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Méditation sur l’arrivée de la flamme olympique au sommet de l’Everest (à la frontière du Népal et de la Chine dans le Tibet)

Ils ne peuvent pas nous prendre pour exemple

La flamme des Jeux Olympiques de Beijing est arrivée au sommet du mont Qomolangma (mont Everest) à 09H18 (heure de Beijing) jeudi. C’est une femme, Cering Wangmo, qui a hissé la flamme sur le toit du monde. Dois-je dire que je me réjouis de ce fait ? La Chine fut un lieu d’oppression pour les femmes, les petites filles soumises à l’infanticide et on se souvient de cette étrange mutilation des pieds qui confondait beauté et infirmité. Le relais sur le mont Qomolangma a été entamé par une autre femme alpiniste GyiGyi. Une douzaine d’alpinistes mêlant Chinois Han et Tibétains ont fait la fête à 8.844 mètres en tendant le drapeau Chinois, le drapeau des Jeux Olympiques de Beijing et le drapeau olympique formé de cinq anneaux. « Vive Beijing » ont crié les alpinistes. La flamme principale les attend dans la zone méridionale de Canton.

« Propagande » me répondra-t-on ? Peut-être, mais à choisir je préfère cette image d’une femme chinoise à l’assaut du toit du monde dans le vrai Tibet à celle, abominable, de Paris où une autre femme chinoise, une handicapée, subissait les sévices d’une horde de barbares et de crétins inventant un Tibet d’opérette. Car la campagne antichinoise en France est savamment orchestrée par notre système de propagande et elle n’a d’effets que parce que nous sommes manipulés par notre propre stupidité faite d’ignorance et de projection de désirs illusoires. Comme le dit le philosophe Zizek « L’Occident fait du Tibet une entité mythique sur lequel il projette ses fantasmes New Age : ce que l’on veut d’eux c’est qu’ils soient authentiquement spirituels pour nous à notre place, afin que nous puissions continuer notre jeu consumériste effréné ». (1)

Prendre l’autre dans son propre rêve, ne pas lui laisser d’espace pour évoluer, pour agir, pour transformer sa vie, c’est prétendre lui imposer une régression, sa propre régression. Quelque chose de comparable à la mutilation des pieds des chinoises de jadis. Ce rêve là est totalement réactionnaire. Il ne cherche pas à résoudre les problèmes vrais ou supposés, il est l’expression d’un droit patrimonial que l’Occident prétend avoir sur la planète et ses habitants. Et la plupart des causes que nous embrassons désormais sont ainsi le fruit d’un marketing, d’un spectacle qui coûte très cher avec effets spéciaux destinés à provoquer des sentiments primaires comme à Guignol. Nos propres politiciens ne réagissent qu’à partir de ce qu’ils pensent être le degré zéro de politique auquel nous sommes réduits. Delanoë, le maire de Paris, fait citoyen d’honneur le Dalaï Lama pour se positionner face à l’actuel président et face à sa rivale, Ségolène Royal. Sur le fond, tout le monde se moque parfaitement de ce qui arrive aux Tibétains.

Que savons-nous de cette immense Chine ? Rien qui nous permette en tout cas de manifester !

Je ne sais pas ce qu’il adviendra de la Chine, de son choix de société, mais je sais que tout un peuple a accompli un effort phénoménal vers la sortie du sous-développement et qu’ils l’ont fait en redistribuant autour d’eux le fruit de leurs efforts, de leur croissance, sans songer à envahir, à piller comme les Européens et leur rejeton sanglant, les Etats-Unis, n’ont cessé de le faire. Le parti communiste chinois a conduit cet effort d’une nation et a acquis de ce fait une autorité morale. Il a pris en pays en proie à la guerre civile, épuisé, humilié par l’ouverture forcé à l’étranger et il a refondé une nation.

Qui se souvient de l’atrocité de la guerre de l’opium ? Et même plus proche de nous, qui sait qu’il a fallu attendre 1971 pour que presque un milliard d’êtres humains soit reconnus par les institutions internationales, qu’il a été organisé autour d’eux un blocus, qu’ils se sont débattus pour vaincre cet ostracisme, erreurs, grand et petits bonds en avant ? Il y a eu la querelle sino-soviétique mais pendant plus de 20 ans l’URSS a été leur seul poumon. Alors quand je vois cette femme au sommet de l’Everest, les larmes me viennent en pensant au peuple chinois, à cette escalade dans un air raréfié. Ceux qui ont vanté les pires moments de cette marche parce qu’elle était l’occasion d’attaquer l’URSS sont la plupart du temps (pas tous) en train de cracher sur cet héroïsme. Il faut prendre la Chine dans la projection de leur désir, dans leur ignorance, dans leur goût des révolutions par procuration.

Sur un forum, celui du Nouvel Observateur, un doctorant en sociologie (il se présentait ainsi ce jeune cuistre) se moquait des Chinois en expliquant que leur grande référence, l’empire Qin (l’empereur avec la tombe pleine de soldats de terre cuite), avait duré 15 ans. Comme les Chinois étaient stupides, rendez-vous compte, leur idéal avait duré 15 ans et c’était un empire monstrueux d’autorité.

Je lui ai fait remarquer que cette référence avait un parallèle dans la tradition grecque (le berceau de la démocratie) avec la naissance du politique, de l’Etat. Il s’agissait de Dracon au VIIe siècle avant J.C. Dracon - dont nous avons hérité du mot draconien - est d’un point de vue mythique l’inventeur de la loi de la cité, un peu comme l’empire Qin est l’inventeur de la Chine et de l’administration impériale. Dracon produit une législation d’une dureté extrême, nécessaire pour s’imposer à la vendetta, aux luttes continuelles de familles nobles, à l’arbitraire sur le peuple. C’est le monopole de la violence légitime dirait Max Weber. Les Chinois ne cessent de méditer là -dessus comme nous méditons sur le prince de Machiavel. Comment fonde-t-on un collectif politique capable de résister à l’envahisseur ? Dans quelle force un peuple puise-t-il sa résistance, sa manière d’assurer sa propre survie ? Mon interlocuteur m’a accusé de suivre Jullien, le sinologue, et de défendre l’irréductible altérité, en me demandant pourquoi alors j’étais contre le nazisme en tant qu’altérité culturelle si je demandais du temps pour la démocratie chinoise ?

Même si j’accepte l’absurdité évidente de comparer la Chine au nazisme (sans doute selon le concept creux de totalitarisme qui mêle deux contraires communisme et fascisme), même si j’acceptais cette ignoble identification, il resterait le fond de la différence : les Chinois tentent leur propre marche en avant, lui ai-je répondu. Est-il si difficile de percevoir cette évidence : ce qui a toujours caractérisé le colonialisme, l’impérialisme sous toutes ses formes, c’est sa propension à imposer aux autres ses diktats ? Comparons simplement l’attitude des Etats-Unis et la notre, à nous Français, avec celle des Chinois et nous avons la réponse. Qu’il s’agisse du pillage colonial ou du devoir d’ingérence, nous sommes toujours devant la même attitude : celle de l’hypothèse sans cesse démentie par les faits de la suprématie de notre être, de notre civilisation sur toutes les autres.

Le temps où nous étions le centre du monde est révolu et nous semblons l’ignorer.

François Jullien, le sinologue, nous aide effectivement à comprendre la Chine. Il ne pose pas l’altérité à priori, il ne donne jamais dans le « relativisme culturel ». Il construit cette altérité, celle de la Chine et, ce faisant, il nous révèle notre altérité à nous mêmes. Il tente de traduire ce que dit le chinois et pour ce faire il s’interroge : comment des civilisations qui se sont construites à l’écart les unes des autres, puis se sont rencontrées dans la violence, peuvent-elles avoir des points de capiton dans ce qui est dit par l’une et l’autre ? Si les termes sont différents, il y a au départ des questions communes. Par exemple, pour comprendre l’importance de l’empire Qin autoritaire, d’une durée courte, et le rôle jouée, il faut comprendre la nécessité de la violence légitime de l’Etat, du politique pour en finir avec l’arbitraire de la société civile, la bête sauvage disait Hegel, déchirée, affaiblie par les intérêts particuliers. Quand un immense pays encore sous développé comme la Chine doit nourrir un milliards trois cents millions d’individus, comment doit s’exercer le pouvoir, l’organisation ? Je l’ignore. Je sais qu’en ce moment la Chine est tout entière tendue vers l’autosuffisance céréalière, qu’elle constitue des réserves, déplace du nord au sud des quantités de nourriture, qu’elle envoie des ingénieurs agronomes, des aides aux pays dont l’agriculture a été détruite par les produits subventionnés du nord. Je sais que notre ministre Kouchner voue aux gémonies la Birmanie et en appelle à « une intervention », son fameux devoir d’ingérence, fait des effets de manche contre la junte alors qu’en d’autre temps il se fit payer grassement un rapport par le trust pétrolier TOTAL qui blanchissait la junte et le pétrolier d’utiliser des esclaves. Pendant que le même Kouchner dénonce la Birmanie, la Chine apporte du secours efficace. La Chine est devenue pratiquement un des pays dont l’aide humanitaire est la plus élevée, la plus effective. Quel type de pouvoir peut accomplir cela dans un pays lui-même encore sous développé ?

Machiavel, à propos du prince dont il rêve qu’il fasse l’unité italienne, parle de la nécessité d’un pouvoir « cruel ». La crainte qu’il inspire est la garantie qu’il s’imposera aux nobles, aux princes querelleurs comme à la papauté (le principal facteur de division italienne selon lui). Ce n’est pas la démocratie, et pourtant c’est la fondation de l’Etat non religieux dont le soubassement est la revendication du droit à l’insurrection populaire qu’il partage avec Spinoza, parce que le fondement n’est plus Dieu mais le peuple et sa révolte contre l’arbitraire. Il y a donc cette question commune de la fondation d’une République mais il y a peut-être un plus dont il faudra bien tenir compte, c’est qu’il n’y a pas évolution vers nous, que nous ne sommes pas un exemple.

Et si la Chine, comme le reste de ce qu’on appelle le tiers-monde, ou encore pays émergents, avait besoin de temps pour ne pas recopier le modèle occidental ? Ce modèle occidental a montré ce dont il était porteur et aujourd’hui a sans doute atteint ses limites. Un modèle occidental en lutte contre son propre déclin et qui en tout cas s’avère incapable désormais d’assurer un développement à l’immense majorité des habitants de la planète parce que sa croissance est poussive, destructrice, meurtrière, basée sur le développement militaire, inégalitaire, et ne peut donc qu’aller vers un conservatisme fascisant et basé sur la seule puissance de l’argent. Un modèle dont il suffit de voir qu’il engendre des George W. Bush, des Sarkozy et autres Berlusconi.

Un modèle qui n’est plus attractif, mais répulsif. Le philosophe Slavoj Zizek, dans le même article, note la défiance croissante dans les pays postcommunistes d’Europe de l’Est à l’égard de la démocratie, la protection sociale et la sécurité socialiste, limitées mais réelles, devant être démantelées. Il faudrait encore ajouter l’humiliation qu’a été pour l’ex-URSS l’ouverture sur un Occident qui l’a dépecée avec l’assentiment d’un ivrogne, un véritable ilote que les Etats-Unis et les puissances occidentales encourageaient à se montrer toujours plus pitre, toujours plus servile. Le spectacle de l’effondrement de l’ex-URSS a donné au monde un exemple saisissant de ce que l’Occident avait à proposer aux peuples se ralliant de gré ou de force à sa « démocratie ». L’Irak a été un autre exemple, comme l’ex-Yougoslavie, des dirigeants assassinés comme le fut en son temps Allende. Le monde était devenu une gigantesque Amérique latine, l’arrière cour du monstre. Le temps du monde unipolaire sous toute puissance étasunienne a été relativement court, une quinzaine d’années, il fut sinistre, chaotique… L’endiguement a commencé.

Les peuples tentent de s’unir pour se protéger de cette étreinte « démocratique », et il n’y a pas que la Chine. Les peuples veulent inventer leurs solutions, ils ne veulent plus de modèles ni de notre charité. Regardez l’Inde qui refuse, au moment du Tsunami, l’aide de l’Occident. Ou encore aujourd’hui la même Inde qui choisit de refuser que les aliments entrent désormais dans la spéculation boursière.

Ne pas chercher de modèle mais confronter des expériences.

Peut-être faut-il réfléchir tous ensemble, sans chercher de modèle mais en se posant les bonnes questions, en tenant compte des expériences diverses aux grandes tâches qui sont devant nous, nous c’est-à -dire l’humanité. (…) C’est ce que nous avons fait à propos de Cuba dans notre livre (2), pour réfléchir sur une des expériences du socialisme, ses difficultés, ses erreurs, ses rectifications. Rarement une société a approché de plus près ce que peut être une société juste et pourtant elle a été accablée, elle n’a reçu aucune aide, enfin pas à la mesure de l’immense générosité déployée par cette île.

Il se passe d’autres expériences de par le monde (3), elles sont en gestation. Souvenez-vous de ce texte de Fidel Castro que nous citons en couverture de notre livre : « le socialisme est tout à fait nouveau, à peine sorti de l’oeuf. Les bases et l’essence du capitalisme remontent à des milliers d’années. Par exemple, la propriété privée. Sauf que durant des milliers d’années, ce n’étaient pas seulement les choses, mais aussi les personnes qui étaient l’objet de propriété. Dans ce sens, Athènes ne s’avère trop symbolique que comme expérience historique ou du fait d’une juste admiration de l’art qu’elle a été capable de développer, parce que c’était une société esclavagiste. Quatre pelés et un tondus se réunissaient sur une place et affirmaient : « Voilà la démocratie ». Le reste des citoyens n’avait pas de droits et l’immense majorité était des esclaves… Même les philosophes, qui étaient des sages et se croyaient justes, avaient un tas d’esclaves. Nous ne pouvons pas prendre pour exemple ce genre de démocratie. Le capitalisme vient de l’époque d’Homère, voire d’avant Homère, ses bases remontent à des milliers d’années. Le socialisme remonte à peine à des dizaines d’années, il est encore dans les langes. Le socialisme pourrait-on dire, en est à cette étape qu’on appelle périnatale, dans les maternités, les six ou sept premiers jours de la vie de l’enfant qui sont les plus dangereux, et il faut donner des soins spéciaux… Il est donc logique que le socialisme, la plus juste de toutes les idées, traverse des périodes difficiles. » (26 juillet 1991)

Danielle Bleitrach

(1) Slavoj Zizek, le Tibet pris dans le rêve de l’autre, Le Monde Diplomatique, mai 2008, p.32

(2) Cuba, Fidel et le Che ou l’aventure du socialisme, Danielle Bleitrach et Jacques-François Bonaldi, avec la collaboration de Nicole Amphoux (Le Temps des Cerises, 2008). A ce propos, je tiens à vous signaler une note de lecture dans le Monde Diplomatique du mois de mai 2008. La compagnie est bonne puisque sur la même page, sous le chapitre Amérique latine, on trouve deux livres excellents : Bush versus Chavez d’Eva Golinger et Colombie, derrière le rideau de fumée. Histoire du terrorisme d’Etat de Hernando Calvo Ospina, également au Temps des Cerises.

(3) A lire Alvaro Garcia Linera, Pour une politique de l’égalité, communauté et autonomie dans la Bolivie contemporaine (les Prairies Ordinaires, 2008). Pouvez-vous m’expliquer pourquoi, sinon parce que l’impérialisme, sa presse, ses valets y mettent le paquet, on pousse les Français à pleurnicher sur des tibétains théocratiques et féodaux et dans le même temps on fait le silence sur cette expérience étonnante de la reconquête du droit politique avec son apport spécifique de l’Indien , cette articulation entre nationalisations pour reprendre les ressources aux multinationales et pouvoirs communautaires pour dépasser l’aliénation, une dynamique contradictoire, hasardeuse ?

COMMENTAIRES  

10/05/2008 14:31 par André

Bonjour

L’engouement pour la Chine me semble contradictoire avec l’absence de modèle. Je reconnais à chacun le droit d’avoir des régimes politiques préférés, mais désolé la démocratie a encore un sens et n’est pas incarnée par le régime chinois, pays où il n’y a qu’un parti autorisé,où les manifestations sont interdites ou provoquées spontanément par le pouvoir.
Les droits de l’homme sont universels donc s’appliquent aussi en Chine. Les violations y sont très nombreuses, et il faut être de mauvaise foi pour ne pas le reconnaître, et dire celà ne signifie pas que l’on souhaite une thèocratie au Tibet où que l’on soit pro américain.
Par ailleurs, si certains européens de l’est se méfient de la démocratie à l’occidentale, c’est qu’ils commencent à être échaudés par les aspects antidémocratiques de l’UE actuelle, c’est l’une des raisons de la campagne menée pour le non au TCE en 2005 (j’en faisais partie), mais celà ne signifie pas qu’ils veulent revenir à la situation avant 1989, où qu’ils voudraient d’un communisme ?? à la chinoise.
Il faut d’ailleurs remarquer que les premiers inquiets de l’extension des manifestations en Occident étaient les grands patrons des multinationales, qui craignaient de perdre des parts de marché !! Il y a dans les faits un consensus entre le néolibéralisme et le régime chinois. Il faut avoir le courage d’admettre cette évidence !
Alors, il faut le dire, il est plus facile de critiquer la politique néolibérale de Sarkozy (ce que je fais dans mes activités militantes)que de dénoncer de l’intérieur de la Chine les violations des droits de l’homme. Je ne suis pas encore en prison !

10/05/2008 16:02 par Anonyme

Mais on dirait que l’on vous parle chinois, qui vous parle de "modèle", je m’évertue à récuser cette idée, je réclame simplement la dénonciation de l’ingérence qu’elle soit guerrière ou humanitaire. Et vous remettez ça, la Chine n’est pas démocratique, je n’en sais rien et je m’en fiche.

Non les droits de l’homme ne sont pas universels, c’est une fiction européenne que d’affirmer cela surtout quand on les limites à la liberté des trusts de l’information et que l’on néglige le droit élementaire à la survie, à l’éducation à la santé.
Ou nous parlons de cela et nous pouvons discuter, ou tout dialogue effectivemnt n’a pas de sens et vous continuerez à avancer vos opinions qui sont le plus souvent le fruit de l’ignorance et de la manipulation médiatique.

Pour le reste je ne veux pas que la france soit la Chine, je veux que nous nous rendions compte de ce qui nous opprime réellement et la Chine n’est pas en tête de mes préoccupations dans ce domaine. donc je ne vois pas au nom de quoi je me mêlerai de donner des leçons du haut de mon arrogance et de mon ignorance.

Danielle Bleitrach

10/05/2008 16:57 par Anonyme

Par ailleurs en tant que sociologue, je plaide pour l’attitude contraire au choc de civilisation : la patience de la "traduction" de ce que dit l’un et de ce que dit l’autre, les questions communes, les manières différentes d’y repondre, la confrontation des expériences pour avancer ensemble parce que la situation de l’humanité est plus que préoccupante.

Les Chinois ont quelques réussites en particulier la maîtrise étatique du marché paraît être une meilleure garantie de développement que le tout marché, nous aussi, les Cubains itou, les Boliviens pourquoi pas, discutons voulez-vous, faisons connaissance sans procès d’intention et sans prendre les autres dans nos fantasmes : le désir de spiritualité ou la révolution par procuration.

Danielle Bleitrach

11/05/2008 00:31 par Trenien

Il me semble que contester l’ordre social que nous avons actuellement en France/Europe/Occident, relever les problèmes (immenses) de nos pseudo-démocratie n’empêche pas de se poser des questions vis-à -vis de la Chine.

Oui, l’Occident est à bien des égards mal placé pour donner des leçons, très particulièrement vu la manière dont nous (en tant que société) nous sommes enrichis au dépends du monde. Ceci étant, dire que les droits de l’homme ne sont que l’illustration de notre arrogance, c’est oublier comment ils ont été produit, écrit, malgré toutes leurs imperfections d’alors et leurs imperfections d’aujourd’hui. Chercher à les imposer par les canons et les bombes n’est qu’une manière de les récuser. Dire que les droits de l’homme (j’en parle au sens philosophique) ne sont pas un idéal vers lequel tendre partout dans le monde, c’est indéniablement faire du relativisme culturel, et derrière celui-ci se profile assez rapidement le spectre du racisme.

Par ailleurs, au vu de la corruption qui a accompagné et qui accompagne la libéralisation économique chinoise - à côté de laquelle celle qui existe dans notre classe politique est inexistante - parler d’une "maitrise étatique du marché" plus ou moins idéalisée me semble assez peu réaliste.
Comme André l’a fait remarquer, le capitalisme sauvage s’accommode fort bien d’un régime autoritaire comme celui qui existe en Chine.

Enfin, et pour reprendre le thème initial de l’article, sans prêcher pour un Tibet libre, et loin de penser que la théocratie qui y régnait en faisait un paradis, je ne peut que constater que le régime chinois fait tout son possible pour détruire la culture locale. D’ailleurs, au train où vont les choses, je ne serais pas surpris si il n’en reste que des traces dans quelques musées d’ici un demi-siècle.

11/05/2008 11:51 par dindane

repondre a André.Je suis sur que pour toi l’Inde est une grande democratie, et pourtant ,si tu avais un minimun de
probité intellectuel pour faire une petite comparaison tu verra que la liberté et la democratie en INDE ne donnent rien a plus de 700 millions d’ames ,completement abondonner a eux memes ,sans abris,sans education,sans hygiene, sans soins le plus elementaire,des etres humains qui vivent avec moins de 0,30 centimes d’euro par jour. ET pourant la CHINE n’a pas
700 millions d’affamés,mais je sais que tu est incapable de reflechir a tout cela, ton cerveau a subit un lavage de la propagande occidentale ,tu est conditionné comme les chiens de
PAVLOV .

11/05/2008 12:43 par Anonyme

Ca vous vient d’où cette haine de l’Inde qui transparait dans tout vos commentaires ? Puisque vous avez l’air de tant aimer la Chine, je vous rappel qu’elle pratique encore la peine de mort, d’une part, et qu’elle fait payer le prix de la sentence à la famille du condamné. Entre autres exemples qu’on pourrait donné d’une face moins glorieuse de ce pays. Et je ne suis pas sur que l’insulte soit la meilleur façon de faire changer quelqu’un d’avis.

11/05/2008 13:09 par Anonyme

Mais qui en veut à l’Inde, en ce qui me concerne je ne suis jamais tombée là -dedans, autre chose est la manière de noter le deux poids, deux mesures dans le traitement médiatique. Recemment un livre est paru sur IKEA et la manière dont cette multinationale exploitait ses travailleurs en Inde, au Bengladesh et au VietNam. J’ai fait la remarque qu’il n’était jamais question de l’exploitation en Inde et que surtout quand on dénonçait l’exploitation il était toujours question du gouverne"ment chinois et jamais des multinationales occidentales.
Autre chose j’ai sur mon blog des articles passionnants de peter franssen qui montrent ce qu’il en est réellement des syndicats et des politiques gouvernementales en Chine, actuellement il y a une politique du gouvernement chinois qui disons à viré à gauche et se préoccupe beaucoup plus de ces questions comme de celles de l’environnement. ici même j’ai écrit un texte sur la manière de se débarrasser des PDG, dans lequel je raconte les procès publics en Chine, les condamnations, les remises à la bases qui se multiplient pour assurer les droits de travailleurs. de tout cela il n’est jamais question, on me répète comme vous le faites les éternelles anecdotes sur le condamné chinois dont la famille devrait payer la balle qui l’a tué. Honnêtement je trouve tout cela d’une grande stupidite et de l’ordre du ragot. documentez-vous et vous serez étonné de la complexité de ce à quoi vous êtes confrontés.
C’est pour la reconnaissance de cette’ complexité pour laquelle je me prononce dans ce texte, en quelque sorte pour une réflexion sur la traduction entre deux mondes. Et il ne s’agit pas seulement de la Chine, j’en fais autant pour l’Inde et pour des tas d’autres civilisation, il serait tant de dépasser une vision superficielle et colonialiste qui se contente de stéréotype type "ya bon banania" !!!

Danielle bleitrach
C’est vraiment incroyable également d’être taxée de relativisme culturel parce que l’on dit, comme Ivy Wallenstein,que les droits de l’homme sont une création occidentale qui aurait besoin effectivement de s’universaliser et qu’aujourd’hui il n’en est rien.
Vous ne pouvez pas penser sans tomber d’un coup d’un côté mais tenter d’apporter des nuances, de dialectiser ?

11/05/2008 19:05 par Anonyme

Bonsoir
Mes excuses Mme Bleitrach si mon précedent commentaire vous a offensé, je répondais à Dindane (sauf si vous êtes la même personne, mais j’en doute). Je n’ai jamais pretendu que VOUS en vouliez à l’Inde. Et à ce propos, je trouve justement cet article intéressant(j’aurai peut être dû commencer par là ) et amenant à la reflexion, ce qui est une qualité.
En ce qui concerne le "ragot de la balle", je me documenterai. Mais c’est la première image qui m’est venue à l’esprit (désolé), pour amener dindane à relativiser ses propos sur l’atmosphere cataclysmique qu’il décrit en Inde. Loin de moi de pretendre que tout va bien là bas, ou de tenter de combattre la Chine par des moyens détourné, mais je suis vraiment surpris de ce rappel permanent à l’Inde de la part de Dindane, alors que justement, on pourrait à elle aussi lui faire l’excuse de la difficulté du développement, du poids du passé, de la guerre avec le Pakistan, que sais-je, et trouvé des contre-exemple dans nos pays occidentaux, en rappelant qu’en France, à titre d’exemple, il y a des millions de pauvres, qui ne profite pas de la redistribution des richesses.

12/05/2008 05:09 par Anonyme

A propos de l’Inde où il existe, faut-il le rappeler un trés grand parti communiste qui participe au pouvoir et dirige de grands Etats (le bengale est l’équivalent de la France), et où dans le nord s’étend une rébellion anti-caste comparable à celle du nepal, ce pays souffre largement des mêmes méconnaissances que la Chine. Cela dit si l’Occident a pour ce pays plus d’indulgence que pour la Chine ce n’est pas parce que l’exploitation y est moindre qu’en Chine, au contraire, et je pense en particulier à la situation des parias et des femmes. Mais parce que dans une certaine mesure c’est une bourgeoisie occidentalisée qui dès le départ en a modelé les institutions sur un modèle proche de l’occident, tout en préservant le système des castes.
Traditionnellement les Etats-Unis ont tout fait pour attiser les rivalités ancestrales entre la Chine et l’Inde. Nous sommes en pleine évolution là -dessus, cette zone bouge énormément politiquement et là aussi il faut mieux connaître les enjeux.
Danielle Bleitrach

11/05/2008 13:40 par Anonyme

A PROPOS DES DROITS DE L’HOMME

non tels qu’ils sont ils ne sont pas universels. Ils sont nés en Europe et sitôt nés ils se sont vus contredits dans les faits autant que dans l’esprit par le colonialsime, l’exploitation capitaliste. Et je ne parle même pas de ce qu’on peut effectivement considérer comme une violation des droits de l’homme, je dis ce qui est apparu tout de suite comme parfaitement conciliable avec les droits de l’homme (malgré Marat et Robespierre) à savoir le colonialisme et l’exploitation capitaliste, l’interdication du droit de "coalition" pour les ouvriers.

Donc nous avons effectivement besoin de droits de l’homme universels, ceux qui se pratiquent aujourd’hui et auxquels les puissances occidentales font référence nient le droit à la souveraineté des nations, le droit à la maîtrise de leur ressources, le droit à ce que ces ressources sont employées pour vaincre la faim, la maladie, l’analphabétisme, etc...

Donc il faut aller vers des droits universels et pas par l’ingérence, l’arrogance ou la révolution par procuration, mais par le respect du droit international, de la souveraineté de chacun et par un dialogue réel, la fin du mépris des autres y compris par notre inculture fondamentale.

danielle Bleitrach

12/05/2008 17:42 par Paul Willems

Chaque fois que je lis un article de plus sur la problématique des jeux olympiques, j’ai l’impression de goûter la même soupe fabriquée avec d’autres condiments. Faut-il mettre un petit peu plus de droits de l’homme dans celui-ci, un peu moins dans l’autre ? Le bel article de D. B. s’efforce de gagner le toit du monde, pas celui de l’Everest, un autre, mais il doit se contenter d’un sommet de hauteur moyenne. Souvent, je n’ai affaire qu’à des vallonnements. Depuis que le Monde diplo est payant sur Internet, je lis les articles qui m’intéressent avec des mois de retard, de sorte que je n’ai pas lu l’article de S. Zizek. Chaque fois qu’un auteur cite ce dernier, il fait état d’idées presque opposées aux autres. Comme c’est difficile. Je suis tellement incapable de dire ce que je pense réellement de ce problème que je suis en train d’écrire un livre à ce sujet. Je pense que l’un des problèmes de base qui se pose à toute personne qui débat de ce problème, c’est la nature, le type des arguments utilisés "” bien que non utilisables "” de part et d’autre. Dans l’un et l’autre cas, les arguments me semblent défaillants, reposer sur des bases imparfaites. Dans un cas, l’argument des droits de l’homme semble effectivement ne pas reposer sur grand-chose, et, pourtant quelle incroyable importance que ce Petit Chose ! Comment s’en passer ? Mais il est notoire que nous avons affaire à une idéologie.
Dans l’autre cas, chaque argument est boiteux : le développement de la Chine, la lutte contre la misère, les réalisations, l’aide et l’assistance chinoise exemplaires. Chaque problème est d’une complexité inouïe. Ainsi, dans le cas de la Birmanie, qui la Chine aide-t-elle, quel est l’enjeu en général de l’aide humanitaire ? La Birmanie refuse que l’Occident l’aide, n’est-ce pas pour faire échec à la propagande occidentale, tellement intrusive, qui la menace de plus en plus ? Il est normal que la junte accepte plutôt l’aide des Chinois. Y a t-il quelque chose d’autre à ajouter ? Peut-être cette aide est-elle meilleure, plus efficace que l’aide occidentale. Ce n’est pas difficile. L’aide occidentale, voilà encore un argument qui ne repose pas sur grand-chose ! Cette aide qui masque systématiquement les vrais problèmes résultant de l’exploitation néocoloniale, l’expropriation des terres, l’accaparement de la richesse par les mêmes, qui confère à ceux-ci des explications fantaisistes.
L’aide chinoise est-elle réellement plus efficace ? Que disait Mao de l’aide, sinon qu’il vaut mieux apprendre à pêcher que donner simplement du poisson. Qui apprend à pêcher à l’autre, qui donne du poisson ? Comment faut-il réfléchir en cas d’urgence ? L’urgence peut-elle servir d’otage ? Est-ce cela le fond du problème ? L’aide ne contribue-t-elle pas à maintenir à flot cette dictature à maints égards parfaitement odieuse ? Je me méfie des jugements sur quelque régime que ce soit, et la documentation à laquelle j’ai accès concernant la Birmanie demeure assez fragmentaire, de sorte qu’il me reste un doute. Je constate qu’en tout cas la diplomatie occidentale tient la route, qu’elle sait où elle va. La diplomatie chinoise aussi.
Dans tout les cas, il s’agit de réfléchir avec sang-froid, de conserver son calme, de procéder pas à pas, de critiquer les nombreux préjugés existants. Peut-être s’agit-il seulement de procéder, de s’en tenir à une critique des préjugés.

12/05/2008 22:07 par Anonyme

ca y est vous découvrez la complexité et la fragilité des prétextes sur lesquels l’occident prétend intervenir.
En ce qui concerne la Birmanie, je vous propose de lire sur mon site la position des communistes birmans qui n’ont aucune sympathie (c’est le moins que l’on puisse dire) pour la junte, mais qui refusent toute intervention occidentale dont ils n’attendent rien de bon. titre de l’article "propositions des communistes Birmans).
Toujours sur mon site il y a les photos (publiées par le Monde de ce que fut Hiroshima (atroce, incroyable), ce fut un abominable crime contre l’humanité et à la suite de ces photos un bref résumé sur le fait qu’il semble bien que cette horreur n’avait aucune raison d’être et que c’était simplement l’inauguration de la guerre froide. regardez cela et dites moi si l’occident à le moindre droit à représenter les droits de l’homme ?
voici le site :

http://socio13.wordpress.com/

Danielle Bleitrach

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