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Réélection d’Almagro à l’OEA jugée « lamentable » par le Mexique
Luis Alberto REYGADA

En fonction depuis mai 2015, le diplomate Luis Almagro vient d’être réélu au poste de secrétaire général de l'Organisation des États Américains. Par la voix de sa représentante, le Mexique n’a pas manqué de manifester sa déception en critiquant énergiquement l’ancien ministre des affaires étrangères de José Mujica dont les positions politiques s’alignent bien souvent sur les intérêts de Washington.

L’uruguayen Luis Almagro a été réélu pour un nouveau mandat de cinq ans au poste de secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA) par la 54ème Assemblée générale extraordinaire. Sa candidature, poussée par les États-Unis, le Brésil et la Colombie, a obtenu le 20 mars dernier le soutien de 23 des 34 membres de l’organisation basée à Washington.

Cette réélection a été qualifiée de "regrettable" par le Mexique par l’intermédiaire de sa représentante, l’ambassadrice Luz Elena Baños Rivas, qui a souligné qu’Almagro entame son deuxième mandat non seulement avec un manque de soutien, mais aussi avec le rejet d’un important groupe d’États.

La diplomate n’y est pas allée par quatre chemins pour critiquer la gestion de l’ancien ministre des affaires étrangères de José Mujica, n’hésitant pas à dénoncer la direction partiale de l’organisme sous l’égide d’un secrétaire général qui « a agi comme un État membre au lieu d’un facilitateur du dialogue entre les différents membres ». [1]

En fonction depuis 2015, Almagro s’est en effet toujours plus illustré par sa gestion très partisane des dossiers qui cristallisent l’attention des chancelleries du continent plutôt que par ses talents de conciliateur. Au sujet de la crise vénézuélienne, il a opéré en tant que critique acharnée du président Nicolas Maduro, allant jusqu’à déclarer –en septembre 2018– ne pas exclure une intervention militaire pour renverser le gouvernement en place.

En octobre 2019, il a fermement condamné les manifestations populaires auxquelles ont été confrontés certains gouvernements conservateurs du Cône Sud comme le Chili, la Colombie ou encore l’Équateur, voyant dans ces protestations la main pernicieuse des gouvernements vénézuélien et cubain.

De nombreuses voix ont aussi dénoncé le rôle tendancieux joué par l’OEA dans le cadre de la crise post-électorale qui a frappé la Bolivie en novembre dernier, laquelle s’est soldée par la démission forcée du président Evo Morales et son exil vers le Mexique. L’organisation dirigée par Almagro n’avait en effet pas hésité à se ranger du côté des conservateurs : en dénonçant dans un rapport officiel une supposée fraude électorale, elle avait fourni un puissant point d’appui aux opposants de Morales et de fait aidé à légitimer le coup D’État qui déboucha sur la prise du pouvoir par l’extrême droite bolivienne. [2]

Ainsi, pour la représentante du Mexique, la réélection d’Almagro « exprime le renforcement des différences et des fractures qui caractérisent l’hémisphère » alors que l’organisation a besoin d’un secrétaire général « qui comprenne que son rôle doit être impartial, objectif, et de constant facilitateur de dialogue productif entre les [États] membres, à la recherche de solutions pacifiques et issues du consensus ». Tout en insistant sur le fait que l’OEA ne devrait pas se réjouir d’une élection qui marque le « triomphe des mauvaises pratiques démocratiques » et de la « confrontation entre les États », la représentante du gouvernement d’Andrés Manuel Lopez Obrador a indiqué que son pays allait redoubler d’efforts pour que l’OEA retrouve la vocation qui avait motivé sa création. « Aujourd’hui plus que jamais, les peuples de notre continent ont besoin d’une OEA qui veille à l’égalité juridique des États, respecte [le principe de] non-intervention dans les affaires intérieures et qui soit régie par le respect inconditionnel du droit international », a-t-elle exprimé lors de la séance plénière.

La victoire d’Almagro représente une déroute pour l’alliance conduite par le Mexique et l’Argentine, pays qui soutenaient la candidature de l’équatorienne María Fernanda Espinosa, ancienne ministre des affaires étrangères du président Rafael Correa, comptant sur sa victoire pour tempérer les divisions politiques qui minent l’organisme crée en 1948.

De son côté, le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a salué la réélection d’Almagro tout en exprimant sa confiance en lui pour « continuer d’œuvrer en faveur de la démocratie, la sécurité et la prospérité du continent dans la liberté et le respect des droits de l’homme ». Tout porte à croire que l’OEA aura bien du mal à se défaire de son image de « ministère des Colonies » des États-Unis.

Luis Alberto Reygada (@la_reygada)

NOTES

[1] Pour visionner l’intervention finale de la représentante du Mexique lors de la session de la 54ème Assemblée générale de l’OEA (à partir de la minute 44:23) : https://www.youtube.com/watch?v=5Qr26lvrr8Y.

[2] Le rapport de l’OEA sera ensuite largement discrédité par des chercheurs du Massachusset Institute of Technology dans une enquête publiée par le Washington Post ; lire John Curiel, « Bolivia dismissed its October elections as fraudulent. Our research found no reason to suspect fraud », The Washington Post, 26 février 2020. http://www.washingtonpost.com/politics/2020/02/26/bolivia-dismissed-its-october-elections-fraudulent-our-research-found-no-reason-suspect-fraud/

 
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