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Comprendre ce que cherchent les Etats-unis ici comme ailleurs.

IRAK : Que se passe-t-il à Bassora ?

Tony "Charme de Destruction Massive" Blair à Bassora

Il est malaisé de comprendre la situation irakienne tant les groupes rivaux et les forces paraissent émiettées. Après l’affrontement sunnites/chiites, voici que dans le sud, à Bassora, c’est l’affrontement du gouvernement chiite avec les milices chiites de Moqtar el Sadr. Le danger avec Bush c’est qu’il incite à sous-estimer la capacité de nuisance des Etats-Unis. Son gouvernement apparait comme celui d’un perpétuel échec. Bush paraît énoncer un ordre et il n’engendre que le chaos. Mais si telle était justement la victoire d’un système en crise profonde, en lutte contre son déclin et ne trouvant d’autre issue que dans les violences, les guerres, le chaos ?

Si instaurer « la démocratie en Irak » et par contagion dans tout le Moyen orient était le projet officiel de l’invasion, l’échec serait patent. Mais est-ce que les Etats-Unis, leurs dirigeants, quelqu’un comme Dick Cheney, ont jamais eu un tel projet ? Alors, si l’on jugeait de l’invasion sur ses véritables objectifs, que faudrait-il en penser ? Les véritables objectifs étant de s’approprier les richesses pétrolières et d’avoir dans le gouvernement irakien l’instrument essentiel de leur capacité, de plus en plus contestée par l’OPEP, d’imposer le paiement du pétrole en dollars. Alors on ne parlerait plus d’échec. On constaterait que de tels objectifs dans la conquête d’un pays ne peuvent être atteints qu’en empêchant systématiquement l’instauration d’un ordre quelconque. Pour cela il faut encourager les luttes de factions autour des miettes du pillage jetées de la table des vainqueurs, transformer le pays en terrain clos de toutes les guerres civiles sur des bases ethniques, religieuses, et faire régner l’insécurité et le meurtre.

Il y a un autre risque d’ordre qu’il faut également contrôler et casser impérativement, celui des marges. Celles-ci peuvent s’unifier, leurs peuples peuvent développer une vision nationale et vouloir s’implanter dans le dit chaos : les Kurdes au nord, l’Iran au sud.

Chaque fois que la situation risque d’aboutir au scénario de la pacification, les violences doivent reprendre et les terroristes, paramilitaires financés par la CIA, doivent provoquer violences et désordres.

Si les Etats-Unis apparaissent de plus en plus comme l’Etat terroriste par excellence, c’est que leur unilatéralisme, leur volonté de ne jamais tolérer de puissance conquérante, tant au plan mondial que local, passe par l’entretien systématique de ce terrorisme. La guerre civile fait partie du scenario de leur domination, non seulement comme mode de gestion interne du pays conquis mais pour empêcher que les marges deviennent trop conquérantes. Le modèle irakien est devenu d’ailleurs une méthode que les Etats-Unis souhaitent exporter sur d’autres continents (1).

C’est un grand classique de toutes les conquêtes : diviser pour régner. Déjà Machiavel donnait ce conseil aux conquérants : « Il en va donc ainsi qu’aussitôt qu’un étranger puissant entre en une province, tous ceux qui y sont faibles se joignent à lui, poussés par l’envie qu’ils ont contre celui qui leur a fait subir sa puissance, si bien qu’au regard des petits, il n’a point de peine à les gagner, car aussitôt ils s’unissent tous et font bloc avec l’Etat qu’il a conquis dans le pays. Il a seulement à penser qu’ils ne s’acquièrent trop grande puissance et autorité, et peut facilement tant par ses forces que par leur faveur, abaisser ceux qui sont puissants pour demeurer seul arbitre dans le pays. Qui ne suivra bien ce point, il perdra bientôt ce qu’il aura gagné, et pendant le temps qu’il le tiendra, il y aura mille difficultés et tracas. » (2)

Voici effectivement le spectacle qu’offre l’Irak sous protectorat nord-américain

« Cinq ans après, Bagdad est méconnaissable. Les quartiers sont séparés par des murs, par suite du déchaînement des violences interconfessionnelles, qui font rage surtout depuis l’attentat qui a frappé, en février 2006, l’un des principaux sanctuaires chiites à Samarra, la mosquée d’Or. Quant au nombre des victimes, la confusion règne : plus de 1 million de morts selon des organisations non gouvernementales, moins de 150 000 selon le gouvernement irakien. A cela s’ajoute une hécatombe de journalistes sans précédent, qui a fait au moins 233 victimes. Sans parler des réfugiés dans les pays voisins et des déplacés à l’intérieur même du pays, dont le nombre se situe entre 3 millions et 4 millions, véritable marque d’infamie à la fois pour les libérateurs et pour ceux qui ont été libérés. » (3)

Voilà pour le coeur même du pays. Mais il faut voir également que le chaos est organisé aux marges et on ne comprend rien à la manière dont les Etats-Unis ont toléré voir encouragé l’expédition militaire Turque contre les Kurdes si l’on ne mesure pas que l’unité kurde elle-même doit être mise à mal selon la logique étasunienne. Les kurdes ont été apparemment les grands bénéficiaires de la guerre. Ils ont consolidé leur pouvoir régional, obtenu un état fédéral dont ils sont en fait le centre de gravité puisque tous les autres sont si divisés qu’ils sont en situation d’imposer leurs volontés y compris en matière de distribution de la manne pétrolière. Oui mais voilà , leur appétit est peu à peu apparu sans limite et leur prise de contrôle de la zone pétrolière de Kirkuk a été le signe pour le conquérant nord-américain qu’ils devaient être rabaissés. Les Turcs ont été lâchés pour bien manifester que les Etats-Unis ne seraient pas toujours à leurs côtés et que, s’ils ne bornaient pas leur puissance, on saurait les dévaster.

La stratégie des Etats-Unis n’a pas d’allié, simplement des intérêts variables au jour le jour et chacun doit l’apprendre à ses dépens.

C’est dans ce contexte-là qu’il faut comprendre les événements de Bassora

Bassora c’est la ville chiite rebelle - tant sur le plan de son histoire la plus lointaine (4) que sous Saddam Hussein. Ce fut la ville communiste. A ce titre, et pas seulement parce qu’elle était chiite, elle a subi la répression de Saddam Hussein. Derrière la confession chiite, il y a le monde ouvrier du port et du pétrole, son syndicalisme. Ce sont les britanniques qui ont géré l’occupation en entretenant les divisions, en s’appuyant sur les luttes confessionnelles pour empêcher l’unification nationale. La ville est prise à la gorge par les partis islamistes qui s’opposent sur tout sauf sur le désir de se partager richesses et revenus pétroliers.

Jusqu’à ces derniers jours, les combats opposaient principalement les milices de Moqtar al-Sadr et celles du Conseil Suprême de la Révolution Islamique en Irak (CSRII) et du Dawa. Les premières, rassemblées dans une structure très lâche, l’Armée du Mehdi, comptent environ 60 000 hommes et sont largement plus combatives que les groupes du CSRII et du Dawa. D’où une stabilité précaire, tributaire de la volonté de ces partis dont l’un ou l’autre pourrait, à tout moment, vouloir augmenter sa part du gâteau. Mais c’est la seule manière qui a été trouvée pour empêcher l’unification nationale et l’influence de Téhéran sur cette zone par laquelle passent 80% des ressources pétrolières actuelles.

Si l’on n’admet pas que la stratégie des Etats-Unis a effectivement besoin d’un chaos généralisé, on ne comprend pas le pourquoi d’une guerre civile à Bassora, où l’on compterait jusqu’à 40 morts et 200 blessés en deux jours. Les Universités sont fermées et il y a des risques de pénurie pétrolière. Pourquoi, à la veille des élections présidentielles étasuniennes, alors que les dirigeants actuels des Etats-Unis et Mac Cain se félicitaient de l’accalmie, ont-ils pris le risque d’un tel affrontement qui risque de renchérir sur le prix du pétrole et de s’étendre à tout l’Irak ? Dans le même temps se sont déclenchés des affrontements meurtriers dans plusieurs banlieues de Bagdad, dont Sadr City pour empêcher que l’étau se referme sur Bassora.

Pourquoi, aux rivalités habituelles pour la mainmise sur Bassora, prendre dans cette période le risque d’un embrasement ? Car la nouveauté de la période c’est qu’un nouveau seuil a été franchi puisque jusqu’ici la bataille opposait entre eux deux milices chiites, et désormais c’est l’armée officielle irakienne qui s’en mêle. Cette fois, ce sont les forces de sécurité irakiennes qui affrontent directement l’Armée du Mehdi. C’est même la première fois que celles-ci sont engagées dans une aussi vaste opération, baptisée « la charge du chevalier ». C’est donc un test de la première importance pour le gouvernement de Nouri al-Maliki, qui appartient lui-même au Dawa. Si les armées américaine et britannique - les troupes anglaises ont évacué Bassora à la mi-décembre -, n’interviennent pas directement, elles apportent un soutien logistique aux troupes irakiennes. « « Il y a un an, les forces de sécurité irakiennes auraient eu du mal à engager cette action […] et le gouvernement à la mettre sur pied » », s’est félicité à Bagdad le général Kevin Bergner, porte-parole de l’armée américaine.

En fait nous sommes dans le cas de figure que l’on retrouve à peu près partout, l’armée nord-américaine fournit logistique, encadrement et teste la capacité de l’armée irakienne à mener la guerre civile. On a déjà connu cela au Vietnam quand l’armée nord-américaine prétendait se retirer.

Ce qui confirme cette stratégie du chaos et de la guerre civile est que Moqtar el Sadr avait choisi la pacification et la trêve, chose qu’il fallait empêcher à tout prix. Tous les partis chiites sont plus ou moins liés à l’Iran mais Moqtar el Sadr l’est plus que d’autres et donc l’attaque qu’il subit a probablement un lien avec la partie entre les Etats-Unis et l’Iran. Les Etats-Unis ont du mal à obtenir le feu vert du Conseil de Sécurité contre l’Iran, et avec les hostilités déclenchées contre la Chine, les rapports tendus avec la Russie, ils ont réfréné leurs ambitions. Il leur reste à provoquer le conflit entre Irak et Iran, attiser une crise permanente pour laisser couver la braise (5).

C’est en partant de la nature de la crise, de la nécessité de la faire payer au reste de la planète, de continuer à s’approprier à n’importe quel prix les ressources énergétiques et minérales que l’on peut comprendre la stratégie des Etats-Unis, et pas en inventant qu’ils veulent instaurer naïvement paix et démocratie et qu’ils n’y arrivent pas. Et quand on observe ce que cherchent réellement les candidats à l’élection présidentielle étasunienne, en particulier Mac Cain (6), mais aussi la majorité du camp Démocrate, on se dit que cela a peu de chances de s’arrêter avec le départ de Bush.

Danielle Bleitrach


(1) Les Etats-Unis cherchent à développer partout ce qu’ils ont accompli face à l’ex-URSS, un type de désagrégation des marges, un dynamitage interne comme dans l’ex-Yougoslavie. Les récents événements tant en Amérique latine avec la Colombie dans le rôle d’Israël, mais aussi au Tibet pour la Chine montrent la permanence du scénario et la manière dont ce scénario a besoin de terroristes, de paramilitaires y compris chez les « alliés » eux-mêmes chargés de véhiculer le désordre à l’intérieur de toutes les tentatives d’unités nationales ou de constitution de blocs régionaux capables de résister.

(2) Machiavel, le prince, oeuvres complètes, La Pléiade, p.295

(3) Le quotidien panarabe Al-Hayat cité par Courrier International au début mars 2008 ne voyait dans les 5 années de guerre et d’occupation étasunienne que Téhéran comme vainqueur.

(4) Au titre des curiosités de cette ville rebelle, il faut noter que de 869 à 883, Bassora a été le siège du Spartakus du Moyen Orient, des esclaves noirs de l’Empire Arabe, rassemblés par Ibn Mohamed, luttent victorieusement contre leurs oppresseurs. Ils s’emparent de la ville de Bassora (Basra), dans le Golfe Persique (Irak actuel) en 871. Ces esclaves y fondent un état communiste. Avec l’aide d’ouvriers et de pâtres, ils étendent leur pouvoir sur un large secteur de la Mésopotamie (Irak). Mais, ils sont finalement écrasés par les armées arabes unies. Sans vouloir en faire dire plus à l’histoire qu’elle ne dit, il faut souligner le fait que le choix chiite est aussi celui du refus du pouvoir, de la domination du califat, est-ce un hasard si le parti communiste irakien un des plus puissants de tout le Moyen orient s’implante en priorité dans les zones chiites.

(5) On remarquera que partout les Etats-Unis semblent avoir à coeur de laisser ces zones de conflits potentiels non résolus où sans intervenir directement, ils peuvent à chaque moment déclencher une situation favorisant une intervention militaire directe ou indirecte.

(6) Intervenant mercredi au Conseil des relations internationales à Los Angeles (Californie), John McCain, a qualifié la Russie de pays revanchard et a appelé à l’exclure du G8, rapporte le correspondant de RIA Novosti sur place. Insistant sur la nécessité de « faire face aux dangers émanant de la Russie revancharde », le candidat républicain a déclaré qu’il fallait modifier la composition du G8. « Nous devons commencer par garantir que le G8 - le groupe des pays les plus industrialisés du monde - redevienne le club des principales démocraties de marché, qu’il comprenne le Brésil et l’Inde, mais exclue la Russie », a-t-il poursuivi. Le candidat républicain à la présidence américaine a aussi exhorté à renforcer la solidarité au sein de l’Alliance de l’Atlantique Nord en réponse au comportement de la Russie.

COMMENTAIRES  

27/03/2008 18:06 par Jean-Pierre

Tout se tient effectivement. par contre, il subsiste un élément difficilement compréhensible dans cette stratégie mondiale : depuis que l’administration Bush est au pouvoir et fomente ses innombrables méfaits à travers le monde, elle a fini par enrichir et, par voie de conséquence, renforcer la position de ces ennemis potentiels. la Russie est redevenue "revancharde" grâce à la forte hausse du prix du baril. La Chine est devenue le crancier principal du monde et surtout des Etats-Unis. Elle pourrait à elle seule, mettre le système financier à mal et détruire le dollar.

Alors, j’aimerais qu’on m’explique comment ces effets "collatéraux" défavorables aux USA s’imbriquent dans cette stratégie.

27/03/2008 19:04 par Anonyme

Est-ce que vous définissez comme les dégâts collétaraux de cette stratégie ne sont pas purement et simplement le fond du problème pour les Etats-Unis, ce qui les contraint à cette fuite en avant dans le chaos pour lutter contre leur déclin ?

C’est ce que je crois, comment en effet lutter contre la montée des matières premières, comment se les approprier, comment empêcher que l’OPEP finisse par renoncer aux pétrodollars ? Comment perpétuer un système fondé sur l’endettement généralisé à partir du moment où depuis les années 1970, les Etats-Unis ont à leur disposition la planche à billet, comment conserver une domination ?

Danielle Bleitrach

28/03/2008 17:30 par Jean-Pierre

Je ne comprends toujours pas pourquoi la fuite en avant, telle que vous la suggérez, soit une solution si elle exacerbe les problèmes. Avant l’avènement de l’administration Bush, le pays parvenait à contenir tant soit peu les dérives financières (en les exportant essentiellement). Aujourd’hui, ce n’est plus le cas.

Les USA disposent non seulement de la monnaie de réserve, ce sont eux qui définissent le prix des matières premières, voire même des produits finis. Les Bourses principales se trouvent chez eux. En clair, ils ont la monnaie réglant les transactions au niveau mondial, mais aussi le prix de ces transactions. Double avantage donc. Avec la mondialisation, ils gèrent plus ou moins seuls le système financier mondial. Toutes les devises dépendent d’une façon ou d’une autre du dollar.

Alors, avec autant d’atouts entre leurs mains, pourquoi inventent-ils des mensonges leur permettant d’assaillir des régions du monde pour accaparer leurs richesses, tout en fragilisant (ou laissant fragiliser) leurs atouts principaux ?

Au début, avec Enron, il était déjà clair que cette administration allait mettre main basse sur le pétrole. On a créé de toute pièce une pénurie artificielle pour pousser le prix du baril à la hausse. L’OPEP était conviée d’augmenter sa production. Et c’est Enron, en tant que courtier principal (un quart de la production mondiale passait entre ses mains) qui déterminait le prix. Malheureusement, ce marché étant particulièrement étroit, Enron n’a pas pu continuer d’alimenter cette hausse et on sait ce qui en est advenu par la suite.

Il a fallu le 11 septembre pour relancer la machine. Cette fois-ci avec guerres interposées. Le pétrole a tout de suite pris son essor. A la plus grande satisfaction de la Russie qui voyait affluer les pétrodollars en masse. Avec les crises financières qui suivirent (bulle des dot.com, puis l’immobilier) les spéculateurs se sont rabattus sur les marchés à terme et ont poussé outrageusement les prix vers des sommets inégalés. Pendant ce temps, l’administration Bush laissait déraper les finances publiques du pays.

La Fed est parvenue à endiguer les pressions contre le dollar jusqu’en 2006. Mais le successeur de Greenspan est moins persuasif et voilà que la monnaie dérive à son tour. Dans l’intervalle, la Russie s’est consolidée. Poutine peut de nouveau jouer un rôle majeur sur la scène internationale (heureusement, d’ailleurs), grâce au milliards de dollars qu’il brasse suite à la hausse vertigineuse du pétrole. La Chine, de son côté, amasse des dollars par centaines de milliards et tient l’avenir économique des USA entre ses mains. Elle tient d’ailleurs l’économie mondiale entre ses mains, grâce à (ou à cause de, selon le point de vue) la mondialisation, aux innombrables délocalisations. Quand on sait que nos déchets ménagers sont traités chez eux !

Alors, je réitère ma question. Pourquoi renforcerait-on le pouvoir de ses ennemis potentiels pour s’appropriés les biens se trouvant à leur porte ? Pourquoi risquer l’effondrement économique sans possibilité de l’endiguer ? Pourquoi attiser l’antipathie du monde envers soi ? Pourquoi risquer des émeutes sociales au sein même du pays ? Pourquoi tenter le diable, en fait ?

C’est tout cela que je ne comprends pas. Ou bien les dirigeants américains actuels sont des imbéciles à la vue courte, ou bien il y a quelque chose d’autre qui nous échappe. On ne pratique pas une politique dont on ne maîtrise pas les tenants et aboutissants, diantre !

Jean-Pierre Avermaete

28/03/2008 18:32 par Anonyme

Bien sûr nul n’a réponse à tout, en particulier à la grande question de l’état réel du système financier et de son incidence sur l’économie réelle. Actuellement après avoir affirmé que la crise financière n’aurait aucune incidence (Mme Lagarde) tout le monde est obligé d’admettre qu’il y a récession.
L’originalité de cette crise me paraît triple :
- C’est la première fois que le coeur du système que vous décrivez trés bien est incapable de déporter sur d’autres pays ce qui est encore une "bulle" en train d’éclater. Là dessus lire mon article écrit en août 2007 "la crise financière expliquée au nuls par une nulle" sur mon blog : http://socio13.wordpress.com/ il ne s’agit pas simplement des subprimes mais d’un système d’exploitation par le biais du financier qui atteint ses limites.
- Ceci joint au fait que le créancier c’est la Chine, aboutit à la situation qu’il est impossible comme l’avait fait Barker dans les années 1980 d’imposer au Japon une discipline et un atterrissage en douceur.
- La question du pétrole et des matières premières se pose, c’est vrai que la spéculation est gonflée pour le plus grand profit d’Exxon.

Je crois que la marge de manoeuvre des Etats-Unis se réduit alors même qu’ils perdent leur influence sur le monde, avec l’idée fixe de ne plus jamais avoir une grande puissance comme ils ont craint l’URSS. N’oubliez pas qu’ils l’ont vaincu en attaquant par l’Europe et en forçant l’ex-URSS a dépenser 40% de son PIB en dépenses d’armement à la fin, plus le piège afghan. Ils reproduisent ce qui leur a réussi.

Je pense même si je n’en ai pas parlé dans cet article qu’ils visent non seulement l’iran mais aussi l’organisation de coopération de Shanghai qui pour la première fois cet été a accompli de grandes manoeuvres militaires : on a parlé d’un contre-OTAN en Eurasie. L’iran qui était observateur vient de demander son adhésion à cette organisation. Au même moment il y a la rencontre Chavez Lula en vue d’une défense commune de l’Amérique latine.

Ca et le fait que l’iran et le venezuela sont en train d’entraîner l’OPEP vers le paiement en euros ou autres monnaies, ce qui serait la fin des petrodollars.. ;

Ca fait beaucoup de choses et même si avec cette fine stratégie les Etats-Unis se sont isolés ils demeurent de loin la principale puissance militaire du monde, il n’y a pas d’autre monnaie que le dollar, et les USA détiennent avec l’Europe 90% de toutes les informations. Donc quel que soit le coût des opérations il leur faut maintenir le "diviser pour régner". C’est d’ailleurs ce que dit trés officiellement Mc Cain en expliquant que l’irak est en train de réussir et en proclamant qu’il faut attaquer l’iran, voir la Chine. Tout cela fondé sur le mythe : les etats-Unis c’est le bien.
Ca c’est aussi une dimension, le "fondamentalisme" étasunien.
Danielle Bleitrach

29/03/2008 16:41 par naamanne

Bravo camarade on ne peut rien ajouter a tes analyses de vrai experte

29/03/2008 23:58 par Jean-Pierre

J’entends bien tout ce que vous décrivez. Mais cela conforte mon questionnement. Prenons le déclin du dollar des années soixante, suite à une politique monétaire ne respectant pas les accords de Bretton Woods. Ayant tergiversé des années durant, soutenu à perte le prix de l’or, les Etats-Unis ont finalement dû abandonné la parité avec le métal jaune et laisser leur monnaie flotter au gré des aléas du marché. A première vue, ils perdaient tous les acquis de la monnaie de réserve. C’est aussi le moment qu’ont choisi les pays membres de l’OPEP pour relever par deux fois le prix du baril. On aurait pu craindre le pire, surtout à cette époque.

Or, les Américains, avec l’aide des Occidentaux en général, ont réorienté la donne en centralisant la cotation des matières premières chez eux. Pas besoin d’un dollar fort, pas de crainte à avoir avec des organisations comme l’OPEP, puisqu’ils gardaient la main sur la tarification de tout. Fin de la décennie suivante, le dollar était requinqué, en partie grâce à la politique ferme de Paul Volker.

Cette approche a certes favorisé l’expansion des euro-dollars, mais ces derniers dépendaient du bon vouloir des USA. La crise actuelle provient davantage des excès des produits dérivés dont la « haute » finance est devenue si friande. Je veux bien qu’on se goure une fois, qu’on ne perçoive pas d’emblée les méfaits cachés de certains produits financiers. Greenspan n’était pourtant pas dupe puisqu’il les a signalés avec son fameux « exubérance irrationnelle ». Je suppose qu’il a été rappelé à l’ordre par ses vrais patrons (les grandes banques), car deux ans plus tard, il était tellement favorable envers ces produits qu’il a poussé la BRI à les accepter en guise de valorisation d’actifs dans le système bancaire. C’est de la déraison exponentielle.

Aujourd’hui, cette administration n’est certes pas très compétente en matière économique et encore moins financière. Mais tout de même, on ne me fera pas croire qu’elle est peuplée d’ignares diplômés. Quelle veuille accaparer ce qui subsiste et attiser la zizanie, je le comprends parfaitement, mais pas en laissant le reste aller à la dérive et en favorisant des coalitions adverses. J’ai lu de la part de certains journalistes américains, comme Alex Jones, que le but principal serait la décomposition de la classe moyenne du pays. Pourquoi, diantre, voudrait-on se débarrasser de la classe qui, dans tous les pays civilisés à la sauce occidentale, est la vache à lait ?

Qu’on guerroie par-ci par-là pour plaire aux industriels de l’armement, je peux le comprendre. Qu’il y ait des imbéciles pour servir de chair à canon, cela aussi je le conçois. Mais que toutes ces actions soient tellement contre-productives, non, je ne parviens pas à m’y faire. Aussi le fait qu’hormis Ron Paul, tous les candidats à la présidence épousent une vision similaire. Avons-nous vraiment affaire à une bande d’arriérés mentaux ? On ne me fera jamais croire que personne, exceptés nous, n’entrevoit les retombées catastrophiques de cette politique. A moins que cette bande d’illuminés ne veuille rien d’autre qu’une guerre mondiale et la destruction de la Terre. On ne s’y prendrait pas autrement.

Merci néanmoins de vos contributions instructives.

Jean-Pierre Avermaete

30/03/2008 12:13 par belbel

pourquoi vous voulez aller dans tout les sens pour expliquer ce qui est simple et s’explique avec seulement deux mots .les USA notament les classes dirigeantes sont crimininelles dans leur genes ,ce qui bien entendu ne doit pas plaire a monsieur le president Sarkozy puisque pour lui c’est les arabes des banlieux qui seraient genetiquement criminels .Ce qui reste important a mes yeux c’est comment aider le peuple americain a retrouver les vrais valeurs de democratie de paix et de prosperité .Quand en parle des USA on oubli toujours de parler des 80 millions d’americains pauvres et completement excluent du systeme , et c’est là ou le bas blesse, si les guerres a l’exterieurs des USA permettent de faire oublier aux populations la merde dans laquelles ils se trouvent,JULES CESAR
disait aussi ""que pour avoir la paix chez soi il faut aller foutre la merde ailleurs"" Les gringos n’ont rien inventer,tout existe et se transforme en permanence..

30/03/2008 12:23 par Anonyme

Vos réflexion appellent non pas des réponses parce que nous ne sommes pas ici dans le domaine des sciences exactes mais dans celui des hypothèses, des probabilités, des stratégies... mais des pistes d’analyse.

la première concerne l’attitude des Etats-Unis en irak, ce qui avait débuté comme un affrontement inter-chiite est en train comme je l’annonçais dans cet article par apparaître pour ce qu’il est une opération US qui vise non seulement à entretenir la guerre civile interne mais à préparer une poudrière pour la mise à feu avec l’Iran. Ca c’est la pointe apparente de l’iceberg, les jeux politiques et militaires qui vont dans le même sens, celui de l’élimination de ceux qui ne veulent pas la guerre, forcer à avancer la machine étasunienne et même occidentale dans ce sens. partout laisser au nouveau pouvoir une poudrière proche de l’explosion en Amérique latine, en Chine et au Moyen orient.

Et puis il y a le fond la crise financière, plus généralement la crise du capital qui impose cette fuite en avant. je suis en train de travailler cette question. vous avez raison pour les produits "dérivés" c’est-à -dire le rachat au prix d’aujourd’hui des dettes. mais c’est out le système qui fonctionne comme cela et pas seulement les produits dérivés bancaires. En fait derrière ce système il y a une logique, refuser de payer aux pays producteurs comme aux salariés la valeur de la force de travail, et pour compenser les forcer à s’endetter. J’ai écrit recemment un petit texte théorique là -dessus dans lequel j’expliquais le lien entre les problèmes de notre pouvoir d’achat et la crise financière internationale. Alors pour faire simple si l’on admet que ce système de l’endettement pour suppléer à l’exploitation, à la pression sur les salaires comme sur les pays du tiers monde atteint ses limites est-ce que la solution n’a pas toujours été la guerre ?

danielle Bleitrach

30/03/2008 16:08 par Anonyme

On apprend à l’instant que Mocqtar el Sadr a demandé à ses militants de quitter les rues et de ne plus tirer sur les troupes gouvernementales.

On ne peut manquer d’être frappé par le parrallélisme entre ce qui s’est passé dernièrement à propos de la Colombie, la manière dont chavez a voulu la paix y compris avec uribe. le fond était de refuser le combat entre alliés pour faire porter tous les coups sur le véritable ennemi, l’impérialisme étasunien qui cherche conflits et guerres pour asseoir son emprise.

Si nous sommes nous capables de voir la stratégie des Etats-Unis qui consiste à semer partout des foyers de division, des braises que l’on peut activer comme prétexte à intervention, il est clair que ceux qui se battent sur le terrain sont capables également de voir cette tactique de division et de dynamitage de toute nation et de tous rassemblement. Mocqtar El sadr avait déjà souhaité la trêve, celle-ci est rompue par les Etats-Unis qui témoignent de leur intervnetion directe, pour créer la guerre civile mais aussi pour attaquer l’iran.

Je pense qu’ici nous devrions en tirer leçon en développant une lutte pour la paix, pour refuser tous les "chocs de civilisation", les croisades dans lesquelles on tente de nous enrôler.

Danielle Bleitrach

30/03/2008 19:04 par Jean-Pierre

Tout à fait d’accord. Encore faut-il avoir des politiciens dignes de ce nom. Quand on voit leur manque de vision et leur soumission à la puissance dominante, on n’est pas sorti de l’auberge. Même dans le domaine financier, les autorités tutélaires s’activent pour sauver les meubles. Si on veut véritablement percer l’abcès que représente l’administration américaine au niveau mondiale, on devrait prioritairement favoriser l’effondrement du système bancaire mondial. Sans argent, sans crédit, aucune guerre ne pourra être financée, aucune intendance entretenue, aucun soldat rémunéré.

Espérons que les victimes de la politique belliciste américaine gardent leur sang froid et évite l’engrenage. Je m’étonne qu’elles ne sèment pas à leur tour la zizanie au sein des coalisés occupants. Cela ne doit pas être tellement compliqué.

Pour ce qui est de la crise financière et son origine, je ne partage pas votre point de vue. La crise financière actuelle provient d’excès dans le domaine de l’ingénierie financière et non de l’endettement. Mais ceci n’a rien à voir avec le débat qui nous occupe.

Jean-Pierre Avermaete

28/03/2008 12:34 par belbel

Et oui cela confirme nos craintes et nos doutes pour le Sahel qui,comme tu dois le savoir est actuellement en effervescence depuis le passage du tristement celebre Negroponte. Peut etre qu’il faut parvenir a faire admettre l’instauration de brigade internationale contre le terrorisme multiforme americain. Et oui, cela s’impose plus que jamais.Comment ?? a discuter .

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