Cuba et le nazi-facisme

DE 2003 À 2026, DE BUSH A TRUMP, QUELLE DIFFÉRENCE POUR CUBA ?

Dans le cadre de l’année consacrée officiellement à Fidel à l’occasion du centième anniversaire de sa naissance (13 août 1926), la télévision cubaine plonge dans les archives audiovisuelles de la nation (en particulier celles enregistrées au Centre Fidel Castro Ruz) et propose de courts fragments très significatifs de ses interventions à la tête du pays. C’est l’occasion rêvée – pour ceux d’entre nous qui les avons vécus, et surtout pour une bonne partie de la population née plus tard, puisque Fidel renonce à la vie publique fin juillet 2006 et meurt le 25 novembre 2016, soit quasiment une génération entière – de revivre de grands moments (et ils sont nombreux !) qui ont marqué l’histoire de la Révolution, dont il a été, pour ainsi dire, le « grand reporter » par ses analyses et descriptions minutieuses.

Cette année 2026 a débuté sous le signe des événements du 3 janvier à Caracas, de sorte que la tension, qui n’a cessé de caractériser les rapports entre la Révolution cubaine et les différentes administrations étasuniennes, a monté d’un cran, voire de plusieurs, d’autant que le méprisable et méprisant personnage de passage pour encore trois ans à la Maison-Blanche n’a pas hésité à affirmer que, tous les nombreux moyens de pression n’ayant eu aucun effet sur la Révolution cubaine, la seule façon de s’en débarrasser était « d’entrer et de tout bazarder » !

Ces jours-ci, la télévision nous a remis en mémoire et sous les yeux la fin du discours que Fidel a prononcé le 1er mai 2003 sur la place de la Révolution. On croit rêver ! Vingt-trois ans plus tôt, on retrouve exactement le même scénario qu’en janvier-février 2026 ! Ce n’est pas Trump, c’est Bush, mais c’est du pareil au même : celui-ci, après le 11 septembre 2001, était parti alors en guerre dans « tous les coins perdus du monde » pour censément protéger son pays du terrorisme mondial ; celui-là est maintenant en guerre contre le monde entier pour sauver l’Empire. A la Maison-Blanche, en 2003 et en 2026, on se demande comment liquider par la force la Révolution cubaine. Les deux présidents se considèrent des vainqueurs : Bush, à peine deux mois plus tôt, le 20 mars, avait envahi l’Irak et renversé Saddam Hussein quasiment sans coup férir ; Trump, lui, voilà un peu plus d’un mois, a pensé liquider la Révolution bolivarienne en séquestrant tel un bandit de grands chemins Nicolás Maduro et sa femme, et porter un coup mortel à la Révolution cubaine. Tous deux se sentent en position de force. Rien ne peut les arrêter.

En mai 2003, la Révolution cubaine, elle, était depuis plusieurs mois en butte à une campagne de déstabilisation orchestrée, pour ne pas changer, depuis l’extérieur, autrement dit les États-Unis, et, de l’intérieur, par le chef de la Section des intérêts, un certain Cason, dont les instructions étaient, de toute évidence, de faire l’impossible pour empoisonner les relations entre les deux pays. (C’est aussi – nouvelle coïncidence – celles qu’a reçues le chargé d’affaires qui fait aujourd’hui fonction d’ambassadeur, un certain Hammer, un personnage médiocre, mais très actif auprès de tout ce qu’il peut y avoir de dissidence à Cuba, et qui peut aussi jouer maintenant à sa guise sur les réseaux sociaux, inexistants à Cuba en 2003.)

Les terroristes du dehors et les dissidents du dedans étaient excités par la perspective que, dans la foulée de ses menaces et de ses actions contre l’Irak, Bush allait enfin prendre la décision qu’ils attendent depuis toujours : une attaque directe des États-Unis. Les actions, depuis des mois, s’étaient traduites par des sabotages, des détournements d’avions et de bateaux, des assassinats, meurtriers et pirates de la mer ou de l’air trouvant bien entendu refuge de l’autre côté du détroit de la Floride. Jusqu’au jour où les autorités cubaines ont dit : Ça suffit ! et ont condamné à la peine capitale les auteurs du détournement d’un bateau (mars 2003). Bien entendu, tout ce que le monde occidental compte de bien-pensants s’est récrié devant cette abomination, la France et l’Union européenne ont pris des mesures de rétorsion, etc., etc. Je ne vais pas faire l’historique de ces moments-là, Internet est là pour ça pour ceux qui souhaitent en savoir plus [1].

Je tiens seulement à souligner à quel point, curieusement, les situations de l’une et l’autre époque se ressemblent : la lourde aggravation des tensions entre Cuba et les États-Unis avec risque de conflit à la clef. L’arracheur de dents de la Maison-Blanche, qui s’entête à prendre ses mots pour des réalités, vient de dire, le vendredi 27 février, qu’il prépare « une prise de contrôle pacifique » de Cuba ! Et il continue d’affirmer, malgré les dénégations réitérées de la partie cubaine, que des négociations sont en cours…

Fidel, donc, prend la parole le 1er mai 2003 devant des centaines de milliers de Cubains. Et c’est de tout cela dont il parle. La Révolution cubaine étant menacée, il commence par en faire le bilan, puis il en tire les conséquences logiques : ces énormes acquis et conquêtes, nous devons les défendre jusqu’au bout et nous les défendrons coûte que coûte. Je vous laisse lire sa plaidoirie. Elle parle d’elle-même ! Pas question de reddition ! La leçon que la Révolution cubaine n’a cessé de donner et qu’elle continue de donner est claire : On ne cède pas sur les principes qui la sous-tendent. Ce qui rejoint le « Nous n’avons rien à négocier » de Diaz-Canel en janvier dernier…

Jacques-François Bonaldi (La Havane), 7 mars 2026


FIDEL CASTRO : CUBA ET LE NAZI-FASCISME

Illustres invités ;

Chers compatriotes,

Voilà maintenant quarante-quatre ans que notre peuple héroïque lutte depuis une petite île des Antilles à quelques kilomètres de la puissance impériale la plus colossale que le monde ait connue. Écrivant par là une page sans précédent dans l’Histoire. Parce que la lutte n’a jamais été aussi inégale.

Ceux qui croyaient que l’ascension de l’Empire au statut d’unique superpuissance, dotée d’un pouvoir militaire et technique sans contrepoids sur la planète, apeurerait ou découragerait le peuple cubain, sont bien forcés de s’étonner devant le courage multiplié de ce peuple valeureux. Un jour pareil, date glorieuse pour les travailleurs qui évoque la mort des cinq martyrs de Chicago, je déclare au nom du million de Cubains réunis ici que nous ferons face à toutes les menaces, que nous ne céderons devant aucune pression et que nous sommes prêts à défendre la patrie et la Révolution par les idées et par les armes jusqu’à la dernière goutte de notre sang. (Applaudissements.)

En quoi Cuba est-elle fautive ? Quel homme honnête aurait des raisons de l’attaquer ?

C’est en versant son propre sang et en arrachant les armes à l’ennemi que son peuple a renversé une tyrannie cruelle imposée par le gouvernement étasunien et dotée d’une armée de quatre-vingt mille hommes.

Elle a été le premier territoire à se libérer de la domination impérialiste en Amérique latine et dans les Caraïbes, et elle reste le seul pays du continent où, dans l’histoire post-coloniale, les tortionnaires, les assassins et les criminels de guerre qui ôtèrent la vie de dizaines de milliers de personnes furent punis de manière exemplaire.

Sa Révolution a récupéré et remis toutes les terres aux paysans et aux travailleurs agricoles. Elle a mis les ressources naturelles et les industries et les services essentiels aux mains de leur vrai propriétaire : la nation cubaine.

Son peuple, luttant sans trêve jour et nuit, a liquidé en moins de soixante-douze heures l’invasion mercenaire de Playa Girón organisée par le gouvernement des États-Unis, ce qui évita une intervention militaire directe de celui-ci et une guerre aux conséquences incalculables. La Révolution comptait d’ores et déjà sur l’Armée rebelle, plus de quatre cent mille armes et des centaines de milliers de miliciens.

Cuba a fait face dans l’honneur et sans la moindre concession au péril de se voir attaquée par des dizaines de missiles nucléaires en 1962.

Elle a fait pièce à la sale guerre étendue à tout le pays et qui a coûté plus de vies que n’en avait coûté la guerre de libération elle-même.

Elle a supporté sans broncher des milliers de sabotages et d’actes terroristes organisés par le gouvernement des États-Unis.

Elle a fait échouer des centaines de plans d’assassinat visant des dirigeants de la Révolution.

En butte à un blocus rigoureux et à une guerre économique qui ne l’est pas moins et qui durent depuis quasiment un demi-siècle, elle a été capable d’éliminer en un an l’analphabétisme que les autres pays latino-américains et les États-Unis eux-mêmes ne sont pas parvenus à supprimer en plus de quarante.

Elle accorde une éducation gratuite à la totalité des petits Cubains.

Elle possède le taux de rétention scolaire – plus de 99 p. 100 pour les neuf premières années – le plus élevé de toutes les nations du continent.

Ses écoliers du primaire occupent la première place au monde en langage et en mathématiques.

Cuba occupe aussi le premier rang au monde d’instituteurs par habitant et d’élèves par salle de classe.

La totalité des petits Cubains atteints de difficultés physiques ou mentales étudient dans des écoles spéciales.

L’informatique est enseignée et les moyens audiovisuels sont utilisés intensivement dans toutes les écoles du pays, urbaines et rurales.

Pour la première fois au monde, tous les jeunes de dix-sept à trente ans qui n’étudiaient ni ne travaillaient peuvent maintenant faire des études et toucher une rémunération de l’État à ce titre.

N’importe quel Cubain peut faire des études, de la maternelle au doctorat, sans avoir à débourser un centime.

La nation compte aujourd’hui trente fois plus de diplômés universitaires, d’intellectuels et d’artistes professionnels qu’au début de la Révolution.

La scolarité moyenne d’un Cubain est au moins de neuf années d’études.

Cuba ne sait même pas ce qu’est l’analphabétisme fonctionnel.

Des écoles de formation d’artistes et d’animateurs culturels existent maintenant dans toutes les provinces du pays, accueillant plus de vingt mille jeunes qui y font des études et épanouissent leurs talents et leur vocation. Des dizaines de milliers d’autres le font dans des écoles d’orientation professionnelle, pépinières des écoles professionnelles.

Les collèges universitaires sont en train de s’étendre à toutes les communes du pays.

Nulle part ailleurs on n’a vu une révolution éducative et culturelle aussi colossale qui fera de Cuba, et de loin, le pays dont le peuple sera le plus instruit et le plus cultivé au monde, car elle croit fermement à l’apophtegme de Martí : « Sans culture, pas de liberté possible. »

Cuba a réduit la mortalité infantile de 60 décès pour 1 000 naissances vivantes à entre 6 et 6,5, la plus faible du continent, des États-Unis à la Patagonie.

Elle a élevé l’espérance de vie de quinze ans.

Elle a éradiqué des maladies infectieuses et transmissibles comme la poliomyélite, le paludisme, le tétanos néonatal, la diphtérie, la rougeole, la rubéole, les oreillons, la coqueluche et la dengue ; elle contrôle totalement d’autres maladies comme le tétanos, la méningite cérébro-spinale, l’hépatite B, la lèpre, la méningite hémophile et la tuberculose.

Les causes de décès dans notre pays sont les mêmes que celles des pays les plus développés : maladies cardiovasculaires, tumeurs, accidents, et d’autres de moindre poids.

Une profonde révolution est en cours dans les services médicaux afin de faciliter l’accès de la population aux établissements de soins, de préserver la vie et de soulager les douleurs.

De profondes études sont menées actuellement pour briser la chaîne des problèmes d’origine génétique, prénataux ou puerpéraux, les alléger ou les réduire au minimum.

Cuba est aujourd’hui le pays qui compte le plus de médecins par habitant au monde, presque le double de celui qui vient après.

Ses centres scientifiques travaillent sans relâche pour chercher des solutions préventive ou thérapeutiques aux maladies les plus graves.

Les Cubains disposeront du meilleur système médical au monde, absolument gratuite, maintenant comme avant.

La sécurité sociale concerne la totalité des habitants de notre pays.

85 p. 100 de la population est propriétaire de son logement, sans avoir à verser le moindre impôt. Les 15 p. 100 restants paient un loyer absolument symbolique, à peine 10 p. 100 du salaire.

La toxicomanie ne touche qu’un nombre infime de personnes, et on lutte résolument contre elle.

La loterie et tous les jeux similaires ont été prohibés dès les premières années de la Révolution afin que nul ne laisse au hasard ses espoirs de progrès.

Notre télévision, notre radio et notre presse ne pratiquent pas la publicité commerciale. Toute promotion concerne des questions de santé, d’éducation, de culture, d’éducation physique, de sport, de loisirs sains, de défense de l’environnement, de lutte contre les drogues, contre les accidents et d’autres problèmes de nature sociale. Nos médias éduquent : ils n’empoisonnent ni n’aliènent. Nul ne rend hommage aux valeurs des sociétés de consommation putrides, ni ne les porte au pinacle.

On ne connaît pas le culte à la personnalité, au point qu’aucune statue, aucune photo officielle, aucune rue et aucune institution n’est consacrée à un révolutionnaire vivant. Les dirigeants sont des hommes, non des dieux.

Notre pays ignore ce que sont les forces paramilitaires ou les escadrons de la mort. On n’a jamais utilisé la violence contre la population, ni recouru à des exécutions extrajudiciaires ni appliqué la torture. Le peuple a toujours soutenu massivement les activités de la Révolution. Ce meeting-ci en est la preuve. (Applaudissements.)

Des années-lumière séparent notre société de celles qui ont prévalu à ce jour dans le monde. La nôtre cultive la fraternité et la solidarité entre les hommes et entre les peuples, dans le pays et à l’étranger.

Elle éduque les nouvelles générations et la population toute entière dans la protection de l’environnement. Les médias servent à la formation d’une conscience écologique.

Notre pays défend fermement son identité culturelle, assimile le meilleur des autres cultures et combat résolument tout ce qui déforme, aliène et avilit.

L’essor d’un sport sain et non professionnel a permis à nos athlètes de décrocher les médailles et les honneurs les plus cotés au monde.

Les recherches scientifiques, mises au service de notre peuple et de l’humanité entière, se sont multiplié des centaines de fois, si bien que d’importants médicaments sauvent aujourd’hui des vies à Cuba et dans d’autres pays.

Nos laboratoires n’ont jamais fait la moindre recherche sur une arme bactériologique ni n’en ont mis au point, ce qui serait en contradiction totale avec la formation que reçoit notre personnel scientifique et avec la conscience qui leur est inculquée.

L’esprit de solidarité internationale ne s’est jamais plus enraciné chez aucun autre peuple.

Notre pays a soutenu les patriotes algériens dans leur lutte contre le colonialisme, bien que cela ait aigri ses relations politiques et économiques avec un pays européen aussi important que la France. Nous avons expédié des armes et des combattants pour défendre l’Algérie contre l’expansionnisme marocain quand le roi de ce pays a voulu s’emparer des mines de fer de Gara-Djebilet, à proximité de Tindouf, dans le sud-ouest algérien.

Une brigade complète de chars a monté la garde, à la demande de la Syrie, de 1973 à 1975, face aux hauteurs du Golan, quand ce territoire lui a été injustement enlevé.

Le dirigeant de la République démocratique du Congo, récemment indépendante, Patrice Lumumba, harcelé de l’étranger, a reçu notre soutien politique. Et nous avons prêté de l’aide à ses successeurs après son assassinat par les puissances coloniales en janvier 1961.

Quatre ans après, en 1965, du sang cubain a coulé à l’ouest du lac Tanganyika où le Che, accompagné de plus de cent instructeurs cubains, a soutenu les rebelles congolais qui se battaient contre des mercenaires blancs au service de Mobutu, l’homme fort de l’Occident, dont on ne sait toujours pas quelles banques européennes conservent les quarante milliards de dollars qu’il a volés.

Du sang d’instructeurs cubains a coulé en Guinée-Bissau et au Cap-Vert quand ils entraînaient et soutenaient les combattants du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC) qui luttaient pour l’indépendance de ces colonies portugaises sous la conduite d’Amilcar Cabral.

Tout comme il a coulé quand nous avons soutenu pendant plus de dix ans le MPLA d’Agostinho Neto dans sa lutte pour l’indépendance de l’Angola. Et pendant quinze ans encore, une fois l’indépendance acquise, quand des centaines de milliers de volontaires cubains ont participé à la défense de ce pays face aux troupes des racistes sud-africains qui, de connivence avec les États-Unis et recourant à une sale guerre, ont semé des millions de mines, rasé des villages entiers et assassiné plus d’un demi-million d’Angolais, hommes, femmes et enfants confondus.

Des forces angolaises et namibiennes et quarante mille soldats cubains ont porté le coup de grâce, à Cuito Cuanavale et à la frontière namibienne, au sud-ouest de l’Angola, aux troupes sud-africaines - qui possédaient alors sept bombes nucléaires que leur avait fournies Israël ou que celui-ci les avait aidées à produire en complicité avec le gouvernement étasunien – ce qui a entraîné la libération immédiate de la Namibie et peut-être hâté la fin de l’apartheid de vingt ou vingt-cinq ans.

Pendant quinze ans, Cuba a occupé une place d’honneur dans la solidarité avec le peuple vietnamien héroïque, victime d’une guerre barbare et brutale des États-Unis qui ont tué plus de quatre millions de personnes, sans parler des blessés et des mutilés, qui ont inondé le sol de ce pays de produits chimiques dont les conséquences incalculables se font toujours sentir, sous prétexte que le Viet Nam, un pays pauvre et sous-développé, situé à vingt mille kilomètres de chez eux, constituait un danger pour leur sécurité nationale !

Du sang cubain a aussi coulé au côté du sang de citoyens de plusieurs pays latino-américains, au côté du sang cubain et latino-américain du Che, assassiné sur ordre des agents des États-Unis en Bolivie, après que, blessé au combat et son arme devenue inutilisable par l’impact d’une balle, il a été fait prisonnier.

Du sang d’ouvriers du bâtiment cubains sur le point de conclure un aéroport international vital pour l’économie d’une île aussi minuscule que la Grenade dont l’existence dépendait du tourisme a coulé pour la défendre quand les États-Unis l’ont envahie sous de cyniques prétextes.

Du sang cubain a coulé au Nicaragua quand des instructeurs de nos forces armées révolutionnaires entraînaient les braves soldats de la Révolution sandiniste en lutte contre la sale guerre organisée et armée par les États-Unis.

Et je n’ai pas cité tous les exemples.

Plus de deux mille héroïques combattants internationalistes cubains ont donné leur vie en faisant leur devoir sacré de soutenir la lutte de libération et d’indépendance de peuples frères. (Applaudissements.) Et dans aucun de ces pays-là, Cuba ne possède le moindre bien.

Aucun autre pays à notre époque n’a écrit une page de solidarité sincère et désintéressé aussi brillante !

Cuba a toujours prêché d’exemple. Sans jamais vaciller. Sans jamais vendre la cause d’un autre peuple. Sans jamais faire de concessions. Sans jamais trahir ses principes. Voilà pourquoi, voilà à peine quarante-huit heures, au Conseil économique et social des Nations Unies, elle a été réélue par acclamation (applaudissements) pour trois ans de plus à la Commission des droits de l’homme, dont elle fait partie depuis quinze ans d’affilée ! (Applaudissements.)

Plus d’un demi-million de Cubains ont rempli des missions internationalistes en tant que soldats, enseignants, techniciens, ou médecins et travailleurs de la santé. Des dizaines de milliers de ces derniers ont sauvé des millions de vies tout au long de ces quarante dernières années. De nos jours, trois milles spécialistes de Médecine générale intégrale et d’autres travailleurs paramédicaux exercent dans les endroits les plus reculés de dix-huit pays du Tiers-monde, sauvant chaque année des centaines de milliers de vies, préservant la santé de millions de personnes ou la leur rendant, par des méthodes préventives et thérapeutiques, sans toucher le moindre centime ! (Applaudissements.)

Sans les médecins que Cuba a offerts à l’Organisation mondiale de la santé des Nations Unies au cas où seraient dégagés les fonds nécessaires – sans lesquels la population de nations entières, voire de régions complètes, risque de disparaître en Afrique sub-saharienne – il serait impossible de mettre en œuvre les programmes de lutte indispensables et urgents contre le sida.

Le monde capitaliste développé a créé du capital financier en abondance, mais absolument rien du capital humain dont le Tiers-monde a désespérément besoin.

Cuba a mis au point des techniques d’alphabétisation par radio en cinq langues : créole, portugais, français, anglais et espagnol, d’ores et déjà appliquées dans un certain nombre de pays. Elle est en train de conclure un programme similaire en espagnol, d’une qualité exceptionnelle, par télévision. Ce sont des programmes conçus par Cuba et authentiquement cubains. L’exclusivité du brevet ne nous intéresse pas. Nous sommes prêts à le céder à tous les pays du tiers monde où se concentrent le plus grand nombre d’analphabètes, sans réclamer un centime. Il serait possible, en cinq ans, de réduire de 80 p. 100, à des coûts minimes, la quantité d’analphabètes dans le monde, qui sont huit cent millions.

Quand l’URSS et le camp socialiste ont disparu, nul ne misait un centime sur la survie de la Révolution cubaine. Les États-Unis ont durci leur blocus. Ils ont adopté les lois Torricelli [2] et Helms-Burton [3], cette dernière de caractère extraterritorial. Nos marchés et nos sources d’approvisionnement essentiels ont disparu subitement. La consommation de calories et de protéines a diminué presque de moitié. Le pays a résisté et progressé considérablement sur le terrain social. Il satisfait maintenant à une bonne partie des besoins nutritionnels et progresse à toute allure dans d’autres domaines. Ainsi, même dans des circonstances-là, l’œuvre déjà réalisée et la conscience forgée durant toutes ces années ont fait un miracle. Pourquoi résistons-nous ? Parce que la Révolution a pu toujours compter, compte encore et comptera toujours plus sur le soutien du peuple (applaudissements), un peuple intelligent, sans cesse plus uni, plus cultivé et plus combatif.

Cuba, qui a été le premier pays à se solidariser avec le peuple étasunien le 11 septembre 2001, a été aussi le premier à lancer un avertissement au sujet de la politique néo-fasciste que l’extrême droite au pouvoir à la Maison-Blanche, installée là par fraude en novembre 2000, se proposait d’imposer au monde [4]. Cette politique n’est pas une riposte à l’atroce attaque terroriste dont le peuple étasunien a été victime de la part de membres d’une organisation de fanatiques qui avait servi autrefois d’autres administrations : c’est une politique pensée, conçue et élaborée de sang-froid, ce qui explique le réarmement et les dépenses en armement colossales engagées quand la guerre froide avait pris fin et bien avant les événements de ce fatidique onzième jour du mois de septembre 2001. Ceux-ci ont servi de prétexte idéal pour la mettre en marche.

Le 20 septembre 2001, devant un Congrès bouleversé par les événements tragiques survenus neuf jours plus tôt, le président Bush a recouru à des termes bizarres, parlant de la « justice infinie » comme l’objectif d’une guerre pareillement infinie, semblait-il :

Nous allons utiliser n’importe quelle arme de guerre nécessaire.

Le pays ne doit pas s’attendre à une seule bataille, mais à une longue campagne, à une campagne sans parallèle dans notre histoire.

N’importe quelle nation, n’importe où, doit maintenant prendre une décision : soit elle est de notre côté, soit elle est du côté du terrorisme.

J’ai demandé aux forces armées d’être vigilantes, et il y a une raison à cela : l’heure d’entrer en action approche.

Cette lutte est une lutte de la civilisation.

Les conquêtes de notre temps et l’espérance de tous les temps dépendent de nous.

Nous ignorons le cours que suivra ce conflit, mais nous savons quel en sera le dénouement. (…) Et nous savons que Dieu n’est pas neutre.

Est-ce là un homme d’État qui parlait, ou un fanatique impénitent ?

Deux jours après, Cuba dénonçait ce discours comme la conception d’une dictature militaire mondiale sous l’égide de la force brutale, sans lois ni institutions internationales d’aucune sorte : …L’Organisation des Nations Unies, résolument mise sur la touche dans la crise actuelle, n’aurait ni autorité, ni prérogative ; il n’y aurait qu’un seul chef, qu’un seul juge, qu’une seule loi.

Quelques mois plus tard, le 3 juin 2002, pour le deux-centième anniversaire de l’Académie militaire de West Point, lors de la remise de diplômes à neuf cent cinquante-huit officiers, le président Bush précisait sa pensée dans une harangue enflammée qui contenait ses idées fixes essentielles :

Notre sécurité exigera que nous transformions la force militaire que vous dirigerez en une force militaire qui doit être prête à attaquer immédiatement dans n’importe quel recoin du monde. Et notre sécurité exigera que nous soyons prêts à l’attaque préventive quand il faudra défendre notre liberté et nos vies.

Nous devons découvrir des cellules terroristes dans une soixantaine de pays ou plus.

Nous vous enverrons, vous, nos soldats, là où vous serez nécessaires.

Nous ne laisserons pas la sécurité de l’Amérique et la paix de la planète à la merci d’une poignée de terroristes et de tyrans fous. Nous éliminerons cette menace sinistre de notre pays et du monde.

D’aucuns s’inquiètent qu’il soit peu diplomatique ou peu poli de parler de bien et de mal. Je ne suis pas d’accord. […] Nous sommes face à un conflit entre le bien et le mal, et l’Amérique appellera toujours le mal par son nom. En faisant face au mal et à des régimes anarchiques, nous ne créons pas un problème, nous le mettons à nu. Et nous dirigerons le monde dans la lutte contre le problème.

Le 8 juin 2002, dans l’allocution que j’ai prononcée à la Tribune ouverte de Santiago de Cuba, sur la place de la Révolution Antonio Maceo, devant un demi-million d’habitants, j’ai affirmé :

Comme vous pouvez le constater, pas une seule mention dans ce discours de l’Organisation des Nations Unies, pas une phrase relative au droit des peuples à la sécurité et à la paix, à la nécessité d’un monde régi par des normes et des principes.

L’humanité a connu, voilà à peine deux tiers de siècle, l’amère expérience du nazisme. Hitler a eu pour alliée inséparable la peur qu’il fut capable d’imposer à ses adversaires. […] Une fois à la tête d’une force militaire redoutable, il a déclenché une guerre qui a mis le feu au monde. Ce sont la cécité et la lâcheté des hommes politiques des plus fortes puissances européennes de l’époque qui ont provoqué cette grande tragédie.

Je ne crois pas qu’un régime fasciste puisse s’instaurer de nos jours aux États-Unis. De graves erreurs et injustices – dont beaucoup perdurent encore – se sont commises, certes, dans le cadre de leur système politique, toujours est-il que le peuple étasunien peut faire fond sur des institutions, des traditions, des valeurs éducatives, culturelles et éthiques qui le rendraient quasiment impossible. Le risque réside dans l’arène internationale. Les facultés et les prérogatives d’un président sont telles, le réseau du pouvoir militaire, économique et technique de cet État est si immense que, du fait de circonstances absolument indépendantes de la volonté du peuple étasunien, le monde commence à être régi en réalité par des méthodes et des conceptions nazies.

Les misérables insectes qui vivent dans une soixantaine de nations du monde ou plus choisies par lui et ses collaborateurs intimes, mais, dans le cas de Cuba, par ses amis de Miami, qu’importe ! Ils constituent ces « recoins du monde » qui peuvent faire l’objet de ses attaques « préventives » et de ses blitzkriegs. Cuba, entre autres, qui a été inscrite en plus parmi ceux qui favorisent le terrorisme.

Ainsi donc, j’ai parlé du caractère nazi de cette politique-là un an, trois mois et dix-neuf jours avant l’attaque contre l’Irak.

Peu avant celle-ci, le président Bush a ressassé qu’il utiliserait, le cas échéant, n’importe quelle arme de l’arsenal étasunien, autrement dit nucléaire, chimique et bactériologique.

Avant, on avait eu droit à l’attaque contre l’Afghanistan et à son occupation.

Aujourd’hui, les prétendus « dissidents », mercenaires à la solde du gouvernement étasunien, trahissent non seulement leur patrie, mais aussi l’humanité.

Face aux plans sinistres ourdis contre notre patrie par cette extrême droite néo-fasciste et ses alliés de la mafia terroriste de Miami qui lui ont donné la victoire par la fraude, j’aimerais bien savoir combien de ceux qui, à partir de positions censément de gauche et humanistes, ont attaqué notre peuple à la suite des mesures légales de légitime défense que nous avons été contraints d’adopter face aux plans agressifs de la superpuissance, située à quelques kilomètres de nos côtes et possédant même une base militaire sur notre territoire, ont pu lire mes avertissements, en prendre conscience, dénoncer et condamner la politique annoncée dans les discours prononcés par monsieur Bush auxquels j’ai fait référence et la sinistre politique internationale nazi-fasciste proclamée par le chef du pays possédant la plus redoutable force militaire jamais mise sur pied et dont les armes peuvent détruire dix fois l’humanité sans défense.

Le monde entier s’est mobilisé, horrifié devant des images épouvantables de villes détruites et incendiées par des bombardements atroces, d’enfants mutilés et de cadavres d’innocents déchiquetés.

Faisant fi de groupes de politiciens opportunistes et démagogues que nous ne connaissons que trop, je voudrais m’adresser essentiellement à ceux qui ont été des amis de Cuba et des militants que nous appréciions. Nous ne souhaitons pas que ceux qui l’ont attaquée injustement, de notre point de vue, par désinformation ou faute d’une analyse réfléchie et approfondie, aient à souffrir un jour, si nos villes étaient détruites, si nos enfants et nos mamans, nos femmes et nos hommes, nos jeunes et nos personnes âgées étaient déchiquetés par les bombes du nazi-fascisme, la douleur infinie de savoir que leurs déclarations ont été cyniquement manipulées par les agresseurs pour justifier une attaque militaire contre Cuba.

On ne saurait mesurer les dommages humains par le seul chiffre d’enfants morts et mutilés, mais aussi par les millions d’enfants et de mères, de femmes et d’hommes, de jeunes et de personnes âgées qui en resteraient traumatisés pour le restant de leur vie.

Nous respectons totalement les opinions de ceux qui, pour des raisons religieuses, philosophiques et humanitaires, s’opposent à la peine capitale, que nous, révolutionnaires cubains, nous haïssons tout autant pour des raisons plus profondes que celles qui ont été abordées par les sciences sociales au sujet du crime, aujourd’hui en cours d’étude dans notre pays. (Applaudissements.) Je comprends leur inquiétude spéciale à ce sujet, quand on sait que la majorité des personnes exécutées aux États-Unis sont des Afro-Américains et des Latinos, souvent innocents, en particulier au Texas, champion de la peine de mort, dont le gouverneur était Bush et où jamais personne n’a été gracié.

Placée devant la disjonctive de protéger la vie de millions de personnes en infligeant la peine capitale, inscrite dans les lois, aux trois pirates principaux d’un bateau de passagers – stimulés par l’administration étasunienne qui s’efforce de pousser d’éventuels délinquants de droit commun à détourner des avions et des bateaux, mettant gravement en danger la vie de nombreux passagers et créant les conditions propices d’une agression contre Cuba par le déclenchement d’une vague de détournements alors en pleine essor qu’il fallait stopper net – (Applaudissements) ou de se croiser les bras (Cris de « Non ! »), la Révolution cubaine ne pourra jamais tergiverser : devant protéger la vie des fils d’un peuple décidé à lutter jusqu’au bout, elle se doit d’arrêter des mercenaires qui servent les agresseurs et d’infliger les peines les plus sévères aux terroristes qui détournent des avions et des bateaux de passagers ou qui commettent des faits tout aussi graves et que les tribunaux reconnaissent coupables aux termes de la législation nationale.

Même le Christ, qui chassa les marchands du Temple à coups de fouet, ne pourrait faire d’autres choix que la défense du peuple. (Applaudissements.)

J’éprouve un respect profond et sincère pour le pape Jean-Paul II. Je comprends et admire sa noble lutte en faveur de la vie et de la paix. Nul ne s’est opposé autant et si tenacement à la guerre contre l’Irak. Je suis convaincu qu’il n’aurait jamais conseillé aux chiites et aux sunnites de se laisser tuer sans riposter, pas plus qu’il ne conseillerait rien de semblable aux Cubains. Il sait pertinemment que ce n’est pas un problème entre Cubains, que c’est un problème entre le peuple cubain et le gouvernement étasunien. (Applaudissements.)

La politique du gouvernement étasunien est si provocatrice et impudente que M. Kevin Whitaker, chef du bureau Cuba au département d’État, a dit, le 25 avril dernier, au chef de notre Section des intérêts à Washington que le Bureau de sécurité interne, rattaché au Conseil de sécurité nationale, jugeait que les détournements constants depuis Cuba constituaient une menace sérieuse pour la sécurité nationale des États-Unis et qu’il demandait au gouvernement cubain de prendre toutes les mesures nécessaires pour éviter ce genre de faits, comme si ce n’était pas eux qui ont provoqué et stimulé ces détournements et comme si ce n’était pas nous, en revanche, qui, pour protéger la vie et la sécurité des passagers et parfaitement au courant depuis belle lurette des plans criminels de l’extrême droite fasciste, avons pris les mesures draconiennes pour les empêcher ! Les fuites organisées par eux de ce contact de vendredi dernier ont provoqué une grande liesse dans la mafia terroriste de Miami qui n’arrive pas à comprendre que ses menaces directes ou indirectes contre Cuba n’empêchent personne ici de dormir sur ses deux oreilles. (Applaudissements.)

L’hypocrisie de la politique occidentale et de bon nombre de dirigeants médiocres est si grande qu’elle ne tiendrait pas dans le lit de l’océan Atlantique : quelle que soit la mesure que Cuba adopte au nom de la légitime défense, elle fait la une de presque tous les médias ; en revanche, quand je dénonce que, sous un chef de gouvernement espagnol, des dizaines d’etarras ont été exécutés extrajudiciairement sans que nul n’ait protesté devant la Commission des droits de l’homme des Nations Unies ou ne l’ait dénoncé, ou qu’un autre chef de gouvernement a, à un moment difficile de la guerre du Kosovo, conseillé au président des États-Unis d’intensifier la guerre, de multiplier les bombardements et de viser des cibles civiles, ce qui devait forcément tuer des centaines d’innocents et causer des sacrifices immenses à des millions de personnes, cette même presse se borne à dire : « Castro s’en prend à González et à Aznar. » Sur le fond du problème, pas un mot !

On discute aujourd’hui à Miami et à Washington où, comment et quand on attaquera Cuba ou comment on réglera la question de la Révolution.

Dans l’immédiat, on parle de mesures économiques qui durciraient le blocus brutal, mais on ne sait pas encore lesquelles adopter, avec qui il faudra se résigner à se battre et quelle serait leur efficacité. Il leur en reste bien peu. On les a presque toutes employées.

Une cynique canaille, Lincoln (quel prénom mal porté !) Díaz-Balart, ami intime et conseiller du président Bush, a fait l’énigmatique devant une chaîne de télévision de Miami : « Je ne peux pas entrer dans les détails, mais nous nous efforçons de briser le cercle vicieux. »

À quelle méthode se réfère-t-il pour gérer ce cercle vicieux en question ? M’éliminer physiquement en utilisant des moyens modernes perfectionnés, comme le sieur Bush le leur avait promis au Texas avant son élection, ou attaquer Cuba à la manière de l’Irak ?

Si c’est le premier choix, peu me chaut, vraiment ! Les idées pour lesquelles je me suis battu ma vie durant ne pourront pas disparaître et vivront fort longtemps. (Applaudissements et slogans de « Fidel, Fidel, Fidel ! »)

Si la formule était d’attaquer Cuba comme l’Irak l’a été, j’en souffrirai beaucoup du fait des coûts humains et des énormes destructions que cela signifierait pour notre pays. Mais ce serait peut-être la dernière des attaques fascistes (applaudissements et cris de : « Ils ne passeront pas ! »), parce que la lutte durerait très longtemps, que les agresseurs devraient faire face non à une armée, mais à des milliers (applaudissements et slogans de : « Fidel, c’est sûr, sur les Yankees cogne dur ! ») qui ne cesseraient de se reproduire et feraient payer à l’agresseur un coût si élevé en vies qu’il serait bien supérieur au budget humain que le peuple étasunien serait disposé à payer pour satisfaire les équipées et les idées du président Bush dont le soutien aujourd’hui majoritaire, mais en chute, se réduirait demain à zéro.

Le peuple étasunien lui-même, les millions de personnes dotées d’une culture élevée qui raisonnent et pensent aux États-Unis, de principes moraux de base, de dizaines de millions d’ordinateurs leur permettant de communiquer entre elles, des centaines de fois plus qu’à la fin de la guerre du Vietnam, finiront par démontrer qu’on ne peut berner tout un peuple, et peut-être même pas une partie, tout le temps. Et ce peuple passera un jour la camisole de force à tous ceux qui le mériteront avant qu’ils ne puissent liquider la vie sur la planète.

Je tiens à envoyer un message au monde et au peuple étasunien au nom du million de personnes réunies ici en ce 1er Mai :

Nous ne souhaitons pas que du sang de Cubains et d’Étasuniens coule dans une guerre. Nous ne désirons pas qu’un nombre incalculable de personnes qui pourraient être amies perdent la vie dans un conflit. Mais jamais un peuple n’a eu des choses si sacrées à défendre, ni des convictions si profondes pour lesquelles lutter, de sorte qu’il préfère disparaître de la Terre plutôt que de renoncer à l’œuvre noble et généreuse pour laquelle de nombreuses générations de Cubains ont payé très cher et ont donné la vie de leurs meilleurs fils ! (Applaudissements prolongés.)

Nous sommes profondément convaincus que les idées peuvent plus que les armes, aussi perfectionnés et puissantes qu’elles soient.

Disons comme le Che quand il nous a fait ses adieux :

Jusqu’à la victoire à jamais ! (Ovation.)

[1Vu la réaction française, j’avais même adressé, le 24 juillet 2003, une « Lettre ouverte à Dominique de Villepin au sujet de Cuba », alors ministre des Affaires étrangères, avec copie à Laurent Fabius, qui avait écrit un article immonde (« L’étrange mansuétude », Le Nouvel Observateur, nº 2015, 19 juin 2003). Dans cette Lettre ouverte, devenue introuvable sur Internet, je tentais de lui expliquer, depuis Cuba, le déroulement des faits et les raisons des autorités révolutionnaires d’agir comme elles l’avaient fait et surtout de démentir des interprétations absolument biaisées. À mon grand étonnement, j’eus droit, le 6 octobre, à une réponse de son ministère où celui-ci maintenait ses vues : « Rien ne peut justifier… »

[2La Ley Torricelli, présentée par des sénateurs démocrates Robert Torricelli (New-Jersey), un des principaux bénéficiaires de financement de la part de l’organisation commanditaire de terrorisme de M, la Fondation nationale cubano-américaine, et qui dut renoncer à la vie politique pour de troubles manigances financières, et Bob Graham (Floride), est promulguée le 23 octobre 1992 par George Bush, en pleine campagne électorale, pour gagner des voix en Floride. En fait, le point de départ en est, comme toujours, la mafia cubaine de Miami qui, constatant que la Révolution cubaine ne s’est pas effondrée après la disparation du camp socialiste européen et bien qu’elle traverse une crise terrible (« Période spéciale »), juge nécessaire de donner un coup de pouce à cette disparition qu’elle appelle de ses vœux depuis si longtemps : il s’agit tout simplement d’isoler totalement Cuba du reste de l’économie mondiale. Elle est foncièrement extraterritoriale et se fonde sur deux volets principaux : elle interdit aux filiales des compagnies étasuniennes à l’étranger de faire du commerce avec Cuba et interdit à tout navire marchand accostant un port cubain d’entrer aux USA durant les six mois suivants. En 1995, en raison des réclamations des autres pays, l’administration Clinton la modifie : les opérations à partir de filiales étasuniennes dans des pays tiers seront autorisées au cas par cas, mais assorties de différentes restrictions : lesdites filiales ne peuvent accorder des crédits à Cuba ; Cuba n’est pas autorisée à utiliser le dollar ; les opérations ne peuvent pas concerner des articles jugés stratégiques par les USA ou des produits contenant plus de 20 p. 100 de composants étasuniens. Mais elle a aussi un volet politique, comme le traduit bien son appellation officielle : Loi pour la démocratie à Cuba, qui implique, entre autres, le financement de la « dissidence », classée comme « activités indépendantes et démocratiques ».

Soit dit en passant, cette interdiction imposée aux filiales étasuniennes avait déjà existé entre 1963 et 1975. Mais ce n’est qu’en 1981 que les premières autorisations de commerce furent octroyées à ces filiales.

Mais ce n’était pas la première tentative de bloquer le plus possible le commerce cubain. En 1989, le sénateur républicain de la Floride, Connie Mack, lui aussi gros receveur des fonds de la FNCA, avait présenté un amendement dans ce sens sans succès, puis en 1990, où le texte adopté fut frappé de veto par Bush justement à cause de son extraterritorialité, et de nouveau en 1991. L’autre antécédent de la Loi Torricelli fut l’amendement présenté cette fois-ci à la Chambre par le représentant de la Floride, Lawrence Smith, lui aussi acoquiné à la FNCA, qui allait encore plus loin que l’amendement Mack, puisqu’il envisageait la saisie des cargos qui arriveraient aux USA après être passés par Cuba.

Il vaut la peine de signaler que Bill Clinton, alors en pleine campagne électorale, est contacté par la FNCA à travers le législateur Steven Solarz qui le rencontre à Tampa (Floride), l’incite à intensifier le blocus contre Cuba et lui présente le projet de Torricelli. Clinton l’appuie et repart avec 275 000 dollars pour sa campagne. Quant à Bush, il se déplace même à Miami, le 23 avril 1992, pour signer le projet de loi.

Débattu au Congrès, le projet de loi fait l’objet d’amendements, de sorte que la version finale se différencie de la première, au sens qu’elle dissimule mieux des intentions présentées trop ouvertement et inclut de nouvelles dispositions dont la formulation n’est aussi grossièrement politique. Mais l’introduction est claire : le projet de loi vise « à promouvoir une transition pacifique à la démocratie à Cuba » grâce à « des pressions appropriées sur le gouvernement cubain et à l’appui du peuple cubain ». Torricelli le disait clairement : « L’effondrement du communiste dans l’ex-URSS et en Europe de l’Est, la reconnaissance désormais complète en Amérique latine et dans les Caraïbes que Cuba constitue un modèle raté de gouvernement et de développement, et l’incapacité évidente de l’économie cubaine à survivre aux tendances actuelles donnent aux Etats-Unis et à la communauté démocratique l’occasion sans précédent de promouvoir une transition pacifique à la démocratie à Cuba. »

Comme à l’accoutumé, les Etats-Unis tentent d’impliquer d’autres États dans ses manigances contre Cuba, notamment leurs alliés européens et surtout les nouveaux alliés de l’ancien camp socialiste, menaçant de représailles les gouvernements qui ne coopéreraient pas. La loi prévoit des assouplissements en cas « d’évènements positifs à Cuba ». https://www.ecured.cu/Ley_Torricelli

[3La loi Torricelli n’ayant pas atteint son objectif, les ennemis de la Révolution cubaine à Miami remettent ça quatre ans plus tard : ce sera la Loi Helms-Burton, présentée par le sénateur républicain Jesse Helms et le représentant démocrate Dan Burton. , Son fond est encore plus politique que celui de Torricelli : son intitulé dit bien ce qu’il veut dire : Cuban Liberty and Democratic Solidarity (Libertad)  ; il s’agit une fois de plus de « gérer » l’avenir de Cuba une fois liquidée la Révolution.

Tout commence quand ce Jesse Helms, un anti-communiste maladif occupant une place au Congrès depuis trente ans, qui a voté contre l’abolition de la ségrégation raciale, contre les droits des homosexuels, contre les recherches sur le SIDA et contre toute loi de bénéfice sociale, devient président de la commission des relations extérieures du Sénat et entreprend de modifier la direction de la politique étrangère de Clinton. Pour ce faire, il nomme son adjoint Dan Fisk, qui réunit une équipe à laquelle collaborent les représentants républicains d’origine cubaine Lincoln Díaz Balart et Ileana Ros-Lehtinen, et les sénateurs démocrates Bob Menéndez et Robert Torricelli, tous ennemis jurés de la Révolution cubaine. Helms choisit comme répondant à la Chambre le républicain Dan Burton, qui préside la sous-commission des affaires interaméricaines, et qui défend le régime d’apartheid en Afrique du Sud et reçoit moultes contributions financières de Miami (alors que son État est l’Indiana). Imitant son collègue, Burton confie à son tour la mission à Roger Noriega, petit fonctionnaire de la Chambre des représentants, promoteur des politiques les plus agressives des Etats-Unis en Amérique latine.

La Loi Helms-Burton contient finalement quatre titres. Le Titre I constitue un résumé des propositions déjà faites contre Cuba par Díaz-Balart et codifie en quelque sorte le blocus. Autrement dit, l’ensemble des régulations, mesures, ordres exécutifs et dispositions qui ont visé Cuba au fil des années et des administrations sont transformés en Loi, de sorte qu’en la signant, Clinton se dessaisit d’une des prérogatives présidentielles – la conduite de la politique étrangère – et la cède en ce qui concerne Cuba au Congrès qui est, dès lors, maître et seigneur du blocus : celui-ci ne peut plus être levé entièrement que par le Congrès ! Ce titre I renforce par ailleurs toutes les sanctions internationales contre des pays tiers qui établiraient un genre quelconque de relation économico-commerciale avec Cuba ou lui apporteraient un genre quelconque d’assistance, de même qu’il officialisée le financement et le soutien général aux groupuscules contrerévolutionnaires qui agissent comme cinquième colonne sur l’île.

Le titre II, qui est surtout l’œuvre de Bob Menéndez, vise à établir les conditions du « changement de régime » et de la future levée du blocus. Le titre III, rédigé par Fisk, qui est encore étudiant de droit à l’Université de Georgetown, instaure une nouveauté : selon lui, les droits de propriété doivent être situés au même niveau que les droits de l’homme ou environnementaux, son argument étant que si une personne torturée peut porter plainte contre ses tortionnaires, un homme d’affaires privé de ses biens par un gouvernement doit avoir le droit de le faire contre celui-ci partout dans le monde ; ainsi donc, ce titre III permet de poursuivre devant les tribunaux fédéraux américains les entreprises soupçonnées de « trafiquer » (trafficking en anglais) à Cuba avec des biens ayant appartenu à des ressortissants américains (ou à des exilés cubains ayant acquis depuis la nationalité américaine). Le titre IV recense les sanctions à appliquer aux étrangers qui violeraient les dispositions étasuniennes.

Derrière le projet, il y a les avocats et groupes de pression de grosses affaires nationalisées par la Révolution cubaine en 1960, et surtout la société de rhum Bacardi, avec Manuel J. Cutillas, son directeur exécutif, le lobbyiste Otto Reich, et Ignacio Sánchez, partenaire du cabinet Kelly-Drye and Warren, société de New York représentant les intérêts de Bacardi. L’intérêt spécial de celle-ci à ce projet de loi, c’est que, s’étant reconstituée à l’étranger après le triomphe de la Révolution, elle n’est ni cubaine, ni étasunienne, mais immatriculée aux Bahamas, de sorte que la seule façon pour elle de réclamer ses titres de propriété de Havana-Club devant des cours étasuniennes est le chapitre III du projet de loi.

Au départ, l’administration Clinton s’oppose à ces visées. Selon Peter Tarnoff, sous-secrétaire d’État, convoqué par Helms au Sénat en juin 1995, le projet de loi viole les droits constitutionnels du pouvoir exécutif en matière de politique étrangère et différents traités internationaux, les obligations des USA envers le FMI et la Banque mondiale, et entrave les rapports avec des partenaires étrangers qui pourraient, en guise de représailles, adopter des mesures similaires envers des sociétés étasuniennes. Quant au titre III, si les USA s’arrogeaient de telles facultés, rien n’empêcherait d’autres pays de faire pareil, ce qui fragiliserait le système légal international qui avait permis à des ressortissants étasuniens dans le monde entier de régler en leur faveur des dizaines de milliers de réclamations. Quant à la proposition de concéder à des non-ressortissants étasuniens le droit de présenter des réclamations, le droit international interdisait aux USA d’intervenir dans une question incombant à un État étranger dans ses frontières. Qui plus est, le Comité conjoint de réclamations à Cuba, formé de sociétés étasuniennes nationalisées en 1960, dont la Chase Manhattan Bank, la Coca Cola et l’ITT, était opposé au projet de loi qui torpillerait des arrangements directs avec le gouvernement cubain.

La résistance de Clinton dura jusqu’en février 1996, où deux avions de l’organisation contre-révolutionnaire et terroriste de Miami, Hermanos al Rescate (« Frères à la rescousse ») dirigée par José Basulto, furent abattus par les autorités cubaines après maintes violations de l’espace cubain et maints avertissements, un incident mijoté pour forcer la main au président de la Maison-Blanche. Mais ce n’était là qu’un prétexte : en fait, Clinton ne voulait pas s’aliéner l’appui de l’extrême droite cubano-américaine dans le cadre de sa campagne électorale.

Le 12 avril 1996, donc, Clinton, entouré des législateurs d’origine cubaine représentant ce qu’on appelle dans l’île la mafia cubaine anticastriste, signait la loi Helms-Burton, signalant qu’il s’agissait là « d’un puissant message au gouvernement de Fidel Castro pour qu’il sache que les États-Unis soutiendront ceux qui cherchent la liberté et la démocratie à Cuba », et réitérant qu’il travaillerait à « une transition libre et pacifique vers la démocratie à Cuba ». La loi Helms-Burton : a) demande au président de chercher à ce que le Conseil de sécurité des Nations Unies universalise le blocus étasunien contre Cuba ; b) elle codifie et convertit en loi tous les ordres exécutifs faisant déjà partie du blocus en vigueur, de sorte que le locataire de la Maison-Blanche ne pourra plus les modifier ou les déroger sans l’autorisation du Congrès : ainsi, pour la première fois depuis l’indépendance des USA, un président renonçait, pour des raisons essentiellement de politique électorale intérieure et pour se concilier un Sénat et une Chambre contrôlés par ses adversaires, à la prérogative qui était la sienne de conduire comme il l’entend la politique extérieure du pays ; c) ordonne au président de voter contre l’entrée de Cuba dans des organisations internationales et contre tout prêt de six organisations multilatérales de financement (dont le Fonds monétaire internationale, la Banque mondiale, la Banque interaméricaine de développement) ; d) autorise tout citoyen (naturel ou naturalisé) à saisir les tribunaux étasuniens contre toute personne naturelle ou juridique qui tirerait profit de biens (d’une valeur minimale de 50 000 dollars) qui lui auraient été confisqués, de sorte que non seulement les Étasuniens, mais encore les Cubains naturalisés pourront désormais porter plainte contre toute personne ou compagnie étrangère qui ferait des investissements à Cuba dans des biens nationalisés leur ayant appartenu autrefois ; e) ordonne que les visas d’entrée aux USA soient refusés aux personnes ou aux représentants de compagnies installées à Cuba (et à leurs familles) ; f) exige que le traitement des anciens pays socialistes à Cuba se fasse sur des termes strictement commerciaux et sans subvention ; g) ordonne de doter la TV Martí (chaîne illégale tournée contre Cuba) d’un émetteur UHF plus difficile à brouiller ; h) habilite le président à retirer l’aide étasunienne à tout pays qui coopérerait à l’achèvement de la centrale nucléaire en construction à Cuba pour un montant égal au crédit que le pays en question octroierait à Cuba ; i) autorise le président à concrétiser des échanges de bureaux de presse entre les deux pays, à condition que Cuba garantisse le libre déplacement des journalistes étasuniens. Telle est la mouture adoptée par le Congrès et entérinée par Clinton au terme de plus d’une année de tractations entre les parties impliquées. Bien entendu, le titre III relatif aux procès pouvant être engagés contre des investisseurs étrangers a soulevé un tollé général, au point que les USA se sont mis à dos leurs plus fidèles alliés dont aucun ne peut reconnaître que des lois d’un pays puissent avoir effet contre des citoyens d’un autre pays (extraterritorialité), et la polémique en est arrivée au point que l’Union européenne a engagé une action devant l’Organisation mondiale du commerce pour que celle-ci décide de la légalité des actions nord-américaines, au grand dam des USA qui accusent le reste du monde de ne pas les seconder dans leur combat contre le communisme.

En signant la loi Helms-Burton, Clinton s’était toutefois réservé le droit de suspendre pendant six mois l’application du titre III sur les actions en justice contre les investisseurs étrangers, puis il l’a de nouveau fait au terme de ce délai, compte tenu du tollé général qu’a soulevé cette prétention de la Maison-Blanche et du Congrès. N’empêche que, contraint et forcé par les termes mêmes de la loi (section 202 G), il a dû présenter au Congrès, le 28 janvier 1997, un document intitulé « Soutien à une transition démocratique à Cuba », qui définit par le détail toute les actions qu’entreprendra la Maison-Blanche et que devra exécuter le gouvernement démocratique issu de l’après-castrisme, pendant la période de transition qui durera aussi longtemps que Washington n’aura pas certifié au Congrès qu’il existe bel et bien un gouvernement démocratique à Cuba et, surtout, que celui-ci a exécuté au pied de la lettre toutes les mesures contenues dans le document, qui vont depuis la privatisation d’à peu près tout dans les instances tant de structure que de superstructure, dans le plus pur style néo-libéral (à commencer par l’enseignement, la santé publique, la justice, les services communaux, le transport, l’énergie électrique, etc.) jusqu’à l’indemnisation de tous les anciens propriétaires dont les biens ont été nationalisés ou à la restitution de ces biens. Durant toute cette période de transition, le blocus ne sera pas levé. Par ailleurs, le document de Clinton entre en contradiction avec les termes mêmes de la loi Helms-Burton : ainsi, plusieurs milliards de dollars seraient censément dégagés par les organisations de financement multilatérales pour contribuer à la restructuration de l’économie cubaine (les USA ne s’engageant pas le moins du monde à verser le moindre sou pour contribuer à cette transition) : or, la Helms-Burton stipule très clairement que Cuba ne pourra bénéficier d’aucun financement de ces organisations ni y être admise durant la période de transition démocratique et que les USA analyseront cette possibilité une fois la démocratie installée à Cuba, autrement dit, ensuite. Le document avance un délai de six ans pour que la transition « ait assez progressé » et qu’on puisse alors considérer la transition terminée, mais n’est rien n’est sûr.

Depuis 1996, le titre III de la loi avait été suspendu par tous les présidents américains grâce à une disposition spécifique (« waiver ») suite à un mémorandum d’entente entre les États-Unis et l’Union européenne. Mais Trump, en la deuxième année de son premier mandat, agissant en homme d’affaires milliardaire, viole cette sorte de gentleman’s agreement et réactive à partir du 17 avril 2019 le titre III en vue de plusieurs objectifs : empêcher la « concurrence déloyale » des investissements directs d’entreprises étrangères à Cuba, alors que les entreprises étasuniennes ne peuvent pas y investir du fait du blocus, imposer l’extraterritorialité du droit américain sur le plan international (comme en Iran), asphyxier économiquement l’île pour « renverser le régime castriste » alors que La Havane connaît des difficultés économiques, satisfaire enfin, une fois de plus, aux exigences des exilés cubano-américains installés en Floride, un État clé pour l’élection présidentielle américaine de 2020.

De son côté, l’Assemblée nationale du pouvoir populaire a, le 24 décembre 1996, adopté la « Loi de réaffirmation de la dignité et de souveraineté cubaines » qui « déclare la loi Helms-Burton illicite, inapplicable, sans valeur et sans le moindre effet juridique, de sorte qu’est considérée nulle toute réclamation faite aux termes de celle-ci par un personne naturelle ou juridique, de quelque citoyenneté ou nationalité qu’elle soit » ; réaffirme la disposition de Cuba d’arriver, comme cela a été fait avec d’autres gouvernements concernés, à un accord avec les USA pour des compensations adéquates et justes, mais uniquement vis-à-vis des personnes qui étaient alors Étasuniennes (ce qui invalide toute réclamation de Cubains devenus ensuite Étasuniens), ces compensations devant prendre en compte, toutefois, les indemnisations auxquelles ont droit l’État et le peuple cubains pour les dommages et préjudices causés par le blocus et les agressions de toutes sortes des États-Unis. De toute façon, tout Étasunien ayant fait usage des mécanismes de la loi Helms-Burton contre Cuba sera exclus de toutes éventuelles négociations portant sur des indemnisations. Par ailleurs, le gouvernement cubain devra prendre toutes les mesures requises pour protéger les investisseurs étrangers. De plus, les personnes naturelles ou juridiques cubaines ayant été victimes d’actions réalisées ou soutenues par le gouvernement étasunien pourront réclamer les indemnisations correspondantes devant des commissions de réclamations mises en place par le ministère de la Justice, ces actions incluant les assassinats, lésions et dommages économiques causés par les tortionnaires et les assassins de la tyrannie batistienne, et par les saboteurs et criminels au service de l’impérialisme étasunien à compter du 1er janvier 1959.

À Cuba, on appelle cette loi la loi de l’esclavage, ou de la recolonisation. Clôturant un congrès pédagogique latino-américain réunissant plus de 5 000 éducateurs, Fidel Castro s’exclamait le 7 février 1997 : « Qui a dit au gouvernement des États-Unis qu’il a le droit divin de faire des programmes de gouvernement pour un autre pays ? Qui lui a dit qu’il a le droit d’établir un gouvernement de transition ? Qui lui a dit qu’il a le droit de fouler ainsi au pied la dignité, l’honneur et la souveraineté d’un peuple, et de lui dire le régime social qu’il doit avoir ? Parce que, si c’est ainsi, nous pourrions à notre tour recommander un gouvernement de transition aux États-Unis, qui balaie toute cette ordure de capitalisme qui, aujourd’hui plus que jamais, oublie les pauvres, les personnes âgées, les malades, dans ce pays qui est le plus violent au monde, qui consomme le plus de drogues au monde, où le taux d’enfants de moins de quinze ans se suicidant ou assassinés par suite de la violence est le plus élevé au monde, où la différence entre les riches et les pauvres est la plus grande. Pourquoi n’établissent-ils pas un gouvernement de transition pour balayer toute cette ordure...? [...] Non, monsieur Clinton, il n’y aura pas de gouvernement de transition à Cuba ! Parce que le gouvernement de transition a surgi avec la Révolution ! [...] Il n’y aura pas de transition du socialisme au capitalisme dans notre pays, jamais ! Il n’y aura pas de retour au joug et à l’esclavage ! [...] Ils savent d’ailleurs, ou ils devraient le savoir, que toutes ces choses-là qu’ils planifient, ils ne peuvent les imposer qu’en versant le sang, qu’en exterminant un peuple entier. Tant qu’il y aura un révolutionnaire dans ce pays-ci – et ils sont nombreux – ...il n’y aura pas de transition du socialisme au capitalisme à Cuba ! »

[4Le 11 septembre 2001, précisément, Fidel prononce dans l’après-midi un discours pour la rentrée scolaire. C’est à celui-ci qu’il se réfère ici. Après avoir lu la Déclaration du gouvernement qui se solidarise avec les victimes de l’attentat terroriste, il met clairement en garde la Maison-Blanche contre le recours à la force :

Le devoir le plus important des dirigeants étasuniens, à mon avis, c’est de lutter contre le terrorisme. Ces tragédies sont en partie la conséquence du fait qu’ils ont recouru eux-mêmes à des méthodes terroristes contre Cuba, durant une foule d’années, et contre d’autres pays. Ils ont divulgué l’idée du terrorisme. Et aujourd’hui, il n’existe aucun pouvoir au monde, aussi grand qu’il soit, qui puisse éviter des faits de cette nature, parce qu’ils sont l’œuvre de fanatiques qui se fichent éperdument de la mort. Voilà pourquoi la lutte contre ces méthodes est difficile.

De tout ça, on peut en tirer une idée : aucun des problèmes actuels du monde ne peut se régler par la force. Il n’y a pas de pouvoir global, ni de pouvoir technologique, ni de pouvoir militaire qui puisse préserver l’immunité totale face à de tels faits, parce qu’ils peuvent être réalisés par des groupes réduits, difficiles à découvrir et, ce qui est plus compliqué, par des suicidaires. Si bien que la communauté internationale doit consacrer ses efforts à mettre fin à une série de conflits existant dans le monde, ou du moins sur ce terrain : mettre fin au terrorisme mondial (applaudissements), forger une conscience mondiale contre le terrorisme. Et je vous parle au nom d’un pays qui a vécu plus de quarante ans de Révolution et qui a acquis beaucoup d’expérience, qui est uni et qui possède une grande culture, qui n’est pas un peuple de fanatiques, qui n’a pas semé le fanatisme, mais des idées, des convictions, des principes.

Nous serions dans de meilleures conditions pour nous défendre, et nous l’avons démontré. Combien de vies n’avons-nous pas sauvées face à tant d’argent et à tant de ressources pour semer le terrorisme dans notre patrie ! Nous avons vécu quarante ans d’expérience. Nous sommes dix fois mieux préparés pour prévenir de tels actes que les États-Unis eux-mêmes.

Il est très important de savoir quelle sera la réaction du gouvernement étasunien. Il se peut que des jours dangereux arrivent pour le monde. Je ne parle pas de Cuba. Cuba est le pays qui peut être le plus tranquille au monde pour diverses raisons : pour notre politique, pour nos manières de lutter, pour notre doctrine, pour notre morale et en plus, compañeras y compañeros, pour notre absence de peur totale.

Rien ne nous inquiète, rien ne nous intimide. Il serait très difficile de fabriquer une calomnie contre Cuba, au point que même celui qui l’inventerait et la brevèterait n’y croirait même pas. C’est très difficile, et Cuba aujourd’hui n’est pas n’importe quoi dans le monde (applaudissements) : elle occupe une position morale très grande et une position politique très solide. Ça ne me vient même pas à l’idée, bien qu’un de ces crétins de la mafia ait commencé à jouer les intrigants, un de ces charlatans méprisables de la mafia, qui a mentionné le Venezuela et Cuba. Personne n’y prêtera attention. Mais il y aura une situation de tensions, de risques en fonction de la manière dont agira le gouvernement étasunien. Les prochains jours vont être tendus aux États-Unis et hors des États-Unis, allez savoir combien de gens vont commencer à donner leur opinion.

Chaque fois que survient une de ces tragédies, aussi difficile que ce soit parfois de l’éviter, je ne vois pas d’autre chemin. S’il m’était permis en une occasion pareille de faire une suggestion à l’adversaire – un adversaire qui a été dur contre nous pendant bien des années, mais qui sait que nous sommes durs nous aussi, qui sait que nous résistons, qui sait que nous ne sommes pas des sots, et qui peut même avoir un brin de respect pour notre pays – et bien qu’il y ait beaucoup de problèmes à beaucoup d’endroits – s’il m’était donc permis de suggérer quelque chose à l’adversaire en de pareilles circonstances, je suggérerais à ceux qui dirigent le puissant Empire, pour le bien-être du peuple étasunien, et à partir des arguments que j’ai exposés, d’être sereins, d’agir avec équanimité, de ne pas se laisser entraîner par des accès de colère ou de haine, de ne pas commencer à traquer des gens en larguant des bombes partout.

Je réitère qu’aucun des problèmes du monde, dont le terrorisme, ne peut se régler par la force, et que chaque action de force, chaque action insensée de recours à la force n’importe où les aggraverait sérieusement.

La voie n’est pas la force ni la guerre. Je le dis ici, fort de l’autorité que me donnent le fait d’avoir toujours parlé honnêtement, de posséder des convictions solides, et l’expérience d’avoir vécu les années de lutte qu’a vécues Cuba. Seuls la raison, la politique intelligente consistant à recourir au consensus et l’opinion publique internationale peuvent extirper le problème à la racine. Je crois que ce fait si insolite devrait servir à lancer la lutte internationale contre le terrorisme. Mais la lutte internationale contre le terrorisme ne se règle pas en éliminant un terroriste par ci et un autre par là ; en tuant à droite et à gauche, en utilisant des méthodes similaires et en sacrifiant des vies innocentes. Il se règle en mettant fin, entre autres choses, au terrorisme d’État et à d’autres façons de tuer répugnantes (applaudissements), en mettant fin aux génocides, en suivant loyalement une politique de paix et de respect de normes morales et légales qui sont incontournables. Le monde ne se sauvera pas s’il ne suit pas une politique de paix et de coopération internationale.

Que personne n’aille croire que nous cherchons à acheter une tonne de quoi que ce soit sur le marché des États-Unis. Nous avons prouvé que nous pouvons survivre, vivre et progresser, et tout ce que nous voyons ici aujourd’hui est l’expression d’un progrès sans parallèle dans l’histoire (applaudissements). On ne progresse pas seulement en produisant des automobiles, on progresse en développant des intelligences, en inculquant des connaissances, en créant de la culture, en s’occupant des êtres humains de la façon dont on doit s’en occuper, ce qui est le secret de la force énorme de notre Révolution.

Le monde ne sauvera pas autrement, et je parle en l’occurrence des situations de violence. Qu’on cherche la paix partout pour protéger tous les peuples de cette plaie du terrorisme, car c’en est une (applaudissements), mais il existe aussi une autre plaie qui s’appelle, par exemple, le sida, il existe une autre plaie terrible qui tue des dizaines de millions d’enfants, d’adolescents et d’adultes dans le monde de faim, de maladies, de manque de soins et de médicaments.

Il y a sur le terrain politique des idées absolutistes, une pensée unique qu’on tente d’imposer au monde et qui provoque des rébellions et des irritations partout.


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