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Chris Viehbacher : Le Petit Prince du business s’en va plus vite que prévu
Michel J. CUNY

Le 7 février 2013, Stéphane Soumier recevait le directeur général de Sanofi, Chris Viehbacher, sur BFMTV dans son émission "Good morning business". Façon de dire : "Bonjour, monsieur Business..."

Voilà, c’est fait : maintenant Chris Viehbacher nous dit "au revoir", et nous le voyons partir encore plus rapidement qu’il n’était venu, en un temps où Sanofi cherchait de toute urgence l’oiseau rare.

Pourtant, en présence de Stéphane Soumier, le directeur général avait bien montré qu’il était prêt à tout...

Mais à quoi était-il donc prêt ?

À admettre que c’en était à peu près fini du financement des activités de l’industrie pharmaceutique par la Sécurité sociale, et de tout ce système de contrôle – pourtant minimal, au vu des qualités thérapeutiques réelles des produits dus aux recherches des multinationales elles-mêmes – qui veut que des médicaments ne se vendent pas tout à fait comme des casseroles.

Écoutons-le :

"Il ne faut pas oublier le client, et dans notre industrie on est beaucoup plus focalisés sur les technologies, sur les produits ; on a oublié le client. Ce que j’aime avec l’OTC, avec la santé grand public : on a un client, et ça c’est important aussi en interne pour notre culture."

Primo, celui qu’il faut oublier, c’est le patient. Secundo, ce qui vaut, ce sont les médicaments OTC (over the counter), ce que l’on peut traduire en bon français : les produits de comptoir, tel un vulgaire petit verre de vin blanc...

Décidément à son affaire, Chris Viehbacher poursuit :

"Dans notre métier, c’est bien d’avoir des médicaments brevetés. Le problème est qu’un brevet a une vie limitée. Dix ans, onze ans, à peu près. Donc, vous avez une belle vie quand vous avez un médicament breveté. Mais, un jour, l’histoire va se terminer. Avec l’OTC, il y a des marques qui durent. Vous avez parlé de l’aspirine. Si on regarde Doliprane, c’est une marque qui existe depuis des décennies. Alegra également. Nous avons acheté Chatham, aux États-Unis, qui existe depuis 140 ans. Ça s’appelle la croissance durable."

Mais, tout à coup, il soulève une question qui paraît pouvoir retenir notre attention, à nous :

"Mon autre objectif est de dire : Qu’est-ce qu’on peut faire pour aider un patient avec un diabète ?"

Alors que revient enfin le patient, il nous semble connaître d’avance la bonne réponse : développer la recherche et obtenir des améliorations thérapeutiques dans ce domaine particulièrement sensible...

Mais non, ce n’est pas cela du tout. Voici la réponse très officielle de l’empire Sanofi :
"Si on prend le Brésil, par exemple. Là il n’y a pas d’assurance maladie. Au Brésil, les patients doivent payer eux-mêmes. Nous avons créé un paquet de soins. Donc, on achète une boîte. Il y a l’insuline, il y a des bandelettes pour les appareils de glucose. On met un médicament contre l’hypertension, contre le cholestérol, et tout ça est pour un prix fixe. Mais, c’est pour, en fait, soigner un patient, et c’est adapté à ce patient. Donc ça, c’est la transformation. Et comme ça on peut imaginer une offre de soins, et pas simplement un médicament, et on fait ça un peu partout au monde."

Est-ce pour permettre à ce monstre-là de croître et d’embellir que la Sécurité sociale s’est saignée aux quatre veines depuis l’époque de la Libération ? Est-ce pour que nous l’ayons enfin, cette mirifique multinationale ?

Aujourd’hui, il nous faut en effet en convenir. La réponse, c’est "oui". Sanofi, ce n’était que cela, une fort belle machine à recracher du profit... Et c’est ce qui va nous échapper : le fruit dont nos parents et grands-parents, si travailleurs, ont cru être les jardiniers.

La comparaison des Documents de référence de Sanofi pour les années 2010 et 2013 - l’essentiel du règne de Chris Viehbacher – montrent que ce magnifique paquebot vogue de moins en moins pour les investisseurs français (ne parlons pas des patients, dont il n’est plus temps d’avoir le moindre souci)...

Certes, le conseil d’administration de Sanofi rassemble en 2013 deux Français de plus : ils sont dix, au lieu de huit précédemment. On n’y compte toujours que six étrangers...

Peut-être cette évolution différenciée sert-elle à masquer autre chose ?
Il semble bien...

Entre décembre 2009 et décembre 2012, la répartition du capital (en actions) a évolué de la façon suivante (à l’exclusion des actions détenues par le personnel, qui ont, elles, un statut particulier) :

- de 14,53 %, l’actionnariat français principal (L’Oréal + Total) est passé à 8,91 % (Total s’est retiré) ;
- de 18,6 %, le reste de l’actionnariat français a glissé à 15,1 %.

Au total, les positions françaises ont donc chuté de 33,13 % à 24,01 %... en trois ans.

Qu’en est-il des propriétaires de nationalité étrangère ?
 de 22,8 %, l’actionnariat européen (britannique compris) s’est hissé à 27,7 % ;
 de 27,2 %, l’actionnariat nord-américain (États-Unis et Canada) a cru jusqu’à 28,5 % ;
 de 4,3 %, le reste du monde a atteint les 5,9 %.

Au total, l’étranger a donc augmenté sa part de 54,3 % à 62,1 %... en trois ans.

C’est ainsi qu’un certain passé nous quitte... Pour ma part, j’ai essayé d’en décrire les avatars ici.

 
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