Tsipras ne capitule pas, il poursuit sa stratégie

Guillaume Etiévant

A peine la nouvelle proposition du gouvernement grec était-elle sur la table, que le mot « capitulation » s’affichait sur tous les gros titres de la presse. Chaque semaine, les médias dominants croient voir leur rêve se réaliser : aucune alternative à l’austérité ne serait possible en Europe, et il faudrait que Syriza échoue pour signer la preuve définitive de cette impossibilité. Tsipras est remaquillé en traitre, et à sa suite c’est toute l’autre gauche qui est salie par ces attaques.

A lire l’accord proposé le 9 juillet par la Grèce, on ne voit pourtant pas de rupture avec la stratégie jusqu’à présent déployée par Tsipras. Elle contient au final peu de reculs par rapport à la position du 22 juin refusée par l’eurogroupe :

  • Sur la TVA c’est la même chose
  • Sur le marché du travail c’est la même chose également
  • L’excédent budgétaire primaire prévu est plus élevé, mais c’est grâce à une hausse des impôts et pas à une baisse des dépenses
  • Les privatisations vont se poursuivre mais c’était déjà prévu dans la position du 22 juin
  • Le vrai recul concerne la réforme des retraites (mesures d’économies de 0,25 à 0,5% du PIB sur les retraites dès 2015 et 1% à partir de 2016), mais il faut noter que jusqu’en 2019 le système d’aide aux retraites les plus faibles est maintenu
  • En échange Syriza maintient à la lettre ses exigences : rééchelonnement de la dette, plan d’aide de 53 milliards sur trois ans, et déblocage du « plan Juncker ».

En bref, Syriza poursuit la même stratégie qu’avant. On peut bien sûr la contester, mais elle correspond au choix des électeurs de Syriza : une ligne de crête entre le refus de l’austérité et le maintien dans la zone euro. Tsipras n’a pas de mandat pour sortir de l’euro. Son nouveau plan n’est en aucun cas une trahison par rapport au vote de dimanche dernier, puisque les Grecs se sont par leur vote opposés aux propositions de l’Eurogroupe du 25 juin mais pas aux propositions de Syriza du 22 juin.

Comme nous le disons dans notre communiqué du Parti de Gauche (https://www.lepartidegauche.fr/communique/la-question-centrale-est-la-dette-33027) , le cœur de tout cela, c’est la dette. Si Syriza obtient un rééchelonnement, il s’agira d’un pas en avant considérable pour son peuple. C’est la dette qui étrangle les Grecs, qui ont déjà fait tant d’efforts que le budget de la Grèce est aujourd’hui en excédent primaire, ce qui n’est pas arrivé à la France depuis dix ans.

S’il gagne sur la question de la dette, Tsipras dessinera un nouveau futur aux peuples européens. En desserrant l’étau financier par sa demande d’un plan de financement sur trois ans et de rééchelonnement de la dette, il se donnera le temps de mettre en œuvre son programme et de respecter, jusqu’au bout, son mandat.

Syriza est un espoir immense pour les peuples européens. Ne participons pas à la campagne de dénigrement qui vise des intérêts qui ne sont pas les nôtres.

Guillaume Etiévant, Secrétaire national du Parti de Gauche

 http://guillaumeetievant.com/2015/07/10/tsipras-ne-capitule-pas-il-poursuit-sa-strategie/

COMMENTAIRES  

11/07/2015 02:19 par Dwaabala

« S’il gagne sur la question de la dette, Tsipras... »
Oui, c’était le point principal.
Il va falloir attendre... 2022 pour le savoir, et encore il ne s’agirait même plus d’une restructuration mais d’un rééchelonnement de la dette.
Ceux qui ont rédigé après un long labeur le document sur la nature de la dette doivent se frotter les yeux... ou essuyer leurs larmes..
En fait, ce qu’il a donc d’ores et déjà gagné, c’est de donner son sens plein à l’expression : renvoyer aux calendes grecques.

« on ne voit pourtant pas de rupture avec la stratégie jusqu’à présent déployée par Tsipras. »
C’est encore mieux. Comme le titre l’Humanité.fr dans le registre de l’humour noir :
Après le « non », encore des concessions grecques pour arracher un accord
C’est un « Secrétaire national du Parti de Gauche » qui produit cette analyse burlesque truffée de contre-vérités..

L’onde de choc n’a pas fini de faire des dégâts.

12/07/2015 10:00 par Dwaabala

La ligne du billet de Guillaume Etiévant est juste.
Et si l’onde de choc doit faire des dégâts, cela se constate dans les difficultés actuelles de l’Eurogroupe.
Soutien sans faille aux Grecs et à leurs responsables au pouvoir !

12/07/2015 10:48 par RV

Bonjour

Quid de la "désobéissance",
qui n’a pas été tentée par la partie grecque
qui a accepté dès le début de ne pas prendre de mesures "unilatérales"
et de rester dans le cadre des traités.

Le gouvernement grec ce faisant,
ne s’est pas donné les moyens de sa politique
qui auraient pu être notamment :
- réquisition de la BCG (banque centrale grecque),
- contrôle des mouvement de capitaux aux frontières
- création d’une banque publique d’investissement, pour empêcher le scénario chypriote de triste mémoire.

Que s’est-il passé à Chypre ?
Le parlement a voté à la quasi unanimité
le rejet des mesures préconisées par les institutions européennes
qui en réponse ont coupé les vivres.

Fort de ce précédent historique,
le gouvernement grec aurait du prendre toutes les mesures nécessaires pour empêcher ce genre de réponse.

De mon point de vue ce n’est pas une capitulation en rase campagne dans la mesure ou les questions de la dette et de l’investissement sont désormais sur la table.

Quoi que l’on pense du programme de Syriza, et de sa stratégie, ce gouvernement n’a pas de mandat pour sortir ni de l’Euro ni de l’U€.
On ne peut invoquer le résultat du référendum quand il va dans le sens qui nous intéresserait et l’ignorer quand il ne dit pas ce qu’il ne dit pas . . .

PS
pourquoi n’avons nous pas accès au "titre" du message ?

12/07/2015 16:27 par RV

une déclaration de Varoufakis : pourquoi l’Allemagne refuse d’alléger la dette de la Grèce

12/07/2015 19:14 par AF30

" Les privatisations vont se poursuivre...." c’est là, entre autres, où ça coince puisque ce choix est central dans l’idéologie libérale puisqu’elle transfère le pouvoir de décision aux intérêts privés. Le FdG aura beau ne pas voir de concession majeure il n’empêche qu’après la joie du non il est difficile de ne pas être terriblement affecté par ces propositions - Le vrai recul concerne la réforme des retraites ....- établies de plus avec l’aide d’une dizaine de conseillers envoyés par Paris. Si tout ça aboutit à un accord et même en faisant la part de la propagande qui va l’accompagner il sera difficile pour de nombreux sympathisants de gauche de ne pas y voir une capitulation de plus.
Où sont toutes ces histoires de dettes illégitimes, odieuses ? parties dans des débats techniques loin des débats centraux sur les choix politiques.

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