Jusqu’à quand trouvera-t-on des excuses à Israël ? (Middle East Monitor)

illustration : Barack Obama s’entraîne à sourire pour l’AIPAC (le CRIF US), par Mr FISH
MEMO

L’intellectuel défunt Edward Saïd a dit, comme chacun sait, que "la manière dont on excuse Israël pour tout ce qu’il fait est unique au monde". Ces excuses sont devenues encore plus la norme aujourd’hui qu’à l’époque du professeur Saïd. La lâche décision du journal Haaretz cette semaine d’enlever de son site Web, quelques heures après sa parution, un article traitant du racisme épouvantable d’Israël contre les noirs, n’a pas empêché deux journaux majeurs, le Financial Times (FT) et le New York Times de parler de ce phénomène révoltant. Le timing était parfait, car il correspondait au 20ème anniversaire de la révocation de la Résolution 3379 de l’ONU qui stipulait que le Sionisme était une forme de racisme et de discrimination raciale.

En dépit des intentions affichées, les commentaires du FT et du NYT n’étaient pas aussi clairs et forts qu’ils auraient dû l’être. Les deux auteurs ont fait les déclarations d’usage sur la démocratie israélienne et faisaient penser à des nageurs qui veulent nager sans se mouiller.

Dans un éditorial intitulé "La liberté en Israël" le FT a manifesté la même ambivalence inquiétante. Il a bien montré qu’il y avait une opposition clé dans l’histoire moderne d’Israël entre ceux qui placent la démocratie par dessus tout et ceux qui veulent construire un état juif avant tout. Mais dans la même émission de voix, il affirme que le Likoud est traditionnellement un grand défenseur de la démocratie et que son leader actuel, Benyamin Netanyahu devrait rappeler cette tradition à ses collègues.

Si Monsieur Netanyahu suivait l’avis du FT, ce serait l’histoire de la paille et de la poutre. Cette semaine le premier ministre israélien a soutenu une loi de la Knesset visant à interdire l’appel à la prière de toutes les mosquées d’Israël. Ce n’est rien d’autre qu’une attaque venimeuse contre la liberté religieuse d’un cinquième des habitants du pays. Comme c’est un politicien roué, il s’est servi du double langage qui sévit en Europe pour justifier sa position : "Nous n’avons pas besoin d’être plus libéraux que l’Europe" a-t-il déclaré en faisant allusion aux interdictions frappant les mosquées en Belgique et en France.

En vérité, depuis qu’il est au pouvoir, le racisme en Israël est devenu incontrôlable. Des fanatiques israéliens ont manifesté sans honte à Tel Aviv cette semaine pour exiger qu’on renvoie les Africains chez eux parce qu’Israël est un état juif. Les manifestants chantaient : "Le peuple demande l’expulsion des infiltrés" ; "Nous somme venus chasser les ténèbres" ; et "Tel Aviv est pour les Juifs et le Soudan pour les Soudanais". Ils n’ont pas demandé que les Juifs à la peau noire originaires d’orient retournent aussi chez eux. L’heure de "retourner chez eux" n’est semble-t-il pas encore venue pour ceux-là , mais cela n’enlève rien au racisme des manifestants.

Comment ces infortunées victimes, les Africains et les Juifs d’orient, se sont-elles retrouvées dans cette situation dégradante ? De toute évidence, elles ont cru à tort au mythe de la démocratie israélienne. Elles n’ont pas profité de l’expérience des Palestiniens qui ont été transformés en réfugiés et en citoyens de seconde classe dans leur propre pays sous le joug du nationalisme colonial sioniste.

Le problème est bien sûr le message à double sens qui émane des capitales occidentales, des médias et d’Israël lui-même ; les demi vérités et les bobards grossiers. Cela fait 60 ans qu’Israël a été créé en Palestine et personne, pas même les Anglais ni les Américains, ne sait où se trouvent exactement ses frontières. Il refuse de les définir et les modifie avec une fréquence alarmante. D’abord, Israël a refusé d’accepter les frontières prescrites par l’ONU et a pris, à la place, la Ligne de l’Armistice de 1949 comme frontière (en s’octroyant une plus grande partie de la Palestine historique). En septembre de cette année-là , le premier ministre David Ben Gurion a décrété que les besoins en sécurité d’Israël étaient "profondément uniques et sans parallèles parmi les nations". Son pays a continué a utiliser cette logique d’exclusivité pour conquérir, s’étendre et occuper de plus en plus de terre arabe. Il occupe toujours le plateau du Golan et les fermes libanaises de Shi’ba, sans parler, bien sûr, des Territoires Palestiniens, dont Jérusalem. Aujourd’hui les colons fanatiques qui influencent la politique officielle menacent d’établir une nouvelle colonie en territoire jordanien, pour se venger ostensiblement de l’opposition jordanienne au projet israélien de fermer le pont Maghareba qui mène à la Moquée Al Aqsa.

Rétrospectivement, c’était clairement la nature déstabilisante et révoltante de telles politiques qui a conduit l’ONU à adopter la Résolution 3379 en 1975 qui disait que "le Sionisme est une forme de racisme et de discrimination raciale". Comme le régime Sud-Africain d’Apartheid avec lequel il avait des liens organiques, Israël est resté un état paria jusqu’en 1991, date à laquelle le processus de Madrid a été lancé.

Le 23 septembre 1991, le président George Bush Senior a dit à l’Assemblée générale de l’ONU que "mettre sur le même pied le Sionisme et l’intolérable péché du racisme revenait à falsifier l’histoire et à oublier les terribles épreuves des Juifs pendant la seconde guerre mondiale et dans tout le cours de l’histoire". Le 16 décembre 1991, l’Assemblée Générale de l’ONU a révoqué la résolution 3379 par un vote de 111 contre 25 (et 13 abstentions). Les choses seraient bien différentes aujourd’hui si les leaders palestiniens et arabes avaient refusé de révoquer la Résolution 3379 de l’ONU comme le couple israélo-étasunien l’avait exigé comme préalable à sa participation à la conférence de Madrid. Ils ne peuvent que s’en prendre à eux-mêmes aujourd’hui.

Le FT avait absolument raison d’attirer l’attention sur les lois discriminatoires condamnables votées en Israël l’année dernière. Cependant la Loi sur la Nakba qui interdit aux organisations subventionnées par l’état de commémorer la Catastrophe Palestinienne de 1948, et la Loi sur le Boycott qui pénalise les Israéliens qui appellent au boycott des colonies illégales israéliennes ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Il y a des quantités de lois similaires que MEMO a signalées dans le passé.

20 ans après la révocation de la résolution 3379, le temps est venu de moins parler et d’agir davantage. L’OLP qui jouit d’un soutien mondial indubitable à sa juste cause nationale doit donner l’exemple. Ses dirigeants doivent maintenant travailler sans répit avec et sans les agences de l’ONU à travers les organismes internationaux du monde entier pour dénoncer le fléau du racisme israélien et inciter à la mobilisation contre lui. Les politiciens occidentaux qui continuent de soutenir inconditionnellement Israël et à justifier ces politiques devraient être considérés comme responsables des torts irréparables qu’ils causent aux intérêts de leurs pays devant leurs peuples. Israël revendique son droit à l’existence mais nie celui des autres. Les politiciens de Washington, Londres, Paris, Berlin et Bruxelles qui soutiennent Israël et sa politique d’apartheid ne pourront pas se plaindre s’ils sont accusés de complicité criminelle. Le temps des excuses est passé, même pour Israël.

Pour consulter l’original : http://www.middleeastmonitor.org.uk/resources/commentary-and-analysis/3175-still-making-excuses-for-israel

Traduction : Dominique Muselet

COMMENTAIRES  

19/12/2011 20:14 par vagabond

Pourquoi s’étonner ? Quand on lit ce que le Talmud pense des noirs, on peut comprendre la rage de Dieudonné.

19/12/2011 22:32 par legrandsoir

Quand on lit ce que le Talmud pense des noirs

C’est-à -dire ?...

21/12/2011 02:44 par Byblos

Pas les Noirs spécifiquement, mais tous les goyim (racine des mots goujat et gouine. C’est tout dire.

Voici les premiers versets de la prière Alenou (A nous de... ou encore Il nous incombe de...) au sujet de laquelle on pourra trouver d’excellentes explications sur Wikipedia en passant par le lien suivant :

http://www.google.ca/search?client=safari&rls=en&q=alenou

Et maintenant voici ces versets présentés dans une traduction française, puis dans une transcription en caractères latins, et enfin dans leur forme originale :

1 Il nous incombe de louer le Seigneur pour tout, Alenou lèshabea’h la’Adon hakol עָלֵינוּ ×œÖ°×©Ö·× ×‘ÖµÖ¼×—Ö· ×œÖ·× Ö²×“×•Ö¹×Ÿ הַכֹּל,

2 de proclamer la grandeur de Celui qui forme toute la Création, latet gedoulah lèyotzer bereshit, לָתֵת גְּד֠»×œÖ¸Ö¼×” לְיוֹצֵר ×‘Ö°Ö¼×¨Öµ× ×©Ö´× ×™×ª,

3 Car Il ne nous a pas faits comme les nations des autres terres, shèlo ’assanou kègoyei ha’aratzot, ×©Ö¶× ×œÖ¹Ö¼× ×¢Ö¸×©Ö¸×‚× ×•Ö¼ כְּגוֹיֵי ×”Ö¸× Ö²×¨Ö¸×¦×•Ö¹×ª,

4 et ne nous a pas mis comme les familles de la Terre. vèlo samanou kèmish’pèchot ha’adamah, ×•Ö°×œÖ¹× ×©Ö¸×‚×žÖ¸× ×•Ö¼ ×›Ö°Ö¼×žÖ´×©Ö°× ×¤Ö°Ö¼×—×•Ö¹×ª ×”Ö¸× Ö²×“Ö¸×žÖ¸×”.

21/12/2011 11:57 par Madelon

Le grand soir n’est-il pas au courant des préceptes du talmud envers les goyim ??? Il ne suffit pas de gratter il faut creuser et étudier la mentalité tout à fait spéciale des adeptes de ce livre dont BHL et toute la clique pro-sioniste, qui peuvent en toute conscience légitimer les pires crimes qui soient.Evidement je peux comprendre que vous ayez peur...

21/12/2011 14:55 par legrandsoir

Le grand soir n’est-il pas au courant des préceptes du talmud envers les goyim ???

Non seulement nous ne sommes pas au courant, mais je crois que ça ne nous intéresse pas.

Les livres (sacrés ou pas), l’histoire (officielle ou pas) peuvent "expliquer" certaines situations, mais jamais les justifier - à moins de rentrer dans le jeu des illuminés. Alors que le talmud soit un remake du Magicien d’Oz ou une variation de Mein Kampf, en quoi cela atténuerait ou aggraverait des actions présentes ?

Autrement dit : inutile de chercher des arguments ailleurs lorsque l’injustifiable est ici et maintenant - et peu importe leurs pseudo justifications historico-politico-religieuses.

Les pseudo justifications historico-politico-religieuses, c’est justement la spécialité des sionistes : ils peuvent la garder.

21/12/2011 16:12 par Madelon

Ne pas vouloir savoir est une pratique de l’autruche.Elle révèle la peur de découvrir et de s’en tenir à la réalité apparente.Cet article qui dénonce avec raison le racisme et le terrorisme aurait tout à gagner à tenter d’expliquer ce racisme et terrorisme.De meme qu’on balaye d’un revers les arguments de ceux qui contestent les versions officielles d’une certaine histoire que ce soit le 9/11 ou la shoah assimilables au crime d’opinion,on refuse de connaitre les causes qui ont fait aboutir le projet sioniste,projet identifié comme religieux,expan-sioniste,porté par un sentiment sans pareil de supériorité raciale.Vos arguments ressemblent aux arguments des imbéciles qui ne veulent pas comprendre pourquoi un meurtrier est devenu un meurtrier.La détermination sans faille du peuple élu à travers les siècles,sa volonté à ne jamais se laisser contaminer,sa foi inébranlable en son destin de domination du
monde a été soutenu par des textes entre-autres talmudiques.La situation au moyen-orient et le sort qui est réservé au peuple palestinien est en grande partie une conséquence de cette idéologie religieuse.Ne pas en tenir compte
c’est comme vous le dites ne pas faire de différence entre le Magicien d’OZ et Mein Kampf.

21/12/2011 17:48 par legrandsoir

Vos arguments ressemblent aux arguments des imbéciles qui ne veulent pas comprendre pourquoi un meurtrier est devenu un meurtrier

Vous voulez dire qu’on ne peut pas condamner le nazisme sans avoir lu Mein Kampf ? Allons...

Je n’ai pas besoin de lire le Talmud (ou autre) pour condamner le sionisme. J’aurais peut-être besoin de le faire pour comprendre le sionisme, mais ça c’est autre chose.

22/12/2011 18:45 par Byblos

Pas nécessairement Comprendre le Sionisme. Mais au moins retrouver les SOURCES DU SIONISME.

23/12/2011 10:09 par Sam

"Tel Aviv est pour les Juifs et le Soudan pour les Soudanais"

Parmi ces etho-nationaliste, on en trouvera sans doute un bon paquet à crier à l’antisémitisme quand un citoyen, un journaliste ou un politique s’avisera de critiquer la politique de l’état juif.

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