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Il n’y a aucune difficulté pour payer les retraites : les vrais chiffres !

Jean BAPTISTE

C’est l’axe principal de la propagande déversée par la classe capitaliste pour s’attaquer au système de retraites : comme l’espérance de vie augmente, on vit plus vieux et il n’y aurait donc plus suffisamment d’argent pour payer les retraites. Le régime Macron ne fait d’ailleurs que reprendre quasi mot pour mot le slogan de Sarkozy déjà repris de Juppé, lui même repris… des ordres donnés par le MEDEF à travers l’Union Européenne du Capital au nom des critères de convergence de Maastricht. Ce raisonnement, qui apparait logique et simple est cependant totalement faux. Il n’y a aucune difficulté pour payer les retraites et nous allons vous le prouver.

La base du raisonnement, “on vit plus vieux maintenant qu’en 1950, donc on doit travailler plus longtemps qu’en 1950 avant d’accéder à la retraite” repose sur le principe suivant : du fait du vieillissement de la population, si on ne recule pas l’âge de départ à la retraite, les actifs deviendraient trop peu nombreux pour réussir à financer les retraites. Nous allons successivement examiner la réalité de l’évolution des chiffres du nombre d’actifs et ensuite monter pourquoi il n’y a pas de problème.

La réalité des chiffres de la population et du nombre d’actifs.

Là aussi il faut regarder les chiffres en face.

L’espérance de vie à la naissance, c’est-à-dire le nombre années qu’un enfant né l’année considérée peut espérer en moyenne vivre, a nettement progressé depuis l’après-guerre. Toutefois cette progression marque le pas depuis la fin des années 2000. Les progrès du début de la deuxième moitié du XXe siècle sont d’ailleurs dus à la baisse de la mortalité infantile.

Mais l’évolution de cette espérance de vie à la naissance ne doit pas faire oublier que l’espérance de vie en bonne santé, elle, stagne et demeure inférieure à 65 ans. Comment peut on souhaiter faire travailler des personnes au-delà de 65 ans alors qu’elles auront des problèmes de santé ?

De façon plus générale, il faut observer que si la classe d’âge des 20 – 59 ans est en diminution en proportion, cette baisse n’est que de 3 points par rapport à la situation de 1991, où l’on arrivait sans difficulté à payer la retraite à 60 ans à taux plein et à 37,5 annuités de cotisation pour tous.

En 1950, la pyramide des âges était la suivante

Moins de 14 ans : 22.8%
Moins de 19 ans : 30%
Plus de 60 ans : 16,2%
entre 14 ans et 60 ans : 60%
hommes : 29.9%
femmes : 31.1%
estimation de la part du nombre d’actifs (hommes et femmes) : 45%
En 2019, la situation a évolué, la pyramide des âges selon l’INSEE étant la suivante

Moins de 14 ans : 17.9%
Moins de 19 ans : 24,1%
Plus de 60 ans : 26,1%
entre 20 ans et 60 ans : 49.8%
estimation de la part du nombre d’actifs (hommes et femmes) : 44%.
De fait, si la proportion de personnes de plus de 60 ans a augmenté de 10 points, la part des moins de 19 ans a, elle, diminué de 6 points, et s’établit à un niveau proche des moins de 14 ans des années 1950. De fait la proportion de la population entre 20 ans et 60 ans en 2019 en France est de 49.8%, plus faibles que les 60% représentés par celle des 14 – 60 ans en 1950.
La propagande gouvernementale traduit cela par le fameux :
hier 10 actifs devaient financer par leur travail 2.7 retraités (personnes de plus de 60 ans) et 3.8 enfants et étudiants. Aujourd’hui 10 actifs doivent financer 5.2 retraités si l’âge de la retraite était à 60 ans (et 4.8 jeunes). Soit une augmentation de 132 % ! 10 actifs avaient hier la charge de 6.5 personnes, ils en auraient aujourd’hui 11,3. Ce n’est plus possible....

Propagande des régimes Chirac/Juppé, Sarkozy/FIllon, Hollande/Ayrault, Macron
Mais si l’on regarde les chiffres en les corrigeant avec l’évolution du taux d’activité, notamment celui des femmes qui est passé de 50% dans les années 50 à désormais plus de 83%, la réalité démographique est la suivante :

hier 10 actifs devaient financer par leur travail 3.6 retraités (personnes de plus de 60 ans) et 5 enfants de moins de 14 ans. Aujourd’hui 10 actifs doivent financer 5.9 retraités si l’âge de la retraite était à 60 ans et 5.4 jeunes de moins de 19 ans. Soit 10 actifs pour 11.3 non actifs en 2019 contre 10 actifs pour 8,6 actifs en 1950

Réalité démographique
Avec les vrais chiffres de la démographie, on le voit, l’augmentation de la part des inactifs est bien plus faible, 76% en 70 ans, que celle prétendue par la propagande des casseurs de retraites (132%).

Alors, bien sûr,vous pourriez vous dire, c’est bien beau, mais ça fait toujours +76%. On doit payer plus qu’en 1950. Donc il faut travailler plus. Sauf que c’est faux.

Comparaison n’est pas raison : la question des salaires et de la richesse produite

Comparaison n’est pas raison, car le problème du financement des retraites n’est pas un problème de proportion de la population ayant plus de 60 ans. La problématique est plutôt la suivante : produit-on suffisamment de richesses pour payer des salaires suffisants permettant à chaque travailleur de percevoir un salaire différé à partir de 60 ans et jusqu’à la fin de ses jours ?

Pour répondre à cette question, il faut tenir compte outre de l’évolution de la proportion d’actifs et de celle des plus de 60 ans dans la population, de l’évolution de la richesse produite. Et cette richesse, par exemple mesuré par le PIB* (produit interieur brut) n’est pas constante. Depuis les années 50 le PIB de la France n’a cessé d’augmenter, pour atteindre 2353 milliards d’euros en 2018. De 6715€ par habitant en 1950, la richesse produite est désormais de 31740€ par habitant en 2018 ! une augmentation de 373%.

Récapitulons les chiffres. Le nombre d’inactifs pour un actif a augmenté de 76% entre 1950 et 2019, mais la richesse produite par les actifs a elle augmenté de 373%.

C’est ce qui explique pourquoi depuis 1960, nous avons pu multiplier par 4,5 les dépenses de pensions de retraites. En effet, la richesse produite double environ tout les 40 ans.

L’économiste Bernard Friot résume la situation dans une image facile à comprendre que nous reprenons

Si aujourd’hui 10 actifs produisent un gâteau de 10 parts et qu’ils ont à charge 4 retraités. C’est 14 personnes qui se partagent un gâteau de 10 parts.
Ainsi chaque personne aura dans son assiette 0.714 parts (10 : 14=0.714).

Au bout de 40 ans, 10 actifs produisent un gâteau de 20 parts et, s’ils ont à charge 6 retraités, ce seront 16 personnes qui se partageront un gâteau de 20 parts.

Ainsi chaque personne aura dans son assiette 1,25 part (20 : 16=1,25).

Les travailleurs doivent donc cesser de se faire arnaquer. Les buts des réformes Balladur, Juppé, Fillon, Ayrault, Macron... c’est de faire les poches des travailleurs. Car il est possible de financer les retraites au même niveau qu’avant leurs contre réformes à faire remonter le temps aux travailleurs pour les renvoyer dans les périodes de misère de l’avant guerre ! Dans ces périodes d’avant, d’avant que le ministre communiste, l’ouvrier mettalo CGT Ambroise Croizat et ses camarades du PCF et de la CGT ne bâtissent à la libération la Sécurité Sociale et permettent à chaque personne âgée de disposer de ce qui n’est que son droit, une pension de retraite digne, fruit de la richesse produite par les travailleurs.

Les deux vrais problèmes pour les retraites

Mais alors vous vous demanderez pourquoi y a-t-il un déficit dans les caisses de retraites ?

Très bonne question qui permet d’identifier les deux vrais problèmes pour défendre nos retraites.

Le premier problème est celui du chômage. Car la différence d’avec “avant”, c’est bien le chômage qui atteint en 2019 toujours un niveau record de 6,5 millions de chômeurs. Or, par définition, les chômeurs non indemnisés n’entrent pas dans l’assiette de collecte des cotisations retraites. L’urgence pour assurer le bon équilibre du système de retraite par répartition c’est donc bien de faire baisser le chômage. Or, c’est exactement l’inverse que produit un recul de l’âge de départ à la retraite, que ce soit par introduction d’un age pivot, l’augmentation du nombre de trimestres travaillés ou du montant cumulé des cotisations. En effet, obliger les plus de 60 ans à se tuer au travail c’est fermer la porte aux jeunes de moins de 25 ans dont aujourd’hui plus d’un sur quatre est au chômage !

Le second problème c’est celui de la cotisation sociale. Il faut ici rappeler une évidence trop souvent oublié. La cotisation sociale n’est pas un impôt. C’est du salaire. Certes du salaire qui ne tombe directement dans le compte en banque du travailleur, mais un salaire mutualisé et différé touché par l’ensemble des travailleurs à travers les prestations sociales de la sécurité sociale : les allocations familiales, les remboursements sécu, la pension de retraites par exemple. Or, l’augmentation considérable de la richesse produite par les travailleurs, que traduit l’augmentation considérable du PIB, ne s’est pas traduite par une augmentation de la part patronale des cotisations sociales. Ce qui signifie que c’est le patron qui empoche la majeure partie de l’accroissement des richesses produites par chaque salariés. Il suffit d’observer la croissance continue des dividendes et la stagnation, voire la baisse de salaires pour s’en convaincre.

Sans compter que depuis des années les gouvernements successifs ne cessent de produire des “allègements” de cotisations sociales (patronales), créant directement un trou dans les caisses de la sécu, c’est-à-dire faisant les poches des travailleurs, pour remplir les coffres des patrons. Et ce sont ces mêmes patrons qui prennent ensuite prétexte du trou de la Sécu qu’ils creusent avec application. Cyniques, ils en prennent argument pour réduire les niveaux des pensions de retraites, en reculer l’âge, réduire les remboursements sécu etc...

La clé du financement des retraites c’est l’augmentation des salaires pour que la richesse produite par les travailleurs revienne aux travailleurs. Augmentation des salaires directs, par le relèvement du SMIC mais également par l’égalité salariale entre femme et homme, augmentation des salaires indirects par l’augmentation des cotisations sociales patronales.

Conclusion, de l’argent pour les retraites, il y en a, et c’est celui des travailleurs !

Face à la propagande, l’heure est à refuser de se faire tondre comme des moutons. Partagez largement ces explications autour de vous, et surtout rejoignez les mobilisations qui se construisent partout pour défendre avec les retraites par répartition, la sécurité sociale, c’est-à dire-les salaires des travailleurs contre l’exploitation capitaliste.

Jean BAPTISTE

(*) NB : le PIB est une mesure imparfaite, notamment car selon son mode de calcul les productions des services publics ne sont que très partiellement prises en compte.

Retrouvez les graphiques illustrant cet articles sur :https://www.initiative-communiste.fr/articles/luttes/il-ny-a-aucune-difficulte-pour-payer-les-retraites-les-vrais-chiffres/

 https://www.initiative-communiste.fr/articles/luttes/il-ny-a-aucune-difficulte-pour-payer-les-retraites-les-vrais-chiffr

COMMENTAIRES  

03/09/2019 11:04 par AUBERT

Très bon article qui montre les entourloupes du Capital.

Il me semble cependant qu’une erreur de frappe donne une certaine difficulté à la compréhension : "Aujourd’hui 10 actifs doivent financer 5.9 retraités si l’âge de la retraite était à 60 ans et 5.4 jeunes de moins de 19 ans. Soit 10 actifs pour 11.3 non actifs en 2019 contre 10 actifs pour 8,6 actifs en 1950". En fin de phrase, Il y a deux fois le mot actif l’un d’entre eux doit être inactif.

03/09/2019 14:21 par Sibeth

« Au bout de 40 ans, 10 actifs produisent un gâteau de 20 parts et, s’ils ont à charge 6 retraités, ce seront 16 personnes qui se partageront un gâteau de 20 parts. »

C’est bien pour cela que les économistes néocons qui monopolisent les plateaux TV nous assènent que le travail n’est pas un gâteau qui se partage, mais celui qui fera la démonstration de cette assertion n’est pas encore passé par la case spermatozoïde/ovule.

Diminuer la durée légale du travail permettrait de faire travailler beaucoup plus de monde et dans de meilleures conditions de productivité.
"Oui mais cela ferait baisser notre compétitivité" vont ânonner les mêmes néocons précités : ben non, car ces crétins font semblant d’ignorer le colossal coût social du chômage de masse.

La France n’a jamais produit autant de richesses, mais hélas la libre circulation des capitaux et les réglementations européennes font que ceux-ci ne sont pas réinvestis dans nos industries ou services publics mais dans d’autres contrées, le plus souvent dans des paradis fiscaux.

03/09/2019 17:01 par Assimbonanga

... capitaux ne sont pas réinvestis dans nos industries ou services publics mais dans d’autres contrées, le plus souvent dans des paradis fiscaux. Au Bahamas ? Qui sont un paradis fiscal et maintenant, il faudrait leur envoyer les secours publics après l’Ouragan Dorian. Les paradis fiscaux sont une absurdité totale, une absence de politique, un calcul à court terme. Qu’ils réclament les secours de ceux qui s’y engraissent !
Les néocons se foutent du coup social du moment que c’est pas eux qui paient, Sibeth. La compétitivité, c’est quand c’est eux qui profitent. Pas cons, les néocons.

03/09/2019 17:19 par béotien 1er

Excellent article, clair et très bien expliqué. Il faut effectivement le partager au maximum.
J’avais également relevé l’erreur invoquée par Aubert.

03/09/2019 20:40 par Le Fou D'ubu

Cet article est à envoyer en recommandé avec accusé de réception à la direction de la CGT et notamment Mr Martinez qui par ailleurs et sur le plateau de bfm disait que Mme Elkrief faisait du bon travail !!!! ... Mais qui ? QUI met en place ce genre de représentant d’une ignorance sans bornes ? Vous avez dit sabordage ! Pire, c’est de la mutilation volontaire ! A désespérer de tout ! TOUT... Finalement nous subissons que ce que nous méritons.

03/09/2019 22:52 par Collet

un élément dont personne ne parle : la productivité. De 1960 à 2010, elle a été multipliée par 5 et devrait doubler d’ici 2050 (sources INSEE et COR), dans l’article d’un récent numéro d’Economie& politique, (économistes du PCF).
Il y a 25 ans, un copain, prof de maths, avait relevé que depuis les 40h, la productivité avait été multipliée par 20, et de conclure : on pourrait travailler 2h par semaine.
Où passent les progrès de la productivité ? Le CAC 40 peut nous renseigner ; les comptes de la Nation aussi (Insee Première, Comptes de la Nation, entreprises non financières, EBE (excédent brut d’exploitation), 370 milliards d’euros ! (déduire un peu désinvestissements, il reste des distributions de dividendes phénoménales. D’où la nécessité urgente de nationaliser l’économie, et en premier lieu les grandes entreprises (Total, Bolloré, Bouygues, etc...)

04/09/2019 09:15 par Danael

Selon Bernard Friot les retraités sont des travailleurs Il conteste le fait que le travail soit devenu ainsi étranger à nos vies et seulement défini selon les critères de la classe dominante capitaliste. En effet le seul travail qui compte pour le capitaliste c’est le travail productif tel que prescrit par lui. Bernard Friot pose ensuite la question fondamentale que les Gilets jaunes se sont posés aussi : si ce sont les travailleurs qui produisent de la valeur, comment se fait-il qu’ils soient majoritairement précaires ? La question de fond c’est que nous avons laissé la classe dominante s’approprier de la valeur produite par nous les travailleurs et nous l’avons laissée décider de tout : des salaires, des retraites, du chômage, des droits au chômage ou pas, des privatisations, des industries que nous devrions avoir ou pas, du type de travail du mode de vie que nous devrions suivre, de nos politiques, etc. Ainsi conclut-il : puisque "la valeur" est essentiellement créée par les travailleurs qui doit décider en définitif ? Est-ce les travailleurs ou les capitalistes ? L’enjeu ce n’est pas comment on doit répartir la richesse mais qui doit décider : celui qui créé de la valeur ou celui qui en vit en parasite ? Il n’y a donc pas de solution sans changement de système.
Vous avez ici toute l’historique des enjeux concernant ce thème. L’exposé de Bernard Friot est clair.
https://www.youtube.com/watch?v=G6ZhH4uFhAo&feature=youtu.be

05/09/2019 07:43 par ozerfil

Nous ne doutions pas que le but ultime de ces manipulations, basées sur le besoin de surmonter "la crise" (créée par eux !), était de rogner tous nos droits et nous ramener aux débuts de la Révolution Industrielle, où l’Homme était serviable et corvéable à merci : c’est bien de le démont(r)er par des chiffres.

Sinon, il n’y a qu’à ouvrir les yeux et regarder autour de soi pour voir qu’il y a beaucoup d’argent... entre quelques "mains"... qui demandent aux autres toujours plus d’efforts !!

05/09/2019 09:19 par Assimbonanga

Régimes spéciaux. Notez que le statut de conjoint d’agriculteur permet de cumuler des trimestres pour sa retraite sans cotiser. Quelle autre corporation offre cet avantage ? Aucune, me semble-t-il.
Certes les retraites des agriculteurs sont très faibles, mais elles sont en proportion de leurs cotisations : dérisoires.
Le revenu misérable des agriculteurs qui nous est seriné à longueur d’antennes de radio ou télé, c’est le fruit d’un calcul comptable. Il s’agit d’un revenu tous frais déduits. L’amortissement du tracteur mais aussi la perceuse-visseuse, le téléphone, le carburant, les assurances, etc...
Quel ouvrier peut emporter la perceuse-visseuse de son boulot lorsqu’il part à la retraite ? Sans compter qu’il y a eu récupération de TVA lors de l’achat. C’est tout bénéf. Quel ouvrier peur vendre un hangar de l’entreprise à son fiston qui le défiscalisera ?
En augmentant le minimum vieillesse, Macron fait une fleur aux ploucs puisque généralement leurs pensions, proportionnées aux cotisations qu’ils versées, sont largement inférieures au minimum vieillesse.

05/09/2019 13:30 par loulou la pétroleuse

En fait l’arnaque aux prestations sociales et le démantèlement de la Sécurité Sociale ont commencé dès les années 60 avec les ordonnances de 1967 que d’aucuns qualifiaient alors de scélérates, et qui ont institué à la fois la séparation des caisses et la création de caisses (et de cotisations) complémentaires de retraite et d’assurance maladie.

D’après un document du Conseil d’Analyse Economique daté du 2 avril 2014 : "Le système d’assurance mixte est également coûteux. Les frais de gestion sont de 7,2 milliards d’euros pour les organismes relevant de la Sécurité sociale et de 6,2 milliards d’euros pour les organismes complémentaires, pour traiter deux fois les mêmes feuilles de soins."
http://www.cae-eco.fr/IMG/pdf/conf_de_presse_note_12.pdf

Ce qui s’applique à l’assurance maladie vaut tout autant pour l’assurance viellesse

Le dit Conseil d’Analyse Economique n’est pas dirigé par la France Insoumise, et la conclusion de l’article me semble assez paradoxale !
En outre, je soupçonne que ces chiffres ne concernent que les frais de santé et que les frais de gestion des organismes complémentaires sont ici très sous estimés vu la multitude de ces organismes dont beaucoup sont affiliés à des banques et/ou des sociétés d’assurance, ce qui suppose aussi des frais de rémunération des actionnaires non comptabilisés dans les frais de gestion !)

L’arnaque aux assurances sociales dont sont victimes les salariés français est donc multiforme et a commencé à s’élaborer peu de temps après la création du système français de protection sociale, longtemps proclamé, malgré cela et à juste titre, le meilleur du monde.

Lorsque la Sécurité Sociale a été créée, au lendemain de la guerre, alors que la France était en ruine, on n’avait pas besoin de mutuelles de santé ni de caisses de retraite complémentaire pour rembourser les soins à 100% et payer les retraites !
Pour ce qui est des retraites, il est vrai que l’échelle des salaires n’était pas la même et donc celle des retraites non plus (on n’entendait pas non plus parler de retraites chapeau). Pour éviter que la branche assurance vieillesse de la sécu soit déficitaire, on peut aussi plafonner le montant des retraites, afin que tous aient de quoi vivre décemment. Le luxe n’est pas indispensable ! Les excès nuisent à la santé.
Il est scandaleux que des vieux qui ont travaillé et cotisé toute leur vie ne puissent plus se soigner faute de pouvoir payer aux mutuelles privées des cotisations disproportionnées par rapport à leurs ressources, c’est à dire au montant des retraites de base et complémentaires qui leur sont versées (restituées).

Il y aurait aussi une étude sérieuse à mener sur l’évolution de la Caisse des dépôts et Consignations, à laquelle fut confiée, en 1945, la gestion des cotisations de la sécurité sociale, puis l’argent déposé par les salariés sur les compte chèques postaux, afin que cette gestion ne soit pas dépendante du pouvoir en place et que son utilisation soit clairement distincte de celle des impôts et exclusivement destinée à des investissements "sociaux" (tels que le financement des sociétés de HLM). Le sujet est complexe et les entourloupes de plus en plus énormes et de plus en plus secrètes.

05/09/2019 14:39 par Sibeth

@Assimbonanga, après vous avoir lu, j’ai soupçonné mon épouse d’avoir versé quelque substance hallucinogène dans mon potage, mais non, hélas.
C’est vrai que les femmes d’agriculteur se grattent ou lisent Voici et passent le reste de leur temps dans leur salle de bains à se pomponner. (Pour une "défenseresse" de la cause féministe, bravo !)
Les cotisations des agriculteurs sont proportionnelles à leurs revenus, minables. (Je parle évidemment des petits exploitants, hors certains secteurs particuliers qui sont épargnés)
Malgré les subventions, l’achat du matériel agricole, toujours plus sophistiqué, est une charge très lourde, difficile à rentabiliser, surtout avec des prix de vente des produits qui fluctuent sans arrêt.
Et pour revendre un tracteur obsolète ou dont le moteur est rincé, bonjour ! Ne pas confondre avec un fonds de commerce ou des locaux à usage commercial.

Le nombre de suicides chez les agriculteurs ne vous interpelle même pas, non, le plouc étant forcément classé à droite, il faut lui voler dans les plumes et lui faire rendre gorge.

Mais quand allez-vous vous rendre compte de l’impact de tels propos sur l’électorat ?
Êtes-vous masos à la FI, la place d’éternels opposants grincheux vous satisfait, avez-vous peur d’assumer le pouvoir ?
De grâce, expliquez-moi.

05/09/2019 19:10 par babelouest

En tant que fils de paysan, je confirme que pour les plus humbles, l’achat de matériel est rarement rentabilisé, à moins d’avoir la chance de trouver un matériel d’occasion pas trop désuet et suffisamment costaud. Combien de ces paysans se retrouvent avec leur ferme saisie en raison de prêts professionnels trop lourds, et possédée désormais par la banque qui leur est imposée ! J’en ai connus.... il y a 40-50 ans ils réussissaient parfois à devenir ouvriers agricoles ou industriels, mais aujourd’hui même cette option leur est fermée.

06/09/2019 10:32 par Assimbonanga

Je sais toutes ces subtilités parce que je suis épouse de paysan. Le simple fait de percevoir des subventions agricoles permet sans problème de payer les cotisations à la MSA et à Groupama. Un matériel d’occasion peut tout à fait faire l’affaire et le planning du paysan lui permet d’accomplir soi-même certaines réparations. Sauf si l’on s’embarque dans des dimensions budgétaires qui finissent par vous dépasser. C’est le cas le plus courant hélas.
Sibeth, j’ai maintes fois remis les points sur les i du suicide agricole : la statistique de l’agriculteur qui se suicide tous les 2 jours remonte à 2010-2011. Observez que de nombreuses corporations connaissent des vagues de suicides professionnels, ce n’est pas l’apanage des agriculteurs. J’ose espérer que depuis 2011, le nombre de suicides a décru sinon, il ne resterait guère de rescapés en vie.
Je n’ai pas prétendu que l’épouse d’agriculteur ne fichait rien. J’ai simplement rendu public le fait de cet avantage à nul autre pareil d’accumuler des trimestres sans cotiser. C’est factuel. Merci d’insister : cela me permet d’enfoncer le clou.
Babelouest, tu le sais bien, la profession s’est complètement transformée. Surnagent les plus malins. Je suppose que tu vois certaines exploitations super équipées et quel matériel !
La question est pour la suite : comment les agriculteurs vont-ils accepter de rentrer dans un système de retraite unique, en payant des cotisations identiques aux salariés ? Ça va être un cas particulier puisque leurs revenus sont des calculs comptables, tous frais déduits et calculés au plus bas... Donc fatalement, leurs retraites continueront d’être dérisoires et de dépendre du régime général.

16/09/2019 14:39 par Assimbonanga

En ce moment, on assiste à un déballage familial français : chacun vient manifester pour son système de retraite. C’est vachement instructif ! Il va falloir prendre des notes et mémoriser.
On voit que les indépendants (avocats, toubibs, infirmières) ont un régime très spécial. Pourtant, c’est marrant, c’est toujours sur les fonctionnaires qu’on jette la lumière et qu’on emploie le qualificatif de PRIVILÉGIÉS. On oublie que dire que les retraites des RATP et autres cheminots sont basées sur des cotisations très conséquentes. Mais les indépendants, eux, ils cotisent la moitié moins !
Et là, ils ont peur qu’on leur aspire leurs réserves et de devoir s’aligner sur le régime général.
Pourtant, petite question, lorsqu’il embauchent leur technicienne de surface, est-ce qu’ils l’affilient à leur retraites d’avocats ?

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