La gauche française s’en va-t’en-guerre : François Hollande voulait intervenir en Syrie Il se retrouve hors-jeu

En voulant partir en guerre en Syrie, François Hollande s’est retrouvé dans une fâcheuse posture. Le chef de l’Etat français, entrainé par un lobby anti-arabe très présent dans les réseaux de la gauche institutionnelle française, a adopté une posture qu’il voulait mitterrandienne, et qui s’est révélée ruineuse pour son image et celle de son pays. Il voulait être à la pointe d’une croisade contre le régime de Damas. Il s’est retrouvé dans la peau d’un homme ne sachant guère lire l’actualité internationale, parlant encore de guerre quand les grands de ce monde négociaient déjà pour s’entendre. Sans même l’avertir.

Encouragé par son ministre des affaires étrangères Laurent Fabius, lui aussi connu pour son peu de sympathie envers le monde arabe, François Hollande voulait jouer auprès de Barak Obama le rôle joué par Tony Blair avec George Bush. En y apportant panache, droits de l’homme et modernité.

Il y avait aussi beaucoup de calculs dans le choix de François Hollande. Une intervention en Syrie permettrait d’effacer le sentiment ambigu de l’intervention française au Mali. Paris pourrait notamment prouver, en bombardant Damas, qu’elle ne pourrait être accusé de pratiques coloniales, ni de mener des guerres anti-islam. De quoi réjouir les partisans des « guerres humanitaires », qui poussaient à l’intervention, et rassurer les groupes jihadistes, qui font traditionnellement de la France une des cibles favorites de leurs menaces. Et puis, bombarder la Syrie, c’est une guerre sans risque. Pas de troupes au sol, pas de soldats envoyés en Syrie, pas de risque d’attentat ni d’embuscade. Juste des missiles envoyés de très loin, et des frappes aériennes réalisées par des avions que le système de défense anti-aérien de la Syrie ne pouvait contrer. Les avions israéliens, qui se baladent à peu près librement dans le ciel syrien, ont montré le chemin.

Pas de cercueils de soldats ramenés en France donc, pas de cérémonies funéraires en vue. Une guerre propre, sans risque, sans victime côté français et américain. Une guerre dont rêvent les communicateurs.

Mais François Hollande avait visiblement mal calculé son coup. Il a sous-estimé la parade soviétique. Après l’affaire libyenne, Moscou ne voulait pas d’une nouvelle aventure dont on connaitrait le début, mais pas la fin. Et puis, attaquer la Syrie, c’est un premier pas avant de passer à la pacification du Liban, avant l’ultime objectif, bombarder l’Iran. Une suite tellement évidente que Moscou a promis son véto aux Nations-Unies, et montré ses griffes sur le terrain : c’est Moscou qui a révélé que des missiles américains et israéliens avaient été testés dans l’est de la méditerranée. Presque en temps réel. Pour bien montrer que la Russie suivait minutieusement ce qui se passait, et ne se laisserait pas dribbler cette fois-ci.

François Hollande a aussi mal évalué la détermination américaine dans cette affaire. Il pensait qu’Obama était prêt à lancer l’attaque, et il a voulu se donner un beau rôle. L’abandon de l’option militaire a transformé l’offensive française en une sorte de farce. Et la diplomatie française est apparue ridicule. Elle contraste, en tous les cas, avec l’attitude de la France face à l’invasion de l’Irak. En ces temps-là, c’est une droite avec les dernières bribes gaullistes qui était au pouvoir. Pas celle de Sarkozy-Kouchner, qui s’est retrouvée à l’œuvre en Libye, et à laquelle François Hollande veut emboiter le pas. Cette gauche belliqueuse et guerrière rappelle un passé très sombre. Et explique l’attitude des vétérans du mouvement national algérien, qui ont toujours affiché un certain mépris envers la gauche française. Indécise, peu courageuse, incapable d’être dans le sens de l’histoire, cette gauche a commis des crimes inouïs contre le peuple algérien. Au pouvoir au début de la guerre de libération, la gauche française avait répondu à l’appel du 1er novembre par la célèbre formule de François Mitterrand, selon laquelle la seule négociation, ce serait la guerre.

Deux années plus tard, elle votait les pouvoirs spéciaux à l’armée française pour pacifier l’Algérie. On sait ce qu’il en fut, avec une répression féroce, l’exécution méthodique des condamnés à mort, la torture à grande échelle et les assassinats, pudiquement appelés « exécutions extra-judiciaires ». Les communicateurs ont bien travaillé : un demi-siècle plus tard, la guerre coloniale s’appelle devoir d’ingérence.

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COMMENTAIRES  

21/09/2013 13:35 par Sierra

Les gens de la vraie gauche en France, pensaient avoir touché le fond avec l’énervé d’1m10. Fallait-il un prétendant qui se dit de gauche pour que le monde entier finisse littéralement de se foutre de notre gueule ?
Qu’ils soient prudent tout ces carriéristes corrompus et hypocrites, en France, on coupe la tête pour moins que ça.

21/09/2013 19:58 par Quidam

Le dit "populisme" (une pratique typiquement néofasciste en fait) étant devenu une pratique généralisée d’un bout à l’autre de l’échiquier politique en Europe et tout particulièrement en France, entre les médias qui le cultive avidement & les politiques en détermine leur politique irresponsable, on ne sait plus trop dans l’affaire qui est la queue & qui est le chien & ce qui fait bouger quoi ...

C’est typiquement le signe d’une société & d’une classe politique en complète dégénérescence, c’est triste à dire mais c’est pourtant bien malheureusement le cas.

21/09/2013 22:35 par gérard

« lobby anti-arabe très présent dans les réseaux de la gauche institutionnelle française » (?)
« Laurent Fabius, lui aussi connu pour son peu de sympathie envers le monde arabe, » (?)
Pas évident tout ça, et n’explique pas la position du gouvernement français, et celle surtout d’entraîner le Pays dans la guerre.
Mais ce n’est rien à côté de tout le reste de l’article qui est fourre-tout, sans explications de fond, et bourré d’amalgames étranges. Pour tout dire simpliste.
Je n’ai vraiment rien pour notre gouvernement, bien au contraire ; son attitude envers la Syrie est inqualifiable mais un article contre n’est pas nécessairement bon, quant à celui là...!

22/09/2013 10:14 par Roland

@ Gérard : J’aurais pensé a priori que tout le monde allait tout de suite comprendre que "lobby anti-arabe" était mis pour "lobby-de-ce-qu’on-ne-peut-pas-nommer". L’article est excellent, le rappel du rôle de ’la gauche’ sociale-démocrate dans les guerres impérialistes est tout à fait nécessaire. A propos de l"’autre François", l’auteur aurait pu encore évoquer la Yougoslavie par ex.

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