Un chèque de 60 millions d’euros pour le patron de Volkswagen

Le tricheur est sous le capot

Imaginons qu’un ouvrier d’une grande firme automobile monte, même par inadvertance, durant plusieurs heures, des pièces à l’envers ! Il serait licencié sur-le-champ sans indemnité.

Mais que le patron du géant Volkswagen couvre un trafic aux lourdes conséquences sanitaires et environnementales sur onze millions de véhicules, alors il pourra démissionner et recevoir un beau chèque de 60 millions d’euros, accompagné d’autres primes. Si, dans quelques semaines, il dirige une autre entreprise transnationale, peut-être recevrat-il le même cadeau.

Tel est devenu notre monde ! Totalement fou ! Miné par les affreuses logiques de la concurrence, reléguant l’humain au fond des tiroirs-caisses. Poussé par des guerres de conquêtes du « marché mondial », sans fin, sans foi, ni loi ! Avec la complicité de l’équipementier Bosch, la firme automobile Volkswagen installe un logiciel permettant de minorer, lors de tests en laboratoire ­ particulièrement ceux mesurant le niveau du dangereux dioxyde d’azote ­, les émissions polluantes de ses voitures. Ainsi, elle espère conquérir des « parts de marché » aux États-Unis sur les entreprises japonaises et nord-américaines, et devenir championne du monde. Elle le fait dans le cadre de la contraction du « marché » européen, conséquence des politiques d’austérité au sein desquelles se déploie cette jungle de la concurrence. C’est pour cette raison qu’à chaque révision des standards européens de pollution, les constructeurs européens sont vent debout et dépêchent, auprès des institutions nationales et européennes, leurs « lobbies », les bras chargés de leurs douces et sensibles préconisations. Voilà comment des véhicules, particulièrement ceux alimentés au diesel, crachent une bonne partie de ce nuage gris, sale et étouffant qui s’installe au-dessus de nos villes.

Des rapports parlementaires et de nombreuses études, dont celles fournies par l’Organisation mondiale de la santé, alertent pourtant depuis des années sur le fléau sanitaire que constituent les particules fines que vomissent les pots d’échappement. Elles sont la cause de sinusites, de bronchites, de rhinites, d’asthmes affectant tout particulièrement les jeunes enfants et les seniors et pouvant aller jusqu’à certaines maladies cardio-vasculaires et cancers du poumon. Rien n’y fait ! La recherche toujours et toujours du profit, dont une partie est désormais indexée sur la Bourse, commande les décisions. Peu importe la vie humaine pour les serviteurs du dieu « argent ». Cela s’apparente à un crime environnemental et sanitaire ! Cela constitue un vol manifeste de l’État, des contribuables et des acheteurs de voitures, dès lors que le gouvernement avait favorisé les véhicules considérés comme moins polluants en octroyant des primes et des bonus à l’achat.

Au-delà, il faudra bien sûr se poser plusieurs types de questions et nous savons tous que sans réformes de fond, il y aura de nouvelles fraudes. Les outils de contrôle européen sont en échec. Une autorité européenne chargée de pratiquer des tests sur les véhicules, en situation réelle pour vérifier les émissions polluantes et ayant l’autorité de faire rappeler et rembourser ces voitures, camions ou cars, devrait être envisagée. Les dispositifs en cours pour favoriser les cars et les camions contre le transport par rail avec la SNCF ou le transport fluvial doivent être reportés sine die. La création d’une agence européenne pour l’environnement devient urgente. Au lieu d’octroyer des fonds publics comme ceux du « crédit impôt recherche » ou du « crédit impôt compétitivité », il serait plus utile et efficace d’investir dans un grand plan innovant pour une mobilité préservant la santé, l’environnement, mais aussi le confort dans les transports publics. Sans doute faudra-t-il programmer dans le temps plus long la sortie du diesel en aidant à reconfigurer les usines avec les syndicats de travailleurs tout en rapatriant des productions en France. Un travail colossal est indispensable pour progresser vers les véhicules propres à très faible consommation, pour des voitures électriques à des prix accessibles, mais aussi des véhicules hybrides dont ceux s’alimentant à l’hydrogène.

Le même effort doit être entrepris pour les transports publics. Train, métro, tramway sont autant d’atouts à développer grâce à des entreprises publiques profondément démocratisées et humanisées. Que d’emplois nouveaux et de mises en formation indispensables pour de tels objectifs ! La ville en son ensemble devrait être repensée avec les habitants et les élus locaux, à l’aune des besoins de transports, de logements, économes en énergie, de constructions d’écoquartiers, mais aussi avec une réflexion nouvelle pour réduire les distances domicile-travail trop épuisantes. Cela devrait être l’un des enjeux principaux des débats préparatoires aux élections régionales en lieu et place de politicailleries sans importance. Il est vrai que de tels élans nouveaux ne peuvent souffrir des choix austéritaires actuels, tant pour l’État que pour les collectivités territoriales.

D’autres questions se posent ! Y répondre n’est pas si facile. Ainsi les logiciels d’entreprise permettant de faire croire qu’un véhicule est propre alors qu’il est polluant relèvent du secret industriel, protégé par le droit d’auteur. Dans un tel cas, il convient sans doute de se donner la possibilité de lever ce secret dès lors qu’il nuit à l’intérêt général humain et environnemental. Sur ce sujet, la bataille est féroce au sein du Parlement européen. Qu’il s’agisse de la directive sur le secret des affaires qui créerait un arsenal législatif contre les lanceurs d’alerte et la presse ; qu’il s’agisse encore des nombreux accords de libre-échange en négociation dont le projet de traité transatlantique et le projet de libéralisation des services (dit TISA). Notons au passage que ce scandale « Volkswagen » éclate précisément, et comme « par hasard », aux États-Unis. Au moment où nous ne cessons de mettre en garde contre une baisse des normes environnementales, une grosse pierre est jetée sur les pieds des négociateurs européens du traité transatlantique, dont on comprend mieux pourquoi ils tiennent tant au secret de leurs délibérations ! À quelques semaines de l’ouverture de la conférence sur le climat de « Paris - Seine-Saint-Denis », il conviendrait de rechercher rapidement des réponses mondiales à ces enjeux. Vite, sortons les tricheurs des moteurs.

Patrick LE HYARIC,
Jeudi 1er octobre 2015, l’Humanité Dimanche.
(Patrick Le Hyaric est directeur de l’Humanité).

NB : j’ai interrogé la Commission européenne sur ce scandale dans une question écrite et, avec mon groupe GUE/NGL, j’ai déposé une question orale avec demande de débat.

COMMENTAIRES  

03/10/2015 22:07 par Geb.

Faudra dire à Le Hyaric que ce qu’il dit est bien pour son électorat écolo qui n’y comprend que dalle, mais qu’il faudrait qu’il s’adresse par exemple à n’importe quel ouvrier de l’industrie automobile qu pourrait lui dire que TOUS les constructeurs trichent par un moyen ou un autre dans ce créneau de type de moteur. Sinon ils ne passent pas aux normes du NAS et d’Euro IV et n’y passeront jamais sans en baisser la puissance et augmenter la consommation.

Même le simple technicien de son contrôle technique pourrait le lui expliquer...

Mais si on baisse la puissance et augmente la consommation on diminue le nombre d’acheteurs potentiels, dont font partie ses électeurs écolos qui demandent plus de puissance pour rouler moins longtemps plus loin, et moins de consommation pour polluer moins la Planète et faire des économies.

Il aura pas l’air d’un c.. lorsque les Renault, Citroën, et compagnie, qui sont à la tête de ce créneau de motorisation en compagnie de VW se feront gauler.

Et ça n’est qu’une question de volonté et de changement des alliances et des opportunités.

Alors même si pour le reste de ses propos il a raison, il n’est pas très fair-play de ne pas dénoncer aussi les autres tricheurs. Même s’ils sont des annonceurs majeurs de l’Huma.

Donc s’il peut faire quelque chose pour me faire rembourser ma Citroën 1,6 TDi bidouillée d’origine et m’indiquer quel véhicule équivalent non trafiqué je dois acheter ensuite ça serait sympa.

D’autant que dès l’année prochaine les contrôles technique français devront prendre en compte le taux de dioxyde d’azote des véhicules des véhicules concernés ainsi que l’état des FAP.

Ca promet d’être intéressant. parce que soit le fameux bidouillage reste illégalement intégré à l’Eprom du véhicule après les tests de certification, soit on bidouillera les instruments de contrôle technique, soit le véhicule ne passera pas au contrôle.

Et alors ?????

04/10/2015 09:22 par Pierre

pour aller plus loin sur un des points soulevés par GEB :

http://www.reporterre.net/Renault-Nissan-champion-d-Europe-de-la-pollution

04/10/2015 13:49 par reymans

Parfaitement d’accords pour dire que si VW s’est fait gauler, c’est juste l’arbre qui cache la foret
Ils sont non seulement tous coupables, mais tous complices
On en reste tjs aux memes sports nationaux/internationaux
Cette discipline consiste non pas à savoir comment faire pour coller à une règle/loi/règlement, mais comment faire pour la contourner, la trousser, la violer...
On met bien plus d’énergie et de crédit dans ce sport qu’ailleurs où il serait bien plus utiles
Et pendant ce temps le peuple croit voter, croit élire des dirigeants aptes à légiférer pour eux...
Quelle farce, et c’est nous et nos enfants qui régalons !

04/10/2015 17:40 par depassage

L’écologie restera une religion comme une autre tant qu’elle participe de la guerre économique. Ce n’est pas quelques connaissances parcellaires mettant une fois un doigt sur un aspect et une fois sur un autre qui nous renseigneront sur les véritables changements qu’on est en train d’opérer sur la nature.

04/10/2015 21:06 par jean-marie Défossé

Pour répondre brièvement à l’intitulé de l’article de Patrick Le Hyaric : « Le tricheur est sous le capot . »

Ne cherches plus sous le capot Patrick ! Le véritable TRICHEUR , c’est celui qui se cache avec ses comparses Place du Colonel Fabien et aux locaux du journal l’Humanité .

Ou alors il te fallait mettre comme intitulé : « Les TRICHEURS sont sous le capot du "sous-marin" portant le joli nom français de Félonie Rouge » !

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