« Israël a soustrait deux millions de personnes à l’humanité » déclare Sarah Katz

Sourire et émotions à l’arrivée de Sarah Katz ce jeudi soir à la gare Saint-Charles de Marseille. Après les embrassades la militante juive française pour la paix a longement conté ses conditions de détention

Article paru dans le journal La Marseillaise du 3 août 2018 page 20

Sarah Katz, militante de l’Union juive française pour la paix (UJFP) a retrouvé le sol français après avoir passé quatre nuits dans les prisons israélienness. Elle a été ensuite expulsée du territoire ou elle était venue porter assistance à la population palestinienne via une flottille internationale.

La Marseillaise : Quel est votre état d’esprit après ce périple qui a commencé par l’arraisonnement de votre bateau par l’armée israélienne alors que vous vous trouviez dans les eaux internationales ?

Sarah Katz : Ce fut un acte de piraterie très brutal. Le capitaine et le mécanicien norvégiens ont été violemment pris à partie et si nous n’avions pas été européens je pense que notre sort aurait été bien pire. N’oublions pas que le rôle de cette sixième flottille était de pointer du doigt la terrible réalité du blocus israélien que subissent les Palestiniens. Nous apportions des médicaments et surtout du matériel médical de type bandelettes, compresses qui manquent cruellement là-bas. J’ai espéré un moment que nous pourrions faire mieux, mais à partir du moment où l’armée israélienne ne nie même pas qu elle opère illégalement en eaux internationales, que pouvons-nous faire., Nous comprenons bien là ce que signifie soustraire de l’humanité deux millions de personnes (la population de Gaza, ndlr) Mais évidemment, je suis amère.

Une fois arrêtée, quelles ont été vos conditions d’arrestation, de détention et de comparution devant la justice israélienne ?

S.K : J’ai découvert, à cette occasion,, l’importance que prend, dans un État, ces services un peu gris tel l’Office d’immigration qui a un puissance incroyable. Ça donne, en bout de chaîne, une parodie de justice où le juge ânonne que ta détention est légale

On a réussi à mobiliser des militants, médias et parlementaires français dans le refus de soutenir un État voyou. Mais il faut amplifier la contestation. Ou on y arrive ou nos pays, dont la France, vont dire en creux que le monde d’Apartheid qu’est en train de construire Israël, est le monde qu’ils veulent.

Qu’est-ce qui permet une telle impunité dont jouit le gouvernement d’extrême droite israélien ?

S.K : C’est le fait que ça provient d’une très profonde unité idéologique. En 2018, sur Terre, il y a des gens qui ont plus de droits que d’autres et même nos gouvernements, au fond, sont d’accord. Que des migrants se noient en Méditerranée, c’est juste leur sort, que 1000 migrants arrivent sur le sol français et c’est la démocratie qui tremble sur ses bases. On est devant cette idée que l’on ne va pas au devant d’un monde fraternel, mais où les puissants se créent un lieu où ils se protègent et écrasent les autres. L’État Israël est à l’avant-garde de ça. Regardez la loi sur l’Apartheid visant les arabes et qui est une insulte à la mémoire juive.

À ce propos, que souhaiteriez-vous dire, en tant que militante associative, aux Juifs de France tentés d’épouser les positions de Netanyahu ?

S.K : La première chose que j ’aurais envie de dire, c’est qu’ils doivent se rappeler qu’ils sont des citoyens comme les autres et qu’ils ont la même responsabilité pour construire une société qui ait un sens. Pour cela, ils doivent lutter de toutes leurs forces contre ces gens qui construisent l’Apartheid au nom de leur judéité.

Propos recueillis par M.Gd

 http://www.ujfp.org/spip.php?article6575

COMMENTAIRES  

04/08/2018 19:57 par Danael

Juste une rectification : le judaïsme n’a jamais préconisé l’apartheid . Seul le sionisme l’applique et en a fait sa politique pour continuer son œuvre scélérate de colonisation au détriment des droits des Palestiniens.

05/08/2018 00:43 par béotien 1er

Le fait d’araisonner un bateau dans les eaux internationales s’appelle de la piraterie. Donc maintenant en plus d’assassiner à tour de bras,la très démocratique armée tsahal, se livre à des actes de piraterie. Rien ne les arrêtent et personne ne dit rien.

05/08/2018 11:07 par Mazig

Cet apartheid ira en s’amplifiant et en s’aggravant , tellement Israel est sur d’avoir le soutien total et inconditionnel du monde occidental et des régimes arabes , quelque soit le degré de gravité que cela puisse atteindre.Nous assistons à un génocide en direct à Gaza , et en même temps nous DEVONS pleurer uniquement devant les exactions des nazis tout en étant insensibles devant le massacre des palestiniens. Car attention , enfreindre cette exigence est un acte antisémite.

05/08/2018 13:31 par hocine

Ceux qui appartienne à l’humanité, notre humanité sont précisément les palestiniens et pas les israéliens. Ils sont comme vous et moi et ils ne veulent vivre que dans l’égalité des droits et de lois universelles.
Ceux qui ont fait le choix de se séparer de l’humanité est l’immense majorité des israéliens qui soutient la politique d’apartheid de leur état et de l’inégalité qu’impose un état unique sur la vie de tous ses habitants, palestiniens, israéliens, chrétiens, juifs ou musulmans.
Un état : un homme, une femme , une voix ; égalité des droits et des devoirs.

05/08/2018 17:17 par sofia

Ils faut mobiliser plus de monde ne restons pas insensible à ce massacre humain et cautionner ce si ils font c est horrible les palestiniens ont leur droit arrêtons ce blocus inadmissible

07/08/2018 11:41 par mediacideur

C’est (beaucoup) plus complet sur le site de L’Huma : https://www.humanite.fr/sarah-katz-jai-entrevu-les-methodes-dun-etat-fasciste-658887

16/08/2018 18:38 par szwed

Un article pertinent de Michel Warscharwski lu sur le site Orient XXI, 23 juillet 2018 :

Israël, un État juif mais pas démocratique

L’adoption par le Parlement israélien de la « loi sur la Nation » est une confirmation de la dérive du gouvernement d’extrême droite pour lequel le caractère juif de l’État passe avant la démocratie. Et elle marque, selon une journaliste israélienne, « la fin de la démocratie ».

Au dernier moment, juste avant la fin de la session parlementaire et le départ en vacances des députés, le Parlement israélien a voté la « loi sur la Nation », une loi constitutionnelle qui ne peut être abolie que par une majorité qualifiée. Une loi qui met la Cour suprême hors-jeu si elle envisageait de l’annuler, parce qu’elle contredirait les fondamentaux d’Israël comme « État juif et démocratique ». Cette loi s’ajoute à une autre loi, votée au cours de l’année, qui change radicalement l’équilibre entre les pouvoirs, et limite les possibilités de la Cour suprême de déclarer anticonstitutionnelle une loi votée par le Parlement (en hébreu ‘hoq ha-hitgabrut que l’on peut traduire par « loi sur la prééminence »).

Pourquoi cette urgence ? Pourquoi donner à cette loi une telle importance ? Avant de répondre à ces questions, résumons les dix articles de la loi sur la Nation :

- Israël est la patrie historique du peuple juif ;

- le symbole de l’État est le candélabre, son hymne est La Hatikvah (L’Espoir) ;

- la capitale d’Israël est le grand Jérusalem réunifié ;

- la langue officielle est l’hébreu ;

- l’État est ouvert à l’immigration juive ;

- l’État investira des moyens pour conserver ses liens avec les Juifs de l’étranger ;

- l’État encouragera la colonisation juive ;

- les calendriers officiels sont les calendriers hébreu et étranger (sic) ;

- Les journées du judéocide, du souvenir (des soldats tombés au front) et de l’indépendance sont des journées officielles ;

- le shabbat et les fêtes (juives) sont des journées chômées ;

- l’amendement de cette loi ne peut être voté que par une loi fondamentale (constitutionnelle), à une majorité de 61 députés.

Nombreux seront ceux qui diront : quoi de neuf là-dedans ? Pourquoi s’exciter contre cette loi, puisque que tout ce qui y est écrit a été l’arrière-fond de la politique d’Israël depuis 70 ans ? La loi sur la Nation ne signifierait-elle rien de nouveau ? Oh que si !

Pendant plus d’un demi-siècle, Israël a été défini comme un « État juif et démocratique », Juif avec un grand J, c’est-à-dire l’État des Juifs — entendu comme communauté et non comme religion. Même si pour beaucoup cette définition est un oxymore (comment être une démocratie si l’on exclut une ou plusieurs communautés de la souveraineté réelle ?), la caractérisation d’« État démocratique » comptait beaucoup pour les dirigeants et le peuple israéliens. On tenait à appartenir au monde civilisé, à l’Occident démocratique ou se prétendant tel, et pas au tiers-monde ou encore au totalitarisme soviétique.

Pour les citoyens, les droits civiques étaient réels, et à partir de 1966, les libertés publiques comme le droit à l’organisation et à l’expression n’étaient pas que des slogans vides de contenu. Le racisme anti-arabe n’a pas disparu, tant s’en faut, mais on ne peut nier que l’espace public laissait de plus en plus de place à la minorité arabe.

Le caractère démocratique (illusoire) du régime israélien n’était pas seulement une question d’image internationale ; c’était aussi une question de perception de soi : les fondateurs de l’État et les premières générations d’immigrants se voulaient partie prenante de la philosophie des Lumières qui était censée guider le monde occidental.

C’est là que l’on peut comprendre le tournant qualitatif pris par l’extrême droite, qui, il est bon de le rappeler détient le pouvoir depuis maintenant plus de deux décennies. Dans la ligne idéologique et politique du néoconservatisme, elle a entrepris une contre-réforme politique, sociale et idéologique, et une véritable croisade contre les valeurs des Lumières. Benyamin Nétanyahou ne courtise plus l’Europe libérale, mais les régimes semi-totalitaires polonais, tchèque et hongrois, prêt à réécrire au besoin l’histoire antisémite de ces pays, lui qui a systématiquement instrumentalisé l’accusation d’antisémitisme pour délégitimer toutes les critiques de sa politique venant de la gauche des échiquiers politiques. Le premier ministre israélien, ses ministres et ses amis n’ont plus aucune gêne à se montrer avec des antisémites notoires, à se revendiquer des nouvelles droites européennes, et à fermer les yeux sur les amis néonazis de Donald Trump.

Dans cet esprit, le pouvoir israélien n’a plus aucun complexe à casser le vieil oxymore qui qualifiait Israël d’« État juif et démocratique ». La loi sur la Nation jette à la poubelle la vieille prétention d’être à la fois un État juif et un État démocratique : Israël appartient désormais au peuple juif et à lui uniquement. Les citoyens palestiniens sont des locataires ; leur présence dans le pays et l’exercice de leurs droits civiques sont conditionnels, et donc toujours provisoires. Le slogan électoral qu’avait lancé, il y a une dizaine d’années le parti d’Avigdor Lieberman : « Pas de loyauté, pas de citoyenneté » reflète tout à fait cette conception de la nouvelle démocratie israélienne. Avec la nouvelle loi constitutionnelle, elle est désormais gravée dans le marbre. Au moment où j’écris ces lignes, la présentatrice des informations de la première chaine de télévision vient d’ouvrir les nouvelles par la phrase suivante : « Cette semaine noire marque la fin de la démocratie israélienne. » Le président Reuven Rivlin s’est lui aussi publiquement insurgé contre cette nouvelle loi.

La loi sur la Nation déclare en outre que la colonisation juive (en Israël et dans les territoires occupés en 1967) est une priorité nationale, ouvrant ainsi la voie à de nouvelles vagues d’expropriations massives, y compris des quelques terres laissées aux citoyens arabes. Symboliquement, la loi déclare aussi que la seule langue nationale est l’hébreu, abrogeant ainsi l’une des conditions imposées par l’ONU en 1949 pour intégrer Israël en son sein.

Revenons aux questions posées au début de cet article : pourquoi maintenant, pourquoi si vite, pourquoi donner à la Loi sur la Nation une telle importance, alors que son contenu n’apporte rien de nouveau d’un point de vue pratique ? Pour y répondre, il nous faut passer de la grande politique institutionnelle et constitutionnelle à la petite politique politicienne, et à la concurrence entre Benyamin Nétanyahou et son ministre de l’éducation Naftali Bennett du parti d’extrême droite Le Foyer juif. Entre ces deux personnages se déroule une bataille de pouvoir pour déterminer qui sera le leader de la droite dans la prochaine décennie.

Le doigt d’honneur — ou plutôt de déshonneur — que signifie cette loi aux yeux de la minorité arabe d’Israël n’est en fait rien d’autre qu’une minable manœuvre électoraliste entre un premier ministre qui risque d’être condamné pour de graves affaires de corruption, et celui qui voudrait prendre sa place.
Michel Warschawski

Michel Warschawski
Journaliste et militant de gauche israélien, il est cofondateur et président de l’Alternative Information Center (AIC). Dernier ouvrage paru (avec Dominique Vidal) : Un autre Israël est possible, les éditions de l’Atelier, 2012.

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