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Yémen : la révolution continue
Mohamed BELAALI

Le mercredi 23 novembre 2011, Ali Abdallah Saleh a signé « l’accord de transfert de pouvoir » à Riyad en présence du Roi d’Arabie Saoudite. Cet accord, élaboré par le Conseil de Coopération du Golf (CCG), prévoit la passation du pouvoir à son vice-président Abd Rabbo Mansour Hadi. Durant une période transitoire de trois mois, Ali Abdallah Saleh restera président « à titre honorifique ». Ce plan prévoit également et surtout l’immunité du despote et de ses proches. Les révolutionnaires du Yémen rejettent cet arrangement. Ils luttent non seulement pour renvoyer Ali Abdallah Saleh à la poubelle de l’histoire, à côté de Ben Ali et de Moubarak, mais aussi afin qu’il soit jugé pour les innombrables crimes qu’il a commis contre des manifestants pacifiques. Au Yémen, la révolution continue.

Les États-Unis ont applaudi l’accord et « félicitent le gouvernement yéménite et l’opposition de s’être mis d’accord pour une transition pacifique et ordonnée du pouvoir », a déclaré Mark Toner, porte- parole du département d’État. Le plan a été salué également par Ban Ki-moon et Catherine Ashton.

En revanche, le peuple du Yémen, lui, est sorti massivement dès le jeudi 24 novembre dans tout le pays pour dire non à cet « accord » préparé par le CCG dominé par l’Arabie Saoudite, fer de lance de la contre-révolution dans le monde arabe. Rien que pour cette journée, cinq manifestants sont tombés sous les balles des hommes d’Ali Saleh et viennent ainsi s’ajouter à l’interminable liste des martyrs de la révolution. Les jeunes révolutionnaires exigent la traduction devant la justice du dictateur et de ses hommes : « Nous ne quitterons pas la place du Changement jusqu’à la réalisation de tous nos objectifs, et surtout la traduction en justice de Saleh et du régime » (1).

Le vendredi 25, baptisé « notre révolution continue », des manifestations impressionnantes ont secoué tout le pays, d’Aden à Sanaa en passant par Hodeida et bien sûr Taëz où la révolution a débuté fin janvier 2011. Depuis cette date, le peuple du Yémen n’a cessé pacifiquement de lutter contre le régime despotique d’Ali Abdallah Saleh dans l’indifférence quasi générale des grands médias occidentaux.

« Liberté », « Libération »( Tahrir en arabe) ou encore « Changement » sont des noms qui fleurissent sur les murs des rues et des places des villages et des villes du Yémen. Cette magnifique et discrète révolution refuse d’oublier ses morts. « Le sang des martyrs est dans nos âmes » disent les révolutionnaires. Non seulement leurs portraits sont accrochés un peu partout, mais ils sont gravés dans la mémoire collective de ce peuple courageux. C’est peut-être pour cette raison que les révolutionnaires yéménites rejettent cet accord « fabriqué » par les pires ennemis de la démocratie et du progrès, les monarchies réactionnaires du Golfe. Le peuple du Yémen qui se bat depuis de nombreux mois, « poitrine nue » comme on dit en arabe, pour une société meilleure, se souvient que ce sont ces mêmes monarchies d’un autre âge qui ont envoyé leurs chars, sous le regard complice des bourgeoisies occidentales, pour écraser dans le sang la révolution à Bahreïn (2).

L’accord qui prévoit le départ du despote constitue déjà un grand pas vers l’effondrement du régime. Les révolutionnaires ne veulent pas s’arrêter à mi-chemin. Par leurs manifestations quotidiennes, ils veulent pousser leur révolution jusqu’à son terme : renverser un régime devenu un véritable obstacle sur le chemin de la démocratie et du progrès.

Mais les ennemis de cette formidable révolution sont nombreux et puissants. Les monarchies du Golfe, regroupées au sein du CCG, n’accepteront jamais l’installation à leur porte d’un Yémen démocratique. Cela risque de constituer un exemple à suivre pour les peuples de la région, opprimés par les dynasties d’Al Saoud, d’Al Khalifa, d’Al Sabbah etc., d’autant plus que des manifestations importantes se déroulent régulièrement notamment à Qatif dans l’Est d’ Arabie pour dénoncer le régime saoudien (3). C’est ce qui explique, entre autres, cette ingérence directe de l’Arabie Saoudite dans les affaires intérieures du Yémen. Rappelons pour mémoire que c’est l’Arabie Saoudite qui a soigné Ali Saleh avant de l’envoyer au Yémen pour briser la révolution. Et c’est toujours l’Arabie Saoudite, face à la résistance du peuple du Yémen, qui a « convoqué » le même Ali Saleh à Riyad pour signer « l’accord de transfert de pouvoir » dont la cérémonie a été présidée par le roi Abdallah lui-même et par le prince héritier Nayef. C’est dire la crainte que suscite le soulèvement populaire au Yémen.

Mais c’est surtout l’impérialisme américain, en collaboration directe avec les monarchies pétrolières, qui représente le véritable danger qui guette la révolution. Il suffit de regarder la position géostratégique du Yémen pour comprendre l’intérêt que portent les États-Unis pour ce pays : Golfe d’Aden, BÄ b al-Mandab, sa proximité de l’un des plus grands producteurs et exportateurs de pétrole au monde, l’Arabie Saoudite.

Les américains et les saoudiens qui n’ont pas réussi à briser la révolution yéménite, tentent aujourd’hui de sauver le régime et leurs intérêts en mettant le pouvoir entre des mains sûres quitte à « sacrifier » Ali Saleh en lui proposant un exil doré en Arabie et des soins aux États-Unis.

La révolution yéménite a traversé des étapes marquées par des flux et des reflux incessants. Mais elle se poursuit et se déploie au gré des vicissitudes d’ombres et de lumières sans jamais renoncer à son but : renverser le régime d’Ali Adallah Saleh et mettre le peuple du Yémen sur le chemin de la démocratie et du progrès.

Mohamed Belaali

http://belaali.over-blog.com/

(1) http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2011/11/23/le-president-saleh-se-rend-a-ryad-pour-signer-l-accord-de-transfert-du-pouvoir-au-yemen_1607820_3218.html

(2) http://belaali.over-blog.com/article-l-intervention-saoudienne-a-bahrein-et-le-silence-complice-des-bourgeoisies-occidentales-69874090.html

(3) http://observers.france24.com/fr/content/20111124-qatif-tanks-roulent-manifestants-chiites-funerailles-blindes-morts-arabie-saoudite-achoura

 
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