Je ne sais rien sur Cuba ni sur Fidel Castro, mais moi je sais que je ne sais rien








18 décembre 2006.


Il en est de Cuba comme de la plupart des pays de la planète, nous avons une illusion médiatique d’un savoir immédiat, à laquelle il faut ajouter une propagande « anti-castriste », un mensonge systématique qui cache les faits ou les interprète d’une manière orientée.

Dimanche 17 décembre à la Havane, quelques événements dont il sera rendu compte par des flashs télévisuels :

- Premièrement, visite d’une délégation de parlementaires venus des Etats-Unis. Ceux-ci, républicains et démocrates sont partisans de la fin du blocus et de la normalisation des relations entre les Etats-Unis et Cuba.

L’événement si l’on connaît bien l’état réel des relations entre Cuba et les Etats-Unis n’en est pas un. Depuis de nombreuses années il y a une majorité au Congrès qui s’est prononcé pour cette issue et qui agit en ce sens. Dans cette majorité, il y a des militants de la paix, des progressistes, en particulier les démocrates noirs nord-américains, des religieux. Il y a également des démocrates de plus en plus convaincus de l’échec de la politique des Etats-Unis à l’égard de Cuba et qui pensent que la meilleure solution pour que Cuba change de régime est justement de changer de politique, enfin il y a de plus en plus de milieux d’affaires, de l’agro-alimentaires, des transports, des voyages, etc... qui considèrent qu’il y a des affaires fructueuses à faire avec l’île, ce sont des lobbys puissants.

En fait les médias français adoptent à l’égard de Cuba, non pas cette vision de la majorité des Etats-Unis mais celle de l’extrême-droite, elle véhicule les thèmes fabriqués dans des officines de Miami. Donc nous sommes condamnés à ignorer à peu près tout de la réalité de Cuba et à nous exclamer devant la nouveauté d’une visite qui au contraire témoigne de la continuité.

- Deuxièmement alors bien sûr on va l’attribuer à « l’agonie » de Castro cette visite, ce serait une réponse à l’ouverture de Raoul Castro. A la seule différence près que ce qu’a dit Raoul est répété depuis des années par les Cubains. Il suffit de relire les textes d’Alarcon, le président de l’Assemblée populaire qui est plus particulièrement chargé des relations avec les Etats-Unis. Cuba depuis toujours propose des collaborations, en particulier en matière de lutte contre la drogue, et contre le terrorisme. Mais nous en France nous ignorons cela donc nous allons l’attribuer aux changements liés à la fin de Fidel.

- Alors tombe la nouvelle, Fidel se rétablit et elle est confirmée par la délégation US. Ceci intervient après que les médias français nous aient abreuvés non seulement de bulletins alarmistes, mais d’indignes comparaisons entre Pinochet le boucher de Santiago et Fidel le rebelle de l’Amérique latine.

Ces derniers temps sur cette question de l’état de santé de Fidel, j’ai été conduite à répéter les choses suivantes :

Je n’en sais pas plus sur la question que les responsables de la CIA qui ont fait état d’un cancer ou de l’agonie. Fidel Castro l’a dit très simplement aux Cubains : « mon état de santé va devenir un secret d’Etat ». Fidel est un être humain et comme nous tous il est mortel, quelle que soit l’estime, la vénération même que des millions d’individus de par le monde et dans son propre pays lui portent, il mourra un jour. Cuba aujourd’hui fait la preuve comme il n’a cessé de le répéter que la résistance ne dépend plus de lui. Lui mort Cuba est prêt : voilà ce que Fidel n’a cessé de répéter. Dans tous mes textes, dans toutes mes conférences je n’ai cessé de répondre cela. L’essentiel est aussi ce qu’il a dit dans le discours à l’Université de novembre 2005 : les ennemis extérieurs ne peuvent rien contre Cuba, contre son indépendance, son socialisme, seuls les Cubains peuvent détruire tout cela. Le bilan, l’oeuvre de Fidel et de la Révolution cubaine est là : le sort de Cuba dépend des Cubains et d’eux seuls. Alors qu’en 59, Cuba était "notre colonie" pour les Etats-Unis. Sur l’avenir de Cuba là est la seule réponse, le reste n’est qu’élucubration.

Oui mais voilà n’ont droit à la parole dans les médias que ceux qui ne veulent pas voir la réalité cubaine.

Enfin ce que je sais c’est que Fidel Castro et les dirigeants cubains ont une habitude politique : ils ne mentent jamais. Ils peuvent dire des vérités partielles, cacher des choses qui n’ont pas à être dites, mais ce qu’ils disent est vrai. Cette caractéristique est à la base de la confiance que les Cubains ont dans leurs dirigeants. S’ils disent que Fidel se rétablit, je les crois. Ce rétablissement pour un homme de cet âge peut être fragile.

Alors il ne reste plus à tous ceux qui ont de l’admiration et de l’estime pour un des plus grands hommes politiques de notre temps, pour le défenseur inlassable de la justice pour les pauvres, à être aux côtés des Cubains de la rue qui hier ont célébré la Saint Lazare en la dédiant à leur commandant. Saint Lazare est une orisha (vaudou cubain) celle des désespérés, des misérables. Le pèlerinage à Saint Lazare a été jadis condamné par l’église catholique qui aujourd’hui le récupère depuis la période spéciale. Et il faut bien mesurer que pour pénétrer dans les masses populaires, ces Cubains dont on dit à juste raisons qu’ils subissent le plus les difficultés du blocus mais qui sont aussi ceux qui aiment le plus Fidel, cette église a été obligée non seulement de reconnaître le saint vaudou, mais encore de dédier ces manifestations de foi populaire au rétablissement de Fidel.

Chacun de ces faits mériterait une analyse beaucoup plus complète, mais je me contente en bonne sociologue de tenter d’ébranler si faire ce peut vos illusions sur ce que vous savez ou croyez savoir sur Cuba. Peut-être un jour prononcerez-vous la phrase la plus intelligente qui soit : « Je ne sais pas ! »

Danielle Bleitrach, sociologue.

Danielle Bleitrach, coauteur avec Viktor Dedaj et Jacques-François Bonaldi de Cuba est une île

- et coauteur avec Viktor Dedaj et Maxime Vivas de Les États-Unis DE MAL EMPIRE Ces leçons de résistance qui nous viennent du Sud.



Pourquoi les arrestations à Cuba ? par Wayne Smith, ancien responsable la section des intérêts US à la Havane.


Aprés Fidel, par Raúl Zibechi.

Fidel Castro malade, Miss Monde acnéique, presse métastasée, par Maxime Vivas.

Nouveau rapport de la Commission sur Cuba : la recette pour un nouvel échec, par Wayne S. Smith.

Reporters Sans Frontières et Cuba : L’ art de se tirer une balle dans le pied, par Viktor Dedaj.




- Dessin : Carlos Latuff

COMMENTAIRES  

18/12/2006 11:55 par Anonyme

voilà ce que vous ne saurez pas sauf si vous lisez Granma du 14 décembre 2006. La visite de la délégation nord-américaine s’informait sur le détournement de fonds à travers "l’aide à la démocratie à Cuba" . Après le scandale des journalistes achetés, voici celui de la valse des millions des budgets du contribuable nord-américain... A quand une analyse des subventions de l’Europe à des ONG suspectes comme par exemple Reporters sans Frontières qui a reconnu toucher des fonds de la NED (CIA) ? Danielle Bleitrach

La valse des millions de la contre-révolution à Cuba

Le 15 novembre dernier, le Bureau de Comptabilité Générale (GAO), organisme du Congrès des Etats-Unis dont la mission est d’enquêter sur la façon dont le gouvernement fédéral et ses agences administrent le budget fédéral et d’évaluer le degré d’efficacité avec laquelle ils exercent leurs fonctions et appliquent leurs programmes, a publié un long rapport de 63 pages intitulé : « L’aide à la démocratie à Cuba a besoin d’être mieux administrée et mieux contrôlée ».

Après avoir consciencieusement passé en revue les énormes ressources financières que le gouvernement des Etats-Unis consacre à la promotion de la subversion dans notre pays et à la création et l’entretient des minuscules groupuscules discrédités de mercenaires à Cuba, ledit document arrive inévitablement à la conclusion que les fonds destinés à ces fins ont été dilapidés.

Le rapport avait été demandé par deux congressistes, le républicain de l’Arizona, Jeff Flake et le démocrate du Massachusetts, William Delahunt, membres du Comité des Relations internationales de la Chambre des représentants qui ont mené des initiatives destinées à atténuer le blocus contre Cuba et à promouvoir des changements dans la politique anti-cubaine de l’administration Bush.

Le rapport prêterait à rire si les faits révélés n’étaient pas aussi graves : comment et dans quoi ont été dépensés 73,5 millions de dollars entre 1996 et 2005 pour essayer de subvertir l’ordre interne dans notre pays.

D’importants médias nord-américains se sont aussitôt fait l’écho des irrégularités, du gaspillage et de la corruption auxquels a donné lieu l’utilisation des presque 74 millions de dollars que le gouvernement des Etats-Unis, par cette voie seulement, mais ce n’est pas la seule qu’il utilise pour financer ses groupes de mercenaires à Cuba, a soutiré des poches des contribuables américains pour financer sa politique criminelle et infructueuse contre Cuba et entretenir l’industrie de la contre-révolution anti-cubaine à travers les programmes destinés à promouvoir ladite « démocratie » dans notre pays qui sont dirigés par des institutions comme l’Agence pour le développement international des Etats-Unis (USAID) et le Département d’État.

Selon les propres médias nord-américains, plus de la moitié des fonds ne sont jamais parvenus à Cuba, ils sont restés à Miami. De même, une partie de l’argent a été utilisée pour acheter des articles tels que des jeux vidéos, du crabe en conserve, des bicyclettes, des vestes, des chocolats de luxe et des lecteurs de DVD, des faits qui reflètent, dans toute son ampleur, le négoce officiel américain de la contre-révolution à Cuba et les énormes dividendes que celui-ci rapporte à l’industrie anti-cubaine établie à Miami. Le rapport révèle aussi qu’une partie des fonds est gaspillée en moyens que la Section des Intérêts des Etats-Unis à La Havane tente de distribuer à Cuba. Celle-ci aurait distribué, entre 1996 et 2006, près de 200 000 kilos de médicaments, d’aliments et de vêtements, 23 000 postes de radios à ondes courtes, ainsi que des millions de livres, de brochures et autres matériels « d’information », selon des données publiées dans le propre document du GAO. A cela s’ajoute la réalisation de « cours de journalisme » par correspondance suivis par plus de 200 mercenaires, la publication d’environ 23 000 rapports de supposés « journalistes indépendants » sur la situation à Cuba et le financement de la visite dans notre pays de plus de 200 « experts internationaux » afin d’entraîner la contre-révolution interne.

Cela confirme le bien-fondé des accusations réitérées de notre gouvernement à l’encontre de la Section des Intérêts des Etats-Unis à La Havane qui fait office de quartier général de la contre-révolution, et démontre de façon irréfutable comment celle-ci viole de façon flagrante la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques de 1961 en introduisant à Cuba - en abusant de ses privilèges diplomatiques - des articles et des matériaux qui ne sont pas destinés à sa mission officielle mais aux mercenaires qui travaillent au service du gouvernement des États-Unis.

Le rapport du GAO fournit des preuves irréfutables soutenant les accusations systématiques du gouvernement cubain selon lesquelles la prétendue dissidence n’est rien d’autre qu’un groupe financé et dirigé par le gouvernement américain, de véritables mercenaires et salariés au service de l’ennemi historique du peuple cubain : l’impérialisme yankee, qui ne cache pas aujourd’hui sa féroce intention de s’emparer à nouveau de Cuba et qui, pour y parvenir, ne lésine pas sur les moyens en dépit du fait qu’il n’atteindra jamais son objectif final qui est de renverser la Révolution. Il est curieux de constater le mépris qu’ils ressentent envers le peuple américain qu’ils tentent de manipuler constamment afin de lui faire croire en une politique immorale et vouée à l’échec qui a pour objectif de briser la volonté d’indépendance et de souveraineté de notre peuple et dont, en outre, le financement lui est imposé.

Par le biais de ses programmes subversifs dirigés à l’encontre de Cuba, l’administration Bush finance de manière illimitée les voyages destinés à encourager les traîtres à la Patrie tandis qu’elle nie le droit des américains à voyager à Cuba et à entretenir des relations avec notre pays, et réduit cruellement - à une tous les trois ans - le nombre de visites des Cubains résidant aux États-Unis à ceux qu’elle a défini de façon arbitraire comme étant leurs parents à Cuba.

Pour sa part, l’Administration Bush impose d’importantes restrictions à l’envoi d’argent et de paquets des Cubains résidant aux États-Unis à leurs parents à Cuba alors qu’elle met à la disposition des mercenaires, qui vivent du négoce de la contre-révolution, d’énormes moyens de tous types.

L’Administration Bush impose également des restrictions toujours plus grandes à Cuba lorsque celle-ci souhaite acheter aux États-Unis des médicaments vitaux pour ses enfants, ses personnes âgées et d’autres catégories vulnérables, et établit sans cesse des obstacles à l’achat d’aliments destinés à la consommation de toute sa population sur son marché tandis que, cyniquement, elle envoie tous types de médicaments, et même des vêtements et des chocolats de luxe, aux contre-révolutionnaires qui servent les intérêts de l’empire.

L’Administration Bush impose au peuple cubain le blocus le plus long et le plus cruel de l’histoire de l’humanité tandis qu’elle alimente et entretient avec soin ses parasites salariés, aussi corrompus et immoraux que l’impérialisme qui les soutient. Voilà la véritable politique « humanitaire » et des « droits de l’homme » que la mafia de Miami et les congressistes anti-cubains de la Floride souhaitent pour notre peuple. Une politique qui leur permet de profiter d’une permanente « valse des millions » au détriment du peuple américain et du peuple cubain.

Sans aucun doute, le gouvernement des États-Unis, en mettant en oeuvre la politique criminelle et génocide prévue par le Plan Bush, prétend perfectionner et poursuivre le financement de la subversion interne dans notre pays, financement auquel il a décidé de consacrer 80 millions de dollars supplémentaires au cours des deux prochaines années et non moins de 20 millions de dollars chaque année suivante jusqu’à ce que son objectif de renverser notre Révolution se réalise.

Il ne devrait cependant pas se faire d’illusions. Le gouvernement et le peuple de Cuba se chargeront, comme cela s’est produit jusqu’ici, de mettre en échec les plans et tous les noirs desseins ourdis par Washington afin de fomenter la subversion et la contre-révolution interne dans notre pays.

Le gouvernement et le peuple de Cuba dénoncent, une fois de plus, le caractère provocateur, offensant et inacceptable de l’aide permanente que le gouvernement des États-Unis, à des fins politiques criminelles, tente de fournir à ses rejetons contre-révolutionnaires alors qu’il intensifie le blocus économique de fer qu’il a maintenu contre la population cubaine pendant presque cinq décennies.

Le gouvernement impérialiste des États-Unis manque depuis longtemps de toute autorité morale à Cuba et la perd de façon croissante dans bien des parties du monde. Cuba adoptera à tout moment, avec dignité, sérénité et courage, les mesures qui seront nécessaires pour affronter ce genre d’agressions.

Peu importe l’argent qu’ils dépensent, ils n’arriveront jamais à soumettre la volonté du peuple cubain.

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