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Il, elle, masculin, féminin : la langue et l’égalité des sexes

Questions de genres

Claude Mattiussi

Messieurs de l’Académie, excusez mon audace, puis-je attenter à votre divine quiétude sous la coupole et vous interpeler un instant d’éternité pour vous soumettre une question de genre ou plutôt le problème délicat de l’accord, de la concordance des genres humains et grammaticaux ?

Certaines féministes, extrémistes de leur genre sexué, revendiquent et veulent imposer, comme reconnaissance de leur talentueuse féminité, la féminisation de certains mots communs dont l’usage séculaire ne connaît que le genre grammatical masculin. Ainsi en va-t-il notamment pour professeur, écrivain, auteur, ces professions des belles lettres. L’usage se répand chez les journalistes et parmi les universitaires d’une féminisation telle que professeure, écrivaine, auteure, docteure en ajoutant un "e" novateur à la fin du mot introduit par un article féminin. Et des querelles enflamment même l’hémicycle parlementaire pour l’appellation de "madame la Ministre" ou de "madame le Ministre", alors qu’au sénat on fait usage, sans polémiques, d’un "madame le rapporteur des lois". Alors messieurs les Académiciens et mesdames les Académiciennes, faut-il accorder le genre féminin à tous ces estimables titres pour en reconnaître et légitimer la femme qui les porte au-delà des cas usités comme un instituteur, une institutrice, un conducteur, une conductrice, un roi, une reine… ?

Comme par exemple, un député, une députée. Facile. Ça ne mange pas de pain. Un président, une présidente. Inutile, il n’y en a jamais eu en France. Pas de problème pour le ou la gynécologue. Alors un maçon, une maçonne (comme maçonnerie) ? Ça sonne bien (attention à la cédille). Mais c’est vrai qu’il n’y a pas beaucoup de féministes maçonnes. Dommage. Un pécheur, une "pécheuse" ? Ça coince. Une pécheresse ? Ce n’est pas le même poisson. Un maire, une maire ? Mais attention à la confusion de la mère. Plutôt une mairesse comme maîtresse pour maître. On rencontre à l’université une telle "maîtresse de conférence" du laboratoire du professeur Casanova : un terme malheureusement équivoque qui se prête par homonymie et paronomase à l’ironie tentante de la promotion de la chaire. Mais pourquoi "docteure" en science et non doctoresse ? Il y a plus embarrassant. Un chef d’État, une cheffe d’État ? Un officier, une officière ? Incongru. Un chauffeur, une chauffeuse. Chaleur ! Il y a pire : un pompier, une pompière ! De très mauvais goût surtout si elle est aspirante. Un assassin… une meurtrière ? Non, dit madame le ou la juge ? Difficile… Dernièrement, une revue technico-militaire, révélait qu’une femme avait été promue à la tête d’un organisme stratégique comme "colonelle". Attention au quiproquo ! Traditionnellement, le terme de madame la "colonelle", comme celui de madame la "générale", était réservé, selon une hiérarchie domestique parallèle, à l’épouse du colonel ou du général. Enfin, on a appris, cet été, qu’une première femme était devenue "entraîneur" d’un club de foot. L’annonce disait bien une femme "entraîneur" et non pas entraîneure (entrain heure ?) et surtout pas "entraîneuse", un rôle féminin, il est vrai, déjà assuré auprès de célèbres footballeurs par une certaine Zahia.

A contrario, faudra-t-il changer le genre grammatical de ces occupations mâles qui sont outrageusement nommées par un mot du genre féminin ? Comme par exemple un homme de ménage comme pendant à la femme de ménage. Mais pour cette sentinelle que devient le soldat qui monte la garde ? Faudra-t-il conserver ce féminin pour accorder ladite sentinelle, qui lui sied parfaitement, à cette femme soldat qui monterait la garde justement (il y en a actuellement un nombre croissant dans l’armée de métier) ? Et donc, pour ce malheureux soldat efféminé, lui restituer sa virilité en le nommant désormais "un sentinel". Idem pour une estafette qui deviendrait "un estafet" pour l’homme ? Mais pour une pute, un put ? Ça jure ! Seul le féminin semble supportable, même pour les hommes, honteusement féminisés dans l’opprobre.

Décidément la langue française a parfois mauvais genre.

Essayer de régler ce dilemme par la règle de la majorité. Par exemple, aujourd’hui, plus de 60% des enseignants sont des femmes. Dans un retournement historique, qui ne serait que justice, il serait donc légitime, en reconnaissance de cette domination, d’attribuer à cette fonction le genre féminin : monsieur Thalès deviendrait une professeure. Ou un professeure. La gent enseignante pourrait bien s’en accommoder puisqu’elle a accepté sans difficulté d’être un ou une collègue, un ou une auxiliaire et un ou une camarade, toutes appellations qui supportent l’ambivalence du masculin et du féminin. Mais à quoi bon ces distinctions sexuelles ? Les sciences de l’éducation objecteront qu’il n’existe aucune différence significative dans le travail des enseignants en fonction de leurs genres.

Alors mesdames les académiciennes (priorité au féminin), pour résoudre cette quadrature du genre, ne serait-il pas plus simple d’inventer dans la langue française le genre neutre pour l’universel ? Enfin ! Comme en allemand avec "der man", "die frau" et "das mench" pour l’Homme au sens de l’humain. Inventer deux nouveaux articles singuliers neutres comme "li" ou "lo" et "uni" ou "uno" (en s’inspirant de l’italien) pour nommer les fonctions, les titres et les professions neutralisés : uno professeur, lo ministre, uno auteur, écrivain, lo président, uno officier, lo chef d’état. Au diable leurs genres sexués, seule compte la fonction ! Au pays des lumières, une révolution grammaticale ! Réconcilier ainsi les hommes et les femmes d’autorité pour faire cesser par le neutre la guerre des genres humains pour la domination et établir la paix sémantique et l’égalité par la grammaire.

Il n’est pas nécessaire de me répondre de sitôt. Il n’y a pas urgence. La longueur des débats savants, du genre du sexe des anges, pourrait accoucher d’un arrêté dans le temps long et lent de la réflexion protocolaire, disons… dans un siècle.

Claude Mattiussi
Docteur en sciences de l’éducation.

ET VOIR (entre autres dans nos archives) :
www.legrandsoir.info/reprenons-langue-s.html

http://www.legrandsoir.info/Le-la-Grand-e-Soir-ee-a-ses-lecteurs-trices-francais-es-et-etrangers-eres.html

COMMENTAIRES  

17/09/2014 07:44 par Bernard Gensane

Remarques très pertinentes.
La création ex abrupto d’un neutre, je n’y crois pas trop. Je crois qu’il existe en poitevin-saintongeais.

Une petite remarque à propos de l’allemand : on n’écrit pas "der man", "die frau" et "das mench" mais "der Man", "die Frau" et "das Mench". Les substantifs portent la majuscule.

De même, en anglais, on n’écrit pas "so british", comme on voit partout dans les médias de France, mais "so British".

17/09/2014 07:56 par Hervé BOURGOIS

Oui, mais il faut aussi définir la règle pour ce qui est neutre. Par exemple, en Grec, un enfant est neutre, une femme est féminin, un homme est masculin... Et puis, j’aime beaucoup lire Alexandre Dumas et Émile Zola... Donc, j’aimerais bien que nous ne changions pas trop la langue... Mais, je crois que malheureusement les académiciens ont perdu le pourvoir ! Par exemple, peuvent-ils promouvoir le passé simple pour parler de ce qui est terminé ? Ainsi, nous pourrions dire "une femme fut promue" au lieu de "une femme avait été promue" ou "on apprit cet été" plutôt que "on a appris cet été"...

17/09/2014 08:13 par Vaugelas

« …Inventer deux nouveaux articles singuliers neutres comme "li" ou "lo" et "uni" ou "uno" (en s’inspirant de l’italien) pour nommer les fonctions, les titres et les professions neutralisés : uno professeur, lo ministre, uno auteur, écrivain, lo président, uno officier, lo chef d’Etat ».

Certes, certes, mais comment distinguer : celui, celle, ceux, celles, tous, toute, toutes, etc.
Quelqu’un aurait-il le temps de réécrire ici ce poème d’Aragon, déjà réécrit naguère par un GS espiègle ?
LA ROSE ET LE RESEDA
Celui (celle) qui croyait au ciel celui (celle) qui n’y croyait pas
Tous (toutes) deux adoraient la belle prisonnière (le beau prisonnier) des soldat(e)s
Lequel (laquelle) montait à l’échelle et lequel (laquelle) guettait en bas
Celui (celle) qui croyait au ciel celui (celle) qui n’y croyait pas
Qu’importe comment s’appelle cette clarté sur leur pas
Que l’un(e) fut de la chapelle et l’autre s’y dérobât
Celui (celle) qui croyait au ciel celui (celle) qui n’y croyait pas
Tous (toutes) les deux étaient fidèles des lèvres du coeur des bras
Et tous (toutes) les deux disaient qu’elle (qu’il) vive et qui vivra verra
Celui (celle) qui croyait au ciel celui (celle) qui n’y croyait pas
Quand les blés sont sous la grêle fou (folle) qui fait le délicat
Fou (folle) qui songe à ses querelles au coeur du commun combat
Celui (celle) qui croyait au ciel celui (celle) qui n’y croyait pas
Du haut de la citadelle la sentinelle (le sentinel) tira
Par deux fois et l’un(e) chancèle l’autre tombe qui mourra
Celui (celle) qui croyait au ciel celui (celle) qui n’y croyait pas
Ils (elles) sont en prison Lequel (Laquelle) a le plus triste grabat
Lequel (laquelle) plus que l’autre gèle lequel (laquelle) préfère les rats
Celui (celle) qui croyait au ciel celui (celle) qui n’y croyait pas
Un(e) rebelle est un(e) rebelle deux sanglots font un seul glas
Et quand vient l’aube cruelle passent de vie à trépas
Celui (celle) qui croyait au ciel celui (celle) qui n’y croyait pas
Répétant le nom de celle (celui) qu’aucun des deux ne trompa
Et leur sang rouge ruisselle même couleur même éclat
Celui (celle) qui croyait au ciel celui (celle) qui n’y croyait pas
Il coule, il coule, il se mêle à la terre qu’il (qu’elle) aima
Pour qu’à la saison nouvelle mûrisse un raisin muscat
Celui (celle) qui croyait au ciel celui (celle) qui n’y croyait pas
L’un(e) court et l’autre a des ailes de Bretagne ou du Jura
Et framboise ou mirabelle le grillon (la grillonne) rechantera
Dites flûte ou violoncelle le double amour qui brûla
L’alouette (l’allouetteau) et l’hirondelle (l’hirondelleau), la rose et le réséda.

17/09/2014 08:50 par Ardwenn

"Masturbation intellectuelle", c’est de quel genre ?

17/09/2014 08:51 par Dwaabala

Ce doit être une tendance profonde de la langue française, puisque au temps où les enfants jouaient aux cow-boys et aux indiens, la fille était une cow-boyesse.
Et le problème se pose dès le pronom personnel : faudra-t-il écrire tue, quand on s’adresse à sa compagne ? Ou nousses, et vousses, pour un groupe de femmes ?

17/09/2014 14:29 par Leo Lerouge

@Hervé Bourgeois
"avait été promue", indépendant du passé simple, existait aussi à l’époque de Zola et de Balzac.
Revoyez votre grammaire.

Mais quel dommage, si on suit votre raisonnement, de ne pas pouvoir lire non plus les auteurs comme Villon, Marot, Ronsard, Montaigne ou Rabelais, qui écrivaient dans une langue antérieure à celle de Zola et Balzac, qui, eux aussi, avaient, donc, pris des privautés avec la langue.
Et à cette époque-là, les transformations étaient tout autres.

D’autre part, on lit dans le billet, entre autres inepties :
"Un président, une présidente. Inutile, il n’y en a jamais eu en France."
Ah bon, il n’y a pas de "présidentes" en France ? Le titre serait-il uniquement réservé aux chefs d’état ?

"Un pécheur, une "pécheuse" ? Ça coince".
Exact, "ça coince" : "pêcheur", celui qui pêche le poisson, déjà, s’écrit avec un accent circonflexe (en français Balzac-Zola, je précise, puisque c’est la référence).
"Pécheur ", celui qui commet un "péché", selon la religion, a, lui, eu, de tous temps, un féminin, qui est "pècheresse".
Normal, surtout pas d’amalgames. Il fallait bien un mot pour chacun et chacune afin d’incriminer clairement les coupables (pluriel masculin ET féminin) … d’autant que les dites "pècheresses" devaient être plus visées que leurs homologues masculins. Ça se comptait dans ce cas-là.

"Un maire, une maire ? Mais attention à la confusion de la mère".
Oui, ou de la "mer", aussi, puisqu’on y est. Comme "pair, paire, pers, perd et père", n’est-ce pas ?

Quant au terme de "mairesse", il peut désigner, souvent par dérision, la femme d’un maire. Donc, on veut absolument conserver la langue en l’état, même si les mots prêtent à confusion – ce qu’on dénonce par ailleurs quand ça arrange ?
C’est ce qui est expliqué avec "colonelle", on n’est pas à une contradiction près.

" Il y a pire : un pompier, une pompière ! De très mauvais goût surtout si elle est aspirante."
"Aspirante" ? bien d’accord, de très mauvais gout. Vulgaire même, je dirais.

Quant à entraineur et entraineuse, pareil : il est clair que les féminins de certains mots sont péjoratifs, pourquoi donc, refuser qu’on ajoute un -e au mot masculin pour éviter cet écueil ?
Mystère de la Misogynie.

Mais pour éviter cela, voilà qu’on propose d’introduire le neutre dans la langue française, qui, enfin libérée des règles du latin et du grec, n’existe que dans de rares cas (pour quelques pronoms - tout, rien, quelque chose, ce, quoi - ou" il pleut", etc. qu’il faut accorder comme s’ils étaient des masculins).

Une révolution linguistique qui ne ferait pas peur au épouvantés du genre, pourvu qu’ils se sortent du guêpier des modifications concernant le genre dans le domaine professionnel.
Pitoyable prétendue gauche, dont les luttes se résument à des questions linguistiques et dont les seuls débats portent sur les raisons d’avoir voté Hollande.

On se demande pourquoi le GS s’obstine à publier des billets sur le genre, qui sont, chaque fois, tournés en ridicule par des "littéraires" autoproclamés, dont les propos ne relèvent que de la mauvaise foi et du parti pris.
Et dont le prolétariat se fiche éperdument, occupé qu’il est à lutter pour des questions vitales, ou à conserver son maigre bifteck.

Quelqu’un va les soutenir, ceux-là ? Ou bien, on est dans un monde de "yaka-fokon" , hérité des agitations de mai-68 ?
Il n’y a jamais de débat là-dessus.
Cherchez l’erreur.

17/09/2014 16:34 par Sheynat

Leolerouge :

Une révolution linguistique qui ne ferait pas peur au épouvantés du genre, pourvu qu’ils se sortent du guêpier des modifications concernant le genre dans le domaine professionnel.
Pitoyable prétendue gauche, dont les luttes se résument à des questions linguistiques et dont les seuls débats portent sur les raisons d’avoir voté Hollande.

On se demande pourquoi le GS s’obstine à publier des billets sur le genre, qui sont, chaque fois, tournés en ridicule par des "littéraires" autoproclamés, dont les propos ne relèvent que de la mauvaise foi et du parti pris.
Et dont le prolétariat se fiche éperdument, occupé qu’il est à lutter pour des questions vitales, ou à conserver son maigre bifteck.

Quelqu’un va les soutenir, ceux-là ? Ou bien, on est dans un monde de "yaka-fokon" , hérité des agitations de mai-68 ?
Il n’y a jamais de débat là-dessus.
Cherchez l’erreur.

Très juste, merci à vous de le faire remarquer.
Et merci aussi d’avoir remis les points sur les "i" concernant l’utilisation de la langue française.

17/09/2014 16:43 par Dwaabala

@ Leo Lerouge
La langue n’est pas le monopole de la bourgeoisie, bien qu’elle détienne de gros moyens pour la faire souffrir, elle aussi.
Le prolétariat doit aussi avoir son mot à dire sur le sujet, comme sur tous les autres, et l’ironie est un vecteur efficace.

17/09/2014 18:56 par Fald

Petit détail : gaffe à ce que vous dites sur l’allemand : la répartition de base chez les êtres vivants est masculin, féminin, neutre, pour mâle, femelle, petit. Le bon exemple est donc "der Mann, die Frau, das Kind".

Ceci dit, il y a pas mal de défauts dans le système comme dans toutes les langues vivantes, mais moins qu’en Français.

En particulier pour les noms de métiers, car l’allemand a la souplesse de pouvoir ajouter le suffixe "-in" pour les féminiser. "Die Cheffin" est tout a fait naturel !

Pour les noms d’espèces, c’est moins le merdier qu’en français, mais à peine. On peut avoir un mot spécial (das Schwein, das Schaf), ou reprendre le masculin (der Hund) ou le féminin (die Katze) selon les habitudes.

Mais surtout, voici ce qui m’a fait bondir :

Ne dites pas "DAS Mensch". L’être humain se dit "DER Mensch" et le mettre au neutre le transforme en insulte (La pute, la trainée).

18/09/2014 05:33 par Leo Lerouge

@dwaabala

Les prolétaires, je ne les rencontre pas dans les livres, je les côtoie journellement, et ils sont loin d’avoir envie de s’intéresser à des trucs inutiles et de passer des heures devant leur ordinateur à discuter sans fin de futilités.
Quant à l’"ironie" du texte", je ne vois pas de quoi on parle, c’est un texte bête et méchant, ignorant, et seulement alimenté par des fantasmes.
On a le droit de faire de l’ironie quand on sait de quoi on parle, pas quand on dit n’importe quoi sur des sujets qu’on ignore manifestement pour faire coller ses préjugés.
Et qu’on massacre ainsi la linguistique pour arriver à ses fins, ça ne m’amuse pas du tout, moi.
Mais je comprends que, si on est d’accord avec son point de vue, on prenne ses affirmations pour parole d’évangile.

J’ai souligné précédemment des erreurs et des contradictions dans le discours.
En voici d’autres :
Il préconise l’introduction du neutre en disant qu’on devrait s’inspirer de l’italien. (Comme si la langue française n’était pas assez compliquée comme ça et qu’il fallait encore en rajouter).
Mais de toute façon, si le neutre existe en grec et en latin, il n’existe ni en français, ni en espagnol , ni en italien.
Pire, il propose "uno’" et "lo" comme "neutre", or, en italien, "uno" est masculin, pas "neutre"
On est bien avancés.
On remplace "un" et "le" par un mot étranger signifiant la même chose et le tour est joué. Ils deviennent neutres en français par magie.
Et ces idiotes de "féministes extrémistes" n’y verront que du feu.
Cependant, ce qu’il ignore manifestement, c’est que le neutre est le genre de tout ce qui n’est ni féminin ni masculin.

En anglais, le neutre ne se réfère qu’à des inanimés, pas à des personnes, donc.
Fald nous indique que l’emploi du neutre en allemand pour des personnes est une insulte.
C’est tout à fait logique. Et c’est pareil en anglais. On ramène la personne à un objet.
Quand on dit "ça" en parlant d’une personne, on ne cherche pas à la valoriser.

Quant à l’espagnol - qui est la langue qui s’adapte le mieux aux néologismes, parce que, s’il faut, il va réécrire le mot étranger (panqueque ; yanki ; beicon) pour l’intégrer à sa propre langue - eh bien il y a pratiquement toujours un féminin et un masculin pour chaque profession, même pour plombier. Et pour chef (jefe/a).
On se demande comment ils assument de telles horreurs, les pauvres.
J’espère de tout cœur que les Français qui parlent espagnol ne se plient pas à ces règles ridicules.

UN professeur, c’est un mot obligatoirement masculin. POINT.
Et UNO professeur, c’est une aberration linguistique et un néologisme stupide.

Et dire que ce monsieur se dit "Docteur en sciences de l’éducation" !
C’est-à-dire qu’il est censé avoir appris à faire des recherches, et qu’il a le devoir, avec ce titre, de rendre une copie honnête.
Là, c’est une véritable imposture.
Non seulement il s’attaque aux "féministes" sans savoir ce qu’elles réclament exactement et qui elles sont ("parce que "certaines féministes, extrémistes de leur genre sexué", cela n’est pas une information, c’est de la rumeur, il devrait le savoir, le docteur), mais il fonde tout son raisonnement sur des absurdités.

Quant à "tu" et "vous", c’est de la même veine. "Tu" s’adresse automatiquement à une personne, que ce soit une femme ou un homme, "vous", c’est pareil, mais peut être singulier ou pluriel. Il n’y a pas de genre spécifique impliqué dans tu ou vous. Et aucune ambigüité. Le contexte seul peut dire qui sont ces personnes. Comme JE, d’ailleurs !
Mais, bon sang, allez donc revoir les bases grammaticales.

Et, en conclusion, le "prolétariat" qui se serait égaré par hasard sur cette page, aurait été informé de quoi ?
On ne se fout pas un peu de la gueule du prolétariat, là ?

18/09/2014 08:25 par babelouest

Rassurons-nous, chers compatriotes (non, je ne féminise jamais quand il s’agit du cas général, à la différence de certains "gendegauches" un peu obtus), pour "les Grands de Ce Monde" nous ne sommes qu’une piétaille (au féminin dans le texte) sans importance. Nous avons tous "mauvais genre". Mais peut-être ces paltoquets prétentieux connaîtront-ils un jour, en tête-à-tête intime, LA guillotine, LA couleuvrine ou LA carabine (qui n’est pas LE carabin passé au féminin, ne confondons pas).

18/09/2014 11:48 par Fald

à Léo Lerouge,

Petit détail, mais où vous me faites dire une bêtise que je ne dis pas : qu’en allemand, le neutre servirait pour les insultes !

En allemand le neutre est le genre des PETITS (Kind = enfant, Fohlen = poulain, etc). C’est donc aussi le genre des diminutifs, donc un genre plutôt affectueux. Ça paraît bizarre aux Français que "das Mädchen = la fille" soit du neutre, mais c’est normal car c’est à l’origine un diminutif qui n’a rien d’anti-féminin. De même, presque toutes les jeunes filles des contes de Grimm ont des nom neutres.

UN SEUL mot, "Mensch" devient une insulte en passant du masculin au neutre.

Sinon, c’est intéressant qu’une langue comme l’allemand ait deux mots différents pour "homme" : "Mann" contraire de femme, et "Mensch" contraire d’animal (comme en latin "vir" et "homo"). En français où les deux mots se confondent, j’en ai trop vu qui cherchaient à être des "hommes", différents des femmes, et qui en oubliaient d’être des hommes, différents des animaux.

Désolé pour la digression, mais j’ai horreur qu’on me fasse dire ce que je n’ai pas dit.

18/09/2014 13:49 par Zarathoustra

Il n’existe qu’un seul genre : le genre humain !

18/09/2014 14:43 par Dwaabala

@ Leo Lerouge
Pourquoi, systématiquement, tout transformer en question de personne ?
Quand je dis : le prolétariat, je ne parle pas des prolétaires que vous côtoyez éventuellement tous les jours et qui ont évidemment d’autres choses à faire quotidiennement ; de même que lorsque je disais : bourgeoisie, je ne parlais pas de ma voisine qui démarre pour aller faire sa partie de tennis.
Et j’imagine que s’il fallait qualifier le présent forum, il faudrait plutôt le concevoir comme prolétarien que comme bourgeois.
C’est pourquoi, rappeler que la langue est aussi un enjeu , qu’elle est hantée par la lutte des classes, n’est pas une futilité. Et où le dire, sinon ici ?
Bien sûr, si on [n’]est [pas] d’accord avec son point de vue [celui de l’auteur], on a intérêt à tout prendre au pied de la lettre et à ne percevoir ni humour, ni ironie dans cet article.
La question reste donc posée : d’où (de quelle classe) nous vient donc cette féminisation à outrance de bon nombre de termes du français ? Sans doute pas des prolétaires que vous côtoyez tous les jours et qui ont d’autres choses à faire. Alors, d’où ?
Et encore... il ne s’agit ici que d’une question ridicule, mais il arrive qu’on lise ici des articles qui mettent le doigt sur la perversion systématique du sens des mots, donc des idées, à laquelle s’emploient les classes dominantes.
Je ne retrouve plus un récent billet publié dans Mediapart par Bernard Gensane, sur les distorsions du langage patronal, politique et médiatique, dont j’espérais la publication ans LGS, qui n’est pas venue, et c’est bien dommage.

18/09/2014 15:49 par Dwaabala

... à défaut, je me suis reporté à sa passionnante étude (2010) : http://www.legrandsoir.info/IMG/pdf/LGS_-_Alienation_linguistique.pdf, ans laquelle je lis, p. 17 :

Les problèmes culturels ne sont pas secondaires par rapport aux problèmes politiques ou économiques. Tout se tient et les langues, les moyens de communication de masse sont des armes ou des moyens de pression au même titre que le cours des matières premières ou les transnationales.

Pour revenir à l’article, je dirai que lorsqu’on se pose la question de savoir si l’on doit dire Mme le Préfet ou Mme la Préfète (la deuxième option est acquise) on n’est pas dans la classe où il existe des travailleurs et des travailleuses, des ouvriers et des ouvrières, des employé et des employées, pour lesquels la question est résolue depuis longtemps.
Quand on parle, il s’agit aussi de savoir où l’on parle.

18/09/2014 21:59 par Sheynat

Quand je lis un tel billet et les commentaires qui le défendent, je regrette que le Doctorat en mauvaise foi n’existe pas, car il serait sans aucun doute attribué à leurs auteurs.

Par exemple, rétorquer à Leo lerouge que :
« Le prolétariat doit aussi avoir son mot à dire sur le sujet, comme sur tous les autres, et l’ironie est un vecteur efficace. » en est l’illustration, puisque cela répond à côté de ce que Leo lerouge a dénoncé, tout en impliquant une réinterprétation de ses dires.
Par ailleurs, lui expliquer que lorsque lui parle de « prolétariat » ou de « prolétaires », il ne s’agit que de ceux qu’il connaît, prouve quoi en conclusion ? Que le « prolétariat » que vous connaissez, Dwaabala, est plus légitime ?

La question reste donc posée : d’où (de quelle classe) nous vient donc cette féminisation à outrance de bon nombre de termes du français ? Sans doute pas des prolétaires que vous côtoyez tous les jours et qui ont d’autres choses à faire. Alors, d’où ?

Non, ça c’est une tentative de retournement (ou de perversion) de la question posée.
Qui est dans l’article :
« Alors messieurs les Académiciens et mesdames les Académiciennes, faut-il accorder le genre féminin à tous ces estimables titres pour en reconnaître et légitimer la femme qui les porte au-delà des cas usités comme un instituteur, une institutrice, un conducteur, une conductrice, un roi, une reine… ? »

Oui, hein, posons donc la question : qui ne trouve rien d’autre à faire que de pousser des cris d’orfraie pour la simple raison qu’on « accorderait le genre féminin à tous ces estimables titres pour en reconnaître et légitimer la femme qui les porte au-delà des cas usités comme un instituteur, une institutrice, un conducteur, une conductrice, un roi, une reine… ? »
Et passerait son temps précieux à tenter de faire de « l’ironie » heu...
Rien que ça : « Un président, une présidente. Inutile, il n’y en a jamais eu en France. » : en dehors de la bêtise et de l’ignorance du propos (et certes on pourrait en rire, moi je trouve cela plutôt affligeant), j’ai beau chercher les subtilités et complexités de l’ironie, désolée, je ne vois pas !
Et tout le texte est pareil : une insulte à l’intelligence et à la culture (dont sont dotés les prolétaires que je connais et non pas certains bourgeois accrochés à leur vieille phallocratie crasse), comme l’a brillamment démontré Leolerouge, mais c’est sûr qu’il vaut mieux ignorer ce qu’il démontre quand on est obsédé par les titres masculins.

18/09/2014 23:21 par Matou

Oui, hein, posons donc la question : qui ne trouve rien d’autre à faire que de pousser des cris d’orfraie pour la simple raison qu’on « accorderait le genre féminin à tous ces estimables titres pour en reconnaître et légitimer la femme qui les porte au-delà des cas usités comme un instituteur, une institutrice, un conducteur, une conductrice, un roi, une reine… ? »

Réponse : ceux qui, et ici Bernard Gensane n’est pas le dernier, savent que les combats pour l’émancipation de la pensée ne s’opposent pas mais doivent être unifiés. Et celui de la langue est important car il nomme les choses. Au passage, Bourdieu a très bien expliqué en quoi la langue scolaire est la langue des classes dominantes et que les classes populaires qui ne la maitrise pas, ou mal, sont ainsi "trié" par le système scolaire permettant ainsi la reproduction.
Donc oui la question de la langue, le prolétariat a tout intérêt à s’y intéresser !

Après comme dit avant, qui impose ces changements ? Quelle classe et dans quel but ?
C’est cela que l’ironie du texte veut poser. Et il a déjà été dit que avant dans la discussion donc merci de déjà répondre à ceux qui l’on justement souligné au lieu de retarder le débat au lieu de feindre de ne pas comprendre la différence entre le prolétariat et les prolétaires, distingo très justement expliqué par Dwaabala

« Un président, une présidente. Inutile, il n’y en a jamais eu en France. » : en dehors de la bêtise et de l’ignorance du propos (et certes on pourrait en rire, moi je trouve cela plutôt affligeant), j’ai beau chercher les subtilités et complexités de l’ironie, désolée, je ne vois pas !

Ah bon il y a déjà eu une présidente de la république ? Mince en effet je suis bien ignorant.
Enfin quand on poser son analyse et que l’on finit par un "moi, je" on parle surtout de son nombril. Ce qui n’est pas un tord en soi.
Sauf que là, c’est pour dire que l’on voit pas l’ironie là où bien d’autres la voient ! C’est donc un débat de "ressentis".
Et en effet on fait avancer la lutte des classes avec des débats sur les ressentis, avec des débats remplis de "moi je" !
Ah on me souffle dans l’oreillette que justement, c’est dans les diners bourgeois qu’il y a ce genre d’oppositions de ressentis !

19/09/2014 00:28 par Leo Lerouge

Merci Sheynat d’avoir lu et compris ce que j’ai écrit.
Quand on veut faire croire qu’on a raison, on parle d’autre chose en boucle et/ou on fait des procès d’intention sur un point de détail plutôt que d’aborder le fond.

Aucun intérêt.

19/09/2014 17:48 par Autrement

Pour avoir un avis autorisé sur les "sciences de l’éducation" et leurs applications dans l’enseignement secondaire, pour les cours de français, il suffit de se reporter au site de SLL (Sauver Les Lettres, http://www.sauv.net/) et de taper "sciences de l’éducation" dans le moteur de recherche. Vous trouverez alors, datant déjà de plus de quinze ans, des analyses précises et argumentées, avec de nombreux exemples, comme, sous un titre suggestif, "L’imposture pédagogique" ou encore "De l’élève à l’apprenant". Les "sciences de l’éducation", dans la pratique...de l’éducation, par de vrais enseignants avec de vrais élèves, n’ont servi jusqu’ici qu’à faire mettre en place par les bureaucrates ministériels des justificatifs plus absurdes les uns que les autres pour faire accepter par l’opinion publique la réduction des horaires de français, pour défigurer complètement l’enseignement littéraire en le privant de toute sa valeur formatrice, et pour essayer de mettre au pas les enseignants eux-mêmes. Le résultat de leurs "recettes" d’apprentissage est un désastre ; c’est un vrai martyre pour les enseignants novices qui, sortant des ex-IUFM (devenus ESPE) essayent de les appliquer, et pour les élèves réduits à "participer" à des cours découpés d’avance en tranches de saucisson prédéfinies. Sans même parler du massacre des programmes. Une formation bien conçue pour les enseignants pourrait comporter, par exemple, outre l’essentielle formation approfondie dans sa discipline et le stage pratique, une initiation à la psychologie de l’enfant et de l’adolescent ; mais il faudrait pour cela que le budget de l’Education nationale cesse d’être continuement "dégraissé", et ceci est une autre question. Il suffit en tout cas de lire le texte qui a servi d’introduction à ce débat, pour détester définitivement le bel esprit des Trissotin et des Diafoirus, prétendument réformateurs de la langue, qui ont entrepris ainsi d’assommer notre jeunesse, en détournant à leur profit un petit pactole de crédits de recherche qui auraient certainement été plus utiles ailleurs. Mais après tout, être un Trissotin et comme tel, entrer à l’Académie, c’est peut-être une vocation.

21/09/2014 12:41 par M.T.

Zarathoustra, en commentaire, à tout bien résumé :

"Il n’existe qu’un seul genre : le genre humain !"

Et c’est prouvé scientifiquement. Il n’y a pas 2 genres. Il y a une multitudes de genres.... autant que d’êtres humains. On est plus ou moins "femme" et plus ou moins "homme" ("homme" et "femme", selon la vision binaire habituelle).
http://www.youtube.com/watch?v=3_GO5Fcl7e8

On cessera les débats et les théories sans fin le jour où l’on aura tous compris ça. Et la langue française évoluera d’elle-même.

22/09/2014 16:20 par Claude Mattiussi

Réponse aux commentaires
L’auteur : Claude Mattiussi
Chers lecteurs de LGS
N’étant ni linguiste, ni grammairien, pour traiter du sujet sérieux contemporain de l’accord entre les genres humains et grammaticaux, je crois avoir écrit ce billet avec une certaine distance ironique. Il est curieux que quelques-uns ne s’en soient pas aperçus et aient réagi au premier degré. L’humour est à la fois une arme offensive corrosive et une défense prudente et protectrice. Sous cette forme mesurée, l’article veut alerter et inciter à s’emparer de cette question. Au nombre des réactions, il me semble avoir atteint son but.
Ma solution par le neutre, qui pose de nombreux problèmes comme l’ont souligné à juste raison certains commentateurs, est assurément une provocation, une provocation à trouver une solution collective. Car le fond de mon billet est le refus qu’une catégorie de la population, en fait la partie féministe de la bourgeoisie de robe (au sens de Bourdieu), ne s’arroge le droit de changer la langue et d’imposer sa norme, ses mots, sa domination. Le sujet intéresse tout le monde, y compris le prolétariat s’il veut être porteur d’avenir.Il mérite des discussions éclairées, des études savantes et un débat démocratique. Et à ce titre, mais que fait donc l’Académie Française ?
Quant aux quelques insultes et invectives, elles sont typiques de l’ambiance qui règne sur les forums Internet. Elles polluent et entravent tout débat véritable. C’est pourquoi, habituellement, je ne participe jamais à ces joutes stériles à distance. D’ailleurs, ceux qui les profèrent si facilement en ligne derrière un pseudonyme et un écran, tiendraient-ils les mêmes propos en présentiel, devant un public ? J’en doute. Le débat, notamment scientifique, demande rigueur et respect.
Merci aux correcteurs de mes deux bourdes sur les pêcheurs et l’allemand. On n’est jamais assez vigilant ni omniscient. Nos lecteurs, par leurs corrections, remarques et critiques, contribuent à la qualité des articles et du site. Une collaboration qui participe de l’intellectuel collectif.
Enfin en ce qui concerne la misogynie, il me semblerait plus judicieux de la chercher plutôt dans la langue française elle-même qui a parfois mauvais genre.

22/09/2014 22:07 par Feufollet

Encore un problème de transidentité..?
Drôle d’humour si je peux dire...
Finalement, la meilleure façon d’abolir le machisme dans toutes ses formes
Consiste à abolir définitivement la distinction des genres
Jusque dans ses moindres recoins
Cachons donc ces seins que nous ne saurions voir...
Coupons les seins, coupons les bites
Tout ce monde ne s’y reconnaîtra plus et sera très certainement très malheureux
Mais ne connaîtra plus la difficulté de parler d’amour
Enfin, aux temps ou la quête de subsistance occupait tout notre temps
Il n’y avait pas le temps pour autant de fadaises

22/09/2014 23:36 par Dwaabala

à Bernard Gensane
Je pensais à un texte récent et savoureux qui démontait la perversion de la langue en politique, en économie et dans le domaine social dans la bouche et sous la plume de ceux qui ont la parole et l’écrit. Il n’était donc peut-être pas de toi, mais aurait pu l’être. Désolé, je ne le retrouve pas, malgré toutes mes recherches.

24/09/2014 00:27 par Sheynat

@ Matou
« Donc oui la question de la langue, le prolétariat a tout intérêt à s’y intéresser ! »
Ou encore, pour citer Dwaabala : « Le prolétariat doit aussi avoir son mot à dire sur le sujet »

Merci bien, étant prolétaire, donc faisant partie du prolétariat, j’ai dit sans détour le fond de ma pensée.

Si cela ne vous plaît pas, c’est votre problème : il ne fallait pas poser la question. Ou préciser que les prolétaires qui ne sont pas d’accord doivent s’abstenir.

Au cas où la notion de « prolétariat » ne serait pas claire, cet article présente un tableau très proche des couches sociales françaises.
Pour la question de subjectivité qui m’est reprochée, je la revendique, car je ne parle pas à la place du voisin mais de mon endroit, et par extension, de l’endroit des classes sociales des travailleurs les plus opprimés, qui sont majoritairement des travailleuses (se référer à la catégorie des employéEs exécutantEs du tableau). Et au moins je ne compte pas manipuler un lectorat en incluant mon propre avis en tant que représentante de tout le « prolétariat » pour justifier les sensibilités tout aussi subjectives qu’avancent Dwaabala et consort.
Car là où l’on peut argumenter de manière logique (voire « scientifique ») l’extension des titres de fonctions et métiers au féminin, d’autres utiliseront de façon très arbitraire des prétextes fallacieux pour y résister en appelant ce processus populaire naturel « changer la langue » alors qu’il ne s’agit pas de la changer, mais de la compléter (c’est le rôle d’une extension).
L’Office de la langue française du Quebec en 1979 (et co) propose (sans l’imposer) un guide d’usage qui semble être pratiqué depuis un moment et « maçonne » n’indispose pas leur Moi Je.

De plus, la question telle qu’elle est posée à la base est truquée ; elle induit en erreur, car elle suggère que l’extension des noms de métiers et titres est l’affaire de la bourgeoisie. Il semble utile de rappeler que sous la royauté, les titres de noblesses étaient masculins et héréditaires, et que leur extension féminine n’était admise que pour les « femmes de ». Par contre, à toutes les époques, la féminisation des rôles est apparue spontanément dans l’usage populaire et littéraire, n’en déplaise aux académiciens frileux et aux réactionnaires nostalgiques des coutumes élitistes.
Adopter couramment ces extensions, c’est à la fois rendre compte des réalités d’une époque où les titres et fonctions ne sont plus ou de moins en moins le privilège héréditaire d’une catégorie sociale de sexe masculin, et aussi l’invitation aux filles de prolétaires dès le plus jeune âge à envisager la possibilité d’accéder à des fonctions et professions jusqu’ici attribuées d’office à une catégorie limitée et limitative du fait même du vocabulaire restrictif employé pour dénommer ces rôles.
Que ceux qui s’y opposent soient copain-copains avec la bourgeoisie ou en aient intégré les stigmates (quelques soient leur blabla) ne m’étonnerait donc pas.

24/09/2014 00:32 par Sheynat

P.S à Matou ; Vous écrivez :
« Ah bon il y a déjà eu une présidente de la république ? Mince en effet je suis bien ignorant. »
Je citerai Léolerouge :

« D’autre part, on lit dans le billet, entre autres inepties :
"Un président, une présidente. Inutile, il n’y en a jamais eu en France."
Ah bon, il n’y a pas de "présidentes" en France ? Le titre serait-il uniquement réservé aux chefs d’état ? »

Et l’ironie par définition c’est faire entendre le contraire de ce que l’on dit, par raillerie

@ Claude Mattiussi
« Quant aux quelques insultes » : personne ne vous a insulté, désolée que vous l’ayez pris ainsi. Me concernant, j’ai critiqué vos propos, et je pourrai aussi bien le faire face à vous, pas de problème ; cela risquerait même de sortir de manière moins mesurée qu’en le faisant par écrit.

@ tout le monde : J’ai remarqué qu’il y a une mode, depuis peu, c’est que sous prétexte d’écrire des billets sous patronyme, les critiques sous pseudonymes perdraient de leur valeur, alors qu’ils ne pratiquent pourtant pas le troll ni les attaques personnelles ; sous patronyme c’est honorable lorsque ce n’est pas utilisé comme moyen de pression pour limiter la contradiction et le débat.
Ce qui me fait doucement rigoler, c’est de voir, ici comme ailleurs, des personnes intervenant sous patronyme, mais dont le sens de l’honneur et de l’éthique n’empêchent pas d’intervenir aussi sous plusieurs pseudo et parfois dans une seule conversation... pour s’assurer remporter je ne sais quoi de vachement important. Et ça, c’est trop troll (ironie).

26/09/2014 11:09 par Leo Lerouge

@Sheynat
Belle démonstration. En effet, le prolétariat est, donc, censé être monolithique et en phase avec la bonne parole de celui qui prétend la lui dispenser.

@Fald
Je n’ai pas dit que le neutre était réservé aux insultes, j’ai bien compris, d’après vos explications, qu’il servait pour désigner les êtres inférieurs aux "personnes" (donc, hommes/femmes adultes, dans mon idée).
J’ai compris, en revanche, que le neutre employé pour cette seconde catégorie serait péjoratif. Ce qui me semblait logique.
Je ne savais pas, parce que ce n’était pas précisé, que seul "Mensch" prend une connotation injurieuse quand il est précédé du genre neutre.

Ensuite, @Autrement, il est judicieux de rappeler ici que les réformes destinées à appauvrir l’enseignement du français et des lettres sont mises en place dans l’indifférence générale.

A ma connaissance, aucun billet n’a été publié ici sur le sujet et, si cela a été le cas, il a été largement ignoré des pseudo-défenseurs de la langue française, qui, on le voit, ne se mobilisent que pour s’attaquer à la féminisation de certains noms ou l"’invasion de l’anglais".

Des combats du niveau de pensée du Café du Commerce. Alors que ces thèmes servent aux autorités à détourner l’indignation sur les vraies questions de fond, à savoir l’appauvrissement de l’enseignement de masse et la remise au privé des clés des établissements publics, affaiblis volontairement par le manque de moyens en personnels et en équipements, et par la gabegie organisée.
Un privé qui, on le sait, procèdera, sitôt la main mise sur le butin, à des coupes claires afin de tirer des bénéfices de l’Education des enfants.
On devrait connaitre la chanson depuis le temps (voir la Poste, l’EDF, les Telecoms, la couverture santé, etc.) et militer contre ces évidences plutôt que jouer à se faire peur avec la féminisation des noms de métiers ou la disparition du français, langue véhiculaire.

Et cette sape de l’enseignement public n’est pas réservée aux lettres françaises, mais s’étend à toutes les disciplines.
Il en va ainsi pour le programme d’histoire qui a été découpé en tronçons, et donc, vidé de sa substance, et dont l’enseignement est dispensé à raison de deux ou trois séquences par semaine.

De même pour les langues vivantes. Si l’anglais semble dominer, c’est que l’enseignement des langues dites à petits effectifs (allemand, russe, etc.) est progressivement supprimé dans les établissements scolaires, sous prétexte de manque de "rentabilité", c’est-à-dire de dépenses prétendument somptuaires destinées à un nombre "infime" d’élèves.

Si l’anglais et l’espagnol restent dans le cursus scolaire, c’est que ce sont les deux langues les plus choisies par les familles, et où il y a, donc, le plus d’enseignants à disposition, et qu’il faut bien employer.

Mais croire qu’on peut apprendre une langue à raison de deux ou trois séquences par semaine, c’est, là encore, ignorer les réalités.
L’enseignement des langues relève de la même idéologie que pour les lettres et l’histoire (et d’autres disciplines, évidemment) : donner l’illusion que les écoliers et lycéens apprennent des choses "utiles", alors qu’il ne s’agit que de réduire les coûts au maximum en bourrant les classes et en réduisant les horaires de cours.

L’intention est claire dès le primaire : les programmes sont conçus pour privilégier les bases du français et des maths, accolées à celles de l’anglais et de l’informatique.
Pour l’anglais, c’’est encore une question de com’, car cela se saurait si cela permettait aux élèves de progresser très vite, or il n’en est rien. Le nivellement par le bas se fait en sixième selon les enseignements qui ont été dispensés dans le primaire.

Quant à l’informatique, eh bien, cela fait vendre des centaines de milliers d’ordinateurs à Big Bill et les forfaits internet aux opérateurs jusque dans les familles les plus pauvres. C’est aussi simple que cela.

Et tout cela pour donner quelques vagues bases aux élèves pour qu’ils constituent un vivier de travailleurs corvéables et bon marché.
Et qui sera touché de plein fouet ? Pas la bourgeoisie, de toute évidence.

Se préoccuper de la féminisation de certains mots, à côté, c’est dérisoire et incongru, car le projet, c’est de faire payer l’éducation des enfants aux familles et de généraliser l’illettrisme.
Alors, genre féminin ou masculin, on s’en fichera un peu. Pour les participes passés, on écrira ce qui vient, même un infinitif, un imparfait ou ... un nom commun.
Et pour les noms de métiers, on mettra peut-être même un -e aux noms masculins, qui sait ?

C’est là que le français disparaitra. Et, du coup, ne sera plus parlé correctement que par la bourgeoisie.

Mais, on le constate, le ver est dans le fruit : déjà, certains font peu cas de l’orthographe classique de base (en dehors des coquilles, évidemment, dont personne n’est exempt) tout en s’indignant dans les commentaires, voire le texte, de la féminisation des noms.
Où est la cohérence ?

Et nous expliquer que la féminisation des noms relève de la lutte des classes, c’est une mascarade.
Si la lutte des classes s’arrêtait là, le boulot serait vite fait.
Et les prolétaires seraient contents qu’on leur ait enlevé cette épine du pied qui faisait tache.

26/09/2014 18:43 par Autrement

Entièrement d’accord avec Léo Lerouge sur le constat de ce qui se passe dans l’enseignement et ça, c’est ce qui concerne le plus directement le prolétariat, tant masculin que féminin ! A Sheynat, je dirais que les divers combats du féminisme dans la vie quotidienne et sociale sont bien plus importants que la présence ou non d’un e ou d’un E supplémentaire (comme dans les tracts) par-ci par-là : c’est plutôt une façon de faire oublier tout le reste, et ce n’est en général pas pris complètement au sérieux. Pour la langue elle-même, il ne s’agit pas de "purisme" ; je pense comme Zarathoustra qu’il n’y a qu’un seul genre, qui est le genre humain, et que si les femmes étaient reconnues comme des êtres humains à part entière, ce qui est loin d’être toujours le cas, y compris dans les milieux dits "cultivés", les micro-problèmes linguistiques posés par l’évolution de l’accès aux métiers seraient beaucoup moins nombreux. Je ne suis pas choquée que des femmes soient professeurs ou auteurs (il y en a eu des générations comme ça, et de toutes origines sociales) ni qu’elles soient aussi professeures ou auteures, ou tout ce qu’on voudra. Il suffit en effet, de faire remarquer aux enfants ce qui se passe dans les livres scolaires (par exemple), puis aux ados dans d’autres textes, pour les rendre conscients de la place et du rôle dévolus aux femmes dans tel ou tel contexte socio-historique : l’important c’est ce qui se passe dans le concret, non d’abord dans l’orthographe. En grec moderne (la langue a eu une histoire compliquée), comme y ont coexisté pendant des années des formes diverses et concurrentes pour un même mot ou une même forme grammaticale (par exemple beaucoup de verbes ont deux imparfaits différents !), il n’est pas toujours facile de savoir quelle est la forme la plus correcte ou la plus "normale". Il y a des "niveaux" de langue, suivant les interlocuteurs et les sujets de conversation ou de texte écrit, et des forme relatives à des usages de groupe (comme chez nous "professeure" utilisé dans tel ou tel syndicat). Quand on demande aux linguistes grecs quelle est la forme à utiliser, ils vous répondent : "Sur ce point, la langue n’a pas encore tranché". Je trouve que c’est la sagesse, il faut laisser la langue vivre sa vie, et surtout, s’efforcer de comprendre les aspirations réelles qui s’expriment au moyen de déviances linguistiques. Mais pour que l’écart soit compris, il faut d’abord que tous les enfants aient eu accès à l’apprentissage de la vraie langue dans de vrais textes.

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