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Souvenir d’en France

De mai 68 à la maladie sénile de la classe politique

Dans les années 60, je triais des lettres dans le centre de tri Paris Brune, dans le 14ème arrondissement de Paris. Mes camarades avaient eu l’idée saugrenue de m’élire secrétaire de la section syndicale CGT qui comptait plus de 400 adhérents. Après avoir oublié d’être présent à quelques réunions que j’avais moi-même convoquées et à des délégations auprès du chef de Centre, que j’avais sollicitées par des lettres dans lesquelles j’avais pesé chaque mot, j’en vins à la conclusion que je n’étais pas the right man in the right place, comme auraient dit les chanteurs de l’époque, parfaitement anglophones puisqu’ils portaient volontiers des noms yankees.

Quand j’émis l’idée d’une démission de mon poste, mes camarades convinrent, avec une spontanéité qui me soulagea (et me vexa un peu), qu’on avait fait une mauvaise distribution de rôle. Me fut confiée alors la responsabilité du journal de section, tâche où je sus démontrer par une certaine aisance de plume que j’étais syndicalement récupérable pour la cause. Mieux : l’Humanité avait créé un réseau de correspondants de presse chargés d’écrire des articles sur les luttes sociales qu’ils vivaient. Je postulai.

C’est ainsi que je me suis retrouvé en formation avec une dizaine de bénévoles dans les locaux du journal situé alors sur les grands boulevards, rue du Faubourg-Poissonnière, non loin du Grand Rex, cinéma où des cendriers étaient encastrés dans les accoudoirs des sièges et l’écran malencontreusement placé derrière un brouillard de volutes de fumée. Je vous parle d’un temps où il était interdit d’interdire et où l’on pouvait allumer une clope sans que quelqu’un se mette ostensiblement à tousser à trois mètres de là.

Du premier jour de formation, j’ai retenu ceci : « Vous écrivez votre article. Vous le relisez et vous en supprimez un tiers. Chaque fois que possible, vous l’illustrez d’une photo. Un laboratoire de développement vous est réservé. Demain, apportez vos appareils. Un spécialiste vous donnera des conseils. »

Le lendemain, j’étais venu en cours avec une mallette en skaï noir doublée de feutrine verte. A l’intérieur, un étui de cuir rigide, insérant un Praktica MTL 3, merveille de la technologie est-allemande, flanqué de trois objectifs Pentacon : un normal (1.8/50), un grand angle (2.8/29), un zoom 2.8/135. J’avais étalé cet appareillage sur ma table. Autour de moi, des camarades essuyaient leurs objectifs à la peau de chamois avec des précautions manipulatoires que l’on n’observe habituellement que chez les maîtres verriers de Murano ou chez les démineurs.

Le responsable de la formation arriva, accompagné d’un monsieur timide qu’il nous présenta ainsi :
— Robert Doisneau.

Doisneau ! Le grand Doisneau s’était déplacé pour nous ! Je vous jure que cette anecdote est vraie. Il sortit de sa poche de veste un modeste appareil un peu fatigué et il nous montra l’objectif.

— C’est un grand angle. Dans Paris, je travaille avec ça.

Discret remue-ménage chez les stagiaires qui rangèrent leurs zooms phalliques. Le coup de grâce, Doisneau nous l’asséna en nettoyant son objectif avec un vulgaire kleenex. Je ne sais plus ce qu’il a raconté ensuite, mais l’essentiel de sa (magistrale) leçon venait de nous être donné : c’est l’œil et le cerveau qui réussissent la photo, pas le matos de la République Démocratique Allemande (RDA).

Eclata mai 68. A Paris Brune, nous étions un millier de provinciaux que les PTT avaient attirés contre promesse d’un retour rapide au pays avec un emploi à vie. En vérité, le séjour durait entre 5 et 20 ans, la paie était maigre, les conditions de logement exécrables et le travail dur : il fallait trier 500 lettres par quart d’heure, debout.

Ah ! Mai 68 ! Grève divine ! Enfin un combat commençait. Les salaires seraient amputés, mais la monotonie du tri, l’exaspérante condamnation à vider des « corbeilles » de paquets, des « plateaux » de lettres, seraient rompues, le temps d’une action fraternelle, librement conduite. La grève nous rendait une fierté perdue : le fonctionnaire se changeait en citoyen. Il n’était plus tenu d’obéir aux claquements de doigts. Il devenait incontrôlable et important. On envoyait des flics pour surveiller le piquet de grève agglutiné autour du brasero. On se sentait forts. Tant que la grève durait, on évitait de nous parler avec morgue, on n’essayait pas d’imposer, on négociait. La grève était le seul vrai bonheur dans ce boulot.

Le pays tout entier s’enfiévrait. Tous les centres de tri de la Capitale étaient paralysés. Ils étaient situés dans les gares à l’exception du petit dernier, Paris Brune, construit en 1962 sur les boulevards des Maréchaux, entre la Porte d’Orléans et la porte de Vanves. Il était facile d’accès pour la presse. Parce qu’il abritait les Cedex de grandes entreprises (Courrier d’Entreprise à Distribution EXceptionnelle), son nom était cité dans les publicités. Il était connu de tout le pays. Ainsi, Bernard-Henri Levy aussi bien renseigné sur lui que sur Botul voulut le citer en racontant la présence des « brunistes » à l’enterrement de Jean-Paul Sartre en 1980 : « Ces vivants. Ces fantômes. Ces insurgés et ces petits-bourgeois mêlés dans un brouhaha retenu. Ces gauchistes. Cette délégation de mondains, masqués par les drapeaux rouges et noirs des postiers de Paris-Brune ». Se non è vero è bene trovato, disent les Italiens sur ce qui est plausible et possiblement faux. 

Donc, un matin, dûment lesté de mon Praktica MTL 3 sur lequel j’avais vissé un objectif Pentacon grand angle, je sortis de ma miteuse chambre d’hôtel de Belleville et je pris le métro pour aller photographier le piquet de grève. Le brasero était allumé sur le trottoir, devant l’entrée du centre. De l’autre côté du boulevard, une demi-douzaine de gardiens de la paix statiques nous surveillaient, envieux, tandis que chez nous grillaient les saucisses et les châtaignes, que le vin coulait dans les verres en pyrex, que les cigarettes s’échangeaient et que, du brouhaha joyeux, émergeaient de temps à autres le premier couplet de l’Internationale ou une invitation scandée : « La po-li-ce a-vec nous, la po-li-ce a-vec nous ! ». On les voyait sourire. Ce n’étaient pas des méchants. Souvent montés de province, comme nous, frangins ou fils ou époux d’une postière. Une même origine sociale était séparée par un boulevard, par la nature d’un emploi et par cette damnée trouvaille de Marx pour qui ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur être social, mais le contraire. Bref, sans le képi et les ordres reçus, ces pandores auraient bien festoyé avec nous, en frères.

Je réglais mon appareil photo quand « Cerdan » un manutentionnaire au nez épaté qui n’avait jamais vu de châtaignes de sa vie, pouvait-on croire, en jeta une poignée sur le feu, sans en avoir incisé l’écorce. Napo (un surnom : il était Corse) qui s’était penché pour retourner les saucisses, fut le seul à recevoir au visage et dans les cheveux la projection des châtaignes explosées. Le seul aussi à ne pas rire. Assez fier de lui, mais homme de mauvais conseil, Cerdan me suggéra d’écrire dans mon article qu’il venait d’inventer « les grenades lacrymogènes bios ». Je me contentai d’attendre que la victime se soit nettoyée, je pris une série de photos, et je fonçai à l’Huma avec l’espoir que mon article paraîtrait le lendemain.

En vérité, j’eus du mal à développer mes photos, tantôt trop sombres, tantôt trop claires et il me resta peu de temps pour fignoler l’article. Le lendemain, ô joie ! mon travail était dans l’Huma. Quand j’arrivai, tout fier, au piquet de grève, mes amis grévistes ne m’accueillirent pas avec la dévotion due à un collègue qui vient d’écrire dans « le journal de Jaurès », mais avec des sourires narquois. Comme je ne comprenais pas, l’un d’eux me mit sur la piste : « On le saura où ça se passe, ton article ! ». Et un autre de le lire à haute voix. J’avais écrit : « Les postiers du centre de tri postal PTT Paris Brune… ». Gloups !

Ce fiasco me poussa à un moratoire journalistique et je devins simple spectateur dans les rues de la Capitale, près des barricades et des endroits où les voitures brûlaient, les arbres étaient sciés et les affrontements coiffés par des vols croisés de grenades et de pavés.

La presse publiait la photo d’un étudiant de Nanterre qui criait sous le nez d’un CRS casqué. Ainsi fabrique-t-on les idoles (1).

Daniel Cohn-bendit1 aimait alors à désigner les communistes par l’expression « crapules staliniennes ». Le 3 mai 1968, Georges Marchais, secrétaire du PCF, un parti qui voyait dans le gauchisme « La maladie infantile du communisme » (Lénine), dénonça dans l’Humanité «  les groupuscules dirigés par l’anarchiste allemand Cohn-Bendit ». Par les vertus éternelles des médias, de la bien-pensance et de la mal-disance, il fut mille fois affirmé qu’il avait dit « juif allemand » et beaucoup le croient encore aujourd’hui (2).

Je suis issu d’un milieu social où l’on ne qualifia pas de quantités négligeables le contenu des accords de Grenelle : augmentation de 35 % du SMIG, de 10 % en moyenne des salaires, reconnaissance de la section syndicale d’entreprise...

Aujourd’hui, je regarde sans trop de surprise comment « Dany le rouge », prosélyte bavard du néo-libéralisme économique et financier, a rejoint par un mou glissement le camp d’en face, jusqu’à pérorer à une université d’été du MEDEF et à appeler à voter, dès le premier tour des élections présidentielles de 2017, pour un ex-banquier promu et soutenu par les médias des milliardaires. 

Cinquante ans après mai 68, une autre maladie sénile fait des ravages en France sous le nom de macronisme !
De l’escrologie, du fauxcialisme et du Rousselisme donneur de sperme, vous croyez ?

Maxime VIVAS

Notes
(1) En 1982, sur le plateau de l’émission « Apostrophes », il avoua son ravissement d’éducateur en évoquant ses jeux « érotiques » avec une fillette : « La sexualité d’un gosse, c’est absolument fantastique. Vous savez, quand une petite fille de cinq ans commence à vous déshabiller, c’est fantastique, c’est un jeu absolument érotico-maniaque ».

(2) Le maire LFI de Saint-Denis (93), Bally Bagayoko a fait l’objet d’une cabale du même type quand nos médias ont mensongèrement prétendu en mars 2027 qu’il avait dit que Saint-Denis est « la ville des noirs ».

COMMENTAIRES  

13/04/2026 09:39 par act

Rousselisme donneur de sperme

L’association m’a fait rire un lundi matin, merci
mais manifestement j’ai du manquer un épisode ?

13/04/2026 14:24 par CAZA

Avec ce CV Maxime aurait pu risquer d’ être mis sur la touche pour dilettantisme aggravé .

HéHé la photo : Pédophile et gérontophile même combat .
Si tu aimes les belles histoires romantiques d’ amour à l’ eau de rose va voir " Gerontophilia " . Prends tes enfants en bas âge c’ est bon contre le racisme en plus .

Praktika mtL j’ avais le même appareil acheté " ten years after " .

Mai 68 . Papa a acheté la 4L peu de temps après comme d’ autres dans la cité HLM .
Par contre la compréhension de ça c’ est arrivé longtemps après :
<<<< « Il y a un nouveau climat intellectuel en France : un esprit d’anti-marxisme, et d’anti-soviétisme qui rendra difficile de mobiliser toute opposition intellectuelle aux politiques américaines. » >>>

https://www.anixneuseis.gr/mai-68-une-premiere-revolution-de-couleur-que-voulaient-detruire-certains-soixante-huitards/
Enfin pas certain qu’ ils en aient été conscients .

13/04/2026 16:36 par Maxime Vivas

@ Act. Marine Tondelier ayant annoncé qu’elle était enceinte, Roussel affirma finement qu’il avait fait un don de sperme
Roussel est le chef du Parti communiste français, mais on peut le confondre avec Bébert, complètement bourré, au café du commerce.

13/04/2026 18:32 par Carlos Ducasse

Trump sénile ? Les négociations de l’Iran avec JD Vance eussent préparé un "coup d’état" contre
Trump qui eût été déclaré "Sénile" sous le coup du 25ème amendement... selon une autre version c’eût été un "auto-coup" pour déclarer la loi Martiale et la Mobilization generale afin d’envoyer des troupes au sol en Iran

13/04/2026 19:15 par robesd73

merci maxime. que rajouter de plus. ci ne n est que tous les troskos a l oeuvre en 68 sont devenus des soutiens de la droite. tous ferocement anti communistes et anti sovietiques. (et la nouvelle generation ne vaut guere mieux) lenine (et staline) avaient vus juste. pour s en convaincre a lire absolument le livre de frances sounders judicieusement réédité ce mois par les editions delga. qui mene le jeu ? edifiant.

14/04/2026 08:21 par Jclaude

Mai 68 ? Un chapitre d’une amie maintenant disparue dépeignait bien cette période tellement spéciale.
https://ti1ca.com/fra7cxcf-Arlequine-Arlequine.pdf.html
Voir chapitre 12.....
Sur la couverture, elle avait précisé "Itinéraire d’une grande bourgeoise qui s’est élevée au rang de prolétaire", bien que ses idées aient été fort différentes des miennes.

14/04/2026 15:44 par diogène

La photo de Cohn-Bendit dans les bras de Macron illustre bien la consanguinité des deux compères. Car les deux sont membres de la même famille, celle que Zinoviev a décrite dans son livre l’ « Occidentalisme » et dont les pères fondateurs sont :

Marcuse, membre de l’"école de Francfort", ce que les étasuniens appellent le "marxisme occidental, et collaborateur direct de la CIA, et ancien disciple d’Heidegger.

- Blanchot, propagandiste fasciste dans les années 30 et 40, et « converti » au gauchisme par la suite, spécialisé dans l’écriture de pamphlets anti-De Gaulle, « dictateur fasciste » dont il réclamait la démission.

- certaines personnalités chrétiennes et leurs adeptes, comme Ricoeur, ancien propagandiste vichyste, directeur du département de philosophie de la faculté de Nanterre en 1968, puis "père spirituel" de Macron (lequel a affirmé dans une interview avoir été "rééduqué par Ricoeur après avoir été un disciple de Balibar).

- ceux qu’on a appelé plus tard les « les Nouveaux philosophes », fascinés par le rêve américain et le modèle étasunien et la « French theory » , qui prétendaient oeuvrer pour un nouvel ordre social et qui étaient imprégnés des pensées nietzschéenne et heideggerienne mises à la sauce baba-cool.

Leur objectif affiché était le renversement De Gaulle, mais sans dire que c’était pour consolider le contrôle de l’Europe par l’empire anglo-américain à travers l’OTAN (le projet UE était encore en gestation mais sous-jacent). Que les étudiants "gauchistes" aient été ou non conscients de servir cette stratégie à très long terme et toujours en cours est une autre affaire. Leurs chefs l’étaient peut-être, la base certainement pas.

Les éléments de la politique gaullienne qui faisaient barrage étaient :

- le retour d’un épisode que les anglo américains croyaient oublié Le fiasco algérien des gouvernements socio-démocrates (SFIO/RAD/MRP) avait sonné le glas de la IVème république et amené au pouvoir les gaullistes (REP SOC puis UNR) se réclamant du GPRF issu de la fusion FFI-FTP, gouvernement qui, de juin 1944 au 27 octobre 1946, avait créé l’EDF et la SNCF en nationalisant les anciennes compagnies privées, , mis en place une éconmie planifiée, créé la sécurité sociale et les allocations familiales, etc., des mesures dues aux communistes et attribués à De Gaulle. Le retour de cette figure emblématique sur la scène politique était perçu par les Américains comme une alliance avec les PCF (ce qui était faux) et donc une entrave à leur projet impérialiste (aujourd’hui en fin de vie et d’autant plus agressif et dangereux),

- le premier essai d’une bombe atomique française réalisé en 1960 pour mettre au point une arme de dissuasion nationale indépendante de la tutelle et de la filière américaines

- la reconnaissance du gouvernement de la Chine populaire en 1964

- la conversion massive des réserves de change (dollars) en or auprès du guichet du Trésor américain, précipitant l’annonce de la fin de la convertibilité du dollar en or en 1966

- le voyage triomphal de De Gaulle à Moscou en 1966 évoquant une Europe de Brest à Vladivostok. Cette même année, lors de son discours de Phnom-Penh, De Gaulle avait exigé devant cent mille personnes le retrait des armées américaines du Viet-Nam.

- en 1966 toujours, le retrait de la France du Commandement intégré de l’OTAN et le "rapatriement" outre-atalantique des 26 000 hommes des 14 bases américaines fermées.

La tactique des américains a consisté à saper les fondements de la cohésion populaire qui avait rapproché, dans les faits mais pas dans le discours ni dans les choix politique, gaullistes et communistes, en discréditant le PCF présenté comme un avatar de la dérive stalinienne du marxisme et en présentant les gaullistes comme des nationalistes autoritaristes (on dirait aujourd’hui "populistes").

Une soi-disant "Nouvelle Gauche" enfantée par le mouvement intellectuel de la "French Theory" évoquée plus haut, se caractérisant par son anti-soviétisme, sa critique radicale de l’Etat-nation, et son pro-américanisme s’est révélée être l’outil disponible idéal pour une infiltration d’agents de la CIA qui s’est répétée par la suite en europe de l’est et au moyen-orient. Dans son rapport sur « La défection des intellectuels de gauche en France », datant de 1985 et déclassifié en 2011, la CIA se félicitait du succès des nouveaux "intellectuels de gauche" comme Foucault, Derrida, mais aussi des nouveaux intellectuels de droite comme BHL, Glucksman… L’auteur de ce rapport écrivait : « Il y a un nouveau climat intellectuel en France : un esprit d’anti-marxisme, et d’anti-soviétisme qui rendra difficile de mobiliser toute opposition intellectuelle aux politiques américaines. Les Nouveaux Philosophes professent une antipathie systématique pour le gaullisme et une acceptation du capitalisme comme un moindre-mal. » (lien)

La stratégie atlantiste reposant sur la mise en cause de l’état s’est déroulée en 3 étapes :

- démantellement de la souveraineté sous le slogan « il est interdit d’interdire ». Le passage de la loi étatique au contrat entre parties a carrément miné le fondement de l’état-nation hérité de 1789 sur les contrats entre parties, ce qui a permis beaucoup plus tard la mise en place de l’UE et de la violation de la constitution de 58 (référendum bafoué de 2005). Derrida expliquait dans un cours à Normale Sup : "Ce que je cherche, c’est une déconstruction prudente de cette logique et du concept dominant, classique, de souveraineté état nationale… »

- l’idéologie de la décroissance théorisée par Castoriadis, animateur de 1947 à 1967 du groupe « Socialisme ou Barbarie », développant les thématiques de l’autogestion, de l’autonomie, de l’égalité des salaires et du refus de toute autorité, thématiques qui seront reprises par nombre de slogans de mai 1968. C’est ce courant qui a conduit de nombreux soixante-huitards à créer des « communautés » notamment agraires (« les éleveurs de moutons au Larzac ») pour fuir la civilisation industrielle, source du mal, et qui a servi de cheval de Troie pour introduire la notion de communautarisme.

- politique brutale de libéralisation, déréglementation et privatisations, destruction de tous les services publics d’éducation, de santé, de solidarité mis en place par le GPRF, la bible et la feuille de route de Macron...

Les anglo-américains venaient d’inventer et de réussir la première tentative de « révolution de couleur ». Ils ont breveté la technique et l’ont appliquée un peu partout dans le monde en finançant des mouvements d’opposition aux gouvernements non alignés et en créant s’il le fallait des "groupuscules" violents (brigades rouges, black bloks, al qaida, etc.). Ce qui est étonnant, c’est la continuités de cette stratégie et de ces tactiques dans tous les gouvernements successifs des anglo-américains et ceux de leurs larbins européens, quelles que soient leurs couleurs politique, de la gauche molle à la droite dure en passant par l’ultra-centre.

En 68, j’avais 23 ans. J’étais à l’UEC et j’ai appliqué les "directives du parti" dont je partageais l’analyse. J’ai constaté depuis que beaucoup d’informations me manquaient, mais je continue à penser que je ne m’étais pas trompé de camp.

14/04/2026 17:05 par lou lou la pétroleuse

En 68, j’avais 23 ans. J’étais à l’UEC et j’ai appliqué les "directives du parti" dont je partageais l’analyse. J’ai constaté depuis que beaucoup d’informations me manquaient, mais je continue à penser que je ne m’étais pas trompé de camp.

C’est tout dire.

Dans les années 68-70 j’ai entendu un dirigeant trotskiste de ce qui est devenu le Parti des Travailleurs, déclarer à peu près la même chose aux militants dont il assurait la formations politique : "La preuve que notre ligne est juste, c’est qu’elle n’a jamais changé".

Moi je trouve ça effrayant.
Ce que ces fossilisés n’ont toujours pas été capables de retenir c’est l’incontournable nécessité dont parlait leur maitre à ce jour incontesté* de l’analyse concrète de la situation concrète. Ils n’ont toujours pas compris que l’histoire est un flux complexe qui évolue constamment, un flux dynamique en devenir permanent. Ils citent les Grand Auteurs à chaque instant, mais il m’arrive de me demander ce qu’ils ont réellement lu de Marx ?!
*Que l’on soit trotskiste, staliniste ou maoiste Lénine reste LA référence de la majorité des militants marxistes "organisés".

A Robes,
Cohn Bendit n’était pas Trotskite. Il se réclamait plutôt, je crois, du situationnisme (courant dont je ne sais pas ce qu’il est devenu).
Les autres "dirigeants" de Mai 68, c’est-à dire ceux à qui la presse donnait la parole ne l’étaient pas non plus :
Sauvageot, qui n’a jamais tourné sa veste, était à l’époque membre du PSU, Geismar était Maoiste, l’un et l’autre étaient des responsables syndicaux : Sauvageot de l’UNEF, Geismar du SNES-SUP.

Merci à tous de respecter la vérité historique.

14/04/2026 21:04 par kabouli

Il faut reconnaître qu’être communiste en 68 et l’être resté est une sorte d’exploit alors que le parti commença la grève bien après qu’elle eut commencé et appela à la reprise bien avant qu’elle se soit terminée.Des milliers de jeunes ouvriers rejoignirent les émeutes et les barricades et furent l’avant garde de ce mouvement. Les médias bien évidemment en firent - par une inversion du réel dont elles sont coutumières - une révolte "d’étudiants" - qui dura plusieurs mois et pour cette avant garde ouvrière plusieurs années.
Il y eut un avant et un après 68 du jour au lendemain les familles explosèrent et le rapports humains de bienveillants mais autoritaires dans les classes populaires devinrent emplis de liberté . Ce qui indique que mai 68 fut une révolution c’est que l’armée y déploya des colonnes de chars vers Satory a côté de Versailles. Ce que l’on nomme les soixante huitards furent la contre révolution qui s’ensuivit dont l’apothéose fut le fasciste Mitterrand . Un mouvement antifasciste représenté par un fasciste assassin direct de dizaine de militants a communistes algériens.On peut dire que mai 68 fut "une véritable révolution" inconnue des milliers de jeunes ouvriers partirent sur les routes et certains se suicidèrent quand ils s’aperçurent que la fuite les ramenait à ce qu’ils avaient fuit. "Crapules staliniennes" illustre bien la critique du communisme par le millénarisme révolutionnaire de cette époque . Tout le monde se foutait de augmentations de salaire...Je ne connais d’approchant l’esprit de cette époque que quelques écrits situationnistes qui eux aussi sombrèrent dans la tourmente dont ils avait été l’avant garde intellectuelle quelque temps auparavant. Debord donna à Gallimard l’édition de ces oeuvres que quelques temps auparavant il avait refuser dans une lettre insultante et l’on s’aperçut que son concept de spectacle n’était qu’ un écho amoindrit et caché de l’œuvre de Gunther Anders le mari d’Hannah Arendt cette conne qui lui préfère le nazi Heildegerre...

14/04/2026 21:31 par CAZA

Mince pour mon quota .
Mais tout expliqué en deux minutes .
Comment est on passé de la lutte des pauvres contre les riches à la lutte des nationaux contre les immigrés ?

https://www.youtube.com/shorts/cqnLq8n6ChM

15/04/2026 07:41 par diogène

@ lou lou la pétroleuse

les trois dernières lignes de mon commentaire n’ont aucun intérêt en fait, et j’aurais dû en rester à ce qui précède, car elles n’ajoutent rien.
on ne peut pas être objectif et subjectif à la fois

que pensez-vous du reste ?

15/04/2026 17:01 par lou lou la pétroleuse

A Diogène,

Personnellement tout ce que j’ai appris en politique je l’ai appris d’abord en discutant. Mai 68 fut donc pour moi une formidable école. J’ai bénéficié de la science des copains et des copines, de leurs livres (que je n’ai pas toujours rendus - à ma grande honte), de leurs journaux, qu’ils laissaient à la disposition de tous, sur les tables des cafés (j’ai fréquenté assidûment celui d’Adèle, à Jussieu, ou se retrouvaient à peu près tous les échantillons de la gauche extrême).
En mai 68, tout pouvait être débattu, dans les rues, dans les universités, notamment à la Sorbonne où l’on rencontrait de tous les milieux, des universitaires de haut niveau, dont je n’ai jamais lu les livres, des jeunes ouvriers qui venaient partager leurs idées et leurs pratiques et s’instruire du savoir des autres. La nuit je participais à l’occupation de l’usine de papier-carton à Bezons où travaillait (avant la grève ) la mère d’une copine, et j’y apprenais autant qu’à la Sorbonne. Il y avait aussi au quartier latin une boutique appelée la Joie de Lire, où l’on trouvait tout ce qui était censuré ailleurs.
Vous attribuez à je ne sais plus quel universitaire que je n’ai jamais lu, les débats sur l’autogestion. Je me suis demandé si à l’UEC, on ne vous parlait pas d’avantage de ces intellectuels inconnus du grand public que de l’expérience Yougoslave - il est vrai que Staline l’avait condamnée ; elle n’en était pas moins intéressante et antérieure à Guy Debord et autres Castoriadis.
Il est certain que nous brassions aussi les idées de ces intellectuels, mais ce qui m’intéressait (je n’ose pas généraliser mon cas) c’étaient les idées, pas leurs auteurs : nous étions tous, collectivement, auteurs de nos idées, et si nous n’avions pas les honneurs de la presse, il n’était pas interdit, provisoirement, de les inscrire sur les murs.

Aux alentours du 20 mai, j’ai lu sur un mur de la Sorbonne "Déjà 10 jours de bonheur". Ce n’était pas moi qui l’avais écrit. C’était exactement ce que je ressentais.

Ce n’est pas la classe politique qui a produit mai 68. Elle en a d’abord été sidérée, puis a tout fait pour pour canaliser ce vaste mouvement populaire, dont la spontanéité ingouvernable l’effrayait, et pour finalement l’étouffer après 81, quand nous avons cru avoir enfin gagné... malgré quelques doutes, évidemment.

Ce que je retiens de cette période c’est l’extraordinaire solidarité qui nous unissait malgré nos dissensions. C’est aussi la découverte du pouvoir que nous conférait notre solidarité : nous avons crû, le temps de quelques années, pouvoir décider collectivement de la vie que nous voulions.

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