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Bush contre Kerry : le faux débat.

Le 23 août dernier, le journaliste d’investigation britannique, John Pilger*, publiait cette prise de position au vitriol dans le New Statesman.
Son objet : dénoncer le consensus impérialiste républicano-démocrate. Sa conclusion en forme de provocation : le remède Kerry pourrait se révéler pire que le mal. Le point de vue de Pilger ne reflète pas nécessairement les positions de notre rédaction, mais il contribue utilement à lancer le débat. Rappelons que les forces progressistes US se trouvent de plus en plus enrôlées dans la campagne de Kerry, et que même certains militants de la gauche radicale, comme Michel Albert ou Noam Chomsky, appellent aujourd’hui à voter pour le candidat démocrate, au moins dans les Etats où les résultats s’annoncent très serrés. Nous reviendrons sur leurs arguments. Red solidaritéS

solidaritéS, N° 50 14 septembre 2004

Le 6 mai dernier, par 376 voix contre 3, la Chambre des Représentants US votait une résolution qui autorisait de facto une attaque préventive contre l’Iran. Sans égard au désastre croissant en Irak, républicains et démocrates, comme le relevait alors un commentateur, s’étaient « donné la main pour affirmer les responsabilités de la puissance américaine ».

Américanistes d’abord...

Le singe est toujours singe, fût-il déguisé en prince.

Cette solidarité américaine, qui se moque d’un clivage politique illusoire, a une longue histoire. Les Amérindiens ont été massacrés, les Philippines dévastées, et Cuba, ainsi qu’une grande partie de l’Amérique latine, mis à genou, avec le soutien des deux partis dominants. Pataugeant dans le sang, un nouveau type d’historiens populaires, les journalistes à la solde des riches propriétaires, ont forgé les mythes héroïques d’une super secte, l’Américanisme, à laquelle la publicité et les relations publiques ont donné, au XXe siècle, le statut d’une idéologie, et qui rassemble tant les conservateurs que les libéraux.

A l’époque contemporaine, la plupart des guerres états-uniennes ont été lancées par des présidents démocrates libéraux - Truman en Corée, Kennedy et Johnson au Vietnam, Carter en Afghanistan. Le « retard en matière de missiles » a été inventé par les adeptes libéraux de la nouvelle expansion US, sous Kennedy, pour justifier la poursuite de la guerre froide. En 1964, c’est un Congrès dominé par les démocrates qui a donné au Président Johnson la compétence d’attaquer le Vietnam, une nation paysanne sans défense qui ne représentait aucune menace pour les États-Unis. Comme pour les armes de destruction massive en Irak, la justification avait été forgée de toutes pièces : un « incident » au cours duquel deux patrouilleurs nord-vietnamiens étaient censés avoir attaqué un navire de guerre US. Résultat : plus de trois millions de morts et la ruine d’un pays qui disposait pourtant de nombreuses ressources.

Durant ces dernières 60 années, le Congrès n’a opté qu’une seule fois pour une limitation du « droit » du président de terroriser d’autres pays. Cette aberration, l’amendement Clarck de 1975, a été le produit du grand mouvement contre la guerre du Vietnam ; il a été supprimé par Ronald Reagan en 1985. Durant les agressions de Reagan contre l’Amérique Centrale, dans les années 80, des voix libérales, comme celle de Tom Whicker du New York Times, doyen des « colombes », débattaient sans rire de la menace éventuelle qu’un minuscule pays paupérisé, comme le Nicaragua, pouvait faire peser sur les Etats-Unis. Aujourd’hui, le terrorisme ayant remplacé le péril rouge, on assiste à un nouveau débat biaisé : la politique du moindre mal.

Politique du moindre mal

Bien que peu d’électeurs/trices progressistes semblent nourrir d’illusions à l’égard de John Kerry, leur désir de se débarrasser de Bush et de son administration de « voyous » domine tout. Le Guardian, qui les représente en Angleterre, affirme que ces élections présidentielles sont « exceptionnelles ». « Les faiblesses et les limites de M. Kerry sont évidentes », reconnaît ce journal, « mais elles sont relativisées par l’agenda néo-conservateur et la guerre catastrophique menée par M. Bush. C’est une élection où le monde pousserait un soupir de soulagement si le président sortant était battu. »

Le monde entier peut bien pousser un soupir de soulagement ; le régime de Bush est à la fois dangereux et universellement vomi ; mais ce n’est pas la question. Nous avons débattu tant de fois, des deux côtés de l’Atlantique, de la politique du moindre mal, qu’il est sans doute temps d’arrêter d’agiter des évidences pour examiner de façon critique un système qui produit des Bush et leurs ombres démocrates. Pour ceux d’entre nous qui s’émerveillent de notre chance d’avoir atteint un âge respectable sans avoir été taillés en pièces par les seigneurs de la guerre de l’Américanisme, républicains ou démocrates, conservateurs ou libéraux, et pour les millions de terriens du monde entier qui rejettent aujourd’hui la contagion états-unienne de la vie politique, le véritable enjeu est clair. C’est la poursuite d’un projet qui a commencé plus de 500 ans en arrière.

Un projet hégémonique

Les privilèges de la « découverte » et de la « conquête » accordés à Christophe Colomb, en 1492, dans un monde que le pape « considérait comme sa propriété et qu’il pouvait répartir à volonté », ont été remplacés par une autre forme de piraterie : la volonté divine de l’Américanisme, soutenue par le progrès technologique, en particulier celui des médias. Comme l’a écrit Edward Said : « A la fin du XXe siècle, la menace que fait peser la nouvelle électronique sur l’indépendance pourrait se révéler plus sérieuse que celle constituée par l’ancien colonialisme. Nous sommes en train d’apprendre que la décolonisation n’a pas mis fin aux relations impériales, mais qu’elle a seulement étendu un réseau géopolitique tissé depuis la Renaissance. Les nouveaux médias ont le pouvoir de pénétrer plus profondément les cultures "réceptrices’ que toute autre manifestation préalable de la technologie occidentale ».

Tous les présidents contemporains ont été, en large partie, une création des médias. C’est ainsi, que Reagan le meurtrier est encore sanctifié ; Fox Channel de Murdoch et la BBC actuelle ne se distinguent que par les formes de cette adulation. De même, Clinton est considéré avec nostalgie par les progressistes comme un homme éclairé qui a fait des erreurs ; pourtant, les années présidentielles de Clinton ont été beaucoup plus violentes que celles de Bush, et leurs objectifs identiques : « l’intégration d’autres pays dans la communauté du marché libre globalisé », ce qui, selon le New York Times, « signifie que les Etats-Unis s’impliquent plus profondément que jamais dans la gestion des affaires intérieures des nations ». La « domination tous azimuths » du Pentagone n’a pas été le produit des néo-conservateurs, mais celui du libéral Clinton, qui a approuvé ce qui était alors le budget de guerre le plus élevé de toute l’histoire. Selon le Guardian, John Kerry nous envoie « des appels progressistes revigorants ». Il est temps d’arrêter ce non-sens.

Impérialisme US du XXIe siècle

La suprématie est l’essence de l’Américanisme ; c’est seulement le voile qu’on change ou qu’on ajuste. En 1976, le démocrate Jimmy Carter annonçait « une politique étrangère qui respecte les droits humains ». En secret, il soutenait le génocide indonésien à Timor Oriental et implantait les Moudjahidin en Afghanistan comme une organisation terroriste destinée à renverser l’Union Soviétique, dont viennent les Talibans et al-Qaïda. C’est le libéral Carter, et non Reagan, qui a préparé le terrain à Bush. Dans le passé, j’ai interviewé les principaux responsables de la politique étrangère de Carter, Zbigniew Brezinski, son Conseiller à la sécurité nationale, et James Schlesinger, son Secrétaire à la défense.

Il n’y a pas de guide du nouvel impérialisme plus respecté que celui de Brezinski. Investi d’une autorité biblique par le gang Bush, son ouvrage de 1997 - Le Grand échiquier : L’Amérique et le reste du monde [en français, Bayard, 1997] - décrit les priorités américaines comme la soumission de l’Union Soviétique et le contrôle de l’Asie Centrale et du Moyen-orient. Selon son analyse, les « guerres locales » ne sont que le début d’une lutte finale qui conduira inexorablement à la domination mondiale des États-Unis. « Pour mettre ça dans des termes qui renvoient à la période plus brutale des anciens empires, écrit-il, les trois grands impératifs de la géostratégie impériale visent à prévenir la collusion des vassaux (...), à garder les Etats tributaires soumis à notre protection et à empêcher les barbares de s’allier entre eux ». [1]

En d’autres temps, il aurait été facile de tourner en dérision tout cela comme le message d’une droite lunaire. Mais Brzezinski appartient au courant dominant. Parmi ses étudiants dévoués, on remarque Madeleine Albright, Secrétaire d’Etat de Clinton, pour qui la mort d’un demi-million d’enfants irakiens, provoquée par l’embargo onusien dirigé par les États-Unis, « était un prix acceptable » ; John Negroponte, l’homme-orchestre de la terreur US en Amérique Centrale sous Reagan, actuellement « ambassadeur » à Bagdad [2] ; James Rubin, qui fut l’apologiste enthousiaste d’Albright au Départment d’Etat, est pressenti comme Conseiller à la sécurité nationale de John Kerry. C’est un sioniste ; Israël et son rôle d’Etat terroriste sont pour lui au-dessus de toute critique.

Nouvelle mêlée pour l’Afrique

Jettez un oeil sur le reste du monde. Tandis que l’Irak envahissait les premières pages, les avancées US en Afrique ont peu retenu l’attention. Ici les politiques de Clinton et de Bush sont analogues. Dans les années 90, l’African Growth and Opportunity Act a initié une nouvelle mêlée pour l’Afrique. Les adeptes des bombardements humanitaires se demandent pourquoi Bush and Blair n’ont pas attaqué le Soudan et « libéré » le Darfour, ou ne sont pas intervenus au Zimbabwe ou au Congo. La réponse, c’est qu’ils ne sont intéressés ni par la détresse humaine ni par les droits humains. Ils ne se préoccupent que des richesses qui ont déjà conduit à la mêlée européenne pour l’Afrique, à la fin du XIXe siècle, par ces moyens traditionnels de coercition et de corruption qu’on appelle le multilatéralisme.

Le Congo et la Zambie détiennent 50% des réserves mondiales de cobalt ; 98% des réserves mondiales de chrome se trouvent au Zimbabwe et en Afrique du Sud. Plus important, il y a du pétrole et du gaz naturel dans l’Ouest africain, du Nigeria à l’Angola, et dans le Bassin du Higleig au Soudan. Sous Clinton, l’African Crisis Response Initiative (Acri) a été concoctée en secret. Elle a permis aux Etats-Unis de mettre en place des « programmes d’assistance militaire » au Sénégal, en Ouganda, au Malawi, au Ghana, au Bénin, en Algérie, au Niger, au Mali et au Tchad. L’Acri est dirigé par le Colonel Nestor Pino-Marina, un exilé cubain qui a pris part au débarquement de la Baie des Cochons, en 1961, et qui a poursuivi sa carrière comme officier des forces spéciales au Vietnam et au Laos, avant de contribuer, sous Reagan, à diriger l’invasion de la Contra au Nicaragua. Un pedigree qui ne change jamais.

Bush, un moindre mal ?

Rien de cela ne se discute dans une campagne présidentielle où John Kerry s’efforce de remplacer Bush. Le multilatéralisme ou « l’internationalisme musclé » que Kerry propose à la place de l’unilatéralisme de Bush est considéré comme souhaitable par des naïfs indécrottables ; en vérité, il recèle même de plus grands dangers. Bush, qui a offert à l’élite US son plus grand désastre depuis le Vietnam, « va probablement continuer à détruire, comme l’écrit l’historien Gabriel Kolko, le système d’alliances qui est si crucial pour le pouvoir US ».

On n’a pas besoin de croire à la politique du pire, mais il faut considérer candidement les conséquences d’un renouvellement du mandat de Bush pour la politique étrangère. Aussi dangereuse qu’elle soit, la réélection de Bush pourrait être un moindre mal. Grâce à la réanimation de l’OTAN par le président Kerry, avec l’accord des Français et des Allemands, les ambitions US iront de l’avant sans les obstacles que représente le gang Bush. Il est peu question de cela dans les journaux américains qui valent la peine d’être lus.

Les excuses cousues main que le Washington Post a adressé, le 14 août, à ses lecteurs/trices, pour n’avoir pas « accordé assez d’importance aux voix qui posaient des questions sur la guerre [contre l’Irak] », n’ont pas rompu son silence sur les dangers que l’Etat US fait peser sur le monde. Le crédit de Bush a progressé dans les sondages, dépassant les 50%, un niveau qui, à ce stade de la campagne, n’a jamais vu perdre aucun Président sortant. Les vertus de son « parler direct », promues par la machine médiatique dans son ensemble, il y a quatre ans, Fox comme le Washington Post, marquent de nouveau des points. Comme au lendemain des attaques du 11 septembre, même un soupçon de compréhension de ce que Norman Mailer a appelé un « climat pré-fasciste » est refusé aux Américain-e-s. Les craintes que nous avons sont sans conséquences.

Véritables enjeux

Ceux qui font profession de leurs idées libérales, de part et d’autre de l’Atlantique, ont une responsabilité majeure en cela. La campagne contre Fahrenheit 9/11 de Michael Moore’s est en cela édifiante. Ce film n’est pas radical et n’a pas de prétentions extraordinaires ; il se contente de déborder ceux qui gardent les frontières de la contestation « respectable ». C’est pour cela que le public l’applaudit. Il brise les codes de collusion honteux du journalisme. Il permet aux gens de commencer à déconstruire la propagande obscurantiste qui passe pour de l’information : dans laquelle « un gouvernement irakien souverain construit la démocratie » et ceux qui combattent à Nadjaf, Falludja ou Bassorah sont toujours des « militants » et des « insurgés », voire des mercenaires, jamais des nationalistes défendant leur patrie, et dont la résistance a probablement empêché une attaque contre l’Iran, la Syrie ou la Corée du Nord.

Le véritable enjeu, ce n’est ni Bush ni Kerry, mais le système qu’ils illustrent ; c’est le déclin de l’authentique démocratie et l’essor de l’« Etat sécuritaire US » en Angleterre et dans d’autres pays qui se réclament de la démocratie, dans lesquels des gens sont envoyés en prison, les clés de leurs geôles jetées aux orties, et dont les leaders commettent des crimes capitaux dans des contrées éloignées, sans retenue (...).

Le véritable enjeu c’est la soumission des économies nationales à un système qui divise l’humanité comme jamais auparavant et qui conduit quotidiennement à la mort 24’000 affamé-e-s. Le véritable enjeu, c’est la subversion du langage politique et du débat lui-même et, peut-être, en fin de compte, le respect de nous-mêmes.

John PILGER

* Le nouveau livre de John Pilger, Tell Me No Lies : Investigative Journalism and its Triumphs (Ne me dites pas de mensonge : le journalisme d’investigation et ses triomphes), sera publié en octobre par Jonathan Cape

- En savoir plus sur Brzezinski, lire :
Désagréger la Russie et l’Iran : un objectif pour les Etats-Unis ? par Jean-Marie Chauvier : www.legrandsoir.info/article.php3 ?id_article=1635

- Et sur John Negroponte, actuellement « ambassadeur » US à Bagdad :
Negroponte : futur ambassadeur US en Irak, un voyou pour toutes occasions. www.legrandsoir.info/article.php3 ?id_article=1542

- Et aussi : Un Negroponte pour Bagdad. L’âme damnée. Noam Chomsky. www.legrandsoir.info/article.php3 ?id_article=1780

B-A, BA des présidentielles US : Kerry-Bush, quelle différence ?

En contre-point de l’article de John Pilger , nous publions ici de larges extraits d’un texte récent de l’intellectuel critique américain Immanuel Wallerstein, qui explique la mécanique électorale US et les raisons poussant des secteurs progressistes à voter pour le démocrate Kerry... Non pas à cause de sa position sur la guerre et les questions économiques, qui ne se distinguent guère de celles des républicains, mais malgré celles-ci.*

Par Immanuel Wallerstein, 1er août 2004

Pour comprendre l’enjeu des présidentielles US, il faut en observer certains traits structurels les différenciant des principales élections dans quasi tous les autres pays. Le premier point, c’est la nature essentiellement présidentielle du système politique US [...] Elle explique le système bi-partisan des USA. L’élection du président pour quatre ans relève du « tout ou rien ». Si vous ne bâtissez pas une large coalition, vous perdez. Un tiers parti pourrait faire basculer un scrutin, en faveur d’un parti qui autrement serait battu.

Les USA votent, sept Etats comptent

De plus, les USA conservent une relique du XVIIIe siècle : un collège électoral, auquel les électeurs de chacun des cinquante et un Etats élisent des (grands) électeurs qui, eux, éliront le président. Le nombre d’électeurs, dans chaque Etat, est égal au nombre de ses députés à la Chambre (plus ou moins proportionnel à la population), augmenté de deux. Ce « plus deux » permet de garantir que les plus petits Etats ont un poids relatif un peu plus important que les grands... Et, comme la population des Etats est lié à la concentration des gens dans les villes et banlieues, le système accorde un poids relatif plus important aux zones rurales et petites villes. En conséquence, quelqu’un peut être élu président avec moins de voix que son concurrent. Comme à plusieurs reprises, en 2000 notamment...

Et puis, il y a aussi un troisième trait structurel. Dans chaque Etat, une majorité des votants choisit tous les grands électeurs de celui-ci. Ainsi, les élections « comptent » dans les seuls Etats au vote serré. En 2004, la compétition sera sans doute serrée dans dix-neuf Etats au maximum, et assurément serrée dans sept. Un déplacement marginal de l’électorat dans sept Etats peut décider du prochain président...

Kerry impérialiste et guerrier

[...] Le parti démocrate vient d’avoir sa convention, qui a abouti à la désignation de Kerry. Les commentateurs unanimes disent qu’il s’est agi d’une convention ultra-consensuelle. Quasi aucune voix discordante ne s’est fait entendre sur aucun sujet. Les délégués ayant des réserves au sujet de Kerry les ont tues, tant est grande leur ferveur à chasser Bush de la présidence. [...]

On doit se demander ce qui amené les démocrates à afficher une telle unité ? Ce n’est pas la politique étrangère. Alors que la majorité des délégués et électeurs démocrates pensent que la guerre d’Irak fut une erreur morale et politique, ce n’est pas l’avis de Kerry et ses conseillers. Ce n’est pas non plus la position officielle du parti démocrate. En fait, Kerry dit plutôt que la guerre a été menée de façon inepte. Les USA, à son point de vue, auraient dû permettre aux inspections en Irak de se poursuivre. Ils auraient dû travailler de manière plus liée à leurs alliés traditionnels. Et Kerry promet d’y veiller. Ce qu’il propose, c’est de renforcer la puissance militaire des USA et absolument pas que les USA se retirent d’Irak...

Qu’est-ce qui peut bien unir les démocrates ? Pourquoi les militants anti-guerre s’apprêtent-ils à voter Kerry, en dépit de sa position sur l’Irak, que même le Washington Post qualifie d’« occasion manquée » ? L’économie ? Des différences existent indubitablement à ce sujet. Mais les républicains s’efforcent d’en gommer l’importance. A la différence de ce qui se passait en 1936, les lignes ne sont pas clairement tracées. Durant les années Clinton, il n’y eu aucune avancée majeure en matière d’assurances sociales. Au contraire. Clinton a mis en oeuvre des contre-réformes sociales depuis fort longtemps au programme républicain...

Libertés, multiculturalisme, écologie

Si les différences sont floues, en matière de politiques étrangère et économique, il y a un domaine, où, entre parti démocrate et républicain, aujourd’hui, elles sont tout à fait visibles. C’est le domaine social, avec trois composantes : multiculturalisme, libertés sociales et environnement. Dans ce dernier domaine, 95% des démocrates sont d’un côté, et une écrasante majorité des républicains sont de l’autre.

Si 90% des Noirs et 70-80 % des Latinos votent démocrate, c’est pour de bonnes raisons. En dépit de leur frustration profonde au constat que les démocrates ne font pas assez pour faire avancer leurs droits, ils savent bien que les républicains sont à l’oeuvre afin de démolir ceux qu’ils ont déjà , en soutenant des lois qui les aliènent, en s’opposant à la discrimination positive, en visant à imposer des lois autorisant la seule langue anglaise, et en réduisant voire en stoppant les flux d’immigration venant du monde non-blanc.

En matière de « libertés sociales », les deux principaux sujets qui ont divisé les Américains, au cours des deux décennies écoulées, à savoir : l’avortement (seul thème expliquant que les femmes sont plus enclines à voter démocrate que les hommes) et les droits des homosexuel-le-s, placent encore une fois l’immense majorité des démocrates d’un côté et la majorité des républicains de l’autre. Un troisième problème a récemment émergé : celui des recherches sur les cellules souches (auxquelles Bush et le parti républicain sont activement opposés). Ces questions de « libéralisme social » au sens anglo-saxon, sont liées aux revendications en matière de « libertés civiles », menacées aujourd’hui par les politiques du procureur général Ashcroft et le Patriot Act.

Enfin, il y a l’environnement, thème politique « inventé » par les républicains à l’aube du XXe siècle, mais que la plupart des républicains ont abandonné depuis longtemps, l’administration Bush s’étant efforcée de démanteler toute avancée réalisée sous Clinton en la matière.

Ce sont ces problèmes de société, et non ceux de la politique étrangère ou économique, qui expliquent l’importance aux yeux des électeurs américains, des nominations judiciaires, en particulier à la Cour Suprême et aux neufs cours d’appel. Le parti républicain s’est fermement engagé à nommer des juges hostiles à toute extension de droits dans ces domaines. Si le parti démocrate remporte les élections présidentielles, en novembre prochain, ce sera dû, dans une large mesure, au soutien enthousiaste - ou plutôt désespéré - des gens qui ont à coeur ces questions [...]

Immanuel WALLERSTEIN

* Immanuel Wallerstein est prof. de sociologie à l’Université d’Etat de New York et directeur du Fernand Braudel Center for the Study of Economies, Historical Systems, and Civilizations à Binghampton. Intellectuel critique, auteur de nombreux livres et articles, Immanuel Wallerstein a prolongé les travaux de Fernand Braudel sur l’« économie monde » analysant la constitution du capitalisme dans la longue durée. L’original de cet article, daté du 1.8.04, se trouve sur http://fbc.binghamton.edu/142en.htm. Traduction, coupures et intertitres de notre rédaction.

Source : www.solidarites.ch

- Illustation vu sur www.arlac.be Asociacion de
Refugiados de
Latinoamerica
y del Caribe, traduction : Margari et Simon.

[1NDLR : A propos de Brezinski :
Dans son nouveau livre "Le Vrai Choix", consacré aux moyens d’assurer la suprématie mondiale des Etats-Unis, pas en action "unilatérale" (façon Bush) mais en étroite coopération avec l’Union européenne, le stratège qui s’était vanté d’avoir "piégé l’URSS en Afghanistan" en activant la rébellion islamiste, maintient le cap sur "l’enjeu eurasien" capital à ses yeux, à savoir la maîtrise et la colonisation de la Russie et de l’espace ex-soviétique. Zbigniew Brzezinski, qui s’était déjà dit favorable à un démantèlement de la Russie en plusieurs états ne dissimule pas qu’à court terme, les républiques russes du Caucase, dont la Tchétchénie en guerre, pourraient être le point de départ d’une désagrégation de la Fédération de Russie. Or, "Zbig" est également l’un des militants actifs, aux Etats-Unis, de la mobilisation occidentale "pour la paix en Tchétchénie" et plus précisément pour son placement sous mandat de l’ONU, le "plan Akhmadov".

Plan auquel il a contribué et qui est soutenu en Europe par le parti radical transnational (soutenu par "Endowment for Democracy" USA) les Verts européens, Daniel Cohn-Bendit, André Glucksman et divers mouvements pacifistes et des "Droits de l’Homme", russes et internationaux. Une campagne à mettre en rapport avec la déstabilisation de la Géorgie et de l’Ukraine par la "nébuleuse" Soros et d’autres institutions et fondations américaines vouées à "l’expansion de la Démocratie" dans la Confédération des Etats Indépendants (CEI). A la différence de George W.Bush, qu’il critique, le démocrate "Zbig" milite pour une action concertée entre les Etats-Unis et leurs alliés de l’OTAN, assurant la suprématie mais non la "domination" des Etats-Unis sur le monde (...) La suite.

[2(NDLR Lire : Negroponte : futur ambassadeur US en Irak, un voyou pour toutes occasions et Un Negroponte pour Bagdad. L’âme damnée. Noam Chomsky.)


COMMENTAIRES  

22/10/2004 21:57 par Anonyme

La stratégie anti-russe de Zbigniew Brzezinski

Zbigniew Brezinski, ancien conseiller du Président Carter, incarne la continuité de la politique étrangère états-unienne, qui n’est ni Démocrate ni Républicaine. Grand admirateur de Henry Kissinger, il a toujours prôné le respect de deux concepts clés de la diplomatie du « maître », l’équilibre des puissances théorisé par Metternich, et la doctrine de « containment » élaborée par George Kennan. Il préconise ainsi aujourd’hui l’encerclement de la Russie grâce à la déstabilisation de ses régions frontalières. Une politique particulièrement écoutée au sein de l’équipe de John Kerry, qui a recruté son fils Mark Brzezinski en tant que conseiller sur la politique étrangère.

Par Arthur Lepic

- Réseau Votaire ( Payant ) www.reseauvoltaire.net/article15298.html

23/10/2004 18:37 par alain

"En 1964, c’est un Congrès dominé par les démocrates qui a donné au Président Johnson la compétence d’attaquer le Vietnam, une nation paysanne sans défense qui ne représentait aucune menace pour les États-Unis"

 ????? Pardon ?

Rappels : (source Universalis)

26 avril-21 juillet 1954
La conférence de Genève qui met un terme à la guerre d’Indochine, décide le partage provisoire du Vietnam en deux zones d’administration distinctes, de part et d’autre du 17e parallèle.

Juillet 1956
Le Sud-Vietnam refuse d’organiser les élections prévues par les accords de Genève en vue de la réunification du pays.

Février 1959
Les communistes sud-vietnamiens lancent une insurrection contre le régime en place, bientôt soutenue par le Nord-Vietnam d’Hô Chi Minh .

20 décembre 1960
Naissance du Front national de libération du Sud-Vietnam (F.N.L.), connu sous le nom de Vietcong.

Janvier 1962
Création à Saigon d’un commandement militaire américain afin de soutenir le Sud-Vietnam face à l’activisme communiste.

7 août 1964
Le Congrès américain vote la résolution du Tonkin, qui permet au président Johnson d’engager massivement l’US Army dans le conflit vietnamien.

Le Nord-Vietnam était à l’époque largement soutenu par la Chine et l’URSS ... Il est clair que ce n’était pas les paysans vietnamiens qui inquiétaient les US. Prétendre faire un comparatif-amalgame entre Kerry et Bush en sortant des âneries pareilles me laisse sur le cul ! Et pourtant je suis moi aussi pas très convaincu que Kerry soit la solution miracle ... Mais il doit y avoir des arguments plus pertinents !

Dommage, ce forum mérite mieux ...

Cordialement

Alain
harakiri26000@yahoo.fr

26/10/2004 14:21 par Oncle Ho

euh... monsieur Harakiri26000, je ne comprends pas tres bien le sens de votre commentaire ?

Mais à en lire le contenu, on pourrait en conclure que, "oui" le vietnam, à l’époque, representait bien un danger immediat pour les E.U., contrairement à ce que pretend l’article. Et qui plus est, qu’il n’existait pas, toujours à l’époque, une majorité de paysans dans ce pays, mais plutot de hauts strateges soutenus par l’une des premieres armées du monde -celle du vietnam- (tres tres dangeureuse, c’est bien connu) disposant d’armements puissants et de technologie tres tres avancées -comme les pieux de bambous taillés à la main ou les serpents venimeux ou les araignés géantes de la jongle (attention fais gaffe)... ah non, ils avaient aussi des armes de destruction galactique : la ak-47... super...

J’ignorais aussi que le vietnam, soutenu par l’URSS et la Chine (les méchants)comptait fermement envahir sous peu les E.U. à l’aide de leur formidable puissance de feu, allié à celles de leurs complices chinois et russes et ainsi repandre chaos et désolation sur les terres de la Liberté !!

humm... vous y croyez vous ? Relisez bien votre encyclopedie universalis.

Si vous vous replacez dans le contexte (stupide et dépassé)de la guerre froide, alors oui, tous les pays communistes et bien d’autres representaient bien un "danger" et dans ce cas il aurait fallu lancer une offensive générale sur tous ces pays (et pas seulement le vietnam) et les exterminer jusqu’à ce qu’il n’y en ait plus un seul !! Et le monde aurait été bô et merveilleux !

Malheureusement je crois que l’histoire du monde ne peut se resumer à une lecture occasionnelle, superficielle et déformée de cette sacro sainte encyclopedie universalis.

Que dire de plus...
Je suis vietnamien d’origine vivant en france (ai-je besoin de preciser que je ne suis pas communiste ??) et du peu que je connaisse de l’histoire de mon pays (je n’utilise pas l’encyclopedie universalis, malheureusement) je n’arrive pas à voir de raison "valable et justifiée" à cette guerre ou plutot à l’intervention des sacro saint etats-unis sur ce territoire à cette époque(en dehors du contexte / point de vue étriqué / de la guerre froide)...

etes-vous nostalgique de cette epoque ??

J’ajouterais que le vietnam, a depuis longtemps desirer devenir une nation libre et independante : 1000 ans de lutte contre nos "freres" chinois, 100 ans contre nos "cousins" français et pour finir (la cerise sur le gateau) 10 années de plus avec les sacro saint etats-unis (qui nous auront bien pourri la gueule)...

Quand est-ce qu’on nous foutra la paix ??

Pour finir, je ne crois pas m’avancer en re-affirmant que "oui" le vietnam ne representait pas un danger pour les EU à l’époque des evenements (parce qu’il n’avait peut etre pas que ça à foutre) et que "oui" la plupart des vietnamiens de l’epoque n’etaient pas mandarin-stratege-ninja, mais bien "paysans" travaillant la terre (et communistes en plus, beurk)...

sepukument votre

27/10/2004 20:40 par Anonyme

Il en a fallu du temps pour avoir une réaction ... Cet article ne doit pas être lu souvent !
Je persiste à trouver que votre article mêle des arguments crédibles et des raccourcis très approximatifs. Bcp de blabla ... Dans l’article tout comme dans votre réponse ...
Je suis bien loin de diaboliser le communisme et de considérer le système libéral américain comme la panacée universelle. J’essaie simplement de me mettre "dans la peau" de ces adversaires des 60’s. Bref de relativiser un chouïa ...

Sinon marrant le "sepukument votre". Si si ...

Cordialement.

29/10/2004 03:23 par Oncle Ho

- aïe, je ne fais pas parti de la rédaction et d’ailleurs, je ne m’en sens pas capable (tout juste bon à semer des petits commentaires débiles, et encore...) mais c’est pas très gentil pour eux de faire l’amalgame... (rire)

"des raccourcis très approximatifs. Bcp de blabla ..."

- c’est vrai qu’ils blablatent beaucoup de raccourcis, mais il faut avouer que vous aussi vous blablatez pas mal sur 0,05 % du texte ("une nation paysanne sans défense"). Alors du coup ça donne des envies de blablater aussi, comprenez-vous ?

"Bref de relativiser un chouïa..."

Ah désolé, mais là je peux pas. Etes-vous déja aller au Vietnam ?
Mais c’est vrai, relativiser c’est cool... ça permet de pas encombrer les sites de réponse de réponse de commentaire inutilement.

Je vais méditer là dessus.

29/10/2004 22:04 par Anonyme

Pfffff même pas mal ... Trop facile de s’exciter. J’ai dû toucher un point sensible.

Bref :
Les americains sont des vilains. Bon ben voilà c’est dit. Dont acte ...

Bye ... Euh non scuse me : au revoir.

30/10/2004 13:35 par Oncle Ho

Bon, blablatons encore un peu...

Primo, il est clair que lorsque j’entends des "âneries" (je reprend vos termes) comme votre commentaire, ça me donne envie de me moquer un peu de vous et de votre encyclopedie de frimeur. Ce que j’ai fait sur un ton ironique. Si vous le prenez au sérieux, c’est votre problème...

Secundo, si vous êtes fan des usa, vous vous êtes peut être gourré de site, non ??

Tertio, vous n’argumentez jamais vos remarques, vous blablatez ... pour rien.
Prenez exemple sur le commentaire de Guillermo, il developpe un peu, lui et n’a pas besoin de nous ressortir son encyclopedie...

Et pour finir, je dirais : les américains sont hypra cools, voilà c’est dit. Satisfait ? Maintenant, je vous suggere de poursuivre cette discussion stérile par "courriel", ainsi nous n’encombrerons plus stupidement ce site, ok ?

Bye, yo rap cool (fluo skate) !!

31/10/2004 13:02 par Anonyme

Encyclopédie de frimeur ???? C’est la cerise sur le gâteau celle-là  ! Mais c’est vrai que ses informations sont rigoureuses. Ca doit agacer les idéologues.

"Fan" des USA ? Encore mieux ! Si les USA n’ont que des "fans" (aarrgl, anglicisme à bannir du langage d’Oncle Ho, "partisan", ce serait plus cohérent) comme moi, ils sont bien mal barrés ...

Pour le mode "humouristique", c’est vrai que cette discussion est assez rigolote et je trouve dommage de ne pas en faire profiter les membres de ce forum. Ce que je dis peut être lu par tous.

Respectueusement.

PS : je tiens à préciser que je suis un lecteur régulier des infos de ce site ... Et un intervenant très épisodique. ;)

31/10/2004 18:48 par Anonyme

Rhhaa, vous avez vraiment de la répartie, mon ami, je suis paralysé par la honte, vous avez touchez mon point faible et m’avez mis à jour en place publique... (rires)

Idéologue ? hihihi ... est-ce que tous les vietnamiens qui regrettent cette guerre stupide sont des idéologues ? j’en doute...

C’est vrai que cette discussion est assez drole... Attention, vous êtes cernés par des vietcong communistes !!! Sortez les B52 !! Vous inquiétez pas, c’est justifié !! Mort de rire...

ah l’encyclopedie...

est-ce la nouvelle bible par laquelle nous devrions tous voir le monde et son histoire ?? Un permis pour s’exprimer ??
Les milliards d’individus qui n’y ont pas acces sont des idiots (et vous l’éclairé) ??? La rigueur aussi, peut faire rire...

En réalité, les USA devrait aller finir ce qu’ils avaient commencer la-bas, non ? Comme ça tous les petits vietnamiens pourraient chacun avoir une encyclopedie chez eux...

Qu’en pensez-vous cher ami ?

01/11/2004 13:02 par Anonyme

Bonjour,

J’ai relu mon message initial car j’ai fini par avoir un doute sur ce que j’avais écrit. Mais non ... Où ai-je dis que je justifiais les USA contre le Vietnam ? Mmmh ? C’est l’argumentaire utilisé qui me fait réagir. C’est tout ...

Pour le reste, les attaques perso sur l’encyclopédie, l’éclairage ... et la couleur de la tapisserie dans ma piaule, là chuis bien d’accord, les lecteurs de ce forum ne doivent pas être passionnés. On doit pouvoir faire mieux comme débat ...

Respectueusement.

01/11/2004 15:10 par Anonyme

Cher interlocuteur

il est vrai que mes attaques persos étaient mal placées, j’ai été maladroit et je m’en excuse.

J’en voulais à l’encyclopedie et voila que c’est à vous que je m’en prends...

Mais tout ceci n’est finalement pas si grave, car je pense que nous nous serions compris, vous et moi, en d’autres circonstances. Car au final, nos opinions respectives ne se limitent pas à ce forum, je l’espere.

Sincères salutations.

PS : j’espere qu’au moins nos échanges ont fait rire la rédaction ou du moins quelques lecteurs, ça sera toujours ça de gagner... hihihi :)

27/10/2004 18:16 par Guillermo

Jusqu’ici on avait le colonialisme, l’impérialisme, le sionisme... maintenant on a l’américanisme, défini (je cite) comme "les mythes héroïques d’une super secte, à laquelle la publicité et les relations publiques ont donné, au XXe siècle, le statut d’une idéologie".

On retrouve le jeu habituel de l’intellectuel d’extrême gauche qui consiste à expliquer la passé et même la destinée des institutions ou des pays en mettant à jour leur idéologie fondatrice (Ainsi - par exemple - Israel est condamnable non pas simplement à cause de l’occupation des territoires, mais parce qu’issu du sionisme, doctrine que l’on assimile au colonialisme, etc). Maintenant on a un nouveau -isme, spécifiquement créé pour les Etats-Unis « dont le véritable enjeu est clair, la poursuite d’un projet qui a commencé plus de 500 ans en arrière ». Voilà depuis les début les Etats Unis sont le mal, c’est écrit dans leur doctrine issue du colonialisme !

Ensuite c’est le catalogue habituel des anti-américains, avec les approximations qui les arrangent, en faisant fi de la guerre froide (Vietnam, Afghanistan), des deux guerres mondiales, etc. Soyons clairs : le messianisme américain est insupportable, leur histoire est violente, il ne fallait mieux pas être noir ou indien au 19eme siècle, etc. Mais pourquoi toujours raisonner à partir des superstructures (pour parler comme un marxiste) et ne pas simplement considérer que les américains, comme l’ensemble des états-nations, défendent brutalement leurs intérêts avant tout, que leurs interventions sont souvent néfastes (au vietnam ou ailleurs), mais parfois bénéfiques (ce sont les seuls a avoir pu arrêter la guerre de l’ex-yougoslavie, et à s’être opposés aux ultranationalistes serbes, pendant que l’Europe regardait ailleurs…). La seule différence de taille, c’est leur puissance économique et militaire… qui heureusement atteint ses limites en Irak.

L’explication par l’idéologie permet aussi de s’abstraire du contexte. Les démocrates s’en sont pris à Cuba ou a l’Amérique Latine… durant la guerre froide. C’est peut être un prétexte foireux du point de vue des peuples concernés qui se sont ramassé les bombes, mais bon l’URSS était derrière Cuba, la Chine derriere le Vietnam, etc. Une fois ce cap passé, quel est le bilan des démocrates, de Clinton ? Il intervient en Somalie et il se plante ; il intervient contre les serbes, et il tente de régler le conflit israelo-palestinien, hélas sans succès. Dans le genre hégémonie militaire violente, il y a pire. Quant à l’histoire de l’embargo sur l’Irak, le peuple irakien en a souffert, mais n’est ce pas un peu la faute (aussi) de son dirigeant ?

Enfin ce texte rappelle un peu les prises de positions a la laguillier (pas de distinction entre le fascisme et les autres partis bourgeois…)

29/10/2004 17:35 par Oncle Ho

Rien que vos phrases :

"On retrouve le jeu habituel de l’intellectuel d’extrême gauche"

et

"les prises de positions a la laguillier"

sont contradictoire avec une autre de vos phrases :

"L’explication par l’idéologie permet aussi de s’abstraire du contexte".

En d’autres termes vous reprochez aux autres ce que vous meme vous appliquer à vos raisonnements...

Quant à votre critique sur "l’américanisme" et "au catalogue habituel des anti-américains", je trouve ça ridicule. C’est digne de quelqu’un qui ne subit pas directement la politique américaine (c’est à dire un bon petit francais, par ex, qui se paye le luxe de relativiser, bien loin des bombes et qui repense avec nostalgie au débarquement et à l’ex-yougoslavie)

Les gens qui sont (ou ont été) "sous les bombes" se foutent effectivement de votre opinion relativiste, du débarquement de normandie ou de l’ex-yougoslavie, je peux vous l’assurer !

Mais le plus grave, à mon sens, se trouve dans votre phrase :

"mais bon l’URSS était derrière Cuba, la Chine derriere le Vietnam, etc"

Et alors ? ça justifie d’aller tester son armement dans les pays pauvres ? ah non, c’est vrai, il y avait la guerre froide, pardon... alors c’était justifié ...

"leurs interventions sont souvent néfastes (au vietnam ou ailleurs), mais parfois bénéfiques"

je ne dirais pas "néfaste", mais "catastrophique" plutot. Et comment s’y prennent-ils pour réparer leur faute ?

Ils nous demande encore à nous vietnamiens, de montrer des preuves "scientifiques" que nos enfants ont été touchés par l’agent orange (alors que leur pilotes de l’époque sont eux-meme toucher, et il y aura des doutes sur les populations qui étaient en dessous ????)

j’appelle ça du foutage de gueule...

bon je ne vais pas démonter un à un vos arguments, ça me fatigue déjà ... je vous souhaite de rester longtemps dans votre bon petit fauteuil loin des bombes pendant que d’autres reconstruisent leur pays...

Relativiser est un loisir de nantis.

01/11/2004 20:33 par guillermo

personnellement je ne vois pas de contradiction directe entre les différentes phrases citées : l’idéologie c’est bien pratique pour ne pas penser au contexte, c’est exactement ce que fait arlette quand elle juge que chirac ou le pen c’est bourgeois et donc identique, elle fait abstraction du contexte au nom de l’idéologie, et c’est une habitude d’extreme gauche assez enervante.

Je respecte completement votre point de vue vietnamien, qui peut expliquer une haine absolue contre l’amérique du fait de ce que vous ou votre famille, amis, peuple, avez pu subir. Cependant ce probleme ou la violence et guerre sont imposées sans raison valable a un peuple qui ne demandait rien s’est déja posé dans quelques autres cas, plus ou moins comparables. Par exemple je suis d’origine arménienne et pourtant je n’en veux pas individuellement aux turcs d’avoir commis un génocide contre "mon" peuple, mais j’ai plus de probleme avec la position négationniste du gouvernement turc (d’accord avec vous sur le coup de l’agent orange, c’est abject).
mais ce texte n’a qu’un but,condamner sans équivoque les états unis et d’en faire la patrie du mal absolu, en occultant les autres faits - et condamner au titre d’une approche "relativiste" toute mention du débarquement ou de la yougoslavie va exactement dans ce sens, genre les usa ne font que le mal et le reste n’existe pas parce que ca cadre pas avec le supplice des indiens ou des vietnamiens. Plutot que de dire que les usa sont les méchants de toute éternité (ou au moins depuis 500 ans) je prefere que l’on critique de maniere a faire évoluer leur politique ; certes il y a encore du travail au vue de l’irak, mais justemment kerry ne serait jamais allé la bas (aucune raison valable), au contraire de ce que raconte cet article imprécis et ultra partial.
Alors oui je "relativise", mais si on ne nuance pas on ne comprend rien et on ne va nulle part.

02/11/2004 01:51 par Oncle Ho

"l’idéologie c’est bien pratique pour ne pas penser au contexte"

je suis totalement d’accord la-dessus.
les idéologues de tous bords m’enervent autant que vous. Mais ne vous contredisez pas en affirmant que tous les gens "d’extreme gauche" sont comme ça... sinon votre argument ne vaut plus rien. vous me suivez ?? la meilleur façon de combattre cela est encore de ne pas faire la même chose qu’eux...

voila pour la contradiction (j’avoue que je n’ai pas été très clair dans le premier message, l’émotion, sans doute)

Sinon, entierement d’accord avec le reste de votre message. Cela dit ne vous inquietez pas, je ne suis pas anti-américain pour un sous, j’ai toujours aimé ce pays, comme la majorité de la population sur terre d’ailleurs je pense (ouvertement ou secretement). Les USA ont beaucoup "d’admirateurs" et c’est pour cela qu’il est très difficile les critiquer (meme ceux qui soi-disant les haient, sont en faite envieux).

Reste qu’avant d’intervenir où que ce soit, ils feraient mieux de se preoccuper du bordel qui laisse derriere eux (et ils ne sont pas les seuls à se conduire de la sorte, hein les français ?). C’est plus precisement ça qui m’enerve.

Autrement, mon opinion est que les USA ne peuvent remplacer l’ONU. Et c’est exactement ça qu’ils veulent faire.
Je les condamne malgré tout, non par ce qu’ils sont américains, mais parce qu’ils n’ont, souvent, ni la légitimité, ni les moyens, ni les compétences pour le faire. Il ne suffit pas d’avoir une armée (ou une économie) surpuissante pour remplacer l’ONU ! Il y a quand même d’autres moyens que la liasse de dollars, la bombe atomique, l’agent orange ou l’uranium appauvri, non ?
Mais comme vous l’avez dit tres justement plus haut, c’est plutot pour leur propres interets que pour "instaurer" des démocraties...

Pour ce qui est de "relativiser" je suis evidemment, encore, completement d’accord (qui ne le serait pas ?). Mais je voulais preciser (maladroitement, j’en conviens) que c’est un sport qui se pratique loin des bombes. Il faut bien comprendre ça lorsqu’on parle des gens qui en ont souffert. La guerre, ça a tendance a vous obscurcir l’objectivité...

Voila, c’était le point de vue du petit viet du coin. Merci à vous Guillermo et à la rédaction pour votre patience. D’autres m’auraient censurer pour ma virulence déplacée... (heureusement mon ridicule m’a pas encore tué)

Sincères salutations

< :)

01/11/2004 22:45 par Anonyme

Bonsoir,

Je repars sur une nouvelle réponse car le jeu de l’indentation rend les messages illisibles.

J’accepte sans problèmes la petite "rectification" ;)). Je comprends parfaitement que le point de vue de qqun qui a pu vivre de l’intérieur ces drames puisse démarrer un peu "brutalement" comme vous le faites. J’avais compris qu’il s’agissait d’un point sensible. Ceci n’excuse toutefois pas les "facilités" que l’on peut parfois utiliser pour dégommer les USA. Je pense malheureusement qu’il y a déjà assez de faits qui démontrent que les USA ne sont pas la "gentille démocratie leader du monde libre" que l’on voudrait nous vendre pour ne pas en rajouter.

C’était le sens de mon intervention.

Voili voilou. Sur ce, je vous salue et vous souhaite bon courage dans votre combat (en suggérant toutefois d’éviter d’autres facilités comme l’image du "bon petit français". Cela me fait un peu trop penser au "bon noir fainéant" ou au "gentil asiatique travailleur" ....).

Mais bon on va pas se bastonner encore là -dessus. Je pense que nous nous sommes compris.

Tshaw Oncle Ho.

02/11/2004 02:00 par Oncle Ho

ok pour le "bon petit français", mea culpa, je l’enleve de mon arsenal immédiatement.

< ;)

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