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Où en est la Grèce ?
Le cynisme aveugle des "négociations fermes"
Costas LAPAVITSAS

Après six mois d’échecs, le système politique grec, mais Syriza aussi en ne respectant pas ses promesses, ont maintenu la Grèce dans la même impasse. Une certaine opacité, voulue par le gouvernement, entoure les « négociations » : il pense que de cette manière la réalité ne transparaîtra pas. Il fait erreur, car les raisons de ces nouvelles « négociations fermes », en cours depuis sept mois par ailleurs, sont claires.

La première, c’est que le troisième mémorandum a déjà échoué. Mais personne, parmi les signataires, ne peut le reconnaître publiquement : ni le gouvernement, ni le FMI, ni l’UE. Ils jouent donc tous un jeu cynique ayant pour but d’éviter le coût politique de l’échec. C’est cela, justement, le contenu de ces « négociations fermes ».

La deuxième, c’est que le système politique de la Grèce et de ses satellites détenant le pouvoir économique et social, n’a aucune autre proposition pour le pays, hormis le programme catastrophique des créanciers. Il s’agit d’une impasse totale, une faillite politique et idéologique sans précédent dans l’histoire de la Grèce.

Dans cet article, j’analyse l’échec du troisième mémorandum. Les « négociations fermes », la perspective grecque, le futur de l’Europe, tandis que la proposition alternative pour notre pays et pour l’Europe, seront envisagées en profondeur les 26 et 27 avril au cours d’une journée internationale et d’une réunion publique organisées par l’ErenSep[1] à Thessalonique.

L’échec du mémorandum Tsipras

L’échec du troisième mémorandum est visible par le fait qu’il est strictement impossible d’atteindre l’objectif des 3,5% concernant l’excédent primaire en 2018. En 2015 l’économie est de nouveau entrée en récession et la situation va encore se compliquer pour 2016 et vraisemblablement pour 2017.

Les informations les plus récentes de l’autorité grecque de statistique[2] sont épouvantables :

La production industrielle sur les deux premiers mois de 2016 a été ramenée en dessous du niveau moyen de 2015, lequel était déjà tragiquement bas, représentant une diminution d’environ 35% depuis 2008.

Les exportations ne connaissent aucun dynamisme – en février elles ont baissé de 7%, y compris pour le secteur pétrolier, tandis que sans lui elles ont augmenté de façon négligeable de 3,7 %, c’est-à-dire de seulement 53,7 millions d’euros.

Dans les ventes de détails du mois de janvier, il y a eu une baisse et du chiffre d’affaires et du volume des ventes d’environ 20%. Il s’agit d’un réel naufrage étant donné que les niveaux des deux indicateurs étaient considérablement inférieurs depuis janvier 2015.

Le chômage au quatrième trimestre de 2015 était à 24,4% par rapport aux 24% du troisième trimestre, c’est-à-dire qu’il connaît une tendance à la hausse après une période de baisse.

La pire information provient d’un nouvel indicateur concernant les offres d’emploi dans l’ensemble de l’économie, exception faite de l’agriculture. Au quatrième trimestre de 2015, seules 3119 offres d’emploi étaient disponibles dans l’économie grecque ! Il s’agit d’un effondrement total.

L’image est tragique, mais malheureusement elle va encore empirer dès que les nouvelles mesures mémorandaires à caractère récessionnaire seront appliquées. Dans ce cadre, les conditions du troisième mémorandum acceptées par Alexis Tsipras l’été 2015 n’ont pas de fondement réaliste.

Les « négociations fermes » sont une tentative cynique du FMI, du gouvernement et de l’UE de masquer l’échec et d’échapper – pour les trois – au coût politique. Le destin de notre pays et de notre société les laisse complètement indifférents.

Concrètement :

Le FMI

Le FMI, dont le travail est d’établir des programmes d’ordre technocratique pour faire face aux crises du change et de l’emprunt, compte déjà à son actif deux mémorandums grecs qui sont un échec. Il a aussi sévi en Grèce avec un prêt de 20 à 30 milliards d’euros. Les dirigeants savent parfaitement que le troisième mémorandum a échoué. Mais s’ils reconnaissent ce nouvel échec publiquement, leur position va s’avérer difficilement tenable, tandis qu’une réaction de plus en plus forte va se faire parmi les membres du FMI hors Europe.

Il refuse par conséquent de donner son assentiment à une évaluation positive et met en avant des conditions encore plus dures pour 2016-17, afin de donner de la « crédibilité » à la mise en œuvre du mémorandum. Il propose également des adoucissements des conditions pour 2018 et les années suivantes, de manière à diminuer la pression prolongée sur l’économie, et naturellement, un allégement important de la dette, de manière à ce que les objectifs soient atteints. Sans déclarer ouvertement que le troisième mémorandum a échoué, le FMI tente d’infléchir, mais trop tard, les conditions de l’accord de 2015 en voulant rapiécer un programme qui reste encore inadapté.

Le gouvernement

Pour le gouvernement grec, qui s’effondre dans les sondages et a perdu toute crédibilité après le troisième mémorandum, les propositions du FMI sont, politiquement parlant, une catastrophe. Il sait parfaitement que l’objectif de 3,5% pour 2018 est intenable, et il souhaiterait tant bien que mal un allégement de la dette, comme le propose le FMI. Mais le durcissement conséquent des conditions acceptées en 2015 pour l’horizon 2016-17, comme le propose également le FMI, signifierait de larges coupes dans les retraites et l’application de taxes bien plus lourdes.

Si quelque chose subsiste encore de la dynamique du vote à Syriza, cela tient au fait qu’il n’a pas pris des mesures trop dures après l’été 2015, outre l’augmentation de la TVA, la liquidation des banques et de l’Autorité portuaire du Pirée. Les propositions du FMI pour des mesures allant encore plus loin dans l’austérité constituent un danger mortel pour le gouvernement, qui, naturellement, l’a désigné comme son plus grand ennemi. Il feint de croire que le troisième mémorandum n’a pas échoué et demande que les conditions encore plus dures ne soient pas appliquées. L’immobilisme du FMI, totalement voulu, signifie une chose : il renvoie l’allégement de la dette aux calendes grecques.

L’UE

Le calcul de l’UE est semblable à celui du gouvernement grec et s’avère tout aussi cynique. L’UE non plus ne veut pas admettre que le troisième mémorandum s’est également soldé par un échec. Elle partage par conséquent l’opinion du gouvernement selon laquelle il n’y a aucune raison pour que les objectifs à horizon 2016-17 soient plus durs, contrairement au FMI.

Il existe cependant deux différences substantielles entre l’UE et le gouvernement grec :

Premièrement, elle ne veut absolument pas entendre parler d’un allégement de la dette, c’est-à-dire une annulation d’une partie de celle-ci. Sur ce point, elle est en désaccord tant avec le gouvernement grec qu’avec le FMI.

Deuxièmement, elle sait qu’il est impossible que la poursuite du mémorandum soit acceptée d’un point de vue politique sans la participation du FMI. Ni le parlement allemand, ni le parlement finlandais, ni même de nombreux autres ne l’accepteraient.

C’est encore la Grèce qui va payer le prix fort

Le gouvernement Tsipras semble ne pas croire que l’UE, puisqu’elle ne souhaite pas d’objectifs plus durs pour 2016-17, sera son alliée dans ses choix stratégiques, l’aidant ainsi à échapper au prix politique qu’il lui faudra payer. Malheureusement pour lui, les aspirations de l’UE ne sont ni simples ni compatibles entre elles. Pour l’UE, le « problème » grec revient, une nouvelle fois, à chercher la quadrature du cercle.

Mais les tentatives infructueuses d’atteindre cette quadrature, c’est encore les plus faibles qui vont les payer. C’est cette leçon que le gouvernement Tsipras aurait déjà dû tirer après ses échecs répétés sur la scène internationale. L’UE n’est pas son alliée, elle n’envisage pas non plus d’entrer en conflit avec le FMI, quoi qu’en pensent les experts du palais Maximou.

Une solution envisageable pour l’UE consisterait à instituer aussi des mesures préventives qu’il faudra mettre en œuvre « uniquement » dans le cas où la Grèce ne réussit plus à tenir ses objectifs mémorandaires. On parle déjà de mesures d’environ 3 milliards en plus des 5,4 milliards qui ont déjà été acceptés. De cette manière le FMI pourra aussi rester dans le programme.

Une telle solution signifie que l’UE va mettre le couteau sous la gorge du gouvernement Tsipras une nouvelle fois. Il sait que celui-ci s’est rendu une fois : il se rendra encore. L’économie grecque subit une une profonde répression et ne pourra faire face aux montants importants déjà programmés pour juillet qu’il faudra verser à la BCE sans financements provenant de l’étranger. Le gouvernement grec dispose d’une marge de manœuvre très minime.

Les nouvelles « négociations fermes » entraineront sans doute la poursuite de la condamnation mémorandaire des six dernières années avec l’application de mesures très dures. La révélation de ThePressProject[3] ne laisse planer aucun doute. Le pays va continuer à connaître la crise et sombrer d’un point de vue économique, social et géopolitique, ce à quoi la société a commencé à prendre conscience en exigeant des réponses.

Traduction Vanessa de Pizzol
*source : costaslapavitsas.blogspot.gr

[1] European Research Network on Social and Economic Policy. http://www.erensep.org/index.php/en/
[2] http://www.statistics.gr/en/home/
[3] http://www.thepressproject.gr/en/

(Tranmis par Autrement. Pour compléter le dossier sur la position d’Unité Populaire, voir notamment aussi [CECI] et CECI).

20/4/16

 
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