Les défenseurs de la liberté ne seront que des proscrits, tant que la horde des fripons dominera.

Ultime discours du citoyen Robespierre

Maximilien de Robespierre

Robespierre est honni par les politiciens et intellectuels mous, sans talent oratoire, sans vision du monde et sans amour du peuple.

Il faut les entendre lancer "terreur" dès que ce nom est prononcé, eux qui restent placides devant les centaines de milliers d’assassinats perpétrés par leurs amis politiques, partout dans le monde, au Vietnam, en Amérique latine, en Irak, en Afghanistan. Et quelle retenue exquise de nos beaux messieurs quand des continents entiers sont décimés par la maladie et la famine, mieux que par mille guillotines fonctionnant jour et nuit !

Que personne ne s’y trompe, les campagnes de dénigrement contre Robespierre ne sont pas dues à sa brutalité, mais à son combat pour la République et la liberté, une liberté qui s’étendrait jusqu’au peuple. Combat inacceptable, non ?

LGS

Discours à la Convention : séance du 8 thermidor an II (26 juillet 1794).

M. Robespierre : En voyant la multitude des vices que le torrent de la Révolution a roulés pêle-mêle avec les vertus civiques, j’ai tremblé quelquefois d’être souillé aux yeux de la postérité par le voisinage impur de ces hommes pervers qui se mêlaient dans les rangs des défenseurs sincères de l’humanité ; mais la défaite des factions rivales a comme émancipé tous les vices ; ils ont cru qu’il ne s’agissait plus pour eux que de partager la patrie comme un butin, au lieu de la rendre libre et prospère ; et je les remercie de ce que la fureur dont ils sont animés contre tout ce qui s’oppose à leurs projets a tracé la ligne de démarcation entre eux et tous les gens de bien. Mais si les Verres et les Catilina de la France se croient déjà assez avancés dans la carrière du crime pour exposer sur la tribune aux harangues la tête de leur accusateur, j’ai promis aussi naguère de laisser à mes concitoyens un testament redoutable aux oppresseurs du peuple, et je leur lègue dès ce moment l’opprobre et la mort ! Je conçois qu’il est facile à la ligue des tyrans du monde d’accabler un seul homme ; mais je sais aussi quels sont les devoirs d’un homme qui peut mourir en défendant la cause du genre humain. [...]

Peuple, souviens-toi que, si dans la République la justice ne règne pas avec un empire absolu, et si ce mot ne signifie pas l’amour de l’égalité et de la patrie, la liberté n’est qu’un vain nom ! Peuple, toi que l’on craint, que l’on flatte et que l’on méprise ; toi, souverain reconnu, qu’on traite toujours en esclave, souviens-toi que partout où la justice ne règne pas, ce sont les passions des magistrats, et que le peuple a changé de chaînes, et non de destinées !

Souviens-toi qu’il existe dans ton sein une ligue de fripons qui lutte contre la vertu publique, et qui a plus d’influence que toi-même sur tes propres affaires, qui te redoute et te flatte en masse, mais te proscrit en détail dans la personne de tous les bons citoyens !

Rappelle-toi que, loin de sacrifier cette nuée de fripons à ton bonheur, tes ennemis veulent te sacrifier à cette poignée de fripons, auteurs de tous nos maux, et seuls obstacles à la prospérité publique !

Sache que tout homme qui s’élèvera pour défendre ta cause et la morale publique sera accablé d’avanies et proscrit par les fripons ; sache que tout ami de la liberté sera toujours placé entre un devoir et une calomnie ; que ceux qui ne pourront être accusés d’avoir trahi seront accusés d’ambition ; que l’influence de la probité et des principes sera comparée à la force de la tyrannie et à la violence des factions ; que ta confiance et ton estime seront des titres de proscription pour tous tes amis ; que les cris du patriotisme opprimé seront appelés des cris de sédition, et que, n’osant t’attaquer toi-même en masse, on te proscrira en détail dans la personne de tous les bons citoyens, jusqu’à ce que les ambitieux aient organisé leur tyrannie. Tel est l’empire des tyrans armés contre nous, telle est l’influence de leur ligue avec tous les hommes corrompus, toujours portés à les servir. Ainsi donc, les scélérats nous imposent la loi de trahir le peuple, à peine d’être appelés dictateurs ! Souscrirons-nous à cette loi ? Non ! Défendons le peuple, au risque d’en être estimé ; qu’ils courent à l’échafaud par la route du crime, et nous par celle de la vertu.

- Disons-nous que tout est bien ? Continuerons-nous de louer par habitude ou par pratique ce qui est mal ? Nous perdrions la patrie. Révélerons-nous les abus cachés ? Dénoncerons-nous les traîtres ? On nous dira que nous ébranlons les autorités constituées, que nous voulons acquérir à leurs dépens une influence personnelle. Que ferons-nous donc ? Notre devoir. Que peut-on objecter à celui qui veut dire la vérité et qui consent à mourir pour elle ? Disons donc qu’il existe une conspiration contre la liberté publique ; qu’elle doit sa force à une coalition criminelle qui intrigue au sein même de la Convention ; que cette coali ­tion a des complices dans le Comité de Sûreté générale et dans les bureaux de ce comité qu’ils dominent ; que les ennemis de la République ont opposé ce comité au Comité de Salut public, et constitué ainsi deux gouver ­nements ; que des membres du Comité de Salut public entrent dans ce complot ; que la coalition ainsi formée cherche à perdre les patriotes et la patrie. Quel est le remède à ce mal ? Punir les traîtres, renouveler les bureaux du Comité de Sûreté générale, épurer ce comité lui-même, et le subordonner au Comité de Salut public, épurer le Comité de Salut public lui-même, constituer l’unité du gouvernement sous l’autorité suprême de la Convention nationale, qui est le centre et le juge, et écraser ainsi toutes les factions du poids de l’autorité nationale, pour élever sur leurs ruines la puissance de la justice et de la liberté : tels sont les principes. S’il est impossible de les réclamer sans passer pour un ambitieux, j’en conclurai que les principes sont proscrits, et que la tyrannie règne parmi nous, mais non que je doive les taire ; car, que peut-on objecter à un homme qui a raison et qui sait mourir pour son pays ?

Je suis fait pour combattre le crime, non pour le gouverner. Le temps n’est point arrivé où les hommes de biens peuvent servir impunément la patrie ; les défenseurs de la liberté ne seront que des proscrits, tant que la horde des fripons dominera.

COMMENTAIRES  

27/05/2012 13:33 par Yannik

Bravo ! On ne cite jamais assez Robespierre ! Dommage que l’on ne fasse plus d’individus de cette trempe...

27/05/2012 19:10 par Michel

Bonjour,
Il est vrai que le découpage de l’Histoire enseignée découpe la Révolution française au bon endroit (et ce n’est pas un hasard...).
Cet endroit termine avec la terreur, mais commence par une autre : la terreur blanche qui vint après.
Totalitaire, sanguinaire à tel point que la terreur blanche a bien plus décapité, assassiné que la terreur dont on nous bassine depuis plus de 200 ans et dont on nous parle jamais ! A vos bouquins.

27/05/2012 21:58 par vm

Bonsoir -
Je ne pense pas qu’il soi déplacé de renvoyer ici à l’Association pour la création d’un Musée Robespierre à Arras ?
Je ne connais pas plus précisément les initiateurs, mais je suis pour et j’avais signé la pétition.

28/05/2012 00:13 par Bourguignon

"Ditons-nous que tout est bien "

Avec un"s" ne serait-ce pas mieux ?

28/05/2012 09:01 par Legrandsoir

Si. C’est à présent corrigé.
Merci.

28/05/2012 14:07 par Catherine

Je n’ai pas actuellement les moyens de vérifier, mais êtes-vous sûrs que Robespierre a écrit "les hommes de biens" et non "les hommes de bien" ? Ce sont ses adversaires que l’historien Henri Guillemin appelait "les gens de biens" (avec s), précisément parce que leur principale caractéristique était d’en avoir.

Pendant que vous y êtes, pourquoi ne pas mettre en ligne l’enregistrement de la conférence en deux parties qu’il a donnée quelque part en Suisse en 1970 (elle vient de réapparaître), à défaut de pouvoir y mettre la série de conférences télévisées - restée légendaire en Belgique - consacrée à Maximilien dans ces mêmes années 1970, et que la Radio Télévision Belge de Langue Française s’est débrouillée pour perdre (détruire ?), suite aux pressions qui l’avaient poussée à se séparer définitivement de son invité-vedette. Déjà Napoléon tel quel avait provoqué bien des remous, mais alors Robespierre l’Incorruptible .... ô indépendance des médias de service public !

http://www.youtube.com/watch?v=XiM74n8I2Gc

http://www.youtube.com/watch?v=jVNut817OTQ

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