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Les retraites appartiennent aux travailleurs !

De quel droit l’État s’arroge-t-il la mainmise sur les retraites, parties intégrantes de la Sécurité sociale ?

Deux arguments s’opposent à cet abus de pouvoir, l’un historique, l’autre ayant trait à la nature du financement des organismes sociaux.

À l’origine, en 1945, la Sécurité sociale est issue du Conseil National de la Résistance. Sa mise en œuvre a été conduite par le ministre du travail Ambroise Croizat avec l’aide de nombreux militants, bénévoles, de la CGT.

Elle fut conçue comme un service public original et indépendant de l’État, directement géré par les assurés eux-mêmes, par l’intermédiaire de leurs élus. Cette gestion démocratique donnait 75 % de sièges aux salariés et 25 % au patronat.

Pourquoi cette répartition ? Le budget de la Sécurité sociale supérieur à celui de l’État est alimenté par les cotisations ouvrières et patronales, celles-ci étant le salaire indirect du salarié. Elles ne sont, en aucun cas, des charges.

Pour faire simple, on peut considérer que le salaire est composé de trois parties, le salaire direct, le salaire indirect (les cotisations patronales) et la plus-value accaparée par le patron. Il est évident que l’emploi d’un salarié constitue un investissement créateur de richesse. Si tel n’était pas le cas, où l’employeur trouverait-il l’argent pour le payer ?

Ambroise Croizat ne voulait pas d’un financement par l’impôt qui présentait un danger d’accaparement de l’organisme par l’État. Il avait vu juste.

La Sécurité sociale, qui inclut la caisse vieillesse, a été fondée par cinq grands textes : deux ordonnances, en 1945, et trois lois rédigées par Ambroise Croizat, en 1946.

Par la suite, les principes constitutifs ont été fragilisés par une prise en main de l’État : le décret du 12 mai 1960 a accru les pouvoirs de la direction, et les quatre ordonnances Jeanneney du 21 août 1967 établirent le paritarisme dans les conseils d’administration, mettant fin à la démocratie sociale. La politique s’est emparée de la gestion de la sécurité sociale au détriment de la gestion démocratique par les travailleurs.

Cette étatisation s’est faite aussi par la fiscalisation, notamment par la création de la CSG le 1er janvier 1991 par Michel Rocard (dont le taux était à l’origine de 1,3%), ensuite finalisée par le plan Juppé en 1996.

Il me semble opportun d’apporter le témoignage d’Éliane Croizat, fille du ministre, que j’ai interviewée pour le Bulletin de l’Institut départemental d’Histoire sociale CGT du Gers, n° 6, avril 2011. Elle rappelait que la classe dirigeante et la majorité des élus ne voulaient pas d’une Sécurité sociale gérée par les travailleurs. Ni le Ministre d’État, ni De Gaulle ne voulurent parapher les ordonnances prises à l’instigation de Croizat. A De Gaulle, qui lui avait dit qu’il fallait au moins six mois pour préparer et promulguer une loi, Croizat avait répondu que les travailleurs avaient besoin de ces lois immédiatement. Ensuite, grâce à l’action de Croizat et de milliers de bénévoles syndicalistes qui purent mettre à jour des centaines de milliers de dossiers, cinq millions de travailleurs purent toucher une retraite.

Les retraites ont été soumises à la même chronologie libérale avec de multiples tentatives, plus ou moins réussies, de passer de la répartition à la capitalisation. La place croissante prise par les complémentaires fait redouter cette évolution : l’accaparement par le secteur privé et financier des retraites des salariés.

Angel Rossi

Président

Institut départemental d’histoire sociale CGT du Gers

PS (LGS) : ici le récit d’une rencontre avec Liliane Croizat à Auch.

COMMENTAIRES  

27/12/2019 12:08 par Louis St O

Pour moi, la totalité du salaire brut doit être versé aux salariés, quitte à faire un versement automatique vers les caisses sociales … SS, Retraite etc …
De même le paiement des impôts que le patronat se « charge » de reverser à l’État même si celui-ci est payé mensuellement.
Car je les voie venir gros comme une maison, dans quelques années, nos impôts se transformeront en « charge patronale » et demanderont qu’on leur baisse les charges.
Vu mon âge, je ne serais peut être pas là pour le voir mai rappelez vous que l’État nous à déjà fait la manip en baissant ou supprimant des « cotisations patronales ».

27/12/2019 19:20 par RV

« À l’origine, en 1945, la Sécurité sociale, est issue du Conseil National de la Résistance »
Arrêtons avec cette légende urbaine !
Bernard Friot dit :
.../... c’est en 46 que les choses se jouent pour l’essentiel, dans la fenêtre de tir extrêmement courte de la présence des Communistes au gouvernement, ce qui est créé contre la Sécurité sociale existante, qui est très abondante, penser qu’il n’y avait pas de Sécurité sociale et qu’elle aurait été créée en 45 est une absurdité. On peut faire l’inventaire rapide, le cœur de la Sécu à l’époque c’est les Allocations familiales, c’est fin XIXe siècle dans la fonction publique étendu définitivement en 1917, dans le privé en 32, les Accidents du travail et les Maladies professionnelles c’est 1898, la Couverture obligatoire maladie c’est 1930, la Couverture obligatoire vieillesse ça démarre en 1910 ça se prolonge en 1930, les Mutuelles existent depuis le XIXe, le Régime des fonctionnaires depuis 1853, la SNCF depuis les années 30, enfin, tout existe, il n’y a rien à créer en 45. Ce que va créer 45, 46, c’est contre tout cela, un Régime général de sécurité sociale avec trois caractéristiques, caisse unique, taux unique, gestion ouvrière. C’est ça qui va mobiliser les Communistes de la CGT contre les Socialistes qui vont se regrouper .../...
source : https://www.youtube.com/watch?v=tpyQp_9txE0

ceci posé, je retourne à la lecture de cet article . . .

28/12/2019 00:09 par Daniel BESSON

https://www.cprpsncf.fr/notre-histoire#100ans
SALAUD DE CAPITALISTES ! Vous n’avez pas voulu du " paternalisme " ©™ et de la doctrine sociale de l’ Eglise , vous aurez le neo-liberalisme !

Les origines de la Caisse des retraites
1850
Dès leur origine, les compagnies de chemin de fer prévoient l’attribution de pensions de retraite à leur personnel. Les retenues sur salaire et les contributions patronales sont versées sur un livret ouvert au nom de chaque employé. Ce système est appelé régime à livret individuel et fonctionne en capitalisation.
1853
Par analogie avec les retraites des fonctionnaires de l’Etat, la retraite des employés des compagnies de chemin de fer est, à partir de cette époque, égale à une fraction constante par année d’affiliation de la rémunération moyenne des dernières années de la carrière. Ce système, appelé régime à tantièmes, est toujours en vigueur.
1909
Unification des régimes de retraite des compagnies - la loi du 21 juillet 1909 impose notamment aux compagnies de servir des pensions égales au 1/50ème du traitement moyen des six meilleures années de la carrière avec réversibilité de moitié au profit de la veuve. L’âge à partir duquel la pension peut être attribuée est fixé à 50 ans pour les agents de conduite des locomotives, 60 ans pour les administratifs et 55 ans pour les autres catégories de personnel.

28/12/2019 05:08 par BEYER Michel

Merci@RV
La "Sécu" ne pouvait pas naître du néant.....

28/12/2019 09:12 par babelouest

@ RV
C’est simple : il suffit de revoir le film (que tout Français devrait avoir vu AU MOINS une fois) La Sociale : tout y est expliqué.
https://www.fnac.com/a11071652/La-Sociale-DVD-DVD-Zone-2
(le prix est toujours le même, sauf si on veut en faire une projection publique)

En fait ce que les oligarques reprochent au système mis en place à la Libération, c’est cette unification de centaines de systèmes différents, qui appelait à la solidarité entre pratiquement tous les éléments de la population : or la solidarité, s’ils la pratiquent pour plus d’efficacité, ils supportent très mal que leurs esclaves s’en emparent contre eux.

28/12/2019 10:15 par Carlos

Oulaaa Monsieur Babalouest !! Comment peut t’on sans honte noter un lien FNAC (berrrrrrrrrrrkk) pour un achat d’un film DVD, même aussi indispensable que celui ci !! Surtout sur le site du Grandsoir !!! ?????
Franchement, si vous voulez faire ce type d’achat et au delà, allez plutot sur le lien que je donne ci dessous, chacun devrait le connaitre et le supporter pour la qualité des propositions et et des films vendus (j’espere que vous connaissez ?)
mais pas la FNAC, je vous en prie messieurs les modérateurs, ceci devrait être interdit, au moins sur ce site !

http://www.lesmutins.org/

Là vous y trouverez "La sociale" et plus encore sur ce sujet et d’autres aussi interessant.
Merci

28/12/2019 10:43 par CN46400

@RV
"Ce que va créer 45, 46, c’est contre tout cela, un Régime général de sécurité sociale avec trois caractéristiques, caisse unique, taux unique, gestion ouvrière. C’est ça qui va mobiliser les Communistes de la CGT contre les Socialistes (...)"
A préciser que c’était par le haut que l’alignement était visé, contrairement à Macron aujourd’hui....

28/12/2019 11:51 par Autrement

Même les statistiques font grève à leur façon !
Des statisticiens grévistes parlent clair et chiffré contre la retraite par points, mais la presse : motus et bouche cousue...

Réunis en collectif, des grévistes de l’Insee ont utilisé la maquette des classiques quatre-pages de l’institut pour produire une note, chiffres à l’appui, sur l’inutilité de la retraite à points. Une mutinerie statistique qui s’est invitée à une conférence de presse de leur direction. Mais la plupart des lecteurs des médias présents... ne le sauront jamais.

Lire la suite :" Arrêt sur images".
On souhaiterait que ces grévistes éclairent de leurs lumières toutes sortes de champs de recherches techniques, où les chiffres sont manipulés par la pensée aux ordres !

28/12/2019 14:39 par legrandsoir

Merci Angel pour cet article concis et salutaire. Une précision, Ambroise Croizat était communiste ainsi que des lecteurs le rappellent en commentaire.
MV

28/12/2019 21:33 par RV

@ 28/12/2019 à 10:43 par CN46400
Oui, mais il faut bien avoir à l’esprit ce que signifie "gestion ouvrière".
Par exemple quand l’assurance maladie voit le jour avec la loi du 5 avril 1928, sous le ministère de Raymond Poincaré de l’Alliance démocratique (centre-droit) et que cette loi est complétée par celle du 30 avril 1930, créant ainsi au bénéfice des salariés de l’industrie et du commerce le premier système complet et obligatoire d’assurances sociales (couverture des risques maladie, maternité, invalidité, vieillesse, décès), cette création fut, à l’époque, vivement critiquée dans les colonnes de La Vie ouvrière, l’organe de la CGT : « A bas la loi fasciste des assurances sociales » car elle affaiblissait les mutuelles volontaires de prévoyance auto-gérées (essentiellement ouvrières) au profit d’une cotisation obligatoire sous le contrôle de l’État.
Aujourd’hui non seulement il faudrait harmoniser vers le haut, mais rétablir cette gestion ouvrière et en sortir l’Etat.

29/12/2019 08:35 par CN46400

@ RV
En 1928 la CGT n’est pas celle de 36 et encore moins celle de 45-46 ou d’aujourd’hui. Quand à la gestion ouvrière de 46 (75% par les syndicats, 25% par le CNPF), elle a disparu en 67 (Pompidou, 50/50%-suppression de l’élection). Rétablissement de l’élection en 82 (Mitterand-PCG) et suppression totale par Chirac (87). Pas de rétablissement ni par Rocard (88-95) ni par Jospin (97-2002).

29/12/2019 12:53 par CN46400

@ RV
En me relisant je m’aperçoit que je n’est pas traité le pb des caisses volontaires de prévoyance. A l’époque il y avait pas mal d’illusions dans la CGT. Mon père qui, pourtant, disposait d’une bonne équation dans son milieu de paysans n’a jamais pu convaincre nombre d’entre-eux de le suivre sur ce terrain. Or pour espérer devenir universel, l’adhésion, avec la cotisation ad oc, de la majorité au moins, était nécessaire, et c’était tout aussi difficile dans la classe ouvrière. En 46, l’adhésion automatique avec le contrat de travail a résolu ce pb, mais cela impliquait la présence du CNPF dans les CA. Entre 83 et 95, en tant que membre d’un CA, j’ai pu constater que le CNPF, via la division syndicale (CFTC+ FO dans ce cas), pouvait contrôler la gestion de A à Z...sans, toutefois, la dénaturer.

29/12/2019 17:08 par J.J.

MERCI CARLOS pour ce lien !
C’est vrai que lorsque l’on cherche un document à acheter, qu’est-ce qui s’affiche en tête de liste ?
Le nom d’une forêt d’Amérique du sud gravement menacée, ainsi que sa population d’origine, puis, fnac, etc...

Je boycotte évidemment ces sites et encourage mes amis et connaissances à ne pas les utiliser ; mais parfois, malheureusement, on ne trouve pas ailleurs(si je ne trouve que sur Amazon, je préfère m’en passer).
Je connais quelques libraires indépendants, mais il faut taper leur nom pour savoir s’ils ont le document recherché.
J’ai vite fait un tour sur le site des "Mutins", c’est riche !

29/12/2019 19:06 par RV

@CN46400
Merci pour ces précisions !
A ce compte là il faut abroger toutes ces contre-réformes :
• 1960 Décret du 12 mai accroit les pouvoirs de la direction
• 1967 Ordonnances Jeanneney du 21 août établissent le paritarisme dans les conseils d’administration, mettant fin à la démocratie sociale, au détriment de la gestion démocratique par les travailleurs.
• 1987 indexation des salaires des 10 meilleures années des régimes de base du privé sur l’inflation et non plus sur le salaire moyen
• 1991 Réforme Rocard. Création de la CSG au taux de 1,3%, étatisation par la fiscalisation
• 1993 Réforme Balladur. Passage de 37,5 ans à 40 ans de durée d’assurance pour les salariés du privé et passage des 10 au 25 meilleures années pour les salariés du privé.
• 1996 Plan Juppé qui aggrave l’étatisation par la fiscalisation
• 2003 Réforme Fillon. Extension à la fonction publique des 40 ans de durée d’assurance.
• 2007 Extension des réformes aux régimes spéciaux.
• 2010 Réforme Woerth. Recul de l’âge de départ de 60 ans à 62 ans.
• 2013 Réforme Hollande. Augmentation de la durée d’assurance jusqu’à 43 ans pour la génération 1973.

29/12/2019 19:42 par RV

Pour faire simple, on peut considérer que le salaire est composé de trois parties, le salaire direct, le salaire indirect (les cotisations patronales) et la plus-value accaparée par le patron

J’avoue ne pas comprendre comment l’on peut considérer la plus-value comme une composante du salaire.
"Pour faire simple" la plus-value n’est-elle pas la valeur du travail non payé accompli par le travailleur pour le capitaliste ?

31/12/2019 11:36 par Jean-Yves Leblanc

Quel plaisir de lire ces commentaires !
Loins de la "bienpensance de gauche" et de ses "légendes urbaines", les intervenants nous font partager leur grande connaissance de l’histoire de la Sécu, de sa construction puis de sa démolition. Je remercie tout spécialement RV pour son historique détaillé des contre-réformes ainsi que CN46400 pour celui de la casse de la gestion ouvrière. Personnellement je recherchais depuis longtemps cette liste complète des reculs et de leurs dates. Même en période de luttes contre la réforme Macron, cet historique est rarement évoqué.
Merci aussi pour le rappel de l’objectif de 1945/46 : "un régime général de sécurité sociale avec trois caractéristiques, caisse unique, taux unique, gestion ouvrière" et harmonisation par le haut des régimes existants.
Il semble que les revendications syndicales actuelles se soient singulièrement éloignées de cet objectif sur deux points : le régime unique et la gestion ouvrière. Et donc la sortie de l’Etat de la Sécu. Comment en effet demander que l’Etat sorte de la Sécu et que les ouvriers la gèrent si on accepte qu’elle soit de moins en moins basée sur le salaire indirect et de plus en plus financée par des impôts et taxes diverses ? (la taxation des profits financiers revendiquée par la CGT n’est-elle pas un recours à l’impôt pour financer les retraites ?)

31/12/2019 11:46 par CN46400

@RV
Il est évident qu’aucune des modifs introduites par les gouvernements bourgeois, ou semi bourgeois, ne va dans le sens des intérêts des prolos, mais celle de Macron est la pire de toutes. Elle vise crûment à accroître le taux de pauvreté parmi les retraité et à abaisser au moins 95% des pensions tout en prétendant l’inverse.
Quand à la plue-value elle appartient au patron, le vrai, par forcément celui qui occupe le bureau du chef dans l’entreprise. Le salaire, direct +indirect sert à entretenir les capacités, physiques et intellectuelles du prolos et à le motiver suffisamment pour qu’il ait envie de revenir au turbin le lendemain....

05/01/2020 11:46 par Photini

Ne manquez pas le dossier "RETRAITES, LA REFORME DE TROP" du Diplo de janvier et son historique édifiant des avancées et reculs avec mention de l’orientation politique du 1er ministre en place...

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