L’intelligence artificielle en Haïti : Entre le mythe et l’imposture, quelle faisabilité pratique et quelle innovation sociale ? (Partie 1)

En guise d'introduction, j'ai contextualisé pour les besoins de mon argumentaire la citation d'Alvin Toffler sur illettrisme et la pensée critique. Et voici ce que cela donne : L'analphabète, au temps de l’intelligence artificielle, n’est pas celui qui n'a pas appris à lire, à écrire et à utiliser ChatGPT. C’est celui qui n'a pas appris à apprendre et à penser par lui-même et encore moins à penser la contradiction comme source innovante de connaissance.

Depuis quelque temps, nous assistons en Haïti à une inflation publicitaire autour de l’intelligence artificielle (IA). Un petit nombre d’acteurs privés locaux et nationaux, agissant comme sous-traitant de puissants acteurs internationaux et transnationaux, s’acoquine avec les acteurs étatiques haïtiens et les grandes agences internationales pour vendre le mirage d’une révolution par l’IA capable de « positionner Haïti dans la transformation numérique mondiale ».

Mais deux observations méritent d’être faites. D’une part, nous notons avec inquiétude que sur les projets médiatisés, il n’existe aucune transparence sur les cadres de leur opérationnalisation, leur financement et de leur évaluation. Pas plus qu’il n’existe la moindre information partagée sur le système de valeurs et les normes éthiques qui doivent assurer la gouvernance des données et garantir la maitrise des risques relatifs à la violation des règles de protection des données personnelles. En outre, nous constatons aussi, et c’est le plus inquiétant, que ce sont les mêmes profils d’acteurs, dont les intérêts sont en conflits flagrants avec ceux de la population haïtienne, et qui, par ailleurs, ont conçu, développé, opérationnalisé, supervisé et célébré toutes les stratégies de l’action publique qui ont échoué depuis 70 ans interviennent sur toutes les stratégies qui ont échoué en Haïti.

Face à ces deux observations, nous rappelons deux principes de prudence. D’une part, celui de l’enseignement stratégique qui postule que c’est le système de valeurs et de récompense qui régule les comportements humains (Dean R. Spitzer, Transforming Performence Measurement, 2007) lesquels comportements sont les seuls aptes à déterminer les possibles performances des projets sociaux. Et pour cause ! Comme le disent les penseurs stratégiques, puisqu’aucune organisation n’est plus grande que son système de valeurs, un système indigent de valeurs, dans lequel règne l’impunité et qui récompense les crapules et les bénêts, mettra toujours en échec les personnes intelligentes.

D’autre part, celui de l’enseignement systémique (Peter Senge, La Cinquième discipline, 2006) qui atteste que l’innovation ne peut se produire que là où il y a une citoyenneté systémique faite d’apprenance organisationnelle, de vision partagée, de communication authentique et d’engagement éthique. Enseignement auquel il faut ajouter les exigences de la complexité. Car « La simplification du compliqué appliqué au complexe a pour conséquence une aggravation de la complexité » (Jean-Louis Le Moigne, Modélisation des systèmes complexes, 2019)

Armés de ces deux principes, il nous semble permis d’affirmer, au risque de mécontenter ceux qui ont de juteux intérêts dans le développement de l’IA dans un pays dont toutes les institutions sont effondrées, qu’il ne peut y avoir que la même distorsion de performance quand les projets sont gérés avec le même niveau d’insignifiance culturelle et par les mêmes acteurs politiques, financiers et socioprofessionnels, qui sont sinon sanctionnés pour complicité d’affaires avec les gangs, du moins bénéficiaires des projets qui ont shitholisé Haïti. Une affirmation que nous pouvons faire découler d’une contextualisation de la loi des gaz parfaits transposée à la réalité des projets organisationnels et sociaux. En effet, confinés dans les mêmes conditions d’opacité, de non transparence, d’impunité, de déficit d’intégrité et d’absence d’exigence d’exemplarité, les mêmes acteurs sociaux développent les mêmes liaisons crapules et couillonnes propices à leurs intérêts mafieux.

En conséquence nous estimons que l’IA en Haïti, par-delà ses mythes et ses dangers pour l’intelligence humaine (naturelle), ne sera qu’une imposture amplifiée dans l’indigence automatisée et systémique qui caractérise ce pays, ses institutions, son leadership et sa population.

Pour qu’on ne nous prête de mauvaises intentions, au-delà de note réputation comme désenfumeur à fond qui ne cesse de mettre le stylet dans la gangrène pour sectionner les artères putrides de l’écosystème malicieux, nous proposons de revenir apporter la preuve, avec modélisation à l‘appui, de l’improbabilité d’une exploitation des projets de l’IA, dans le contexte actuel d’Haïti, qui sera bénéfique pour le pays et sa population. En espérant que cette démarche scientifique de penser la contradiction pour proposer des idées structurantes, à travers une modélisation critique, suffira à ceux qui, comme nous, posent les vraies questions. Qu’importe qu’elles déplaisent aux gestionnaires des ressources indigentes du shithole !

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