Les perquisitions chez la France insoumise

La bourgeoisie française est l’une des plus féroces au monde. Jules Guesde disait en 1889 déjà que « Notre bourgeoisie est la plus dure et la plus impitoyable de toutes les bourgeoisies » (1). Aujourd’hui encore la répression qu’elle exerce sur la classe ouvrière et même sur tout mouvement progressiste est toujours aussi brutale. Cette situation, dangereuse pour les travailleurs et pour tous les exploités, est le fruit des circonstances et des rapports sociaux engendrés par la lutte des classes aujourd’hui en France. Macron profite de ces circonstances pour servir les intérêts de ceux qui l’ont hissé à la tête de l’État et pour réprimer tous les mouvements qui lui résistent.

C’est dans ce cadre général qu’il faut situer la vague de perquisitions dont ont été victimes Jean-Luc Mélenchon, plusieurs de ses collaborateurs ou ex-collaborateurs, la France insoumise (FI) et le Parti de Gauche le 16 octobre 2018.

Précisons que ces perquisitions sont ordonnées par la ministre de la justice Nicole Belloubet, donc par le gouvernement d’Edouard Philippe et par le président Macron. Ces ordres sont exécutés par le parquet qui, rappelons-le, dépend directement du ministère de la justice. Le judiciaire est ainsi soumis à l’exécutif ! Le principe sacré de la séparation des pouvoirs cher à Montesquieu est une chimère. Elle n’a de sens que par rapport aux seuls intérêts de la classe dirigeante.

La société française s’enfonce lentement dans un régime qui n’a de démocratique que la forme, qui paupérise des franges de populations de plus en plus larges, étouffe petit à petit le peu de libertés qui restent encore aux citoyens et réprime toute velléité de résistance.

Macron et son gouvernement qui sont aux abois aujourd’hui ne supportent aucune critique ni aucune opposition qui va dans le sens des intérêts de l’immense majorité de la population. La répression qui s’abat sur la France insoumise et son leader Jean-Luc Mélenchon est la même que celle qui s’exerce sur les syndicats et les organisations politiques qui s’opposent à sa politique de classe. Il ne s’agit donc nullement d’une opération de « justice » mais bel et bien d’un acte politique. Ce n’est pas un hasard si le pouvoir politique mène des attaques violentes contre la France Insoumise. Celle-ci reste la première force de gauche en France aujourd’hui. Jean-Luc Mélenchon et son mouvement ont obtenu au premier tour des élections présidentielles de 2017 plus de 7 millions de voix (7 060 885), soit près de 20 % des suffrages exprimés (2).

Cette dynamique créée par la France insoumise présente un certain danger pour la bourgeoisie qui ne supporte ni ne tolère la moindre opposition progressiste et décide à y mettre le holà. La répression qui s’abat sur ce mouvement est aussi un avertissement adressé à toutes les organisations qui cherchent à contrer cette politique exclusivement consacrée au service des plus riches. La casse du service public, du statut des cheminots, des fonctionnaires, les privatisations à répétition, le démantèlement du code du travail, du système de retraite... montrent à quel point ce régime autoritaire méprise les classes populaires, « les gens de rien » comme il aime à dire. Macron est décidément le président des riches.

Dans la France d’aujourd’hui, Mélenchon est devenu l’homme à abattre. Le pouvoir fascisant de Macron mobilise contre lui tout son appareil répressif et médiatique.Tous les médias au service de l’ordre établi participent lâchement au lynchage de la France insoumise et de son président. Dans les médias bourgeois, y compris ceux qui prétendent être de gauche, l’hystérie est à son paroxysme. L’hypocrisie, l’opportunisme et le cynisme ont rarement atteint une telle intensité. C’est normal dans une société fondée sur la lutte des classes.

Il faut une grande dose de naïveté pour croire aux valeurs véhiculées par l’idéologie bourgeoise comme l’État de droit, la séparation des pouvoirs, la liberté d’expression, l’égalité entre citoyens etc. etc. Dans la société capitaliste, la bourgeoisie c’est à dire la classe sociale qui vit du travail des autres, possède non seulement les moyens de production mais aussi tous les instruments de coercition qui lui permettent de garder le pouvoir et de soumettre à sa domination toutes les autres classes. Évidemment, la société bourgeoise nie être une société de classe et répand à travers ses médias notamment ses valeurs de justice pour tous, de liberté pour tous etc., pour tromper les masses opprimées et exploitées.

Mélenchon n’est pas un marxiste, loin s’en faut, et pourtant il subit aujourd’hui les foudres de cette bourgeoisie l’une des plus brutales comme disait Jules Guesde. Car en période de crise, cette classe montre son visage hideux et réprime la moindre contestation, la moindre résistance à sa sa politique (3).

On peut critiquer M. Mélenchon et son mouvement sur sa vision de la société, son programme et sur tout ce que l’on voudra, mais ce n’est vraiment pas le moment. Le rapport de force aujourd’hui est du côté du capital. Il faut non seulement dénoncer partout cette odieuse agression contre la France insoumise et son leader, mais aussi se battre, dans la phase actuelle, avec toutes les forces de gauche, en dehors de la social-démocratie, qui œuvrent un tant soi peu à l’émancipation des masses populaires.

Mohamed Belaali

 

(1) Cité par Tariq Ali dans Les dilemmes de Lénine, page 167

(2) https://www.interieur.gouv.fr/Archives/Archives-elections/Election-presidentielle-2017/Election-presidentielle-2017-resultats-globaux-du-premier-tour

(3) http://www.belaali.com/2018/10/le-visage-hideux-de-la-bourgeoisie-en-temps-de-crise-acte-ii.html

 http://www.belaali.com/2018/10/les-perquisitions-chez-la-france-insoumise.html

COMMENTAIRES  

22/10/2018 23:02 par irae

Bravo pour cet article très clair à ceci près :

ne supportent aucune critique ni aucune opposition qui va dans le sens des intérêts de l’immense majorité de la population.

. La subordonnée relative est de trop. C’est et même ce sont les egos sur-dimensionnés qui ne supportent aucune critique. D’ailleurs que ceux qui fustigent le caractère de JLM observent les dérapages édifiants du monarc immature quand on ose critiquer son ego ou porter atteinte à sa "dignité" pas toujours très digne (fête de la musique ou selfie au doigt d’honneur).
Quoiqu’il en soit que l’éclairage aie claqué durant sa derniére allocution ou que le teint blafard sur fond crépusculaire soit voulu (et la marmotte elle met quoi dans le papier d’alu ?), jupiter n’est assurément pas au mieux. Son gouvernement part en eau de boudin, sa capacité à recruter aussi nulle que ses autres compétences et il ne parvient plus à dissimuler la bestialité (qui parvenait à affleurer parfois) sous ses airs policés d’enarque alors qu’il n’est au fond qu’un petit mal éduqué capricieux.

22/10/2018 23:21 par Georges SPORRI

MACRON tombe très bas avec l’opération politico médiatique hystérique du hashtag des profs persécutés qui déversent des millions de km3 de larmes ( pire que les inondations de l’Aude ) pour alimenter tous les délire répressifs lepéno-ciottistes possibles et imaginables. Qui sont ces enseignants pleurnichards ? Des membres du collectif Racine ? Des militants MODEM qui ont étudié le code du travail suisse avec Bayrou ? Des militants LR nostalgiques des crises de nerfs du petit Nicolas ? Des encartés LREM qui veulent venger leur Benalla ? Des fans de la Ségolène et de la Samia ? Des hystériques qui ont réussi le CAPES grâce aux bêtabloquants ? Des paranoïaques qui ont omis de s’assurer à la MGEN et n’ont pas les moyens de se soigner ? En tout cas leur niveau est très bas car s’exprimer par hashtag pour hystériser un débat est une attitude très discutable lorsque des moyens d’agir nombreux existent. On peut même parler de lâcheté abjecte et de sottise car cela donne une image répugnante des enseignants, une image de délateurs pleurnichards !
Avec la perquisition baveuse et ce prurit de paranoïa anti "jeunes" type Maurice PAPON 1957, Macron sort l’artillerie lourde sans attendre les pluies de novembre. Pourquoi ?

23/10/2018 07:30 par calame julia

Le président s’imagine toujours sur une scène !
Sa prestation télévisée fait partie de la théâtralisation de sa fonction pour
laquelle il n’a pas la carrure...

23/10/2018 07:47 par calame julia

Je m’excuse mais je n’ai pas du tout comprendre.
Une fois le matin on rentre de force chez lui pour perquisitionner ?!
Et l’après-midi on scelle son local pour perquisitionner ?!
Sinon, Monsieur Mélenchon les lève-tôt, à sept heures du mat’, ont
déjà fait le tour des nouvelles et assisté au lever du jour... Un monde
nous sépare.

23/10/2018 11:24 par Buffaud

Bravo pour cet article lucide. Cette offensive contre la FI et Mélenchon est-elle à joindre avec la démission forcée du secrétaire général de FO après révélations de courriels internes au syndicat ? Deux opposants éliminés en quelques jours, c’eut été bien joué ! Qui sera la prochaine victime ?

23/10/2018 12:12 par yack2

Calame Julia......Parce qu’il faudrait se lever à 5 heure du matin pour être de gauche ?.....J’ai entendu parler de sessions parlementaires finissant dans la nuit....Mais pas d’une qui commençaient à 6 heures du mat.

23/10/2018 19:54 par calame julia

yack2,
j’avais pas vu la chose sous cet angle.
Je ne serai jamais députée et ça voyez-vous ne me manquera jamais.
Quant à être de gauche... je suis Perlimpinpin de Barbara...

23/10/2018 22:09 par AF30

À Calame Julia, vous savez évidemment que " l’égocentrisme est un stade normal du développement de l’enfant qui perçoit le monde à partir de son propre point de vue, par exemple lorsque, interrogé, il dit que la "lune le suit" parce qu’il la voit se déplacer." Lisant vos commentaires et voyant souvent le " je " ou des références votre situation je crains que vous ne soyez restée à ce stade. Car enfin il est question ici de principes qui dépassent nos propres personnes et qui nous concernent collectivement. Faut-il rappeler qu’ il s’agit d’une descente de police peut-être légale (?) mais non acceptable dans un parti avec récupération de documents et renseignements personnels ? Il n’est pas interdit, bien entendu, de trouver tout ça bien accessoire.

24/10/2018 06:16 par calame julia

AF30,
vous avez parfaitement raison.
La conclusion du billet de Viktor Dedaj convient bien à calame julia.
Une question pour vous : pourriez-vous dire où et quand calame julia
s’est étalée sur ses luttes ? Sur ses luttes journalières pour ... non excusez
elle ne peut pas en parler... car ce serait tomber dans votre panneau de compréhension.

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