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« Et pourtant elles tournent » : l’incroyable révélation d’un Pulitzer du New York Times
Viktor DEDAJ

Le New York Times est, comme on dit, un quotidien « influent », sinon le plus influent au niveau mondial. Tellement influent que lorsque le NYT dit « noir », des journaux provinciaux comme Le Monde s’autorisent au maximum un vague « gris sombre, peut-être ? ». Lorsque le NYT dit, tout le monde écoute. Et par « tout le monde » je veux dire tout le monde qui compte, c’est-à-dire ni vous ni moi. Exemple : lorsque le NYT affirme, « preuves à l’appui », que l’Irak possède des armes de destruction massive, qui sont les quotidiens provinciaux tels que Le Monde ou Libération pour dire autre chose que « à l’attaque !!! » ? Bref, le NYT est le faiseur d’opinion, réputé, sérieux et même – j’ose à peine l’écrire tant le terme est intimidant– un journal de référence. Oui, si le NYT était une voix, ce serait celle de Dark Vador.

C’est clair, bande de ploucs chevelus ?

Alors, lorsque le 15 juillet 2013, dans la rubrique « sciences », le NYT publie un article signé William J. Broad, vous n’avez pas intérêt à faire les marioles. W. Broad est ni plus ni moins que le lauréat de deux prix Pulitzer, d’un Emmy Award et d’un DuPont Award. Il écrit, est-il précisé sur sa fiche, sur des étoiles qui explosent (attention, c’est chaud), sur les secrets de la vie sous-marine (attention, c’est mouillé), sur la science, quoi (attention, c’est compliqué). Une grosse pointure du journalisme. Très grosse, même.

Dans son article intitulé « A Low-Tech Mosquito Deterrent » (un repoussoir de moustiques simple) W. Broad explique qu’il avait été invité à un barbecue en plein-air, dans un endroit plutôt propice à vous faire pomper le sang. Il ne parlait pas d’un atelier du textile au Bangladesh travaillant pour de grandes marques occidentales, mais d’un lieu où une armée de moustiques libératrice n’attendrait qu’un signal pour vous transformer en une Fallujah sur pattes. Une sorte d’Irak bucolique où votre jugulaire ferait office de sous-sol à exploiter, vous voyez ?

A son incroyable étonnement, le journaliste scientifique de référence a assisté à un véritable tour de sorcellerie : pour chasser les moustiques, ses hôtes avaient installé des ventilateurs qui balayaient la table. Et W. Broad, tout en faisant le signe de la croix, exhale dans un souffle de béatitude Lourdesque : « ça marche ». Se trompant de lieu et d’époque, W. Broad aurait pu hurler, en désignant les ventilateurs d’un doigt tremblant « et pourtant, elles tournent ! ». Mais ça c’est une scène qu’on fera ajouter à la version cinématographique de cette saga.

Intellectuellement foudroyé par cette démonstration d’activité paranormale, le super-journaliste de référence poursuit en racontant qu’il a écrit à l’auteur de cette machine diabolique pour lui demander des explications, à quoi l’Einstein en herbe lui a répondu : « La solution m’est venue lorsque je me suis mis à penser comme un insecte (sic) et que j’ai réalisé que je n’aimais pas voler dans un courant d’air de 30km/h ». Le génie du dimanche est donc entré en mode penser-comme-un-insecte - état proche du coma mais où le patient garde néanmoins quelques facultés essentielles, comme celle d’ouvrir une canette de bière.

C’est ainsi qu’un des faiseurs d’opinion en ce bas monde découvre ébahi le monde qu’il est censé nous expliquer. Même pas largué le pauvre type : carrément en orbite. Car que démontre, de manière anecdotique certes, un tel article ? Que l’auteur n’a jamais traversé le Rio Grande ou, s’il l’a fait, n’a jamais voyagé autrement qu’en des lieux climatisés. Qu’il n’a jamais au grand jamais soulevé son gros popotin d’un siège de taxi pour déambuler à pied parmi la plèbe des chaudes contrées. Qu’il ne s’est jamais assis, comme ça, à côté d’un inconnu pour bavarder. Qu’il n’a jamais pris un thé servi autrement qu’avec des gants blancs. Qu’il n’a pas la moindre idée de comment vivent les 99% de la population mondiale.

En vérité, chers lecteurs, je vous le dis : le jour où ce cousin d’Amérique de nos connards de HEC (ou l’équivalent) découvrira l’éventail, il nous fera sûrement une attaque. Et de quoi parlera-t-il, ce jour-là ? De « l’incroyable appareil à vent artificiel mû par de l’électricité à huile de coude » ?

Du haut de sa chaire de journalisme de référence niveau mondial, Broad fait semblant d’observer le monde à ses pieds - alors qu’en réalité il ne fait que vérifier discrètement l’état du cirage de ses pompes.

Dans un univers parallèle, fait de vrais médias avec de vrais journalistes dedans, l’article de Broad, tel quel et à la virgule près, aurait été un article éminemment ironique en réaction à je ne sais quelle bêtise du jour. Mais j’ai le regret de vous annoncer que nous ne sommes point dans cet univers-là mais bien dans celui-ci. Alors je n’ai aucune idée à quoi pourrait ressembler une information de masse et de qualité, plus ou moins objective, plus ou moins professionnelle, plus ou moins intelligente. Je n’en ai jamais connue, sinon à de très faibles doses. D’ailleurs, je pense que nous en avons tellement perdu l’habitude que nous réagirions comme un aveugle qui retrouverait soudainement la vue : notre premier réflexe serait probablement de fermer les yeux de douleur, tant cela nous paraîtrait insupportable.

Comme maintenant, quoi.

Viktor Dedaj
« la réalité a dépassé ma fiction »

 
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