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Chirac à Netanyahou : « Je ne crois pas un mot qui sort de votre bouche ».
Si je quitte ma maison, je quitte Gaza et je quitte la Palestine
Guy CHAPOUILLIE

C’est l’enfer à Gaza et je me sens à l’heure où l’homme fuit le jour artificiel des médias en folie qui me visent sans sommation avec des phrases qui font frémir comme celle de Pascal Perri, « il y a un antisémitisme couscous » (31 octobre sur LCI) relayé par un chapelet de communiqués de guerre israéliens destiné à faire peur, à terroriser. Et gare à vous si vous ne suivez pas la ligne otanisée qui attise ignominieusement le feu qui consume Gaza.

C’est dans ce concert qui joue la défaite de la pensée, que Gérald Darmanin saisit la justice contre les propos de la parlementaire Danièle Obono sur le Hamas sans rien dire lorsque le chanteur Enrico Macias déclare sur CNEW, à propos de ceux qui manifestent leur soutien aux palestiniens, « qu’il faut les dégommer »... « même physiquement » ajoutera-t-il devant la réaction d’un journaliste interloqué : voici un appel au meurtre contraire à toutes les valeurs qui fondent notre République où le deux poids-deux mesures n’a pas sa place.

Le 31 juillet 1914, juste avant son assassinat, Jean Jaurès sentait la guerre et pensait que le plus grand danger du moment était dans l’énervement qui gagne, dans l’inquiétude qui se propage, dans les impulsions subites qui naissent de la peur, de l’incertitude aiguë, de l’anxiété prolongée. Relisons-le bien, car quelque chose d’approchant nous met en danger de perdre la raison et de refouler notre aptitude à comprendre et à critiquer.

Suis-je vraiment encore de ce monde qui ne sait plus nommer les choses ou bien les dénomme ou les surnomme à donner la nausée. Un monde qui traque la discussion et vous met en demeure de choisir votre camp alors que je sens si bien mes ressemblances avec tous ceux qui souffrent pour accepter ce choix criminel. Je chéris la vérité, la vérité complexe, souvent hors d’atteinte, qu’il faut fréquenter avec sincérité, sagesse, une vérité qu’il faut regarder dans les yeux, aussi noire soit-elle et non pas la version impérialiste de la vérité selon ceux qui affirment que les choses qu’ils comprennent sont les seules qu’il faille comprendre et qui enseignent à tout le monde la manière la plus efficace de devenir aussi aveugles qu’eux-mêmes, fanatiques.

Cependant, là où croit le désespoir, peut croître aussi l’espoir d’une autre approche de la vérité. Il y a la protestation de l’historien israélien Ilan Pappé qui déclare le 16 novembre 2023 qu’il est difficile d’écrire quoi que ce soit qui ne vise pas à informer sur le génocide en cours et à joindre notre voix à ceux qui font tout ce qu’ils peuvent pour y mettre fin. C’est ensuite l’enquête d’un journaliste du quotidien israélien Haaretz qui rapporte que « les commandants sur le terrain ont pris la décision de bombarder les maisons d’un kiboutz et leurs occupants afin d’éliminer les terroristes et en même temps les otages ». Puis à leur tour, des journalistes de la BBC déclarent n’avoir rien trouvé de comparable à la modélisation 3D d’une installation de la Direction du Hamas sous l’hôpital Al-Shifa qui a fait le tour du monde. Personne ne dit que l’attaque du Hamas est une chimère, mais le récit du gouvernement israélien s’effrite et je me souviens de ce qu’a dit Jacques Chirac lors d’un face à face avec Netanyahou, les yeux dans les yeux, « Je ne crois pas un mot qui sort de votre bouche. Toute votre politique consiste à provoquer les Palestiniens ». Un jugement à rapprocher de la confidence de Nicolas Sarkozy à Barack Obama saisie par un micro indiscret, « Netanyahou, il ment tout le temps... j’en ai marre ». Le 20 octobre, sur Europe n°1, Jacques Attali va plus loin en qualifiant Benjamin Netanyahou de criminel de guerre, « il est plus nuisible que les adversaires les plus terribles », puisqu’il estime que tous les gens de Gaza sont des terroristes ou bien des sympathisants du terrorisme ou encore des boucliers humains et sont par conséquent des cibles légitimes. En un mot, tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ! Je suis au comble de la nausée, je me sens désarmé.

Mais cela n’est pas le tout, alors que nos regards sont aimantés par Gaza, la colonisation des terres palestiniennes continue en Cisjordanie où des colons radicaux font du nettoyage ethnique leur quotidien, sous la protection de l’armée israélienne. Ils chassent sans ménagement des familles entières de leurs maisons, de leur terre, tout cela en vertu du programme du gouvernement de Benjamin Netyanhou qui dit clairement que le peuple juif a un droit exclusif et inaliénable sur la terre d’Israël. Le gouvernement développera l’implantation partout, y compris en Judée-Samarie, c’est-à-dire en Cisjordanie. C’est tout simplement une colonisation de peuplement, sans doute une manière de réparer le monde ou plutôt d’aménager le leur. Une manière qui a surgi il y a plus de soixante dix ans avec les massacres des populations de villages palestiniens afin de terroriser les vivants partis nombreux pour un exode toujours sans retour et dont le nom résonne comme une catastrophe « la Nakba ».
Le 9 avril 1948, d’après la presse et différents commentateurs de l’époque, 120 combattants de l’Irgoun et du Lehie auraient massacré 254 personnes.

Le 9 octobre 1956, des hommes du Magav, la police des frontières israélienne, abattirent de sang-froid 51 civils dont 15 femmes et 11 enfants âgés de 8 à 15 ans près du village de Kafr Qassem.

Le 26 octobre 2014, le président israélien Rivlin Reuven s’est rendu à Kafr Qassem pour fleurir la plaque commémorative aux noms de l’ignoble forfait. Il a fortement condamné le massacre qu’il a qualifié de « crime terrible pesant lourdement sur la conscience collective d’Israël ».

Reconnaître les faits mais n’en poursuivre pas moins la colonisation en plein XXIème siècle où les anciens pays colonisateurs rongent encore leurs remords, c’est se moquer du monde.

Alors, quand la violence répond à la violence parce que toutes les autres routes ont été coupées, pourquoi celle de l’oppresseur serait-elle moins condamnable que celle de l’opprimé ? Et quand on nous fait savoir que l’opprimé veut la disparition de l’oppresseur, alors que concrètement, sous nos yeux, c’est le gouvernement de Benjamin Netanyahou qui détruit méthodiquement le peuple palestinien jusqu’à présenter à l’ONU une carte du Moyen-Orient sans la moindre trace de la Palestine, que dire d’autre que nous assistons à un génocide ou quelque chose d’approchant. C’est vrai, 2,3 millions de personnes ont un pronostic vital très peu favorable. L’histoire retiendra que nous étions au courant et que nous avons laissé faire, découragé parfois comme le dit cette ultime lettre de Craig Mokhiber :

Monsieur le Haut Commissaire, nous échouons à nouveau.
À Gaza, les habitations, les écoles, les églises, les mosquées et les établissements médicaux sont attaqués sans raison et des milliers de civils sont massacrés. En Cisjordanie, y compris à Jérusalem occupée, les maisons sont saisies et réattribuées en fonction uniquement de la race. Par ailleurs, de violents pogroms perpétrés par les colons sont accompagnés par des unités militaires israéliennes. Dans tout le pays, l’apartheid règne.
Ceci sera ma dernière communication officielle en tant que Directeur du Bureau de New York du Haut Commissariat aux droits de l’homme (OHCHR).
Israël devra négocier et il y aura des échanges de prisonniers, ce qui n’est pas si mal, sans pour autant nous éclairer sur le sort réservé aux milliers de Palestiniens retenus administrativement, sans raison déclarée, sans jugement, de véritables otages quoi ! Et après, comment éviter le retour de la dévastation dont le Général de Gaulle a décrit le mécanisme qui voit Israël organiser, sur les territoires qu’il a pris, l’occupation qui ne peut aller sans oppression, répression, expulsions, et où se manifeste contre lui une résistance, qu’à son tour, il qualifie de terrorisme ?

Face à ce constat de mauvais augure, Ziad Meddoukh, habitant de Gaza, répond avec raison, non sans douceur ni détermination.
Bonsoir de Gaza sous les bombes
Il est 20h30 ce mardi 31 octobre 2023
25 jours d’horreur absolue et ça continue
Mais j’arrive à survivre sur cette terre brûlée
Je me sens impuissant face à cette injustice et cette oppression
Mais je n’ai pas de haine
Je supporte l’insupportable
Dans une région dévastée et laissée à son sort.
Je suis libre malgré l’occupation
Je ne laisserai jamais le désespoir me dominer
Si je quitte ma maison, je quitte Gaza et je quitte la Palestine.

Guy Chapouillié

*Réalisateur, fondateur de l’ESAV (l’Ecole Supérieure d’Audiovisuel) de Toulouse qu’il dirigea jusqu’en 2010.

 
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