attitude parfaitement pro-libérale in fine- que le non N’EST PAS DE GAUCHE MAIS DE CLASSE, et que sans les souverainistes, il n’y a pas, il n’y aura pas de majorité non-libérale en France. D’ailleurs souveraineté, frontières et socialisme sont, je le pense fermement, totalement symbiotiques.

22/06/2005 00:50 par elie

Dieudonné aussi..
Ouvrez vos yeux Danielle.

Tout est dit.

Animateur télé est un métier.

"Il faut quelqu’un pour faire le job"
dixit :
- Le bourreau
- Le vidangeur
- Le Fogiel

22/06/2005 07:55 par danielle Bleitrach

votre contribution mériterait un article de réponse, tant il soulève de questions n’appellant pas de réponses univoques. Le pen d’abord, pour faire court, je réflechirais autour du thème suivant : Le Pen joue le double rôle de repoussoir et d’éclaireur. Ce repoussoir a été créé de toute pièce par Mitterrand pour diviser la droite et donc pour maintenir "tactiquement" la gauche au pouvoir y compris quand "les alliés" communistes quitteraient le gouvernement devant l’évolution néo-libérale du gouvernement socialiste. (restructurations massives, fin de droits, etc...) Ne pas oublier sur le fond que c’est sous le gouvernement Mitterrand que s’inverse le rapport capital/travail. L’indicateur le plus simple en est l’étude de la valeur ajoutée créée par les entreprises et sa distribution, mais il y a aussi l’évolution de la Bourse.
Donc le repoussoir Le Pen joue son rôle de division de la droite, avec toute un symbolique de la haine, de la stigmatisation, de "consesnsus" social qui redouble le consensus autour du néo-libéralisme, l’absence d’alternative. Jusqu’au moment où il devient l’instrument de la victoire de Jacques Chirac. Il continue à jouer le rôle de repoussoir, mais il est déjà l’éclaireur de Sarkozy et d’une conception sécuritaire et répressive. Parce que justement la pression sur le travail s’accentue. Sous couvert de lutte pour l’emploi, on démantèle les protections sociales, le droit du travail qui serait l’obstacle à la création d’emploi, on continue les cadeaux au patronat, mais comme monte les résistances, il s’agit également de se donner les moyens d’une répression policière contre les pauvres, mais aussi les syndicalistes (voir la prise d’empreinte génétique). Sarkozy se glisse dans la peau de Le pen, tout en continuant à affirmer sa différence sous couvert d’acceptation de "la diversité" à travers un "communautarisme" proche de celui des USA, instrument d’une division de classe. J’esquisse là quelques traits et pour comprendre l’attitude des médias à l’égard de Le pen, il faudrait poursuivre l’analyse en profondeur et à partir de là , construire la forme idéologisé de la domination totalitaire qu’ils véhiculent. C’est un travail en soi. Un mensuel m’a demandé une série d’articles sur la société française, j’ai commencé à les écrire, mais plus je fouille le sujet, plus il me vient l’envie d’écrire mon prochain livre sur le sujet. Surtout que depuis une année j’ai opéré un détour par Cuba et l’Amérique latine qui m’aident à percevoir les enjeux de la mondialisation dans laquelle nous sommes tous pris.
Ceci m’amène à Villiers. je suis d’accord avec vous sur le vote de classe et sur le fait que personne ne peut s’attribuer ce vote, je l’ai écrit ici même. Toujours en accord avec vous sur la trés bonne campagne menée par Villiers, mais aussi Saint Aignan et la droite souverainetiste. ils ont su coller au vote de classe, tout en alimentant la dimension souverainiste que la gauche négligeait, en disant "Europe, Europe", en sautant comme des cabris pour reprendre le mot du général de Gaulle. Mais c’est là que s’arrête mon accord, pour deux raisons, la première est que l’aspect souverainetiste populaire demanderait à être mieux analysé. Là encore c’est un travail complexe. La seconde est que la dimension de classe est première, je dirai que c’est la contradiction principale qui mine la construction européenne telle qu’elle se met en place. La référence à la Nation est une contradiction essentielle mais qui doit être analysée de manière dépendant à la première. C’est si vrai que Villiers n’obtient pas la majorité en vendée.
De ce fait autant le triomphalisme de Buffet, Besancenot et Attac qui s’imaginent que leur groupuscules du NON, leur cartel d’organisations, est à l’origine du rejet, me parait à côté de la plaque. je les ai même traité de mouches du coche. Je crains toujours que faute d’avoir compris cela, ils ne se donnent pas les moyens de donner une expression politique à cette volonté de résistance et de "démocratie participative" qui a surgi. En tout de suite prétendant reconstituer les jeux politiciens : le PCf et la ligue se disputant le terrain, le PCF rêvant de reconstituer la "gauche plurielle", repondérée. Malheureusement c’est ce qui est en train de se passer et seules les luttes revendicatives sont susceptibles de balayer cela avec le handicap de directions syndicales encore plus politiciennes que les partis. Il n’en demeure pas moins que si on étudie la géographie des votes, non seulement celle-ci est entièrement le fruit de cette dimension de classe, mais il faut bien constater que souvent, elle reproduit jusqu’à la caricature l’influence du PCF d’il y a trente ans. Voilà encore un fait qui mérite d’être analysé. Comme je vous l’ai dit je n’attribue pas cela au PCF tel qu’il est, mais plutôt à des formes de sociabilité qui ont résisté à la mise en pièce des organisations syndicales et politiques depuis les années 80. Je pense en particulier à des collectifs informels dont la famille est l’exemple type. Cela encore mérite une analyse sur la famille. Si Paris est une ville de célibataires, le reste de la France reste structuré par la famille... Vous voyez à quel point chacun des thèmes que vous abordez est complexe et mérite d’être fouillé d’une manière qui excède le cadre d’un article et d’une réponse univoque.
Danielle Bleitrach

21/06/2005 16:12 par papamamanetlechien

Écot, et non pas écho, voire.
Je ne veux pas du tout réfuter votre analyse, mais elle participe de la vision mythique que les journalistes sont... des journalistes. Quand on voit un plombier, on imagine facilement une barbouze, mais bizarrement pas quand on voit un journaliste. C’est pourtant beaucoup plus pratique comme déguisement ! Que Deep Throat lui donne rendez-vous dans un parking de nos jours, il n’est pas sûr d’en ressortir vivant.
Sur l’autre sujet de votre texte : si les bobos sont bohèmes, c’est qu’ils n’ont pas seulement des problèmes de loyer, mais aussi pour s’habiller chez Chanel. A Strasbourg, la boutique a dû fermer, victime aussi bien sûr de l’explosion des loyers. Heureusement, la contrefaçon se porte bien, et les apparences sont sauves.

Résultat des élections : Il est fini le temps des "taisez-vous, M. Elkabbach". Christine Ockrent pour mille ans !

22/06/2005 08:36 par danielle Bleitrach

Je suis tout à fait d’accord avec l’aspect barbouze et si vous lisez notre nouveau livre (avec Viktor dedaj et Maxime Vivas) à paraître en août-septembre 2005, chez Aden : De Mal Empire, vous verrez à quel point nous sommes conscients de cet aspect-là . Les sommes consacrées par la CIA à l’achat des consciences est tout à fait officiel dans le budget nord-américain. Quelqu’un comme Robert Ménard émarge sans problème. Mais il n’est pas le seul et récemment au cours du procès des écoutes téléphoniques, plusieurs témoins dont Dumas ont mis en cause Eddy Pleynel sans être le moins du monde contredit. Mais autant il est évident pour quelqu’un qui vit en Amérique latine que la CIA est toujours présente, fomente des coups d’État, déstabilise les gouvernements, organise des attentats terroristes et le fait en liaison avec "la presse", autant les Français s’imaginent à l’abri de ce genre de choses... Pourtant un travail sur les archives de la police montrent les imbrications étroites... Il y a une trentaine d’années... Le fait que la presse française soit aussi atlantiste ne tombe pas du saint esprit. Mais je préfère toujours partir de l’évidence et évacuer la dimension du complot. J’analyse l’évolution d’une société, le positionnement des "acteurs", qui sont le plus souvent des "agents" agis, mettre en évidence les "intérêts objectifs" des uns et des autres pour tenter de casser "un consensus" largement fabriqué. Je n’ai jamais dit que les bobos votaient NON. Je crois au contraire que la précarité, la mise en concurrence entre eux les conduit à une mentalité d’assiégé autour de la défense de leurs "privilèges", surtout ne pas "tomber de la charette" et cela conduit au niveau des mentalités, premièrement à adhérer à une conception du monde paranoïaque où les hordes barbares les assiègent et deuxièmement à regarder d’un oeil ruisselant de tendresse l’Empire États-Unien qui les protège des dites hordes. Et si bien sûr d’importants revenus émanent du dit Empire, cela renforce. Les revenus n’ont pas besoin d’être directs, il suffit de financer la parution d’un livre, d’une luxueuse revue (type médias de l’éternel Menard) ou tout autre.
En ce qui concerne les contre-façons vous n’avez pas tort, mais le problème est plus global. Les prix mondiaux sont en plain chaos et si dans leur masse les salariés subissent le choc. Choc masqué par le coût relativement réduit des produits venant d’Asie au niveau des statistiques globales, il y a au contraire une montée des prix d’une masse de produits et de services qui ne proviennent pas d’asie. Il y a une couche de population que j’appelle pour faire court les bobos mais dont la caractéristique essentielle est qu’elle est en situation de négocier sa force de travail vers le haut et qui bénéficie à la marge des revenus du capital (stock-options par exemple), qui bénéficie à la fois de la baisse des produits venus d’Asie, et de la pression sur les salaires de la grande masse des salariés qui les sert. La nouveauté de la période est que si pendant des années, seuls les ouvriers, les employés subissaient la dégradation, aujourd’hui ce sont de nouvelles couches, diplômées en particulier, qui subissent le choc frontal. Ce que montre l’exemple de jeanne Moreau, c’est que le phénomène du tout marché et du profit roi, est en train de les atteindre. mais ils sont loin de se prolétariser et surtout d’acquérir une conscience de classe... Ils n’en sont que plus hargneux, plus convaincus de la défense de leur privilège et de leur ego.

Danielle Bleitrach

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