La fin de la société industrielle n’est pas seulement imminente et souhaitable, elle est aussi nécessaire

Dr Guy R. McPherson

L’oligarchie croit pouvoir prétendre que la crise actuelle n’est que financière et que nous sortirons du tunnel en nous serrant (nous) la ceinture. Les analystes les plus cyniques font remarquer qu’il s’agit d’une crise globale systémique scellant la mort de la démocratie de marché (mais pas du capitalisme génocidaire). Parfois on nous rappelle la crise écologique et climatique, mais jamais en se posant la question de l’adaptation (im-)possible de notre habitat à une hausse de seulement quelques degrés de la température mondiale et donc des conditions de survie de l’espèce humaine. Les rares scientifiques qui se posent cette question dérangeante obtiennent une réponse bien plus précise. On connaissait Lovelock qui, par souci de controverse, aime à rappeler son attachement à l’électronucléaire. Voici McPherson qui, par souci d’authenticité, nous met face à nos responsabilités. Soulignons qu’elles ne sont pas du même ordre que celles de l’oligarchie, pour qui tout effondrement est et sera profitable.

I. Nous voilà en octobre 2013, début octobre, et durant ces dernières semaines, John Davies, publiant au nom du Groupe d’étude d’urgence sur le méthane arctique, établit que la plupart des humains perdront leur habitat naturel d’ici 2040.

De plus, la semaine dernière, le cinquième rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat a été rendu public, rapport qui recommande l’utilisation de géoingénierie sous peine de ne pouvoir maîtriser l’effet de serre [galopant].

Il faut donc conclure que, de fait, nous avons déclenché un effet de serre galopant [rapide, non-linéaire, imprévisible].

Aucunes de ces estimations ne prend en compte les vingt-cinq boucles de rétroaction positives que nous avons créées par nos activités. Vingt-cinq de ces boucles sont irréversibles à l’échelle du temps humain Nous en avons déclenché une en 2010 avec les fuites de méthane de la banquise arctique (cf. Science, mars 2010). Quatre de plus furent décrites en 2011 dans la littérature scientifique, six en 2012 et une douzaine (à ce jour) en 2013.

A cela il faut ajouter deux boucles de rétroaction positive qui pourraient être interrompues par une simple décision humaine. La première date d’août 2012, lorsque l’administration Obama a autorisé les forages au pôle Nord. La seconde date du début de cette année lorsque des superpétroliers se sont frayés un passage à travers la glace fondante du pôle Nord afin d’épargner quelques dollars en frais de transport.

II. Au point où nous en sommes, il semble bien que la civilisation industrielle soit un piège [mortel]. D’autres civilisations se sont effondrées mais l’humanité a poursuivi son existence. Au moins dans certains cas les survivants ont pu adopter le mode de vie des chasseurs-cueilleurs.

Ceci n’est toutefois plus possible à cause de toutes ces centrales électronucléaires répandues de part le monde. D’une part, si la civilisation s’effondre maintenant, c’est-à-dire sans avoir le temps de démanteler ces centrales nucléaires (soit une vingtaine d’années), elles finiront par irradier la totalité de notre environnement. D’autre part, si nous ne mettons pas un frein définitif à la civilisation industrielle, nous déclencherons un effet de serre galopant. En fait, l’effet de serre galopant est déjà une réalité. En somme, l’extinction de la race humaine à court terme est inévitable.

III. Comment vivre avec cette information ? Comment intégrer cette information ? Comment agir à la lumière de cette information ? Mike Tyson (le boxeur, pas le philosophe) a fait remarquer que tout le monde a un plan jusqu’à ce qu’il se prenne un poing dans la figure. Nous avons pris un poing dans la figure.

Nous ne disposons que peu de temps sur cette planète. En fait, nous n’avons jamais disposé que de peu de temps sur cette planète. Agissons conformément. Agissons comme si nous étions dans un hospice pour incurables, comme si nous étions tous dans un hospice. Comme si la planète elle-même était un hospice. Lorsque j’observe le comportement des pensionnaires d’un hospice, de ceux à qui on n’a donné que quelques semaines à vivre, je ne les vois jamais essayer de grappiller encore quelques centimes, comme s’ils avaient encore besoin de plus de richesses alors que leur monde s’effondre.

Ce que je constate par contre, c’est que les gens recherchent l’absolu. Ils poursuivent ce qu’ils aiment. Ils agissent avec compassion. Ils deviennent créatifs et se délestent de leurs biens matériels. Ils agissent comme dans une économie du don. Faisons cela. Faisons tout cela. Chercher l’absolu, poursuivre ce que nous aimons, agir comme si nous étions dans un hospice, agir en être humain digne de ce nom. […]

Faisons ce que nous aimons. Agissons comme si nos vie insignifiantes importaient à ceux qui nous entourent. Et je ne suggère d’aucune manière d’abandonner l’action [politique]. Je ne suggère pas qu’on se laisse faire et [finalement] qu’on se laisse mourir. Ce que je suggère fondamentalement c’est que l’action constitue l’antidote au désespoir, comme Edward Abbey l’a fait remarquer il y a longtemps. Agissons donc !

Dr Guy R. McPherson,
Professeur émérite d’écologie et de biologie de l’évolution, Université d’Arizona

Transcription et traduction MW, http://chromatika.academia.edu

 http://guymcpherson.com/2013/10/climate-chaos-in-four-minutes-a-video-update/

COMMENTAIRES  

05/11/2013 18:37 par Christophe

"S’il n’en reste qu’un je serai celui-là" continue de fredonner le capitaliste dans la douce torpeur de sa bonne conscience néolibérale.
L’oligarchie est aussi dans le train dont les freins ont lâchés... Et, sans aucun doute, elle le sait.

05/11/2013 20:16 par Lionel

Quel bel optimisme...
Si, si ! Pas à propos de la nature essentiellement mortifère de nos sociétés industrielles mais à propos du démantèlement des centrales nucléaires !
Les plus mensongères des estimations japonaises laissent envisager une bonne quarantaine d’années rien que pour le "nettoyage" de la centrale de Fukushima.
Si l’on se réfère à notre grand gourou à tous AREVA hyper compétent en la matière, ils estimaient à quelques modestes3-4 ans pour achever un EPR, la réalité nous montre qu’il en faudra ( futur hypothétique ) 3 à 4 fois plus.
Voyons... 40 ans multipliés par 3 à 4...
Mais il est toujours temps de se réveiller, voilà à peine quarante ans que les scientifiques nous avertissent, le temps d’une récréation en quelques sortes qui n’aura pas suffit à tous nos célèbres penseurs de gauche pour remettre en cause notre civilisation basée sur l’énergie inépuisable et le bonheur par la production éternelle de biens matériels.
Amen.

05/11/2013 20:33 par Dwaabala

La conclusion de l’article est surprenante, car elle est presque juste. Il resterait pourtant à préciser ce que l’auteur entend par ce nous.
S’il s’agit du fameux homme en général, la réflexion ne s’élève guère.
S’il s’agit des exploités, mais nous ne pensons pas que ce soit une des catégories de pensée de l’auteur, elle tend vers le sectarisme.
Si elle dit que ces derniers doivent appuyer, fût-ce sans illusions excessives, toute initiative allant dans le sens du respect de la terre, d’où qu’elle vienne, elle devient très respectable et mérite que nous la relevions.

06/11/2013 11:47 par arndebian

"Agissons comme si nous étions dans un hospice pour incurables,
comme si nous étions tous dans un hospice."

Mais c’est déjà ce que nous faisons !

Seul bémol c’est un hospice de fous dirigé par des aveugles.

Sinon article interessant, qui montre sans doute pourquoi la "droite" us se bat désespérément contre les mesures concernant l’environement ; elles sont incompatibles avec le capitalisme.

Il aurait été plus simple de le dire clairement, beaucoup tourne autour du pot mais peu le disent (cf : Morris Berman).

(Commentaires désactivés)