Les bombes américaines n’ont jamais libéré personne

Ahmad Ibsais

De l’Iran, du Venezuela, du Groenland et du refus de l’ingérence américaine dans les affaires mondiales.

La pire chose qui puisse arriver au peuple iranien en ce moment, c’est “l’aide” américaine.

Alors que les manifestants envahissent les rues de Téhéran, Donald Trump déclare que “les États-Unis sont prêts à aider” et menace de lancer des frappes militaires. Il examine les “options de frappe”, envisage des cyberattaques et le déploiement de porte-avions, tandis que l’empire américain se prépare à faire pleuvoir la liberté sur l’Iran sous forme de missiles Tomahawk et de raids de la Delta Force. Or, personne n’a jamais été libéré par une invasion américaine : ni l’Irak, ni l’Afghanistan, ni la Libye, ni aucun autre pays frappé par la “démocratie” américaine. En effet, l’unique chose que les bombes américaines procurent, c’est le contrôle américain sur les ressources, la politique et les ruines fumantes de ce qui fut jadis un pays.

Cette arnaque se répète dans le temps et aux quatre coins du monde : Saddam, Kadhafi, Assad, Maduro, Khamenei… Des hommes au pouvoir dirigent des régimes prétendument brutaux. À chaque fois, c’est l’Amérique qui identifie les opprimés, prétend se soucier de l’humanitaire, lance une intervention militaire, installe un pantin, extrait les ressources et nomme cela la liberté. Il est surprenant que les États-Unis ne voient la brutalité qu’ailleurs, et jamais chez eux, où des décennies de frappes de drones contre des enfants et d’armement de génocides passent étrangement pour de la liberté.

L’approche est toujours la même : une résistance interne émerge, les agences de renseignement américaines l’amplifient, la couverture médiatique enfle, des récits d’atrocités circulent (certains vrais, d’autres exagérés, d’autres inventés), les internationalistes libéraux se tordent les mains sur les droits de l’homme, les néoconservateurs salivent à l’idée d’un changement de régime, et soudain, tout le monde s’accorde à dire qu’il faut faire quelque chose. Ce quelque chose, ce sont toujours des bombes, servant exclusivement les intérêts américains.

Prenons l’exemple du Venezuela, la répétition générale de Trump pour l’Iran. Il prétend avoir libéré les Vénézuéliens de la dictature de Maduro.

Or, qui contrôle le pétrole vénézuélien aujourd’hui ? Pas les Vénézuéliens. Trump s’en est emparé comme d’un butin : des millions de barils ont été immédiatement extraits et les entreprises américaines se sont empressées d’obtenir des contrats pour “reconstruire” une industrie qu’elles pillent activement. Il a également signé un décret intitulé “PROTÉGER LES REVENUS DU PÉTROLE VÉNÉZUÉLIEN POUR LE BIEN DES PEUPLES AMÉRICAIN ET VÉNÉZUÉLIEN”. Les protéger de qui ? Et pourquoi les Américains auraient-ils droit à du pétrole qui ne leur appartient pas ?

Et maintenant, il compte réitérer l’opération en Iran.

Les menaces de Trump ne se soucient pas d’aider les manifestants iraniens, mais à se positionner stratégiquement et à envoyer un message à la Chine et à la Russie sur la domination américaine, où les manifestations sont un prétexte, les préoccupations humanitaires une couverture et l’objectif, le contrôle. La “libération” américaine signifie en réalité que des Iraniens seront tués, que les infrastructures dont dépendent les populations pour survivre seront détruites, que la guerre généralisée entraînera un effondrement économique, que le conflit régional s’étendra à l’Irak, à la Syrie et au Liban, et qu’à terme, quelqu’un comme Reza Pahlavi, le fils du Shah, qui vit aux États-Unis depuis quarante-cinq ans et n’a pas mis les pieds en Iran depuis son adolescence, sera installé au pouvoir. Il ne représente rien d’autre que la politique approuvée par les États-Unis et l’exploitation gérée par les États-Unis.

Mais les Iraniens qui descendent dans la rue ne demandent pas l’intervention américaine, ils ne supplient pas pour un changement de régime via des missiles ou des envahisseurs américains, ils exercent leur droit de demander des comptes à leur propre gouvernement pour des griefs légitimes tels que l’effondrement économique, la corruption et l’incapacité à fournir les produits de première nécessité. Lorsque les Vénézuéliens se sont organisés contre Maduro, ils n’appelaient pas à l’occupation américaine, lorsque les Palestiniens résistent, ils ne demandent pas davantage d’argent et d’armes américains pour l’occupant, lorsque les peuples, où qu’ils soient, se soulèvent contre leurs dirigeants, ils exigent que ceux qui sont censés les servir rendent des comptes, et n’invitent pas l’empire à les coloniser.

Dans la plupart des cas, l’intervention américaine constitue déjà l’une des principales causes de souffrance. Les manifestants iraniens ont faim parce que les sanctions américaines ont détruit leur économie pendant des décennies. C’est la dévastation économique qui pousse les gens dans la rue. C’est la politique américaine de punition collective destinée à appauvrir les Iraniens ordinaires jusqu’à ce qu’ils renversent leur gouvernement. L’économie cubaine s’est effondrée notamment à cause des sanctions américaines qui ont empêché le pays de commercer, d’accéder aux banques internationales et d’importer des denrées alimentaires et des médicaments. Ces mêmes sanctions ont affamé les Vénézuéliens bien avant que Trump n’envahisse le pays en prétendant les sauver de la famine. C’est le pyromane qui se fait passer pour le pompier.

Les Palestiniens souffrent sous l’occupation israélienne, financée par des armes, de l’argent et une couverture diplomatique américains. La plupart des bombes larguées sur Gaza portent la mention “Made in USA” et chaque acte de nettoyage ethnique est financé par l’aide américaine. Lorsque nous résistons, nous sommes qualifiés de terroristes. Lorsque nous protestons, nous sommes accusés d’antisémitisme, et lorsque nous exigeons des comptes, nous en demandons trop. C’est l’empire américain qui crée les situations de souffrance, puis qui propose de les “résoudre” par davantage d’intervention, de violence et de contrôle. C’est un racket protectionniste à l’échelle civilisationnelle : on casse les jambes, puis on fait payer des béquilles. On affame avec des sanctions, puis on envahit en prétendant nourrir. On fournit les bombes qui tuent, puis on condamne la résistance.

En tant que Palestinien, je comprends les peuples qui se soulèvent contre leurs dirigeants. Cependant, en fin de compte, je préfère encore Abbas, un collabo corrompu, à la “libération” américaine. Je ne le trouve pas acceptable pour autant (c’est un hypocrite qui coordonne ses actions avec les forces d’occupation, réprime la résistance et s’enrichit pendant que son peuple souffre), mais il est notre problème, tandis que l’occupation américaine impliquerait des décennies d’asservissement impérial. Les Vénézuéliens, les Iraniens, les Cubains et tous les autres peuples dans le collimateur de la “liberté” américaine sont confrontés au même dilemme : un dirigeant impitoyable ou une intervention américaine, Khamenei ou Trump, Maduro ou l’occupation américaine, Assad ou les bombes américaines. [on pardonnera à l’auteur quelques rapprochements hasardeux - Note de LGS]

Mais c’est un choix binaire artificiel. Le peuple iranien ne choisit pas entre Khamenei et Trump, il se bat pour quelque chose qu’aucun des deux n’offre, à savoir son autodétermination. Ils sont dans la rue parce qu’ils ont faim, que l’inflation a détruit leurs économies et que le régime est défaillant. Ils veulent un changement selon leurs propres conditions et dont ils seraient responsables. Ils ne demandent pas à Trump d’envahir leur pays, ils ne supplient pas qu’on leur envoie des bombes américaines, ils exigent que leur gouvernement fasse mieux ou qu’ils exercent leur droit de créer eux-mêmes un nouveau gouvernement.

La libération ne vient pas de l’extérieur. Elle ne peut être offerte par ces hommes blancs de la Maison Blanche qui vénèrent la guerre. Ce n’est pas un cadeau offert par ceux qui prétendent régner sur ce monde, mais quelque chose que les gens s’approprient eux-mêmes. Sans quoi, ce n’est pas une libération.

Ce dont les Iraniens ont réellement besoin en ce moment, c’est de l’absence des États-Unis.

Qu’ils lèvent les sanctions qui asphyxient l’économie iranienne depuis des décennies, désespérant son peuple tandis que l’élite du régime trouve des solutions de contournement. Qu’ils cessent d’armer les rivaux régionaux qui cernent l’Iran, d’occuper les pays voisins, d’assassiner les scientifiques et les généraux iraniens, de bombarder les infrastructures iraniennes, de revendiquer le pouvoir de déterminer quel gouvernement iranien est légitime. Laissez les Iraniens résoudre leurs problèmes.

Les États-Unis n’ont d’autre idéologie que le pouvoir absolu et d’autre préoccupation que la domination mondiale. Les États-Unis se soucient aussi peu de la liberté des Iraniens que de celle des Vénézuéliens, des Palestiniens ou de n’importe quel autre peuple.

Mieux vaut le loup réel que le loup déguisé en mouton, mieux vaut mon propre dirigeant détestable, corrompu et brutal que l’empire américain qui règne par procuration et prétend défendre la démocratie, alors qu’il nous vole nos terres, nos vies et nos ressources, et nous soumet au capital et aux bases militaires occidentales.

Le monde entier admire le courage du peuple iranien qui manifeste actuellement dans les rues. Ils gagneront peut-être ce combat, ou peut-être pas, car les révolutions sont incertaines, dangereuses et éprouvantes, mais une chose est sûre : les bombes américaines ne les libéreront pas. La lutte du peuple pour la liberté n’est pas un prétexte à la colonisation. Trump exploitera l’élan du peuple pour servir les intérêts américains, pas ceux du peuple, il détruira les infrastructures tout en prétendant aider, il tuera le peuple en prétendant le sauver, il installera son pion et appellera cela la démocratie.

Les Iraniens méritent mieux que la répression et mieux que la “liberté” américaine. C’est aux Iraniens de tracer la voie à suivre, et non à Washington. Leurs griefs sont légitimes, leurs protestations fondées et leur demande de rendre des comptes à leur gouvernement justifiée. Ils ne réclament pas l’intervention américaine, mais leur autodétermination, exactement ce que l’Amérique prétend soutenir en faisant tout pour s’y opposer.

Le peuple iranien, comme la plupart des peuples des territoires que les États-Unis prétendent libérer pour mieux les soumettre, entend bien se débarrasser du joug américain. Tout le reste n’est qu’impérialisme déguisé.

Ahmad Ibsais

Source originale : Le blog d’Ahmad Ibsais
Traduit de l’anglais par Spirit of Free Speech

 https://ssofidelis.substack.com/p/les-bombes-americaines-nont-jamais

COMMENTAIRES  

16/01/2026 19:19 par Palamède Singouin

Une pensée émue à tous ceux qui, comme moi, ont cru pendant au moins 30 ans à ces contes de fées que l’on nous a débités depuis le collège : humanisme, démocratie, droits de l’homme, des peuples à disposer d’eux-mêmes, justice, liberté...

Il n’y a plus rien d’autre que la loi du plus barbare. Et il n’y a eu rien d’autre.

17/01/2026 18:14 par Vania

Attention : Beaucoup d’imprécisions et de comparaisons hâtifs. Il faut faire attention avec les déclarations d’Adolf Trompe et ses phrases contradictoires. Il veut effectivement voler le pétrole comme tout gangster armé, manipulateur et menteur. Selon les autorités du Venezuela , ils payent.. Votre phrase, : "" Trump s’en est emparé comme d’un butin : des millions de barils ont été immédiatement extraits et les entreprises américaines se sont empressées d’obtenir des contrats pour “reconstruire” une industrie qu’elles pillent activement. "" Quelles entreprises ?Actuellement, les gangsters étasuniens ont volé plusieurs pétroliers payés par les Chinois. Attendons, je ne pense pas que les Chinois vont rester les bras croisés !
La phrase. ""Mais les Iraniens qui descendent dans la rue ne demandent pas l’intervention américaine etc....... Lorsque les Vénézuéliens se sont organisés contre Maduro, ils n’appelaient pas à l’occupation américaine. "" est FAUSSE. D’abord, il faut préciser qu’au Venezuela les guarimbas ( manifestations violentes avec bombes molotov, explosifs qui provoquent des incendies , détruisent des entrepôts, décapitent des motards, brûlent des personnes vivantes qu’ils désignent comme chavistes, envoient de bocaux remplis d’excréments à la police etc) sont organisées par l’extrême droite fasciste, financées par les eeuu. Plusieurs leaders de ces partis d’opposition d’extrême droite fascistes ont demandé l’occupation étasunienne depuis longtemps. La plus connue est Corina Manchado (prix nobel de la guerre)qui était tellement reconnaissante avec Adolf Trompe d’avoir bombardé son pays, séquestré le président légitime et massacré plus de 100 personnes, qu’elle a donné son prix de la fausse paix au gangster Trompe !!
Je vous invite à écouter la présidente en charge du Venezuela Delcy Rodriguez. Elle a été claire, les relations commerciales et la vente de pétrole à la Chine, l’Iran, la Russie, Cuba vont continuer.Ils vont vendre aussi aux eeuu. Ils ne céderont pas au chantage." Je me tiendrai débout, je n’ai pas l’intention de ramper. Vous avez la puissance des armes et nous avons la puissance morale "
https://x.com/ChrisRodrigAl/status/2011929432076800367
https://www.youtube.com/watch?v=Ce_X0Y0vgBM

17/01/2026 23:07 par Lumineux

Assez d’accord sur le fond.

Pour autant, il est douteux que Colin Powell, Condoleeza Rice, et d’autres, fassent partie du casting des "hommes blancs" de la Maison blanche...

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