(...) Vous vous demandez si Bill Clinton aurait été plus multilatéral que Bush après le 11 septembre. C’est une question légitime, mais elle contient en elle son erreur : Elle attribue à l’exécutif l’ensemble du pouvoir américain. Ce qui est faux.
Le président américain ne décide pas de tout. Il est soumis à des pressions de toutes part, des milliers de lobby et autres intérêt économique nationaux, et doit y répondre d’une façon ou d’une autre.
La grande différence entre Clinton et Bush, c’est la résistance à certains groupes de pression qui sont aux US des forces politique dont on peine en Europe à imaginer l’influence. Ainsi, quand Clinton installait ses armées au proche orient, ça n’était pas vraiment un moyen pour étendre l’hégémonie américaine, mais plutôt une façon de modérer les multiples groupe des pressions américains qui défendent les intérêts spécifique pétroliers et militaire (le fameux complexe militaro-industriel), qui reste, faut il le rappeler, une noble cause politique aux US (peut-être y existe-il même l’adage : ce qui est bon pour Exxon et Lockeed Martin est bon pour l’amérique.)
Il faut également nuancer l’attaque « unilatérale » de la Serbie. Il ne faut pas la sortir de son contexte, la Russie seule ayant refusé cette guerre parce qu’elle lui faisait perdre un peu d’influence. D’autant plus que cette guerre fut légitimée ensuite par les Serbes, une fois Milosevic parti, et que ce dernier est jugé par une justice internationale, ce qui n’est pas vraiment le cas des taliban ou, on peut l’imaginer, ne sera pas le cas pour Saddam et sa clique.
Enfin, je pense que définir la politique de Bush en se basant sur l’opposition entre unilatéralisme et multilatéralisme n’est pas très correcte.
Pour les conservateurs réactionnaires des US, qui ne sont pas né lors de l’élection de Bush, cela fait longtemps que l’Amérique doit devenir la plus grande puissance du monde, ce qui est déjà le cas. Mais pour cette élite républicaine, l’Amérique doit empêcher toute puissance d’espérer un jour, rivaliser économiquement ou politiquement avec les US. Sous Clinton, ce courrant s’agitait, obligeait Clinton à prendre des décisions en leur faveur. Mais ce dernier résistait. Ainsi, son attitude envers l’Iran était des plus multilatérale. Bien que l’Iran ait toujours été depuis la révolution sur la liste des Etats-voyous, Clinton prônait le dialogue avec l’Iran depuis l’élection du progressiste Khatami. L’administration Bush, elle, a profité du 11 septembre pour opérer une rupture avec cette approche. L’Iran est désormais sur l’axe du Mal, et il sera facile, aux vues des tissus de mensonge gobés par l’opinion américain à propos de la guerre en Irak et des liens entre Ben Laden et Saddam (à ce jour encore non prouvé), d’entreprendre une guerre contre l’Iran qui représente aujourd’hui le plus grand espoir démocratique du Proche-Orient, que l’administration Bush traite volontairement comme un etat dirigé par le mal. C’est à mon sens justement parce que l’Iran représente cet espoir de la démocratie musulmane indépendante, qu’il inquiète les faucons de Washington. L’Iran est le centre du Proche-Orient, le pont entre les Perses et les Arabes, et l’administration Bush entretien des relations glacées avec le gouvernement iranien pourtant élu par le peuple, sans doute dans une optique de provocation qui réussit fort bien, les conservateurs radicaux iraniens ayant repris du poil de la bête depuis le fameux axe du Mal, qui redonnait vie à leur poussiéreux slogan préféré « Mort à l’amérique ».
Enfin, tout cela pour dire qu’il est faux de prétendre qu’entre démocrate et républicain, c’est blanc bonnet et bonnet blanc. D’autant plus que le courrant actuellement à la maison blanche se trouve bien à droite des républicains. Il n’y a qu’a voir l’attitude d’Al Gore à propos de l’Irak pour s’en convaincre, ainsi que des nombreuse voie démocrates du centre comme de gauche. La doctrine hégémonique de Bush qui consiste à dominer d’une main de fer le monde en empêchant toute puissance de trop se développer hors du champ de contrôle de Washington, n’avait pas cours sous Clinton. En tout cas, celui-ci était bien plus un adepte du « soft power » que Bush, qui lui ne jure que par le « hard power ». C’est à mon sens la grande différence entre républicains et démocrates américains, du moins en ce qui concerne la politique étrangère qui nous intéresse ici. Et cette différence, elle découle directement de la résistance aux lobby, notamment ceux du pétroles et des armes, pour qui la politique étrangère américaine idéale ne comporte aucune once de soft power.