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Poutine : L’érosion du temps (Hurriyet)
Gwynne Dyer

« Tout au long de la journée, c’était comme si nous recevions des rapports d’une zone de guerre », a déclaré le vice-président du Parti Communiste Ivan Melnikov le 4 décembre parlant des milliers d’appels qu’il avait reçus des bureaux régionaux au sujet du bourrage des urnes et d’autres violations dans les élections législatives russes. Mais en dépit de la manipulation, le parti Russie Unie du Premier ministre Vladimir Poutine, a obtenu moins de la moitié des votes cette fois-ci, en baisse en comparaison de près des deux tiers recueillis en 2007.

Le parti de Poutine formera toujours le prochain gouvernement, car il peut facilement former une coalition avec de petits partis favorables au régime à la Douma, la chambre basse du parlement russe, mais il a perdu la majorité des deux tiers qui lui permettait de modifier la Constitution à sa guise. Et Poutine reviendra toujours à la présidence lors des élections présidentielles en mars, mais l’érosion de son soutien populaire est soudainement visible aux yeux de tous.

Le premier signe clair que les Russes en ont assez de Poutine est apparu il y a deux semaines, quand il fit une apparition sans tambour ni trompette à un combat d’arts martiaux au stade olympique à Moscou. Ce n’était pas surprenant, car il fait un spectacle grand public de ses propres prouesses dans les arts martiaux. Mais quand il monta sur le ring pour féliciter le gagnant, le public a commencé à le huer et à le siffler. Ils n’ont pas arrêté jusqu’à ce qu’il quitte le ring.

Cela a été diffusé en direct à la télévision d’Etat russe, et par la suite est devenu viral sur YouTube et dans les médias sociaux russes. Il n’y a pas de rival crédible à Poutine sur la scène politique, mais il n’est pas non plus certain, qu’il assurera la totalité des six années de son nouveau mandat présidentiel. Il épuise son bon accueil.

Pendant les deux mandats de Poutine en tant que président entre 2000 et 2008, il a stabilisé l’économie ravagée : les salaires moyens ont quintuplé et le PIB a augmenté de près de 8 pour cent par année. Les prix élevés du pétrole y ont contribué, mais cela a été néanmoins une performance impressionnante, et quand il a quitté la présidence il y a trois ans il pouvait encore ne pas mal faire aux yeux de la plupart des Russes.

Il a cessé son mandat parce que la constitution russe interdit un troisième mandat consécutif comme président. Ce fut un beau geste, mais il n’a pas réellement quitté le pouvoir. Son proche allié, Dmitri Medvedev, a été élu à la présidence, puis M. Medvedev a nommé Poutine comme Premier ministre. En pratique, Poutine en est venu à prendre les grandes décisions lui-même - y compris la décision de revenir en tant que président l’année prochaine.

Mais les quatre dernières années n’ont pas été aussi bonnes pour Poutine que les huit premières. L’économie a stagné, et l’ampleur de la corruption est devenue trop importante pour être ignorée. (Il n’est pas personnellement corrompu, mais tout le monde pense qu’il tolère une corruption massive parmi ses alliés, afin de maintenir leur loyauté.) Alors, quand il a annoncé en septembre qu’il serait à nouveau candidat à la présidence en mars, quelque chose semble avoir craqué.

Dans le cours des derniers mois, les Russes ont soudainement pris conscience de la réalité qu’ils pourraient encore faire face à 12 ans de sa présidence toute-puissante (il n’a que 59 ans actuellement), et beaucoup d’entre eux ont réalisé qu’ils n’aimeraient pas vraiment cette perspective. D’où la chute brutale de Russie Unie lors du scrutin du 4 décembre - et, probablement, de Poutine à l’élection présidentielle en mars prochain.

Il va encore gagner bien sûr, mais ce pourrait être une période de six longues et misérables années pour lui, à moins que le prix du pétrole ne monte au plafond et que la Russie ne connaisse un autre boum économique. Une fois la floraison des roses passée, elle ne revient presque jamais. Alors où ira la Russie d’ici-là  ?

La Russie n’a pas besoin d’une autre révolution. Malgré les abus chroniques du pouvoir, la perversion de la justice, et l’intimidation des médias, la Russie pourrait redevenir une vraie démocratie sans heurts si jamais Poutine décidait qu’il en soit ainsi.

Pourrait-il amener la Russie vers une telle transition ? Cela n’est pas à exclure, Poutine étant pleinement conscient de sa place dans l’histoire et ne voulant pas finir par être rejeté par les urnes ou, pire encore, par être forcé à céder le pouvoir par une révolte populaire. Mieux vaut laisser le pays en bon état et se retirer avec élégance, dans quatre ou cinq ans. Il est égoïste et arrogant, comme la plupart des gens puissants, mais ce n’est pas uniquement un voyou.

Gwynne Dyer - Hurriyet

Le 7 décembre 2011.

Source : Putin : The erosion of time

Traduction par un lecteur assidu du Grand Soir

 
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