L’élu de 53 % du peuple et de 100 % du Medef est parti chez ses maîtres... « habiter sa fonction ».








Mardi 8 mai 2007.


D’abord, il a reçu ses commanditaires au Fouquet’s sur les Champs-Elysées. Ses maîtres, Bouygues, Lagardère, Dassault, tous les chefs du Cac 40, les grands financiers ont eu droit aux premiers frais de bouche du nouveau promu. Il y avait aussi Johnny Halliday revenu de son dur exil suisse, et qui est lui aussi, "de retour" maintenant que les 378 000 millionnaires en euros français ont cessé d’avoir peur pour leurs baignoires en or.

Le Fouquet’s nous dit-on, c’est le dernier "Palace" du groupe Lucien Barrière, premier casinotier de France ( 8000 employés, 39 casinos, 80 restaurants, 13 hôtels) et à ce titre soumis à la tutelle du ministère de l’intérieur, toujours attentif, depuis Charles Pasqua, et le département 92, à ce genre d’activités... C’est d’ailleurs un groupe, nous dit-on aussi, dont le principal actionnaire Dominique Desseigne a pu faire face (avec succès) à des difficultés fiscales et judiciaires suite au montage retenu pour régler la succession de sa défunte épouse Diane, d’origine hongroise.

Ensuite, le nouveau promu, ayant enfin accédé à « la dernière marche » tant convoitée, est parti en avion privé, vers Malte, et puis faire une croisière en famille dans le bateau de 60 m de Vincent Bolloré, à 173 000 euros la semaine pendant que Paris-Match lui fait un numéro spécial de 50 pages. Il paraît que c’est sa « retraite » pour mieux « habiter la fonction présidentielle » : on mesure combien il a besoin d’être « habité », et quelle est son idée de la noblesse de la fonction qu’il s’est fait confier par le peuple. Comme il dit, « la France m’a tout donné, il est temps que je le lui rende ».

Il laisse son Premier ministre, François Fillon (il a informé Tony Blair de sa nomination, bien avant les Français) préparer les premiers coups : attaques contre le droit de grève, contrat unique flexibilisé de travail sans protection face au licenciement, heures supplémentaires moins coûteuses pour l’employeur que les embauches, destruction des régimes spéciaux de retraite, adoption complète du nouveau Code du travail promulgué en conseil des ministres le 7 mars dernier... et, bien sûr, quasi suppression des droits de succession pour les grandes fortunes et suppression de l’Isf afin de récompenser au plus vite ses maîtres du Medef et du Cac 40...

Sur France inter, c’est le baron Seilliére qui s’y colle pour défendre « le mode de vie moderne », du nouveau président : « - enfin quoi, c’est comme cela, et qu’est ce que vous croyez, à l’Elysée, on mange bien, c’est la représentation de la France, ça » ! Ca vous forge l’identité nationale ! l’Héritier des maîtres des Forges qui a lui aussi, une très haute idée de l’identité nationale, confie qu’il regrette, lui, de n’avoir pas de yacht.

Bon, mais ca ne pas durer l’homme au karcher va revenir « habité par sa fonction » de sa "retraite" : il va appeler à une "’majorité présidentielle" forte lors des législatives des 10 et 17 juin prochains. Et c’est vrai que sans majorité parlementaire, cela ne lui aura servi à rien de gravir la dernière marche : ses maîtres ne seraient pas contents et ne le ré inviteraient plus ni au Fouquet’s ni sur leurs beaux bateaux.

Chaque jour TF1 va nous matraquer la mise en place du nouveau programme anti code du travail, anti sécurité sociale, anti retraites, anti chômeurs, anti Smic. On va nous montrer les nouvelles « têtes » : Borloo, Juppé, Devedjian, Alliot-Marie... Et on va « glisser » sur les préparations d’un budget de combat pour 2007, austérité pour les pauvres, cadeaux pour les riches.

On a une encore une chance à gauche : c’est de mettre en route une contre offensive pour gagner une puissante représentation au Parlement les 10 et 17 juin, et sinon bloquer, du moins freiner les coups drus et durs qui se préparent.

On peut limiter les dégâts, et résister à la vague bleue qui menace...
Pour ça, en face de cette nouvelle droite assumée et menaçante qui vient de gagner derrière Sarkozy, il faut une nouvelle gauche qui change de ton et de pied :

Ce n’est pas le moment de se refuser de porter des coups, de se retenir de polémiquer, d’expliquer qu’on ne s’opposera pas à la droite « par plaisir », de se dire « ailleurs » dans les nuages, le désir d’avenir. C’est du passé. Il n’est plus temps de rechercher les égarés chez les centristes de droite, il est est temps de rendre coup pour coup, de ne pas laisser passer une seule attaque, un seul coup bas.

Sarkozy nous l’a appris : avec une droite décomplexée qui s’affirme capitaliste et ultra libérale, il gagne.

Il nous faut une gauche décomplexée qui s’affirme et qui n’hésite plus à défendre un programme anticapitaliste, anti libéral : de vraies 35 h, un code du travail plus protecteur contre les licenciements, des Cdi pour tous, des droits syndicaux nouveaux, une retraite à 60 ans pour tous a taux plein, une sécurité sociale solidaire pour toutes et tous, des logements sociaux de qualité et accessibles, une école publique, des services publics étendus et renforcés, des impôts directs et progressifs, une redistribution des immenses richesses de la France, du capital vers les salaires.

Quand on n’est pas clairement à gauche, pas unis, pas déterminés à affronter le capitalisme, on perd face à ceux qui sont à droite, déterminés, et unis... Ca fait 12 ans que la droite préside, et encore pour 5 ans...

Quand on est de gauche, on est de gauche, pas au centre.

Sarkozy vous l’a montré lui, quand il est de droite, il est de droite et il gagne, combien de fois n’a t il pas répété cette leçon ?

On « ne continue pas », on ne s’enlise pas dans la défaite, elle est rude, ca ne nous fait pas sourire, car c’est une défaite qui va faire souffrir le peuple cinq ans durant, elle va créer du malheur.

Cette défaite qui vient d’être subie par la gauche est beaucoup plus grave que celle du 21 avril 2002 : car elle est sur le fond politique, pas sur l’insécurité, pas sur une cabale pro sécuritaire, mais sur l’emploi et le social, terrain qui aurait du être le notre ! Et nous n’avons pas perdu parce qu’il nous manquait 193 558 voix au premier tour, mais parce qu’il nous manquait 2, 4 millions de voix au 2° tour, soit 6 % d’écart, avec une participation exceptionnelle de 83,97 %.

Soit on tire les leçons du 21 avril 2002, du 29 mai 2005, du 6 mai 2007, soit on continue a perdre mais on attend sûrement pas 2012 en disant "on continue..."

Cette défaite grave pouvait et devait parfaitement être évitée, on avait un boulevard, depuis les grands mouvements sociaux, de 2003 et de 2006, depuis les votes de 2004 et de 2005, il fallait écouter, il fallait se situer dans ce prolongement là , hélas, raté !

Maintenant, c’est au collectif qu’il revient d’agir car il y 577 circonscriptions. On ne peut pas « continuer » sur une orientation perdante, il faut réajuster si on veut limiter les dégâts. Le centre de gravite de la gauche est assurément très loin de la droite Udf de Bayrou.

Il est urgent de réorienter, de refonder la gauche, de la réunir, de la rassembler, sur un même programme, par des conférences et des assises unitaires.

Gérard Filoche, communiqué anti Sarkozy n° 1 - nouvelle série.
www.democratie-socialisme.org




Le coup de Trafalgar caché contre le Code du travail et le programme de Sarkozy, par Matti Altonen.


+ + Sarkozy et la dette publique, Jean Jacques Chavigné.


Ce que coûterait aux salariés la victoire de Sarkozy, par Jean-Jacques Chavigné.

La TVA antisociale de Sarkozy, par Jean-Jacques Chavigné.


Ce que cache la baisse des impôts de Sarkozy, par Laurent Mann.

Sarkozy veut déclencher une guerre fiscale en Europe, par Jean-Jacques Chavigné.

Avec Sarkozy : des impôts encore plus injustes, par Jean Jacques Chavigné.






COMMENTAIRES  

09/05/2007 12:28 par Lisa

L’élu, à peine dans ses fonctions,vient de démontrer que c’est l’homme des super riches ,de la jet set.Les petits qui ont voté pour lui n’ont pas finit d’ouvrir les yeux.Nous aurons besoin d’une opposition forte et décompléxée face a cette droite qui l’est aussi.

09/05/2007 16:00 par Anonyme

Dire que SARKO a eté elu par 53% du peuple,c’est en partie faux,puisque par rapport aux electeurs inscrits, ca depasse les 47%,pas plus.
Et dans la presentation et dans les tetes ca change tout,surtout quand on lit :

L’élection présidentielle 2007 doit être annulée pour délit d’initié - Le scrutin n’est pas sincère - Preuve apportée par le PS Patrick Mennucci
mardi 8 mai 2007

Patrick Mennucci, adjoint de Ségolène Royal et adjoint de la région PACA, vient de déclarer, dans En apparté sur Canal+ à 13h20 ce mardi 8 mai, qu’il connaissait dès 8 heures du matin dimanche une estimation fiable du résultat à venir le dimanche soir (vidéo à venir ci-dessous si elle devient disponible sur dailymotion et youtube).
......

http://lesogres.info/article.php3?id_article=3226

09/05/2007 21:50 par Anonyme

A Aulnay dans la cité des trois milles SR fait 86 % au deuxième tour. A Paris dans le 16ème c’est l’inverse.
Sondage Ifop SR fait 25% chez les plus de 65 ans et plus de 50% chez les moins de 65 ans.
Donc l’électorat du PS est bien populaire et n’est pas du tout bobo (=du centre) sur une élection à 83 % de participation.
Les vieux sont les plus sensibles au matraquage médiatique pro sarko anti gauche.
Il y a d’autres facteurs ( que le poids des média télé) expliquant la part croissante du vote des vieux comme :
l’acroissement du nombre de vieux par rapport au reste de la population.
la paupérisation plus importante des vieux (surtout des veuves),
la crainte d’un monde évoluant trop vite , les réseaux de la droite au sein des clubs de vieux, le plus grand nombre de rentiers chez les personnes agés ....
la tendance physiologique à devenir de plus en plsu égoïste au fur et à mesure que l’on vieilli.
Pour contrer l’acharnement médiatique anti gauche il faudrait que la gauche parle d’une seule voix.
Accepter d’étaler dans les médias des querelles stériles de personnes ou de points de détails programatiques alors que toute la gauche est d’accord sur l’essentiel. Toutes les gauches disent qu’il faut plus de ..... démocratie sociale économique et politique, plus de solidarité, plus de pouvoir d’achat, moins de travail pour chacun et plus de travail pour tout le monde, des régimes de retraites par répartition, une sécurité sociale bien gérée et se réengageant dans le soin etc etc
La seule solution pour sortir du piège du brouillage du message de la gauche par la division de celle ci est de s’unir pour de bon.
Le PS doit prendre des initiatives et convoquer des états généraux de la gauche pour construire une fusion de tous les partis de gauches.
Démocratie et Socialisme doit prendre des initiatives en ce sens.
En attendant le PS le PC la LCR les verts LO le PT le MDC le PRG (j’en oubli surement)et tous ceux qui le veulent ,doivent prendre toutes dispositions d’urgence pour ne présenter qu’un seul candidat dès le premier tour des législatives dans toutes les circonscriptions.
La victoire aux législatives n’est possible qu’a cette condition.

12/05/2007 00:14 par Paulo

je pense effectivement que la dynamique unitaire est la seule qui puisse empècher la débacle mais sans trop y croire malheureusement. Depuis 40 ans j’observe que la gauche de la gauche est incapable de sortir de ses intérèts de boutiques , de personnes . On se demande parfois si les mêmes carrieristes n’existent pas à gauche , tout ça sur le dos du prolétariat dont ils se réclament et dont je fais parti. 45 ans de boulot précaire à temps partiels , chomage , pour aboutir à une retraite de merde ,un petit minimum ,un gros rmi quand les loyers eux ... le cout de la vie...la bouffe...etc, nous réduisent presque à la mendicité . Hmmmm quel bonheur , quel joli monde ! Il faut savoir ce que c’est , de mettre un euro de coté par jour pour faire un cadeau à ses enfants et petits enfants à noel pour "etre comme tout l’monde"... Et pendant ce temps là , la bourgeoisie a placer aussi ses pions au P.S. (les DSK , Royal et compagnie pour qui on nous demande de voter ) et les petits chefs de la LCR LO, les altermondialistes d’attac et les autres ,les syndicats pourris noyautés par des vendus , continuent de jouer la carte de la légalité dans la démocratie bourgeoise ... Combien d’actions spectaculaire pour dénoncer la pourriture des grands médias audiovisuels et écrits qui décervèlent quotidiennement ?? Ca fera, dans pas très longtemps, presque un siècle que les Trotskistes militent chacun pour leur boutique ...Et l’on nous demande de continuer à y croire ... Tout cela est bien pitoyable et consternant.Mais bon , ainsi va l’histoire de ce pays ,de ce continent , il fait meilleur sous d’autres cieux (aujourd’hui en Amérique latine par exemple). Je ne comprends pas très bien ce qu’un courant comme Démocratie et Socialisme fait au P.S parti truffé de bourgeois carriéristes sans base sociale et qui tiennent complètement l’appareil ! Aujourd’hui pour un caillou sur les crs des jeunes ont pris 4 mois de PRISON ferme et le P.S. pendant ce temps condammne les violences dans la rue ! L’histoire avance lentement ,très lentement et les classes populaires le payent cher , très cher.IL faut croire que le gout du pouvoir habite encore trop , tous ces professionnels de la politique tout ces intellectuels verreux même ceux qui se réclament de la gauche de la gauche puis q’ils ont été incapables de s’unir et proposer une alternative claire aux masses populaires exploitées ! Sans imaginer que le socialisme se réalise en une seule génération on aurait pu espérer -pour avoir vécu et participer à mai 68- quelques avancées , et non une incroyable régression de nos conditions de vie et de la démocratie ! La manipulation est immense et de ma petite fenêtre j’observe que ça ronronne, ça ronronne... il faut croire que mai 68 n’a été finalement qu’une "révolution" petite bourgeoise ,il suffit de voir ce que sont devenus quelques-uns de ses leaders ,je n’en citerait qu’un seul , celui qui nous a tous fait crier " nous sommes tous des juifs allemands ...!" D. Conbendit. Si certains ne comprennent pas encore qu’il est grand temps d’agir pour l’UNITE de la vraie gauche et se débarasser de tous ces bureaucrates petits bourgeois illusionnistes, carriéristes, transfugeables c’est à désespérer et pour longtemps ! Expliquez moi encore le sens de la candidature Besancenot Bové, Buffet,Laguiller,Voinet etc... Je ne peux m’empécher de penser que ces gens là sont aussi les fossoyeurs du prolétariat ! Elle est belle la clarification , la bourgeoisie ,elle , est beaucoup plus intelligente , pas étonnant qu’elle gagne , elle se régale ! ( j’ai voté LCR et contre Sarko le facho !)

10/05/2007 21:11 par Un militant unitaire

QUELQUES REFLEXIONS APRES L’ELECTION DE N. SARKOZY

Il y a un grand risque dans la situation actuelle - qui est bien sûr grave - de démoralisation des militants. A entendre certains, nous avons subi une défaite historique, comparable à la victoire du nazisme en 1933. Il faut rester calme : Sarkozy est élu avec 53% des voix, c’est beaucoup trop, c’est surtout une majorité qui lui donne beaucoup de pouvoir - une majorité qui peut encore grandir lors des législatives -, mais ne réagissons pas comme si les 47% qui ont voté Royal (68% à Saint-Denis !) n’existaient pas.

Sarkozy a convaincu beaucoup d’électeurs des classes populaires à voter pour lui, mais ils ne seront pas nécessairement convaincus par les mesures qu’il prendra : cadeaux pour les riches, mesures qui favorisent le patronat et affaiblissent les syndicats, coupes budgétaires, répression policière, politique étrangère pro-américaine, relance de l’Europe libérale etc. Ses certitudes morales, le mirage d’une économie florissante où tout le monde pourra réussir, l’ont permis de marquer des points, mais seulement dans la mesure où l’opposition socialiste ne présentait pas de programme global de transformation sociale et faisait une campagne peu enthousiasmante.

Le populisme éhonté de Sarkozy est la preuve même que son entreprise est risquée. Un candidat de droite qui va dans le Nord parler de Jaurès et de la dignité du travail, qui promet quelques mesures sociales, qui jure qu’il « ne laissera personne au bord de la route » … Une telle (im)posture démontre que sa marge de manoeuvre (comment satisfaire à la fois aux revendications du Medef et aux besoins de son électorat populaire ?) est beaucoup plus faible que nous ne le croyons.

A-t-il carte blanche pour imposer toutes les mesures que veut le patronat ? Il pourra évidemment taper facilement sur les plus faibles ou les plus marginalisés politiquement - les sans papiers, les jeunes des cités. Mais ses contre-réformes pourraient se heurter à une résistance massive. Sa « légitimité » est basée sur une majorité assez relative à un moment donné, la moindre erreur de jugement due par exemple à une surestimation de sa popularité, ou un accident de parcours, peut la remettre en cause. En 1979, Margaret Thatcher a été élue dans des conditions assez similaires, trois ans plus tard elle était au plus bas dans les sondages. Elle a été « sauvée » entre autres par les généraux argentins (guerre des Malouines) et la faiblesse des directions syndicales et travailliste ; plusieurs fois pendant la grande grève des mineurs elle se croyait en danger de perdre ; elle a fini par commettre l’erreur monumentale de la Poll Tax.

Que dire donc des réactions du PS, fort de son hégémonie sur la gauche et ses 16,8 millions de voix au 2ème tour ? Ses dirigeants s’empressent de reconnaître la légitimité du nouveau président et lui souhaitent même « bonne chance » (DSK), au lieu de dire que tout ce qu’on souhaite au nouveau président c’est d’échouer le plus rapidement possible. Un porte-parole socialiste interrogé sur France Inter ne souhaite pas une victoire de la gauche aux législatives (« une nouvelle cohabitation ne serait pas une bonne chose pour la France »). Est-ce comme cela qu’on gagne des voix ? Le groupe dirigeant tente de sauver les meubles en défendant la « belle campagne » de Royal et en persistant dans la même voie de « renouvellement » du socialisme français (en fait, une adaptation de plus en plus ouverte au libéralisme). D’autres veulent accélérer la droitisation du parti, au nom du « réalisme » et de l’ « inévitabilité du libéralisme », et louchent ouvertement vers le centre. Aux militants du PS nous devons dire, « est-ce avec des dirigeants comme cela que nous renouerons avec la victoire ? »

Ceci est d’autant plus important que la défaite de Royal provoquera nécessairement un débat approfondi à l’intérieur du PS. La gauche antilibérale doit éviter tout sectarisme à l’égard des électeurs et des militants socialistes, tout en expliquant clairement en quoi elle n’est pas d’accord avec la stratégie et le programme du parti. Il existe des gens et des tendances de gauche dans le PS, et cela se verra chaque fois que la direction prendra un tournant à droite. Malgré leurs insuffisances et leurs illusions, nous devons les encourager et engager un dialogue avec eux. Aux législatives, nous devons présenter ou soutenir le maximum de candidats crédibles pour faire entendre une voix clairement antilibérale et contester le leadership du PS, mais pour le 2ème tour il ne peut pas y avoir d’ambiguïté : nous sommes pour battre le candidat de la droite, donc dans tous les cas pour soutenir le candidat de la gauche qui arrive en tête.

L’extrême gauche, malgré sa baisse, peut représenter une force importante dans la résistance (score relativement élevé de Besancenot, capacité de mobilisation, liens avec la jeunesse …). Malheureusement toutes les directions des partis d’extrême gauche sont tentées par des dérives gauchistes et sectaires. Se présenter, comme veut LO et peut-être la LCR, dans la quasi-totalité des circonscriptions, même là où elle n’a aucune base militante, que cela soit simplement pour « faire passer des idées révolutionnaires » ou toucher €1,60 par voix, c’est se moquer du monde. Il faut se battre partout pour des candidatures unitaires - ou les plus unitaires possibles.

La LCR se vante de ces 4,1% des voix au 1er tour, considérant son très relatif succès (en fait, un recul moins important que ses « concurrents ») comme plus significatif que la défaite de la gauche dans son ensemble. A quoi bon « prendre la direction » de la gauche radicale si celle-ci est complètement marginalisée ? La majorité de la LCR cherche des différences avec José Bové au-delà de celles qui existent réellement et qui doivent être discutées. Sa dernière trouvaille montre qu’elle n’a pas peur du ridicule : « Bové s’affiche avec Royal. Il appelle à voter pour elle et non contre Sarkozy » ! Elle conclut que la Ligue ne doit pas « s’afficher avec les représentants locaux de Bové », sauf « à minima » s’ils prennent « publiquement leurs distances » avec Bové. (Lettre Rouge, 4 mai 2007).

En fait, tout donne l’impression que l’ambition principale de la Ligue est de marquer des points par rapport à ses « concurrents » de la gauche radicale. C’est un objectif bien modeste - dérisoire même - pour un parti révolutionnaire et pas du tout à la hauteur de la situation. Heureusement qu’il existe une minorité de la LCR qui a gardé un sens de la réalité politique.

Il est largement insuffisant d’appeler à un regain des luttes, ou de prôner l’unité dans la rue sans avoir de stratégie politique autre que de compter ses propres voix. Les défaites électorales ne donnent jamais confiance aux travailleurs pour se battre, seules les erreurs du gouvernement ou les provocations du patronat et une direction syndicale déterminée sont capables de le faire. Les premières sont inévitables, mais on ne peut pas les prédire à l’avance. La deuxième condition est loin d’être remplie : même la CGT parle de la « légitimité démocratique » de Sarkozy et ne demande - très humblement d’ailleurs - qu’une « concertation » ou éventuellement (pourquoi pas ?) des « négociations » avec le gouvernement.

Nous devons donc travailler sur la durée pour rebâtir les syndicats, soutenir tous les travailleurs qui se mettent en lutte, comme tous les groupes qui résistent (jeunes, sans papiers …), retisser les liens sociaux dans les quartiers, renforcer les réseaux militants, contrer les arguments qu’ « il n’y a pas d’alternative », poursuivre la recomposition de la gauche sur des bases antilibérales, etc. Et lutter à la fois contre le défaitisme et le sectarisme.

Saint-Denis, 9 mai 2007 lepoireaurouge @ laposte.net

(Commentaires désactivés)