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Être palestinien en Israël – Ségrégation, discrimination et démocratie
Ben WHITE

La Guillotine est heureuse de vous proposer sa deuxième publication. Après Europe-Israël : Une alliance contre-nature de David Cronin, traitant des relations ambivalentes entre l’Europe et Israël, cette fois il s’agit d’une investigation abordant un autre sujet peu éclairé. Alors que les Palestiniens en Israël s’imposent comme une composante incontournable de la réflexion politique et de l’action pour libérer la Palestine de l’apartheid et de la domination militaire sionistes, aucun livre en français n’expose systématiquement le régime de discrimination légalisée auquel ils sont soumis depuis la proclamation d’Israël. Or, le livre écrit par Ben White comble largement ce déficit d’information.

Ce livre traite d’une question clé ignorée par le “processus de paix” officiel et par les commentateurs les plus influents : celle de la minorité palestinienne à l’intérieur d’Israël. Malgré sa considérable population palestinienne en pleine croissance, ce pays se définit, non comme un État de ses citoyens, mais comme un État juif. White démontre que l’insistance à privilégier constamment un groupe ethnoreligieux par rapport à un autre n’est pas compatible avec les valeurs démocratiques. À moins d’y remédier, cette politique ne peut que saper toute tentative de trouver une paix durable. Ce livre démolit de façon convaincante le mythe d’Israël “seule démocratie” du Moyen-Orient. Comme le montre Ben White, le traitement des Palestiniens en Israël est la preuve ultime qu’Israël est tout sauf démocratique.

Ben White est un journaliste dont les travaux ont été publiés dans The Guardian, The New Statesman, Al Jazeera et The Electronic Intifada. Il est l’auteur de Israeli Apartheid (Pluto Press, 2009).

Chapitre 1 – Juif et démocratique ? – Extrait pp. 27-29

Il est devenu banal d’entendre les dirigeants israéliens et les diplomates exiger que les Palestiniens “reconnaissent” Israël comme un État juif ou parfois « juif et démocratique ». Apparu dans le cadre des pourparlers de paix après Oslo, cela est relativement récent. En effet, avant 2000, la question du caractère supposément « juif et démocratique » d’Israël n’était pas souvent l’objet de compte-rendus ou de débats. À en croire les archives des journaux de la période 1970 à 1990, le souci de préserver Israël en tant qu’État « juif et démocratique » faisait principalement partie d’un débat sur le devenir des Territoires palestiniens occupés par Israël depuis 1967.

Désormais, par contre, le caractère autoproclamé juif d’Israël ne fait plus seulement partie du processus de paix : selon certains législateurs de la Knesset, il faut aussi le « défendre ». Pour les lobbyistes et les soutiens internationaux d’Israël, c’est l’opposition à Israël en tant qu’État juif qui rend sa « délégitimation » si problématique. Il est par conséquent vital de décortiquer la formule « juif et démocratique » puisque comprendre la signification de cette autodéfinition nous aide à mieux identifier la cause principale du conflit.

Premièrement, pour citer l’universitaire israélien, Dr Haim Misgav, « l’État d’Israël n’est pas comme les autres États », et cette particularité est célébrée ostensiblement (3). Voici, par exemple, ce que l’universitaire Eliezer Schweid a écrit pour l’Organisation sioniste mondiale en 1970 :

« En tant qu’État sioniste, l’État d’Israël, à la différence des autres États, doit se concevoir comme l’État d’un peuple dont la majorité n’est pas concentrée à l’intérieur de ses frontières. En tant qu’État sioniste, il doit assumer la responsabilité de la sécurité, du bien-être, de l’unité et de l’identité culturelle continue du peuple juif (4)... »

Souvenons-nous néanmoins qu’en Israël un citoyen sur cinq est un Palestinien. Aussi, alors que la “limite” d’Israël s’étend jusqu’à inclure « chaque Juif, partout dans le monde », car tous sont considérés comme des citoyens potentiels, « dans le même temps, Israël reste un État pour une partie seulement de ses citoyens actuels (5) ».

Deuxièmement, s’il faut trancher, une moitié du caractère « juif et démocratique » pèse plus lourd que l’autre. Noam Arnon, une personnalité clé du mouvement des colons, l’a exprimé ainsi :

« Par définition, l’État d’Israël a été fondé en tant qu’État juif. Le régime constitué est de caractère démocratique, mais par essence il est juif. Et si contradiction il y a entre cette essence et le caractère du gouvernement, il est clair que l’essence doit prédominer(6)... »

Cela n’est pas seulement le point de vue de la droite politique en Israël ; comme nous allons le voir, il s’agit d’une vision qui régente les sphères juridiques, législatives et administratives. C’est un État « créé par et pour les Juifs » et par conséquent un État qui « s’identifie avec le groupe national central, plutôt qu’à ses citoyens en tant que tels(7) ».

Troisièmement, la discrimination subie par la minorité palestinienne et qui est inhérente à la définition d’Israël comme « juif et démocratique » est reconnue sans problème lorsque la question est discutée honnêtement. La célèbre juriste Ruth Gavison, qui fut un temps pressentie pour un siège à la Cour suprême d’Israël, fut l’une des membres fondateurs de l’Association pour les droits civils en Israël. En 2003, Gavison a rédigé une longue défense du « droit des Juifs à un État » dans laquelle elle s’est exprimée sans détour sur les conséquences pour les Palestiniens :

« L’État juif est donc une entreprise dans laquelle les Arabes ne sont pas des partenaires pleinement égaux ; leurs intérêts n’ont pas le même statut que ceux des Juifs – qui sont, pour la plupart, des nouveaux venus sur cette terre, sans compter ceux qui n’y vivent même pas (8). »

De même, dans l’étude Civil Religion in Israël, les chercheurs israéliens Charles S. Liebman et Eliezer Don-Yeiyha affirmèrent « la nature même de la religion civile [d’Israël] exclut les Arabes », lesquels représentent actuellement environ 20 % de la population (9).

ISBN : 978-2-9543806-1-2

160 pages
13 x 20 cm
Prix : 10 €
Dépot légal : mai 2012
Edition La Guillotine

 
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