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Avec le président Trump aux commandes, le Japon se sent abandonné.
Andre VLTCHEK

Avec Trump, Tokyo risque de perdre sa position de samouraï embauché par les Américains mais il s'oppose toujours à Pékin et à Moscou. Cela ressemble à « un film kitch sur les arts martiaux », estime Andre Vitchek, journaliste américain.

Le Japon déplore votre départ, Barack Obama ! Vous étiez un gouvernant prévisible et un impérialiste réellement traditionnel. Vous parliez si bien et vous tourmentiez ces colonies rebelles avec efficacité et un zèle admirable !

Ce qui arrive est tout nouveau et donc effrayant. Le Japon, docile et discipliné, déteste historiquement l’imprévisibilité.

Le fait de se prostituer ne le dérange pas, mais seulement si cela apporte des avantages tangibles et significatifs, et aussi longtemps que le protocole strict et le décorum sont pleinement respectés. Le scénario à venir pourrait donc être redoutable : ce nouveau type, de l’autre côté de la mer, pourrait bientôt détruire toute l’étiquette, en appelant les prostituées et les profiteurs par leur véritables noms.

Maintenant, le gouvernement japonais et les grandes entreprises tremblent de peur, jour et nuit. Quels changements sont à venir ? Comment plaire au nouveau seigneur qui parle grossièrement ?

« Le Japon était exactement là, où il est censé être : dos au mur, vieillissant, mais toujours désirable, consommant des montagnes de caviar et d’huîtres »

10 millions de dollars seront dépensés – ou devrait-on dire investis –aux États-Unis par le géant automobile Toyota pour amadouer le nouvel empereur. Pourquoi pas, si cela en vaut véritablement le prix ! L’empereur doit être content. Le Japon est prêt à s’armer jusqu’aux dents, provoquant du même coup la Corée du Nord et surtout la Chine ? Oui et encore oui, à condition que l’équilibre global des forces qui était en faveur du Japon, de la Corée du Sud et de Taïwan depuis des décennies, reste intact.

Le Premier ministre conservateur nippon, Shinzo Abe, ne veut pas de développements « dangereux », ni de déviations. Quant à lui, les choses vont juste aussi bien qu’avant. Pas parfaitement, mais c’est acceptable. Le Japon était exactement là, où il est censé être : dos au mur, vieillissant, mais toujours désirable, consommant des montagnes de caviar et d’huîtres.

Toutefois, les choses évoluent rapidement et, on pourrait même dire, de manière irréversible. Le nouveau président américain, Donald Trump, fait une réaction allergique à la Chine, aussi bien qu’à certains autres pays asiatiques. Il prêche le protectionnisme et une forme extrême de nationalisme, quelque chose qui ressemble fort aux pratiques commerciales japonaises du passé. 

« L’archipel a été autorisé à être protectionniste, en échange de son obéissance politique inconditionnelle »

D’une manière ou d’une autre, cela ne semble pas jouer en faveur du Japon. L’archipel a été autorisé à être protectionniste, en échange de son obéissance politique inconditionnelle. Ils pensaient qu’on leur avait donné des prérogatives presque exclusives. Mais maintenant, paradoxalement, le Japon essaie de sauver le partenariat trans-pacifique, le TPP, un accord de libre échange entre 12 nations, que Donald Trump veut annuler. Le Parlement japonais a même ratifié le traité à la fin de l’année 2016. Foreign Policy Magazine (FPM) a fait savoir dans un rapport publié en janvier 2017 : « Abe veut être le dernier samouraï du TPP ». En fait, Shinzo Abe cherche désespérément à sauvegarder la position dominante de son pays, au moins en Asie, principalement en opposition à la Chine, qui négocie intensément son propre accord de partenariat avec quelques pays asiatiques, intitulé Partenariat régional économique (ou RCEP pour Regional Comprehensive Economic Partnership). Shinzo Abe tente également de pousser ses brutales reformes néolibérales qui se heurtent à la résistance du peuple japonais.

FPM a écrit : « Le TPP sert de prétexte commode au gouvernement qui est maintenant obligé d’entreprendre des réformes impopulaires, lui permettant de renforcer son programme d’« Abenomics ». Blâmer les outsiders pour de telles actions non-japonaises, est une manœuvre politique populaire qui a même obtenu le nom particulier de gaïatsu (pression extérieure).

Le désir désespéré du Japon de demeurer une superpuissance régionale le fait se rapprocher encore plus de l’Occident, et, en particulier, des États-Unis. Depuis la Seconde Guerre mondiale, le pays était entièrement dépendant de Washington (et de ses dogmes commerciaux fondamentalistes) au point qu’il a presque rejeté sa vision globale et abandonné sa politique étrangère. 

« Une fois qu’il a été placé totalement sous contrôle de l’Occident, le monolithe des pays du Sud-Est asiatique a commencé à se fissurer »

En même temps, le Japon essaie de pénétrer davantage et de subjuguer les autres pays du Sud-Est asiatique, en les arrachant littéralement au contrôle croissant de la Chine et de la Russie. C’est un jeu très complexe et souvent bizarre, lorsque le gouvernement d’Abe a l’habitude d’agir par l’inertie, en faisant ce que l’on attendait de la part des administrations américaines précédentes. 

Une fois qu’il a été placé totalement sous contrôle de l’Occident, le monolithe des pays du Sud-Est asiatique a commencé à se fissurer : les Philippines sous la présidence de Duterte et le Vietnam, après quelques changements fondamentaux de leadership au début de l’année 2016, se rapprochent de la Chine et s’écartent de l’orbite de Washington. Même la Thaïlande, l’un des alliés les plus dépendants de l’Occident durant la guerre froide, est en train de découvrir rapidement les nombreux avantages d’un renforcement de ses relations avec Pékin.

En Asie, la résistance contre l’impérialisme occidental est à la hausse, et le Japon est pris de panique. Il collaborait depuis si longtemps, qu’il a perdu jusqu’à la mémoire d’une démarche indépendante. En échange de sa trahison de l’Asie, il a obtenu des bénéfices significatifs ; le fossé entre son niveau de vie astronomique et celui des autres pays de la région était exorbitant, mais maintenant, l’Indice de développement humain (IDH) place devant lui un pays comme la Corée du Sud. La Chine socialiste est farouchement indépendante, rattrape son retard, non seulement sur le plan économique, mais aussi aux niveaux scientifique et technologique, et cela concerne aussi les standards de vie. 

La question essentielle n’est jamais posée ouvertement, mais elle se glisse dans le subconscient de plusieurs Japonais : « Est-ce qu’il valait vraiment la peine de collaborer aussi effrontément avec l’Occident et pendant si longtemps ? » Plus déroutantes et préoccupantes sont les réponses, plus agressif est le comportement des simples citoyens japonais : le racisme contre les Chinois et les Coréens progresse. Il est souvent fondé sur la frustration causée par la défaite ; parfois cela découle de la honte.

« Le Japon n’a jamais reconnu entièrement sa responsabilité pour l’immense douleur qu’il a causée à certains pays asiatiques, notamment à la Chine »

Le présent est entrelacé avec l’histoire et son interprétation. A Nagasaki, je discutais une fois de plus de la complexité du passé japonais avec le légendaire historien australien, Geoff Gunn. Le Japon n’a jamais reconnu entièrement sa responsabilité pour l’immense douleur qu’il a causée à certains pays asiatiques, notamment à la Chine, où environ 35 millions de personnes ont péri lors d’une occupation brutale et du génocide. Il ne parle pas non plus de son rôle dans la guerre de Corée ni des crimes commis par ses entreprises en Asie du Sud-Est et ailleurs.

Et cela ne l’empêche pas de se présenter comme une victime, à cause des bombes nucléaires qui ont détruit ses deux villes – Hiroshima et Nagasaki – à la fin de la Seconde Guerre mondiale, sans oublier l’annexion de certaines de ses îles par l’Union soviétique.

Bien sûr, le bombardement nucléaire des villes japonaises par les forces aériennes américaines (ou les bombes incendiaires lancées sur Tokyo), n’était pas censé être un châtiment pour des crimes monstrueux commis par les Japonais en Chine ou en Corée. C’était juste une expérimentation mal déguisée sur des êtres humains, ainsi qu’un message agressif d’avertissement à l’Union soviétique. Au Japon, tout est retiré du contexte historique. La mémoire collective est floue. L’occupation de certains pays asiatiques et du Pacifique Sud, l’alliance avec les forces fascistes européennes, la Seconde Guerre mondiale elle-même, l’occupation américaine et la collaboration qui a suivi avec les États-Unis, le mercantilisme des Japonais dans la guerre de Corée et encore son soutien de la politique impérialistes occidentale... Tout cela a été recouvert d’une couette réconfortante au profit d’une pseudo-réalité agréable.

« Barack Obama n’a pas présenté d’excuses aux victimes des bombes nucléaires. Au lieu de cela, il a posé pour une photo avec deux grues en papier »

Tandis que les bases militaires et aériennes américaines situées à Okinawa et à Honshu terrifiaient la Chine et la Corée du Nord, le Japon a diffusé malhonnêtement partout dans le monde ses rubriques multilingues avec pour signature : « Que la paix soit établie sur Terre », tentant de se sentir bien et de se féliciter pour sa « Constitution pacifique » (rédigée par les États-Unis après la guerre).

En 2016, un proche allié de Shinzo Abe, Barack Obama, a visité le parc de la paix à Hiroshima sans présenter pour autant des excuses aux victimes du feu nucléaire. Au lieu de cela, il a posé pour une photo avec deux grues en papier traditionnelles, le symbole local de la paix, et il a prononcé un discours sur les souffrances que les gens subissent à cause des guerres. Il a écrit un message afin de promouvoir l’élimination des armes nucléaires, et ensuite, il a signé un livre, en plaçant une grue en papier à côté de sa signature.

Comme il est touchant !
 
Les médias japonais serviles couvraient loyalement l’événement. Personne n’était mort de rire ; personne ne s’est senti mal en public, alors qu’on rappelait les innombrables guerres, les opérations meurtrières secrètes, les tours de force et les assassinats ciblés qui ont eu lieu quand Monsieur Obama était à la tête de son Empire agressif. Quelque mois plus tard, Shinzo Abe s’est rendu à Pearl Harbour. Tout comme son homologue à Hiroshima, il a parlé des souffrances des militaires américains basés à Hawaï lors de l’attaque japonaise. Il n’a pas présenté d’excuses, mais il est devenu sentimental, même poétique.

Au final, presque tout le monde se sentait bien, au moins ceux qui habitent au Japon et en Occident. Les autres sont peu importants, en tout cas !

Aujourd’hui, un tel scénario semble déjà obsolète. Un nouveau réalisateur est sur le devant de la scène, il crie sur les acteurs, en tapant avec sa canne sur les chaises, insultant les protégés de ses prédécesseurs.

« Une option possible et traditionnelle pour s’enfuir est le suicide rituel. Il paraît que c’est exactement cela que les dirigeants du Japon sont en train de faire »

Le Japon est terrifié. Il apprécie la continuité et la certitude. Il joue selon les règles. Cela n’a pas l’air bon. Cela pourrait ne pas bien se terminer, pas bien du tout. La Chine et la Russie sont en train d’émerger, indignées et finalement unies. Plusieurs pays asiatiques changent de parti. Le président des Philippines traite les dirigeants occidentaux de « fils de putes ». L’Inde, désormais le pays le plus largement peuplé de la Terre, serre les dents...

Au Japon aujourd’hui, certains se demandent (secrètement et silencieusement) s’ils ont toujours misé sur le mauvais cheval. Comment un samouraï peut-il renoncer à ses allégeances sans perdre la face ? Comment peut-il sauver son cul, quand son armure commence à brûler ?

Ce n’est pas facile ; le code de l’honneur est extrêmement strict, même si, privé de sa couche de décoration, il est stupide et n’a pas de sens. Une option possible et traditionnelle pour s’enfuir est le suicide rituel. Il paraît que c’est exactement cela que les dirigeants du Japon sont en train de faire : ils soulèvent la bannière abandonnée sur le champ de bataille par le chef de guerre précédent, ils essaient de réunir certains de leurs alliés dispersés et de les mener ensuite à la bataille futile contre la créature la plus puissante de la Terre – le Dragon, et, par association, contre l’ami et le camarade du dragon – l’Ours. Cela commence à ressembler beaucoup à un film kitsch sur les arts martiaux ou à l’ensemble de mouvements irrationnels effectués par un sportif désespéré avant qu’il ne tombe.

Tout cela pourrait, pourtant, être extrêmement décevant, étant donné que Shinzo Abe n’est pas un idiot. Il joue un très beau jeu et il a encore certaines chances de l’emporter : si le nouveau seigneur Donald Trump décide de dépasser tous les dirigeants qui l’ont précédé en termes de brutalité et d’agressivité, tout en réembauchant le vieux samouraï expérimenté, le Japon, pour un assaut meurtrier contre l’humanité. Il est utile de se rappeler que tout au long de l’histoire du Japon, tous les samouraïs ne se battaient pas pour l’honneur. La majorité d’entre eux étaient des mercenaires.

Andre Vltchek

 
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