Là -bas Hebdo : L’homme qui murmurait à l’oreille des veaux et celui qui a fait péter la baudruche.

La-bas Hebdo

Là -bas Hebdo n°33 du 1er septembre 2008

Entre le 18 juin 2006 et le 8 juillet 2006, vous avez été plus
de 200 000 à signer la pétition « Sauvons là -bas », soit 10 000 par jour pendant 20 jours. Un record inégalé. A ces Auditeurs Modestes et Géniaux nous adressons épisodiquement quelques nouvelles du front.

« Ceux qui ne bougent pas ne sentent pas leurs chaînes. »

Rosa Luxembourg

L’homme qui murmurait à l’oreille des veaux et celui qui a fait péter la baudruche.

Jusqu’au bout nous avons espéré, mais on ne peut plus le cacher, Jean-Marc nous a quittés.

Oui, l’éditorialiste économique Jean Marc Sylvestre a quitté France inter. Sans esclandre, sans tapage, le hussard noir du capitalisme a rejoint la direction de l’information de TF1.

C’est la rentrée, mais malgré sourires et entrain, nous avons le coeur bien lourd. Car nous pensons à ces centaines de milliers d’auditeurs désemparés, sans guide et sans boussole désormais. Voilà 22 ans que chaque matin à 7h25, le Dalaï Lama du CAC 40 nous dit ce que nous devons penser. 22 ans qu’il réveille la France en lui parlant de l’horreur des 35 heures, des grèves qui prennent l’usager en otage, des privilégiés des régimes spéciaux, du Oui à la constitution européenne ou de la nécessité de « moderniser » le financement de la Santé et des retraites dans un pays archaïque où les entreprises sont écrasées par les charges.

Comment combler le manque que laisse cet infatigable télévangéliste du marché, cet humble propagateur de la foi ultralibérale ? Et quelle simplicité ! Jamais dans les couloirs de France inter on ne l’a vu arborer la légion d’honneur que son ami Nicolas Sarkozy lui avait remis en 2004. Toujours prêt à défendre les intérêts des nantis et des puissants et à nous enseigner la résignation par la modestie ou par l’évidence « Le libéralisme n’est pas une construction intellectuelle comme le marxisme, le monde a été créé ainsi, tel était le message de Jean-Marc, le libéralisme est inscrit dans la nature humaine, parfois violente et injuste, nous répétait-il »
(Interview à VSD 20.01.05)

Pendant 22 ans, cet homme a murmuré à l’oreille des veaux. Un homme toujours prêt à lécher les maîtres du monde jusqu’entre les doigts de pieds là où ça sent pas toujours très bon.

Alors, bien sûr, France inter lui a trouvé un successeur. Mais de partout monte le choeur des auditeurs déboussolés « Pourvu que le prochain soit aussi caricatural ! » disent-ils « Jean-Marc n’avait pas son pareil pour vous faire monter l’adrénaline dés le matin, c’était bon pour démarrer la journée ! Jean-Marc Sylvestre, c’est le type qui est la caricature de tout ce qu’il défend. Il a fait réagir tant d’auditeurs, tant de colères et tant de rigolades entre le café et la brosse à dents, qu’il a plus fait pour dévoiler l’horreur économique que pour la faire avaler… Jean-Marc, tu vas nous manquer ! Jean-Marc reviens ! »

Bref, Jean Marc nous abandonne , mais heureusement, nous avons une consolation, Philippe Val est toujours là , toujours sur France inter, le philosophe Philippe Val, le patron de Charlie Hebdo, celui qui a eu le courage de virer l’infâme dessinateur Siné ! La grande affaire de l’été à laquelle personne n’a pu échapper.

Ah, comme l’équipe de Là -bas était malheureuse d’être en vacances au milieu des vahinées, et de ne pas pouvoir soutenir l’ami de BHL et de Laurent Joffrin, celui qu’Alexandre Adler prend pour Emile Zola, celui qui a eu le courage de faire lyncher le vieux Bob Siné, tout comme il a réglé son compte au tout puissant Denis Robert , tout comme il a anéanti le révisioniste Noam Chomsky et tous les autres antisémites qui encombrent cette planète !

Car ils sont de plus en plus nombreux ces serpents, ils sont partout ! Ce n’est plus seulement Edgar Morin et Eric Hazan, plus seulement Pierre Bourdieu ou Hugo Chavez qui sont antisémites, plus seulement Bruno Guigue, Pascal Boniface, José Bové, Alain Badiou, Jacques Bouveresse, la rédaction du Monde diplomatique, Eyal Sevan ou Charles Enderlin, mais combien d’autres (sans parler de celui qui vous parle !) combien d’autres ?

C’est pourquoi Charlie Hebdo a rejoint la chasse contre ces sorcières. Depuis des années, un petit réseau d’inquisiteurs zélés ont trouvé une ficelle très efficace pour discréditer ceux qui leur déplaisent, c’est de les accuser ou de les faire accuser d’antisémitisme. Un mot qu’ils jugent douteux, une critique de la politique israélienne, ou de la politique de Washington, ou de l’Otan, ou même de l’occident, et ils font de vous un nouveau Drumont, ou un nouvel Eichman. Ils se disent « sionistes », ils disent défendre Israël mais ils sont de droite avant tout, même d’extrême droite, souvent proches des néocons américains, leur objectif c’est de salir leurs adversaires politiques, des gens classés à gauche, en les faisant passer pour antisémite. Ca ne marche jamais, devant les tribunaux ces accusateurs perdent toujours, mais peu importe, pour eux c’est la calomnie qui compte.

C’est salir qui compte. Et ça, ça marche, toutes les personnes qu’on vient de citer ont subi des conséquences dans leur vie professionnelle ou privée.

C’est quelque chose d’ assez ignoble qui s’est collé à la vie politique, médiatique et intellectuelle en France, surtout depuis 2001, 2002. Quelque chose qui inhibe, qui pervertit l’information, qui bloque les débats, c’est une immense censure non dite. C’est un terrorisme intellectuel tout à fait comparable au Maccarthysme américain ou à la terreur que faisaient régner les staliniens français dans les années 50/60 .

Or, tout ça vous le savez. Voilà des années qu’on en parle dans Là -bas si j’y suis. Tout le monde le sait. Et tout le monde se tait. Nous traversons des temps de résignation et de désespérance morne.

Mais sous la lâcheté, ça fermente quand même, ça couve, ça pue c’est vrai, mais ça s’accumule comme du gaz dans une bonbonne.

Et voilà que début juillet, BOUM ! Val a fait péter la grosse baudruche !

Ce maladroit s’est pris les pieds dans ses grosses ficelles. Il est tombé dans son propre piège et une immense poubelle de merde l’a entièrement recouvert, lui et ses « collaborateurs ».

Quelle injustice ! Alors même qu’il est celui qui aura le plus efficacement mis en évidence l’ignoble imposture du chantage à l’antisémitisme. Il l’a fait involontairement, sans aucun doute. Mais peu importe. Car cette imposture est criminelle. La banalisation de l’antisémitisme est un crime contre la mémoire des victimes. A voir des antisémites partout, on en voit nulle part. La banalisation de l’antisémitisme détourne et rend impossible la vraie lutte contre l’antisémitisme et le racisme. Ce détournement doit être combattu partout et par tous, au grand jour.

Beaucoup d’autres choses ont surgi et cette histoire n’est pas terminée.

Celle-ci et d’autres nous attendent au coin du bois, au coin de la rue, au bout du monde.

Tiens bon la rampe Sally Mara, Là -bas repart pour un tour !

Là -bas, 1er Septembre 2008

COMMENTAIRES  

04/09/2008 23:40 par m-a patrizio

Reçu d’Annie Lacroix-Riz, et transmis au Grand Soir (M-A Patrizio)

Monsieur Mermet,

Je connais le « maccarthysme américain » (expression d’ailleurs redondante), remarquablement étudié par l’historiographie américaine, notamment par mon excellente collègue Ellen Schrecker (No Ivory Tower : McCarthyism and the Universities, Oxford, Oxford University Press, 1986, The Age of McCarthyism : A Brief History with Documents, Palgrave Macmillan (1994, réédition 2002), Many are the crimes. McCarthyism in America, Princeton, Princeton University Press, 1998). Je suis en revanche extrêmement choquée par la remarque de « Là -bas hebdo » relative à « la terreur que faisaient régner les staliniens français dans les années 50/60 ».

A part l’usage purement polémique que firent de cette « terreur » alléguée (il ne s’agissait guère que d’influence politique, idéologique et intellectuelle, accrue par la résistance à l’occupant allemand et par les conditions objectives de la défaite militaire du Reich) la CIA et ses think tanks clandestins (voir le remarquable ouvrage de Frances Stonor Saunders, The cultural Cold War : the CIA and the world of art and letters, New York, The New Press, 1999, traduction française (Qui mène la danse, la Guerre froide culturelle, Denoël, 2004), je ne vois rien qui motive sérieusement un tel parallèle. De quelle terreur pourrait-il donc s’agir ? : de celle que faisaient régner les communistes français en s’opposant « au maccarthysme américain (sic) », à la guerre de Corée, à l’exécution des époux Rosenberg, à la guerre d’Indochine, à la guerre d’Algérie (à défaut de porter des valises au nom de leur parti, les communistes français ne l’ont pas, que je sache, soutenue), en dirigeant des grèves, ici ou là , en une époque difficile, mais où les travailleurs, tels les mineurs, en 1963, subissaient moins de défaites qu’aujourd’hui, etc. ? N’étant pas spécialiste de l’histoire du parti communiste stricto sensu, je n’ai pas recensé le nombre de censures ou saisies de L’Humanité « dans les années 50/60 », mais cette pratique étatique fut, de notoriété publique, considérable.

Voilà une curieuse terreur dont les salariés d’aujourd’hui, menacés de perdre ce que près d’un siècle de luttes leur a assuré (avec le soutien, depuis 1920, des léninistes devenus « staliniens français »), feraient bien de s’émouvoir ! Je ne vois en réalité aucune contribution communiste à l’« immense censure non dite […] qui inhibe, qui pervertit l’information, qui bloque les débats » en France ni dans les décennies évoquées ni au-delà , a fortiori aujourd’hui où le marxisme est pratiquement interdit de fait "‘ y compris dans votre propre émission. L’allusion, de votre part, à cette « terreur » rouge mythique est d’autant plus sidérante que le fascisme - concept que j’utilise en connaissance de cause, ayant pour habitude de l’analyser, en tant qu’historienne "‘ redresse la tête de toutes parts, comme au cours de la précédente crise systémique du capitalisme (voir sur ce point deux de mes livres récents, celui de 2006, Le Choix de la défaite : les élites françaises dans les années 1930, Paris, Armand Colin, 671 p., réédité en janvier 2007, et celui tout juste sorti, De Munich à Vichy, l’assassinat de la 3e République, 1938-1940, Paris, Armand Colin, août 2008, 426 p. : le second, que vous avez reçu ou allez recevoir, comme le précédent, est plus précis sur la répression anticommuniste, et situe clairement d’où venait alors la « terreur » répandue par l’« immense censure […] dite »).

Il existe sur les « horreurs » imputées aux communistes français une ample bibliographie, mais elle est dépourvue de caractère scientifique, et la plupart de ses auteurs sont précisément liés aux think tanks - à peine "‘ clandestins susmentionnés : je pense notamment à Jean-François Revel, qui, en panne de lecteurs pendant un long moment, exactement comme nombre d’anticommunistes acharnés après la Libération (comme l’expose avec précision Frances Saunders), s’est beaucoup attardé sur l’épouvantable et imaginaire dictature intellectuelle des marxistes (et communistes) français. Le triomphe de la pensée de droite en France depuis les années 1980 lui a donné, on le sait, avec un appui financier américain avéré au surplus, un considérable public.

Bref, on voit mal pourquoi dans votre « hebdo » le De Profundis chanté en l’honneur de M. Sylvestre, chantre, par ailleurs inculte et nul, non du « libéralisme » ou de l’« ultra libéralisme », mais du capitalisme, que je préfère appeler par son nom, s’est transformé en dénonciation de l’introuvable « terreur que faisaient régner les staliniens français dans les années 50/60 ». La tentation de l’antibolchevisme de confort, à laquelle il est si difficile de résister, l’a une fois de plus emporté sur la raison.

Bien cordialement,

Annie Lacroix-Riz, professeur d’histoire contemporaine, université Paris 7

05/09/2008 01:45 par Bernard Trannoy

En fait on va reprocher au PCF d’avoir voter les pleins pouvoir à Guy Mollet pour la guerre d’Algerie ET DANS LE MEME TEMPS NE PAS REPROCHER AUX "SOCIALISTES" DE LES AVOIR DEMANDES

05/09/2008 19:51 par Anonyme

Tout serait parfait si Mermet avait orné son texte de quelques noms de "veaux" qui ont eu à souffrir de la "terreur que faisaient régner les staliniens français dans les années 50/60". J’ai cherché et je n’ai rien trouvé...

CN46400

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