Irak : Le Plan Bush et la légende dorée de Saddam Hussein.








Mardi 9 janvier 2007.


Alors que les Etats-Unis sont au faîte de leur puissance se profile la réalité du XXI e siècle : cette hyperpuissance ne peut pas gouverner le monde sauf à périr elle-même en entraînant le chaos universel. Il faut un monde pluraliste qui doit entamer le dialogue et respecter le droit à l’autodétermination des peuples. Respect de la maîtrise des ressources par chaque peuple, respect de leur législation propre, non ingérence, mais aussi effort de connaissance.


Sans négliger les autres dimensions économiques, politiques, sociales de ce respect des peuples, de leurs droits humains, je voudrais ici plaider pour la reconnaissance culturelle. Il ne saurait y avoir de géopolitique sans respect et connaissance des univers culturels différents. Ceci est vrai à cause de la montée en puissance de pays comme la Chine, l’Inde et peut-être d’un continent comme l’Amérique latine, ils imposent à l’Occident de fait un multilatéralisme qu’il n’a jamais pratiqué mais ils le font sur un plan économique et politique sans que l’on ait toujours conscience que derrière cette montée en puissance il y a des peuples, et que sans eux aucun empire ne résiste.

Au Moyen-orient, parce qu’il n’existe encore aucune issue politique nous sommes en train d’assister à une défaite de l’imperium : une défaite sans vainqueur.

Pour tenter de comprendre cette étrange situation il convient de considérer de deux événements récents qui montrent tous deux la faiblesse des puissants : l’exécution de Saddam Hussein et les réactions de l’opinion publique musulmane et l’impasse de Bush.


I) le divorce entre dirigeants et opinion :

Nous avons une légende dorée de Saddam Hussein qui est en train de se développer dans le monde musulman et plus le temps passera moins elle aura de rapports avec la réalité du pouvoir de Saddam Hussein. Le mythe naîtra sans doute d’une vidéo pirate, celle d’une exécution le jour de l’Aïd. La tradition orale, celle des cafés et des réunions de femme ira l’amplifiant, la légende parlera de la dignité de celui qui impose à ses bourreaux tremblant de haine et de peur la fin d’une histoire d’or et de sang, celui d’un calife, assassiné dans le décor sordide d’un abattoir monté par les occupants, l’armée étasunienne. Il y a aussi cette prière du croyant que l’on n’autorise même pas le condamné à achever, les insultes, la danse... Tout était mis en scène pour retomber sur la marionnette de Bagdad, y compris les cris « Moqtadar » des bourreaux... L’Iran y a mis du sien en se félicitant avec Israël et les Etats-Unis de cette exécution de vengeance qui niait la justice. Et pourtant dans le monde musulman ont été largement refusé cette interprétation des événements, la division entre Chiites et Sunnites pour mieux désigner les responsables : les envahisseurs, les Etats-Unis. Des voix se sont élevées dans le Maghreb en particulier pour dénoncer y compris les hypocrites discours sur la peine de mort de l’occident et des organisations humanitaires en expliquant que ces discours n’étaient que le moyen de faire peser l’opprobre sur les Chiites, alors que le gouvernement de Maliki n’était ni Chiite, ni Sunnite mais collaborateur. Saddam était la victime des Etats-Unis.

Certes cette vision politique créatrice d’unité et de perspective politique a toujours du mal à se frayer son chemin dans la réalité des pouvoirs dans le monde musulman et arabe. L’unité de ce monde a été mise à mal, l’Irak n’est pas le seul à être divisé, à chaque occasion, chaque particularité se tend au sein des Etats [1]. Une fois de plus les dirigeants arabes ont fait la preuve de leur pusillanimité et de leurs divisions. Quant à l’Iran on ne peut que s’interroger sur cette politique à courte vue qui joue sur la vengeance et ne peut que l’isoler alors que ce pays marquait des points dans son affrontement du monde occidental.

En fait l’exécution de Saddam Hussein a eu lieu alors qu’il était fait grand bruit d’un changement de stratégie nord-américaine. Des experts de la commission Baker-Hamilton ont laissé filtrer l’idée de faire appel à d’autres pays de la région et de se lancer dans une « approche globale », comme l’a indiqué le Premier ministre britannique, Tony Blair. Ce qui suppose une implication de l’Iran et de la Syrie pour jouer un rôle de stabilisation. Damas et Bagdad ont renoué la semaine de l’exécution de Saddam Hussein leurs relations diplomatiques rompues depuis plus de vingt-cinq ans. Le président irakien Jalal Talabani devait rencontrer Mahmoud Ahmadinejad à Téhéran, où pourrait les rejoindre leur homologue syrien, Bachar al-Assad, pour discuter de l’Irak. Les Etats-Unis ont fait miroiter ce grand revirement puisque si avec la Syrie, les Etats-Unis ont au moins des relations diplomatiques, avec l’Iran ce n’est plus le cas depuis 1980. De plus, les Etats-Unis exigent toujours de Téhéran l’abandon de ses projets nucléaires pour ouvrir un dialogue. A moins que l’urgence de la situation en Irak n’oblige Washington et Téhéran à effectuer un rapprochement. Henry Kissinger, l’ancien conseiller du président Nixon pendant la guerre du Vietnam, a récemment évoqué l’idée de l’organisation d’une grande conférence internationale autour de l’Irak non seulement avec les grandes puissances, les membres permanents du Conseil de Sécurité (Etats-Unis, Russie, Chine, Grande-Bretagne, France), mais aussi avec l’Inde, le Pakistan et les voisins de l’Irak, y compris l’Iran. Ce qui serait bien une révolution dans les relations géostratégiques... mais, cette fois-ci, vers un monde multilatéral. Avec l’éternelle carotte de deux Etats Palestinien et israélien...

Mais selon la bonne vieille tradition, celle pratiquée par henry Kissinger durant les négociations au Viet-Nam, tandis que l’on négocie la paix, de nouvelles relations pacifiés, on continue à bombarder le Cambodge, à exaspérer les conflits entre ce pays et le Viet-Nam. L’éxecution de Saddam Hussein était destinée à produire de la division au moment même où l’on feint un nouveau "réalisme".

L’annonce du nouveau plan stratégique de G.W.Bush devra confirmer la montée en puissance de la diplomatie et des « connaisseurs » du monde arabe sur les idéologues. Cependant et la rue arabe ne s’y trompe pas la grande leçon laissée par Saddam Hussein est que nul ne peut faire confiance aux Etats-Unis.


2) L’opinion publique et la légende dorée de Saddam Hussein :

C’est du moins la leçon qu’en a retenu l’opinion publique musulmane qui semble de plus en plus critique sur ses dirigeants, sur leur aboulie et leur soumission..

C’est donc sur des valeurs communes plus que sur les divisions sur lesquelles tablaient les Etats-Unis qu’a été vécu l’exécution de Saddam Hussein. Quelles sont ces valeurs ? Celles sur lesquelles est en train de se construire la légende dorée de Saddam ?

Sans tomber dans le relativisme culturel tous ceux qui ont approché le monde arabe et plus généralement celui du Moyen Orient savent qu’il existe des valeurs pre-islamistes : sensibilité extrême en particulier à la beauté, à l’honneur aux lois de l’hospitalité. L’exécution du Président légitime, les circonstances autant que son déroulement tout cela aboutit à une intense humiliation qu’a sauvé l’attitude du condamné devenu un nouveau Saladin le grand sultan du XII e siècle plus encore qu’un martyr, il a sauvé l’honneur. Il y a des traits communs : Saladin non seulement est né à Tikrit, est un usurpateur du pouvoir légitime, mais son histoire dépend de conditions historiques assez proches : le monde musulman s’effondre en des entités hostiles qu’il va tenter d’unifier sous domination arabe sunnite et surtout il va chasser les croisés. Le brutal Saddam, le laïc Saddam n’a rien à voir avec le roi chevalier inspiré par le Coran et pourtant il s’en rapproche à la fin de sa vie, s’identifie à lui.

Ainsi les avocats de Saddam Hussein parlent et racontent ses derniers instants : l’un d’eux l’Egyptien Mahmoud Al Mounib est intervenu lors d’un rassemblement de recueillement vendredi au Caire, vendredi 7 janvier 2007, réunion retransmise par la chaîne Al Jazira, Mubashir. L’avocat a décrit le prisonnier comme un homme vertueux, ne cultivant guère de haine y compris vis-à -vis de ses anciens « ennemis » arabes, refusant le principe même d’une demande de grâce que lui ont proposée ses avocats, et même l’idée, suggérée par l’avocat américain Ramzy Clark, de recourir à la justice américaine autorisant, selon lui, une possibilité de rejuger Saddam Hussein aux Etats-Unis, au motif qu’il est sous responsabilité américaine. Saddam Hussein non seulement n’attendait rien de sa survie mais ne voulait rien demander aux Etats-Unis. Cela tranche singulièrement sur la manière dont le rais de Bagdad a tout au long de sa vie fait confiance aux Etats-Unis, croyant s’attirer leurs bonnes grâces pour la construction de son empire arabe en anéantissant leurs ennemis communs. L’homme que chacun s’est employé à décrire comme cruel et rusé n’était dans le fond qu’un paysan croyant en la parole donnée et c’est ce qu’il a payé. L’opinion publique musulmane a suivi les étapes de la duplicité occidentale et en retire une méfiance instinctive, une volonté de repliement comparable à celle que l’on peut voir chez les auteurs d’attentat tous occidentalisés et brisés devant la découverte de ce monde. Le terrorisme est bien la création du monde occidental, des Etats-Unis l’Etat terroriste par excellence, celui qui fait non seulement fi de la légalité, mais de la parole donnée.


Al Mounib, l’avocat égyptien, qui a été présent lors de l’exécution qu’il appelle le « sacrifice suprême » de ce jour de l’Aïd, a décrit avec émotion l’attitude de Saddam devant ses bourreaux qui, selon lui, « évitèrent que leurs yeux puissent se croiser avec ses yeux. » Moment fort de sa confession, (aussitôt censuré lors des rediffusions suivantes), l’avocat a répété ce que lui aurait confié le Président irakien sur les circonstances de sa « capture » par les forces d’occupation, annoncée publiquement le 14 décembre 2003. Saddam n’avait pas été, selon l’orateur, tiré d’un trou comme l’ont montré des images de l’Administration américaine en Irak, mais a été drogué et vendu par un de ses amis du parti. « Cela s’est passé lors de sa rencontre avec ce dernier, chez lui, dans une province où Saddam s’était réfugié suite à la prise de Bagdad. Après le déjeuner, Saddam s’est isolé dans une pièce annexée à la maison (utilisée comme étable) pour un petit somme, dont il ne se réveillera que quinze jours plus tard, pour se retrouver dans l’état affreux, à la limite de la dégénérescence physique, que tout le monde a vu à la télévision. » Pour l’orateur, cette histoire de trou n’est qu’un pur montage des services américains destiné à humilier le captif. Pour lui, il n’est pas exclu aussi que Saddam ait pu être transféré à l’étranger.

Nous avons ici un autre élément de la légende dorée, la trahison. A qui faut-il ajouter foi : « Après avoir vu l’homme sur le gibet, on ne pourrait que prêter foi à tout ce que son avocat rapporte de lui. Saddam incarne désormais la vérité. », voilà ce que pense l’opinion publique.

Autre élément de la légende dorée : un autre avocat, Me Ahmed Seddik, qui l’a rencontré seize fois, dans un entretien à l’Associated Press a rapporté qu’il avait adressé un message chaleureux à sa fille Radjah [2] et qu’il avait écrit un poème d’amour à sa première femme Sadjida [3] : « Mon coeur est encore tendre et je suis toujours capable d’aimer, d’être sentimental et attentionné » Il tient le Coran sur son coeur, livre de tous les musulmans mais livre de beauté et de poèsie, comme il écrit des poèmes d’amour.

Selon l’avocat tunisien, le président irakien déchu a semblé ne pas vouloir donner l’impression de faiblir face à l’échéance fatale qui l’attendait. « Ne vous inquiétez pas, je suis préparé au pire depuis le premier jour de mon arrestation », leur a-t-il déclaré, selon Me Seddik, en affirmant que « ce sera la plus belle fin que je puisse avoir ».

L’avocat rapporte par ailleurs que Saddam Hussein aurait fait part de son appréhension et de son inquiétude au sujet des dissensions religieuses en Irak. Selon lui, sa plus grande crainte concernait les sunnites dont il voulait qu’ils ne tombent pas dans le piège de la division, leur recommandant de se comporter selon le principe que tout citoyen irakien est partie intégrante de la patrie.


Notre monde, la France en particulier se pare volontiers de ses vertus laïques, qui ne sont bien souvent qu’anti-cléricales, sans vouloir comprendre de quoi était fait le refuge dans le religieux de ce monde humilié, réprimé. Le fait que tous les auteurs d’attentat étaient des gens « intégrés » par les diplômes, les modes de vie à ce monde occidental est qu’ils ont vécu à un moment ce point de rupture d’un idéal trahi, d’une injustice terrible dans la dépossession combinée avec une exacerbation de la perception de la beauté et de l’honneur sans laquelle on ne comprend pas le repliement religieux, voire les comportements limites du sacrifice de soi. [4]

Nous Français qui avons perdu la guerre d’Algérie et qui, en la perdant, avons durablement influé sur notre destin national sans jamais oser explorer notre passé, pouvons nous admettre que ce qui se passe en Irak est un combat totalement inégal entre la superpuissance, l’hyperpuissance militaire nord-américaine et l’esprit des peuples ? Si l’on raisonne en terme militaire (« le pape combien de division ? »), le combat est disproportionné, mais si l’on admet l’existence dans l’histoire de temporalités et d’affrontements divers qui finissent par déboucher sur la boucherie d’Andrinople [5], il serait temps d’envisager une autre conception de la politique.

Toutes nos catégories occidentales de démocratie, de droits de l’homme valent peu face à cela. Cette Algérienne qui refuse de manger et se défenestre devant l’exécution représente cet état d’esprit, elle n’aime pas particulièrement Saddam Hussein, elle considère l’enfer dans lequel sont plongés les musulmans puisqu’on peut traiter ainsi un de leurs présidents légitimes, le monde a perdu tout sens, elle le quitte. Le monde arabe est machiste l’a-t-on assez dit et redit, mais en Algérie en particulier c’est la femme qui en garde l’honneur.

Si les intellectuels, y compris ceux qui comme les avocats tunisiens protestent contre les conditions du procès autant et plus que contre les conditions de l’exécution [6], en général ces intellectuels occidentalisés le font dans des catégories qui nous sont proches, ils se croient obligés comme nous le faisons nous-mêmes de dire à quel point la tyrannie de Saddam était haïssable, mais l’homme et la femme de la rue ont commencé à écrire la légende dorée de Saddam.


3) Saddam a gagné.

Saddam Hussein a gagné et tous les récits qui nous parviennent de ses derniers instants confirment sa volonté politique, il aurait même affirmé que non seulement il était prêt au pire mais que son exécution était la meilleure chose qui pouvait lui arriver. Le moins que l’on puisse dire est qu’il a réussi sa sortie.

Il laisse empêtré G.W.Bush qui va réclamer au Congrès démocrate une rallonge pour l’Irak, pour quoi faire ? Trente ans après la fin de la guerre du Viet-Nam, il semble que les leçons n’aient pas été tirées. On se souvient en effet qu’au Viet-Nam on avait assisté à la fois à la fiction d’un gouvernement autochtone pure créature des Etats-unis combiné à une augmentation graduelle de soldats (jusqu’à 500.000) jusqu’à ce que l’armée nord américaine soit obligée de partir après la prise de Saïgon. Il est vrai qu’au Viet-Nam il y avait l’unité du peuple et du commandement, la situation irakienne et celle de la région est infiniment plus complexe.

Certains des conseillers de G.W.Bush n’ont visiblement pas compris. Deux des chefs de files des néo-conservateurs Robert Kagan et William Kristol, suggéraient dans leFinancial Times ainsi d’augmenter les effectifs d’au moins 50.000 militaires pour nettoyer Bagdad sans faire appel à des soldats d’autres régions. Cela porterait le nombre des soldats à 200.000. Cette année, les dépenses budgétaires consacrées à la guerre devraient atteindre 94 milliards de dollars, contre 48 milliards en 2003, ce qui dépasse le coût annuel de la guerre du Vietnam (61 milliards en dollars constants), notait Avis Bohlen, ancienne diplomate et professeur à Washington, dans un article publié par l’un des centres de recherche de Washington, le Stimson Center. Si les démocrates majoritaires au Congrès ne peuvent pas empêcher le président de mener une politique guerrière, ils peuvent influer sur le budget et mener un harcèlement des responsables en les convoquant à des commissions où ils doivent s’expliquer. Le véritable enjeu entre le Congrès et le président étant in fine de se positionner favorablement pour les prochaines élections présidentielles.

Donc George W. Bush, dans cette situation, ne va pas retirer les troupes américaines, comme certains démocrates l’ont souhaité, ni, non plus, d’augmenter en masse leur nombre pour régler définitivement la question de la sécurité comme le souhaiteraient les bellicistes néo-conservateurs, ne serait-ce que parce qu’il est peu vraisemblable qu’un congrès démocrate vote une augmentation massive des crédits alors même que les démocrate réclament que soient réglés les problèmes intérieurs économiques et sociaux.

On ne peut pas non plus envisager un retrait d’Irak progressif et dont la date proche (cinq ou six mois) serait fixée, le président va tout faire pour l’éviter, en espérant simplement corriger les aspects catastrophiques de sa politique, d’abord un retrait ne pourrait être que comme celui de Saigon il y a trente ans une défaite en rase campagne après 3000 morts nord-américains officiels et sans doute beaucoup plus, sans parler des centaines de milliers d’Irakiens civils morts. Un autre aspect des effets visibles de la politique nord-américaine en Irak est d’avoir renforcé l’ennemi de toujours l’Iran en ayant accéléré la partition de l’Irak.


Pour soutenir ce gouvernement dont il a voulu se démarquer en expliquant que c’est Maliki et les Chiites qui ont monté cette mauvaise mise en scène et que, comme l’expliquait le général Cadwell dans une conférence de presse à Bagdad, les Etats-Unis s’y seraient mieux pris ? Il était difficile pourtant de surveiller de plus près l’affaire vu que non seulement l’armée nord-américaine non seulement a détenu Saddam jusqu’à la dernière minute mais a transporté par hélicoptère les participants dans un lieu sous sa juridiction. Mais même si l’on croyait ces excuses embarrassées, politiquement elles entraîneraient des interrogations supplémentaires : ce gouvernement apeuré qui exige des Etats-Unis que l’on exécute le plus vite possible Saddam Hussein, y compris le jour le plus malencontreux, dans des conditions qu’il ne maîtrise pas, parce il a peur que des partisans de Saddam l’enlève, a témoigné de son peu de fiabilité. Est-il raisonnable d’offrir encore plus de soldats nord-américains, encore plus de blessés au soutien d’un tel pouvoir ?

C’est la question que pose le new York Times à la veille de l’intervention de G.W.Bush sur l’Irak. L’une des idées qui est envisagée serait d’accroître provisoirement de 10.000 à 20.000 le nombre de soldats pour stabiliser l’Irak et permettre ainsi ensuite une nette réduction du déploiement américain à 60.000, contre 140.000 environ actuellement. Mais toute hypothèse d’une forte réduction ou d’un départ repose largement sur l’idée de former une armée et une police irakiennes capables de se substituer peu à peu aux forces américaines. Or, comme le notait lors d’un récent passage à Paris Stuart Bowen, inspecteur général en Irak, qui y a déjà effectué 14 missions depuis 2004, même si des progrès ont été réalisés avec la formation de quelque 132.000 personnels de l’armée et 180.000 des corps de police, on est encore loin de forces nationales opérationnelles capables d’assurer la sécurité. Cet objectif, soulignent des experts, est rendu difficile aussi par l’infiltration dans les nouvelles forces irakiennes de combattants chiites ou d’insurgés Sunnites.


On mesure comment les annonces d’un changement de politique en Irak sont actuellement hypothéquées et combien l’exécution de Saddam Hussein a encore compliqué les problèmes, éloigné toute solution. Il ne resterait plus à un pouvoir conscient de la situation qu’à considérer la défaite, en tirer la leçon avant qu’il y ait encore et toujours plus de morts.

Les dirigeants occidentaux, européens en particulier, qui ont versé des larmes hypocrites sur la peine de mort et qui se taisent sur cette invasion catastrophique, une véritable hécatombe se sont une fois de plus déshonorés et ont témoigné de leur lâcheté face aux Etats-Unis. Quant à Saddam qui a été officiellement exécuté pour avoir fait tuer une centaine d’Irakiens on ne peut s’empêcher de penser que le gouvernement Bush en est presque à ce chiffre PAR JOUR. Et c’est parce que ce deux poids, deux mesures est insupportable que la légende dorée de Saddam Hussein a commencé dans le monde musulman, dans la rue, dans une opinion publique gorgée d’humiliation et qui en veut autant au gouvernement de l’Irak qu’aux dirigeants du monde arabe et musulman de ne pas affronter la pire des barbarie qui se puisse imaginer. Dans la rue arabe, une conviction absolue s’est répandue, selon laquelle il n’a jamais été question de démocratie en Irak. Et pourtant, gouvernants et rue arabe partagent ce même sentiment d’impuissance : ils ne peuvent influer sur les événements et sont contraints à louvoyer pour survivre. Sont-ils si éloignés de nos propres sentiments nous peuples du riche occident qui ne voyons pas plus d’issue ?

C’est là la plus grande humiliation : se sentir impuissant à influer sur son propre destin. Le paradoxe est que le seul auquel ils peuvent alors s’identifier est celui qui a accompli tant de crime mais qui est le seul à avoir conservé sa souveraineté, au moins dans la mort.

Danielle Bleitrach, sociologue.



Butin de guerre : la loi qui légalise la rapine des ressources irakiennes prochainement approuvée par Bagdad, par Stefano Chiarini.


Enquête sur la vidéo de la pendaison de Saddam Hussein, et au-delà qui est responsable de quoi ? par Danielle Bleitrach.

L’administration Bush élabore des plans pour un bain de sang en Irak, par Bill Van Auken.


Objectif Iran : la vérité sur les projets de la Maison Blanche en vue d’un changement de régime - interview de Scott Ritter par Amy Goodmann.





- Dessin : José Mercader.

[1La division entre Sunnite et Chiite irakienne non seulement existe dans d’autres pays, en Arabie saoudite où les chiites tendent à être majoritaires et installés de surcroît sur les zones pétrolifères, on les retrouve jusqu’en Turquie, mais certains kabyles ont vu dans la manière dont les Arabes d’Algérie soutenaient Saddam une attaque des arabes contre eux berbères opprimés. La mosaïque du monde musulman ne cesse d’être tiraillée entre unité et division.

[2Il y a une dimension esthétique dans l’éthique. J’en ai personnellement pris conscience très tôt à Grenade, en contemplant la perfection à échelle humaine de la civilisation maure comparée au palais de Charles Quint juste à côté, une oeuvre pour des soudards brutaux. Le Coran, cela a été noté par tous les commentateurs est un livre de beauté avant d’être recueil de préceptes juridiques et d’interdits moraux. La 24e sourate (chapitre du Coran), dit que « Dieu est la lumière des cieux et de la terre. Sa Lumière est semblable à une niche où se trouve une lampe. La lampe est dans un verre pareil à un astre étincelant qui s’allume grâce à un arbre béni : un olivier qui n’est ni de l’orient ni de l’occident et dont l’huile brillerait sans qu’un feu la touche ou peu s’en faut. Lumière sur Lumière. » Si l’on ajoute à cela cette revendication de l’honneur commune aux peuples pasteurs de la méditerranée on mesure bien, comme l’avait imaginé Aragon dans le fou d’Elsa, tout ce que notre propre conception de l’épique, du chevaleresque doit à cette civilisation.

[3Il a une phrase assez hermétique sur le fait que sa fille est une « héroïne »... S’agit-il de l’un des mystères non élucidés sur la fortune de Saddam et sur son utilisation par la résistance ? N’oublions pas que sa fille qui a effectivement soutenu son père a néanmoins vu son époux exécuté par ce dernier. Toujours dans le même contexte, la mère première épouse de Saddam Hussein a été accusée d’avoir complotée contre ses fils.

[4Il est vrai que c’est cette première épouse qui a engagé 20 légistes pour défendre son époux. Mais il serait intéressant toujours dans le cadre de la légende dorée de s’intéresser à sa seconde épouse. Là nous sommes dans l’histoire de David et Bethsabée, l’épouse enlevée au mari (en fait le dirigeant de l’iraqaiways), elle était chiite et ils ont semble-t-il un fils prénommé Ali (comme le beau-fils de Mohamet, seul calife légitime aux yeux des Chiites).On voit à quel point l’histoire personnelle de Saddam Hussein recèle des ressorts politico-romanesques encore inexplorés...

[5Andrinople est le lieu d’une bataille terrible où les Goths écrasèrent l’empereur romain d’orient Valens dont on ne retrouva même pas le corps dans le charnier. Les Goths étaient des mercenaires humiliés par l’Empire qui leur refusait droit et citoyenneté, ils finirent par se retourner contre lui et l’écrasèrent en 378.

[6Le procès de Saddam Hussein a été qualifié par Roland Dumas de « monstruosité juridique. "Comment penser que la Justice d ¹un pays sous occupation étrangère puisse être indépendante, alors que les pressions américaines ont été la cause de la démission de Ziad al-Khasawneh, principal avocat de la défense (pour ne pas parler de la démission du juge Rizgar Amin), que deux autres avocats, Adil Al-Zoubeïdi et Saadoun Al-Djanabi, ont été assassinés au cours du procès, que beaucoup de témoins ne sont pas venus, « trop effrayés pour venir témoigner » ? Comment imaginer qu’un pays tellement peu souverain qu’il n’est pas même capable d’assurer la détention du prévenu (Saddam Hussein a été détenu par l’armée américaine jusqu’à son exécution) puisse être capable de le juger ? Comment admettre que l’ancien raïs ne soit condamné à mort « que » pour le massacre des 143 chiites de Doujaïl, alors qu’il avait à répondre de faits beaucoup plus graves ? Comment imaginer qu’un procès bâclé en quelques semaines (le premier procès, ouvert le 19 octobre 2005, avait prononcé un arrêt de mort le 19 juin 2006, le second, ouvert le 21 août 2006, avait prononcé un arrêt de mort le 5 novembre), puisse traiter sérieusement des chefs d’accusations aussi importants, alors même que le tribunal s’interdit par statut spécial de mettre en cause tout étranger, bien qu ¹il soit évident que le chef d’Etat qu’était Saddam Hussein n’a pas mené sans supports internationaux les exactions pour lesquelles ce tribunal prétendait le juger
Tout a été fait pour installer un tribunal dont les juges ne seront pas indépendants, mais, au contraire, strictement contrôlés ; en parlant de contrôle, je veux dire que les organisateurs de ce tribunal doivent s’assurer que les Etats-Unis et les autres puissances occidentales ne seront pas mis en cause. Les statuts mêmes du tribunal feront en sorte que les Etats-Unis et les autres pays soient complètement écartés des accusations. Ce qui fera de ce procès un procès incomplet et injuste. Une vengeance du vainqueur. C’est ainsi que s’exprime Cherif Bassiouni, professeur à l’université De Paul de Chicago, rapporteur spécial à la sous-commission des droits de l’homme de l’Onu, président de la commission d’enquête sur les crimes de guerre dans l’ex-Yougoslavie "(cité par Michel Despratx et Barry Lando, Le Monde Diplomatique, novembre 2004)


COMMENTAIRES  

09/01/2007 18:58 par leila salem

Bonjour Danielle

oui tu as raison, dans le monde arabe Saddam est devenu une légende, un héros.
voici un article que j’ai traduit de l’arabe :


Une semaine après la pendaison de l’ex-président irakien Saddam Hussein, les manifestations de protestation continuent dans plusieurs pays arabes et autres.

Au Qatar, le président de l’Union des oulémas musulmans, Youssef Al Qaradaoui, a dénoncé l’exécution de Saddam lors du prêche du vendredi, il a dit que son exécution le premier jour de l’Aïd est un acte inacceptable, une provocation supplémentaire à l’encontre des musulmans.
Al Qaradaoui a signalé que les actes d’humiliation subies par Saddam au moment de sa pendaison et l’exhibition des images morbides de cette pendaison comme trophée sont de nature ethnique. Il a précisé que les témoins n’ont pas respecté l’être humain [Saddam Hussein], et il a rappelé que la religion musulmane interdit la profanation des morts .


l’article étant long, je t’invite à lire la suite sur mon site (qui vient de naitre il y a quelques jours)

www.antigone-net.net

leila salem

09/01/2007 19:22 par Anonyme
09/01/2007 19:44 par Anonyme

merci Leila, je suis allée sur ton site et il me plait. Comme le nom d’Antigone ; il te va bien, il nous va bien...

Danielle Bleitrach

voici encore une confirmation :

mardi 9 janvier 2007, mis à jour à 19:04

Saddam Hussein voulait mourir "avec honneur", selon son avocat
Reuters
Moins de 48 heures avant son exécution, Saddam Hussein disait avoir multiplié par deux ses séances d’entraînement sur un tapis roulant pour apparaître sous son meilleur jour lors de son exécution, rapporte son avocat.

"Je fais des exercices supplémentaires pour leur prouver qu’un Arabe meurt avec honneur et dignité en défendant des principes honorables", a déclaré l’ancien président irakien à son avocat Wadoud Faouzi Chams Dine, lorsque ce dernier lui a rendu visite le 28 décembre dans un camp militaire américain installé dans l’un de ses anciens palais.

Son exécution, dont les images ont été diffusées sur internet, en a fait un martyr dans certaines parties du monde arabe et fait passer au second plan les atrocités de son régime et sa condamnation pour crimes contre l’humanité.

Son attitude digne lors de son exécution, qui s’est déroulée dans des conditions contestables, y a sans doute contribué.

Cette dimension symbolique n’avait pas échappé à Saddam Hussein. "L’exécution va faire de Saddam Hussein un symbole pendant encore cent ans", a-t-il confié à ses avocats qui ont noté toutes ses déclarations dans les derniers jours précédant son exécution.

BOURBIER IRAKIEN

L’ancien président irakien a affirmé avoir dit à un enquêteur américain, une semaine après son arrestation en décembre 2003, que l’Irak allait devenir un aimant pour toutes les organisations qui "haïssent l’Amérique".

"Ils vont combattre l’Amérique en Irak, chacun à leur façon et selon leurs propres objectifs. Le plus tôt vous partirez sera le mieux", aurait ainsi déclaré Saddam Hussein.

L’ancien raïs a prédit que le bourbier irakien serait pire que celui du Viêtnam pour les Américains, affirmant que les forces américaines "seraient chassées d’Irak dans l’humiliation" début 2007.

"Ils ont atteint le stade de l’impuissance", a déclaré le dictateur déchu selon ses avocats, ajoutant que l’insurrection avait gagné en force pendant sa détention.

"Peut-être que lors des trois premiers mois, ils avaient encore besoin de Saddam. Mais la résistance n’a plus besoin désormais de Saddam Hussein (...) et ils vont, si Dieu le veut, mettre en échec les occupants du Grand Irak".

L’ancien président irakien a raconté à ses avocats que c’était la poésie qui lui avait permis de tenir pendant ses années de détention. Il a également lu à plusieurs reprises le Coran et demandé une copie de la déclaration des droits de l’homme de l’Onu.

11/01/2007 05:46 par Anonyme

Je veux bien que l’on considère ce texte comme difficile, il l’est certainement ou plutôt il est complexe et chaque phrase continent du sens ou de l’information ce qui n’est pas nécessairement dans nos habitude médiatique. Je voudrais également que l’on prenne connaissance des mesures prises par Bush cette nuit pour mesurer à quel point ce texte écrit avant qu’on les connaisse décrit assez bien la situation à laquelle est confronté le président des Etats-Unis. Voici donc la dépêche de l’AFP du 11.01.27 à 3.54

Le président George W. Bush admet pour la première fois avoir commis une erreur en retardant l’envoi de renforts en Irak

AP | 11.01.2007 | 03:54

Le président américain George W. Bush a annoncé mercredi le déploiement de 21.500 soldats supplémentaires en Irak pour tenter d’enrayer la violence dans le pays, admettant pour la première fois avoir commis une erreur en n’ordonnant pas une intensification des opérations militaires dès l’année dernière.

"Là où des erreurs ont été commises, la responsabilité m’en incombe", a-t-il déclaré mercredi lors d’une allocution très attendue et destinée à présenter sa nouvelle stratégie pour le conflit en Irak.

L’envoi de renforts, qui portera le nombre de soldats présents en Irak à son plus haut niveau depuis l’invasion en 2003, rencontre l’opposition du Congrès, désormais aux mains des démocrates. Cette mesure est également impopulaire dans l’opinion publique, lassée du conflit, et parmi certains généraux de l’armée américaine.

Mais le président Bush a contré les critiques des démocrates lors de son discours télévisé mercredi soir, estimant que "faire marche arrière maintenant provoquerait l’effondrement du gouvernement irakien" et obligerait les Etats-Unis à "rester en Irak encore plus longtemps et à faire face à un ennemi encore plus mortel".

"Si nous augmentons notre soutien à ce moment crucial et que nous aidons les Irakiens à briser le cycle actuel de la violence, nous pouvons hâter le jour où nos soldats commenceront à rentrer à la maison", a affirmé le président américain.

Justifiant son refus de se retirer du pays, le président a déclaré qu’un "échec en Irak serait un désastre pour les Etats-Unis. Un Irak démocratique ne sera pas parfait. Mais ce sera un pays qui combat les terroristes plutôt que de les abriter".

Le plan prévoit, outre "plus de 20.000" soldats américains supplémentaires, l’engagement de 10.000 à 12.000 hommes côté irakien pour tenter de pacifier les quartiers de Bagdad. La répartition des soldats américains sera la suivante : 17.500 à Bagdad et 4.000 dans la province d’Anbar, bastion de l’insurrection sunnite.

Mais, a averti M. Bush, "même si notre stratégie fonctionne exactement comme prévu, les actes de violence meurtriers vont continuer, et nous devons nous attendre à plus de pertes irakiennes et américaines".

"La questions est de savoir si notre nouvelle stratégie nous emmènera plus proche du succès. Je crois qu’elle le fera", a-t-il déclaré.

Sans attendre ce discours, les démocrates, galvanisés par leur récent retour aux commandes du Congrès, affichaient leur détermination à croiser le fer. La présidente de la Chambre des représentants Nancy Pelosi a regretté que l’opposition de la majorité démocrate à l’envoi de nouvelles troupes ait été ignoré. "C’est la troisième fois", a-t-elle constaté, "ça a déjà échoué deux fois".

Elle s’est engagée à organiser un vote sur une augmentation des effectifs militaires et nombre de démocrates devraient s’opposer à cette hausse, tout comme certains républicains sceptiques. Les démocrates au Sénat projettent pour leur part un vote la semaine prochaine sur un texte non contraignant qui exhorterait le chef de la Maison Blanche à ne pas envoyer de soldats supplémentaires en Irak, et le démocrate Edward M. Kennedy soutient un texte qui obligerait le président à obtenir l’aval du Congrès avant de dépêcher des renforts.

Habituellement rétif à admettre des erreurs, M. Bush a regretté que les Etats-Unis aient accepté des restrictions de la part des autorités irakiennes, qui ont tenté d’empêcher des opérations américaines contre la milice de l’imam chiite radical Moqtada al-Sadr, puissant allié du Premier ministre Nouri al-Maliki. M. Bush a déclaré que ce dernier lui a promis que les Américains auront les mains libres dans leur action et que les "interférences politiques ou religieuses ne seraient pas tolérées".

La stratégie de Bush repose en grande partie sur la volonté et la capacité d’Al-Maliki de tenir des engagements délicats, notamment dans la lutte contre les milices et la réconciliation nationale irakienne.

"Nos efforts passés de sécuriser Bagdad ont échoué pour deux raisons principales : il n’y avait pas assez de troupes irakiennes et américaines pour sécuriser les quartiers qui ont été débarrassés des terroristes et des insurgés", a déclaré le président. "Et il y avait trop de restrictions sur les troupes que nous avions".

"L’engagement de l’Amérique n’est pas à durée indéterminée", prévient Bush, sans pour autant fixer de date pour la fin de cet engagement. "Si le gouvernement irakien ne tient pas ses promesses, il perdra le soutien du peuple américain et il perdra le soutien du peuple irakien."

M. Bush n’a pas menacé de prendre des mesures contre le gouvernement irakien s’il ne respecte pas ses engagements concernant les renforts. Mais il a cependant cité les estimations optimistes des autorités irakiennes : "Pour établir son autorité, le gouvernement irakien prévoit de prendre la responsabilité pour la sécurité dans toutes les provinces d’Irak d’ici novembre".

Le plan américain s’accompagne d’un peu plus d’un milliard de dollars (770 millions d’euros) pour redresser l’économie irakienne. Il s’agit de "changer la position de l’Amérique en Irak et de nous aider dans le combat contre la terreur", justifie George Bush. AP

11/01/2007 10:25 par leila salem

Comme Lysistrata,une héroine encore grecque qui convainc les femmes de toutes les cités grecques de faire la grève totale du sexe tant que les hommes feront la guerre, les femmes militantes d’aujourd’hui doivent innover dans la désobéissance et chercher des moyens pour mettre fin aux guerres et aux haines.Elles doivent prendre la parole et s’imposer.

J’aime beaucoup tes textes Danielle et Antigone t’ouvre grandes ses portes.

11/01/2007 21:23 par Anonyme

chère Leila, je ne manque pas effectivement de venir sur ton site et d’y lire les contributions, j’y ai retrouvé avec plaisir ce magnifique texte que tu as écrit sur judaïsme et Islam.

Quant à Lysistrata, j’ai toujours eu une certaine sympathie pour ce vieux réac d’Aristophane, d’abord parce que y compris dans le banquet de platon c’est visiblement celui du lot qui nous aime le plus nous les femmes, les autres se désintéresseraient de notre grève ou trouveraient des lots de substitution. Ensuite la pièce est vraiment très drôle, les femmes décident la grève la mort dans l’âme, l’une dit qu’elle frémit à l’idée de ne plus envoyer ses sandales en l’air...
Cela dit je suis d’accord avec toi pour tout ce qui peut arrêter l’ignominie de la guerre... En écrivant ce texte sur Saddam et Bush j’avais dans la tête cette phrase "mort où est ta victoire ?" parce que c’est terrible quand la folie des êtres humains est telle que seule la mort fut-elle héroïque est victorieuse... Et pourtant c’est ce qui se passe actuellement au Moyen Orient pousser des hommes et des femmes à n’avoir plus que la mort comme souveraineté sur leur vie...
Donc pour revenir à Lysistrata, c’est refuser de faire l’amour parce qu’elles mettent l’enfant au monde pour la vie et pas pour la mort...

Danielle Bleitrach

10/01/2007 16:41 par moncef

bonjour danielle.Dans ton article tu va un peu dans tous les sens et je ne suis pas tellement sur que l’on peut aisément te suivre. Mais passons ,pour moi je ne
suis pas convaincu que les Iraniens soit pour quelques choses dans cette macabre mise en scène. Tony blair ,lors de son voyage au moyen orient avait déclarer que le problème était l’Iran pour faire oublier la question Israélo-palestinien et préparer l’opinion arabe sunnite pour une agression contre l’Iran , bien sur le petit chien de Bush avait quelque chose derrière la tête , cela s’est passé quinze jours seulement avant la pendaison de Saddam . Et là de nouveau on est en droit de se poser la question « a qui profite le crime » ?? Contrairement a beaucoup d’observateurs, je ne suis pas sur que pour les USA et la GB l’Irak soit un bourbier. Les morts sont palestiniens, Irakiens, Libanais, Afghans, ou encore Pakistanais et, bientôt ils seront Syriens et Iraniens. En quoi cela dérange les criminels Bush, Olmert et Blair ??? Bien au contraire cette situation camoufle la réalité économique du système ultralibérale qui a échoué dans ces pays et qui est entrain de conduire l’humanité entière a la catastrophe. La classe
dirigeante politico affairiste des USA et de la GB sait que pour se maintenir au pouvoir il faut aller tous les 3 a 4 ans faire la guerre quelque part, a des peuples faibles et désarmés. L’Europe n’a plus d’âme, la moitie des membres de la commission européenne sont des actionnaires et anciens dirigeants de multinationales angloamericaines ??,Pour moi, même l’affaire clearstrem et les déboires du groupe AirBus- EADS sont les promesses de sanctions contre la
France proféraient par la saltimbanque Condolesa, contre lesquelles on ne pas réagir ????.Mai j’espere que bientot cette histoire eclaboussera a la gueule desdirigeants Europeens. Quand aux dirigeants du monde arabomusulmans , ils ont goûtaient
Aux charmes discrets de la société de consommation , parce que tous corrompus ,et que les réactions des Populations ne sont pas a la hauteur et au niveau des exigences de la lutte antiimperialiste . Une chose est certaine c’est que l’humanité est en danger Hassen

10/01/2007 20:33 par Anonyme

je ne suis pas sûre de vous suivre plus aisément que ce que vous pouvez me suivre.

En ce qui me concerne il s’agit de niveaux d’analyses, je tente d’opposer le fait politique tel qu’il peut apparaître au niveau des gouvernements et l’opinion publique dont je tente d’explorer les soubassements sur le long et moyen terme.

Je n’ai pas tout à fait compris en revanche votre propre approche, nous partageons certainement une critique radicale du système ... Oui l’humanité est en danger, c’est ce que je dis dans la première phrase de mon texte.

Oui les morts sont Palestiniens, Irakiens, et le complexe militaro-industriel, les pétroliers, mais aussi l’ensemble des peuples occidentaux sont prêts à laisser faire et je tente de les alerter, de dénoncer une vision en terme de "choc de civilisation", d’où mais j’y reviendrais mon approche de dialogue "culturel" et pas seulement économique, politique et social...

Dans le même temps les Etats-Unis sont confrontés à un nouveau Viet-nam. Simplement il n’y a pas de vainqueur parce qu’effectivement il n’y a pas d’issue révolutionnaire.

Oui les résistances montent, c’est ce que je tente d’analyser(1), mais il est clair qu’elles ne sont pas à la hauteur des coups portés.

Cela dit je ne pense pas qu’un discours pur jus non pas marxiste-léniniste, mais ce qu’on nous a présenté comme tel pendant des années de dogmatisme permette une analyse concrète d’une situation concrète. Il suffit de relier par exemple le texte magnifique d’Engels sur l’Afghanistan ou les textes de Marx comme journaliste pour s’apercevoir à quel point eux aussi "allaient dans tous les sens", sans catéchisme... Je ne parle pas de leur style qui est infiniment meilleur que le mien mais de prise en compte de faits dits culturels ou de civilisation, de multiples contradictions...

En outre dans ce texte je m’amuse à citer en fait Fidel Castro inspiré par Marti quand j’affirme que c’est la rencontre entre une hyperpuissance et l’esprit d’un peuple. Fidel Castro affirme toujours qu’une idée est plus irresistible que la proue de cent navires ou des milliers de fusils...

En outre vous me faites dire ce que je ne dis pas, votre lecture est si hative, si désireuse de ne trouver que la confirmation de votre opinion que vous multipliez les contresens. Je n’ai dit nulle part que les Iraniens soient pour quelque chose "dans cette macabre mise enscène", je dis même le contraire d’abord en expliquant que ce sont les Etats-Unis qui l’ont contrôlé de A à Z et d’autre part en montrant que l’opinion publique arabe refuse plus ou moins les divisions et attribue les responsabilités aux nord-américains.

En outre j’ai des références "culturelles" volontairement, il est clair qu’en particulier sur le plan historique elles ne sont pas nécessairement un bien commun... Pourtant elles donnent de l’épaisser à la légende : exemple la référence à Saladin ou celle en note à Ali le prophète chiite...

C’est un risque que je prends, je tente d’avoir un maximum de clarté pédagoqique dans mes propos mais je tente aussi d’ouvrir la porte sur des univers, c’est ma conception de l’humanisme, faire percevoir toute la richesse créatrice de l’humanité.

Et le côté "foisonnant" n’est pas nécessairement désordonné... Mais ce plaidoyer vient "de si près" qu’il perd de sa validité et vous avez sans doute plus raison que moi en dénonçant les difficultés de lecture puisque vous les avez éprouvées. -

Danielle Bleitrach

(1) Danielle Bleitrach, Viktor Dedaj, Maxime Vivas. Les Etats-UNis DE MAL EMPIRE, ces leçons de résistance qui nous viennent du sud. Aden 2005.

(Commentaires désactivés)