Ma femme étant pour moitié berbère, une idiote de sa connaissance crut plaisant de lui offrir un livre publié par un auteur oriental puisque Warda, née à Paris, était supposée avoir quelque chose de maghrébin. C’était comme faire cadeau d’un poudding à un Anglais. Le livre offert était signé Boualem Sansal et s’intitulait « 2084 : La fin du monde ». Couverture blanche de Gallimard, celle qui tient le plus chaud : ça sentait le sérieux mais aussi l’odeur d’Orwell avec son « 1984 », l’ouvrage préféré de la CIA.
Quelques jours plus tard, alors que j’écrivais un article inutile pour un journal inutile j’ai entendu Warda pousser un vrai cri. Je passe la tête et la découvre tenant le bouquin loin d’elle comme s’il s’agissait d’un serpent. Je me saisis de la bête et lit quelques pages de ce chagrin : horrible, stupide dans l’insoutenable, cruel, menteur et content de soi. Comme lors d’un cérémonie tribale, chacun tenant une feuille du livre nous l’avons jeté religieusement -façon « dies Ila » - à la poubelle et mis le couvercle pour ne pas qu’il ressorte. Le type qui a écrit cette chose ne s’est pas bilé, il a lu Orwell et démarqué le bouquin. Et la société totalitaire décrite à coups de tronçonneuse, si Sansal l’a baptisée « Abistan » est en réalité l’Algérie, terre de toutes les barbaries (écrit-il). Il faut supposer Gallimard heureux d’avoir introduit en France une telle arme de guerre. Un cimeterre pour que les « blancs » puissent trancher sans scrupules les Arabes, avec en main l’arme donnée par un Arabe. Le début de la guerre des mabouls qui plafonne si haut actuellement et justifie Retailleau déguisé en Bugeaud.
Ingénieur, assez malin pour se hisser à Alger jusqu’au poste de « Directeur de l’Industrie » au ministère de l’Economie, ce rebelle attardé, qui n’a jamais connu le sang des maquis, a fait une belle carrière dans ce monde algérien qu’il décrit comme totalitaire bien qu’il en fût complice. Attardons-nous sur Orwell, son modèle. L’écrivain britannique, ancien gendarme colonial en Birmanie, aujourd’hui coqueluche de la soft pensée est cuisiné à toutes les sauces par les « antitotalitaires ». Avec sa « commun décency », c’est un héros. Et Sansal, traitre lui -même, ne s’est pas trompé en choisissant un tel maître. Car peu le disent de peur de froisser la pensée idolâtre qui fait piédestal à Orwell : il fût lui-même un maestro de la traitrise. Il a commencé gendarme cogneur de rastaquouères pour finir espion du Secret Sercice de Foreign Office. Sa mission étant alors de dénoncer tous les savants, artistes et intellectuels supposés être « communistes ». « La Liste Orwell » existe, on peut y remarquer le nom de Charlie Chaplin cloué comme communiste (il sera chassé des Etats Unis), et de nombreux autres bannis par la barbouze Orwell qui, au détour de leurs noms, précise si, par hasard, ils ne sont pas en plus « juifs » ou « homosexuels ». Hélas, la CIA et Hollywood qui voulaient enrôler l’écrivain dans leurs rangs n’ont pas eu le temps de le faire, seule, après la mort de l’espion sa femme est allée à Los Angeles pour aider les cinéma à peaufiner sa propagande. Sansal ne pouvait choisir meilleur parrain. Sa traitrise ayant besoin de tuteur, ce fût naguère Orwell et aujourd’hui Retailleau, Driencourt, Lenoir, Daoud, Frontières et tout l’égouttoir à vaisselle sale de CNews. Comme quoi l’immense écrivain est depuis longtemps en famille.
Coup de frein dans le félonie, frein à tambour car il va déclencher en France un vacarme national par une mise en prison en Algérie. Outre les criminels de sang ou d’argent, je ne trouve pas la prison comme une punition acceptable. La place de Sansal était plus d’aller au coin, comme jadis les mauvais élèves, que d’aller en taule ?. Là où, pourtant, il a rajeuni, soigné sa maladie et découvert les toilettes « à la turque ».
Pour le reste, entre deux bombes lâchées sur Gaza par ses amis israéliens, ce ludion a l’intérêt de divertir notre société du spectacle. Un jour il réalise, d’un éditeur l’autre, un transfert à la Mbappé, un autre il décide de devenir belge, ce qui n’est pas flatteurs pour les immenses artistes nés au Plat Pays, Sansal c’est le « furet du bois joli », et attendons sa prochaine performance. Auprès de ses supporteurs « de gauche », déçus d’avoir si mal lue l’histoire d’un traitre. Que peut-il inventer ? Se présenter à l’Elysée ? Postuler comme conseiller de Trump ? Devenir écrivain ? Devenir académicien ? C’est fait, même si l’énergumène a dépassé la limite de l’âge légal pour être élu, 75 ans depuis le 30 septembre 2010. Alors ? Devenir Pape !
Jacques-Marie Bourget
